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Full text of "Traité philosophique et physiologique de l'hérédité naturelle dans les états de santé et de maladie du système nerveux, avec l'application méthodique des lois de la procréation au traitement général des affections dont elle est le principe .."

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CoRuiL, typ. et lith. de Ciiré. 



TRAITÉ 

PHILOSOPHIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 

DE 

L HÉRÉDITÉ NATURELLE 

OAHt 

LES ÉTATS DE SANTÉ ET DE MALADIE 
DU SYSTÈME NERVEUX 

AVEC l'application MÉTHODIQUE DES LOIS DE LA PROCRÉATION AU TRAITEMENT 

GÉNÉRAL DES AFFECTIONS DONT ELLE EST LE PRINCIPE. 

Oirnf» «É U f Mstioi «t MMUérée toi aei nf ptrd twt 

LES LOIS PRIMORDULES, LES THÉORIES DE LA GÉNÉRATION, LES CAUSES DÉTBRMIHA1ITB8 

DE LA SEXUALITÉ, LES MODIFICATIONS ACQUISES DE LA NATURE ORIGINELLE 

DES ÊTRES, ET LES DIVERSES FORMES DE NÉVROPATHIE 

ET d'aliénation MENTALE. 

PAR LE D' Prowbr LUCAS. 

La aiMed* It plw tirt q«i paliM MW gaMtr r«n U 
ncberdia d« la Téritê, comUta à t'ilavar par iBdaatiaa âet 
pbtooaièaet a«i lai* et da« loia au Canca. 

La Placb, Essai pkUosopkiqu» sûr lês 
probahiUtés, p. lis. 



TOME SECOND. 



«^ARIS, 
CHEZ J. B. BÀEJLIÈRE, 

LIBEAIEE DE l'aGADËMIE NATIONALE DE MÉDECINE, 

ROB HAUTBFIUILLI , 19. 
A XOMDmMS, CKBM R. BAlliTilJlR», 019, RBOMMTHiTKaMTa 

A MADRID, CHEZ C. BAILLY-BAILLIÈRB , CALLK DEL PRINCIPE / M« 11» 

1850 






J >t--> .<•• .i. ; 



TRAITÉ PHILOSOPHIQUE 



DE 



L'HÉRÉDITÉ NATURELLE 



TROISIÈME PARTIE. 

DES LOIS PARTICULIÈRES d'eXPRESSION ET d' ACTION DE L^HÉRÉDITÉ 

DANS l'Être. 



Des lois générales qai régissent les types de la Créa- 
Tioiï et de la procréation des êtres animés, nous n'avons 
fait encore qu'exposer les formules : nous ne sommes 
point entré dans le système intérieur de leur économie ; 
il nous reste maintenant à nous y introduire, et guidé à la 
fois par le fil des doctrines et par la lueur des faits, à 
poursuivre, au milieu de ce labyrinthe de hasards appa- 
rents et d'accidents sans nombre, les voies inaperçues des 
principes réels qui en instituent l'ordre, en règlent le mé- 
canisme, et en forment, en un mot, les lois particulières. 

LIVRE PREfflER. 

des différents sujets de la représentation individuelle dans 
l'hérédité. 

En traitant, dans la seconde partie de ce travail, des 
représentations ou modèles des parents dont l'hérédité, 
cette mémoire de la vie, ranime les images, nous n'avons 
insisté que sur le phénomène de l'hérédité elle-même. 



2 DES TYPES INDIVIDUELS 

Nous ne no^^sottfmèd^pomtoccapédes degrés de con- 
sangainité, ni da sexe des sujets appelés, en quelque sorte, 
à revivre dans l'être, ni de la part respective qu'ils pren- 
nwt, à savi^atare etri sf s q/palil^. Cettp face de la question 
éi d!tijiè géalide im^iftatice. G*est le moment d'en traiter. 

Quels peuvent être les sujets de ces représentations du 
type individuel, dans l'hérédité ? ou, en d'autres termes, 
quelles sont les personnes dont la génération réfléchit, 
dans l'enfant, les formes et les âmes? 

Ces personnes sont : 

1** Les a,uieuT»ifrlmédiàts, ott-Ie père et la mère ; 

2? Les collatéraux; 

3^ Les auteurs médiats ^ on les ascendants du père et de 
la mère; 

4** Les conjoints antérieurs» 

De chacune de ces quatre représentations dérive une 
forme' spéciale de l'h^édité. • 

La première «st pommoitô, l'hérédité directe; 

La seqonde, l'hérédité indirecte; 

La troisième, l'hérédité en retour; 

La quatrième, ^hérédité d'm^ence. 

CHAPITRE PREMIER. 

De l'hérédité directe ou de la représentation des auteurs immédiats dans 
la nature pbysfcfue et^norale du produit. 

L'hérédité procéde-t-elle des deux sexes, ou procède- 
t-elle exclusivement d'un seul? C'est une des questions 
les plus controversées de la génération, les plus ancien- 
nement agitées dans la science. 

Les opinions se divisent en deux systèmes contraires : 
le premier n'admet que rinfluence absolue d'un seul des 



DANS l'hérédité. 3 

deii;;^ 9Qteor& sur la nature de l'être ; le second reconnaît 
Fane et l'antre influence. 

Le système de Faction exclusive d'nn des sexes se sub- 
divise lui-même endeux théories : la. théorie de l'action ex- 
cIusiTe du père ; la théorie de l'action exclusive de la mère. 

Ce n'est pas le moment d'abordeif le côté 4[>urement 
spéculatif de cette question. Nous ne devons d'abord l'en- 
visager i<â? que dnpoint de vpe des faits. 

ARTICLE I. ' 

De la représentation du père dans la nature de l'être. 

Les faits démontrent-ils l'intervention du père dans 
l'organisation de la progéniture? en établissent-ils la re- 
présentation dans l'hérédité? 

La représentation du père est constatée dans le règne 
végétal, dans le règne animal, dans l'humanité. Malgré 
les théories qui se sont élevées contre elle, malgré les ex- 
périences tentées pour Pannuler, telles que celles, par 
exemple , de Spallanzani, sur le pollen des fleurs, les 
preuves en sont restées aussi inébranlables que celles de 
la part du mâle à la conception. Ces preuves appartien-* 
nent à l'état normal, à l'état anormal, et à l'état morbide. 

Dans Tétat noirmai, elles résultent du produit de l'ac^ 
couplement d^bdividus àivet's d'une race identique et de 
celai du croisement des races^ des espèces, et des genres 
ettx-in0mës,k>lEr de Thybridité. • 

^ Dans j^'j^t^t ancfrpal, elles résultent du produit du croi- 
sement de couples ^dont l'anomalie tient au eèté paternel; 
et ieths l'ëtat mbrbide, elles résultent dû produit de la co- 
pulatîDn d'êtres dont le mâle seôlrecèle le principe du mal. 



4 DES TYPES INDIVIDUELS 

Ces trois ordres de preuves ne laissent pas le moindre 
doute sur la réalité ni sur l'étendue de la représentation 
du père dans le produit, et elles sont applicables à l'une 
et à l'autre forme d'existence des êtres. 

§ !•— De sa représentation physique dans le produit. 

La vie physique, d'abord, révèle l'influence positive du 
père dans ce qae cette vie présente de plus caractéristi- 
que et de plus extérieur. 

La couleur en accuse une profonde empreinte : 

C'est ce que nous atteste, dans le règne végétal, l'bybri- 
dité si commune chez les plantes, d'après les nombreuses 
observations de Linné, Duhamel, de Jussieu, de Kœlreu- 
1er, etc., soit qu'elle s'y produise dans l'état de nature, 
soit qu'elle y provienne de la culture et de l'art. 

Qui ne connaît l'action que, dans ces circonstances, 
le pollen exerce sur le coloris naturel de la fleur? Qui ne 
sait jusqu'à quel point il en peut enrichir et varier les 
teintes, comme il varie celles de l'œillet, de la rose, du 
dahlia, des tulipes, etc. (1). 

Dans l'animalité, les preuves à l'appui ne sont pas moins 
nombreuses. Golumelle et Buffon ont même cru remar- 
quer qu'il était des espèces où la couleur du mâle avait 
plus de tendance à se transmettre aux petits (2). La cou- 
leur de la robe ou du plumage du père fait très-souvent 
partie de l'héritage naturel des pigeons, du lapin, de la 
chèvre, et de la brebis (3). Girou a constaté le même fait 

(1) Foy. Henri Lecoq, de la Fécondation naturelle et artificielle des 
végétaux et de l* Hybridation, 1 ^ol. in-i2. Paris, 1845. 
. (2) Demangeou, de TinMginationf etc., p. 459 : nous verrons ailleurs- 
que cette opinion n^est pas fondée. 

(3) Ch&mhon, Traité de l'éducation dei moutons, 1. 1, chap. ii, § 15. 



DAKS l'HÈBÉDITÉL 5 

chez les dievaux, et plus spécialement chez les albinos : 
« Les étalons albinos, dit-il, produisent des chevaux ou 
albinos ou gris : et les chevaux gris qui en proviennent 
transmettent leurs taches blanches, sinon dans toute leur 
étendue, du moins dans tout l'éclat de leur blancheur. Les 
taches, comme on l'a vu, peuvent même affecter sur la 
robe du produit les mêmes points que sur les pères (!). 
Nous avons emprunté à différents auteurs des cas analo- 
gues : I. Geoffroy-Saint-Hiiaireenavu seproduiredans le 
croisement des variétés noires et albines du daim(2) ; d'au- 
tres, dans celui des variétés blanche et brune du cerf (3). 
Les taureaux, les chiens, les poules nous en offrent de con- 
tinuels exemples. Yalmont-Bomare dit même que lorsque 
l'on a plusieurs sortes de taureaux, de chiens, ou de coqs, le 
pelage des petits suffit pour reconnaître le véritablepère(4). 
Cette action remarquable du père sur la couleur achève 
d'être complètement mise hors de question par le mé- 
tissage ; nous en avons cité différents exemples parmi les 
oiseaux (5) ; ils sont confirmés par celui du bâtard du 
petit tétras et du coq de bruyère (6) ; ils le sont par ceux 
beaucoup plus répandus des bâtards de la serine et du 
linot, delà serine et du tarin (7) de la serine et du pinson, 
et surtout de la serine et du chardonneret, métis chez qui 
l'on voit si souvent se répandre les nuances brillantes ou 
ternes du plumage du père. Ils se confirment encore, chez 
les quadrupèdes, par le pelage de presque tous les bâtards : 

(1) Voy. T. I, part. 2, liv. ll,chap. i, p. Î16. 

(2) Dictionnaire classique d'Histoire naturelle, loc, cit, 

(3} Burdach, Traité de Physiologie, traduit par Jourdan, t. II, p. 261. 

(4) Yalmont-Bomare, Dict, dHist, nat. — Girou, de la Génér,,p, lî6- 
W7. 

(5) T. I, 2* part., liv. II, chap. i, p. Î11-Î12. 

{S) Neujahrsgeschenk fur Jagdliehhaber. 179S, p. 50. 

(7) Da Gama Biachado, Théorie des ressemblances, 2« part., p« 184. 



6 DES TYPE») INDIVIDUELS 

ainsi, la robe du mâle passe le plus souvent autaiulet qui 
provient de l'accouplement de Fânesse et de Tétaloii (1 ), et 
il en est de même dç la couleiH' de l'àne à l'égard des mu*^ 
lets de l'un et de l'autre sexe (2). On a en l'oecamon de 
faire la même remarque sur la propagation du pelage du 
père, chez un bâtard né de l'accouplement, regardé comme 
infécond, de l'ânesse et du taureau (3);et on l'a renouvelée 
chez le produit du croisement non moins surprenant dé 
la vache et du cerf (4) : est-il enfin besoin de rappeler que, 
chez l'homme, le mâange des races et l'alliance des fa- 
milles offrent une foule de preuves du m^e ordre dé 
faits? 

Les faits précédemment (5) cités; de croisement des 
races blanche et noire en sont autant d'exemples; ils ne 
nous offrent pas seulement des cas de mélangé de 
la couleur du père et de celle de la méfie, ils nousoffirent 
des cas de transmission exclusive de la couleur du père^ 
nègre ou blanc, au métis, comme dans l'observation re^ 
cueillie par Siebold : il en est ainsi de plusieurs faits rap- 
portés de superfétation (6). 

La propagation de l'albinisme du père aux produits des 
deux sexes, dans l'espèce humaine, en est une autre forme 
de démonstration : tel est le fait emprunté à Winterbol- 
ton (7). Une dernière preuve, mais beaucoup plus vulgaire, 
est celle que nous présente la propagation de la couleur 
des cheveux, dans les familles formées par la réunion dé 
la variété brune et de la variété blonde de la race cauca- 

(1) Val.-Bom., Dtct. d'jErMe.nae. 

(î) Girou, ouv. cit., chap. ii, p. 217. 

(8) Val.-Bom., ouv, ciU 

(4)Burdach, Traité de physiologie, loc. cit, 

(5) Foy. 1. 1, 2e part., liv. II, chap. i, art. 1, § 1, p. 209, 213. 

(6) Id., ib. 

(7) T.I, môme liv., chap. i, art. 4, p. 304. 



DAMS L HÉKÉDITÉ. < 7 

sienne. Trèfr«ouYent, il arriTe, Icunqne le père et la mère 
n'appartiennent pas tons denx à la même yariété, qa'une 
partie des enfants hérite exclosivettent de la cheyelure 
dn père. 

La participation dn père au caractère de la conforaiar« 
tion n'est pas moins manifeste. Elle est reconnue de tonte 
antiquité. Hérodote naos a même transmis, à Tappai de 
cette opinion, l'exemple faux ou réel d'un peuple de Li- 
bye chez lequel, d'après lui, les femmes étaient communes, 
et où l'on assignait les enfants à leurs pères, d'après la 
ressemblance (1). Si l'on en croit .Oirou, qui systématise 
l'influence générale du mâle sur les formes, et qui nous 
en propose toute une théorie (2) , l'influence du mâle 
serait encore plus prononcée sur la forme qu'elle ne 
l'est sur la couleur^ il y aurait, selon lui, une prédomi- 
nance relative chez le mâle du système fibreux ou mus^ 
eulaire d'où dépend la forme extérieure (3). Ce dont 
on ne peut douter, c'est de la réalité de cette influence 
elle-même : elle se caractérise dans le tronc , dans les 
membres, dans les extrémités, dans les moindres parties, 
et, comme elle s'y dessine, elle y peut dominer : ainsi l'on 
a cru Yoir, pour la forme générale, plus de ressemblance 
entre le petit et le père, dans les bâtards du faisan et de 
la poule (4), du chardonneret et du serin, du chardon- 
neret et du yerdet (5) , du petit tétras et du coq de 
bruyère (6), du chamois et de la chèvre (7). Il est certain 



(1) Hérodote, liv. IV, chap. glxxx. 

(2) Delà Génération, chdip.ui, p. 201, 208. 
(3)Ioc. cit., p. 180, 217. 

(4) Haller, Elémenta physiolôg,, t. VIII, p. 102. 

(5) Diet. des Sciences médicales, t. XXXII, p. 264, 

(6) Neujahrsgeschenk fur Jagdliebhaher, 1795, p. SO. 

(7) Jd.,t&.,1808, p. 26. 



8 DES TYPES INDIVIDUELS 

que, dans l'espèce cheyaline, la race est ennoblie par les 
étalons arabes, espagnols et anglais (1). De même, d'après 
Bomare (2), Bardach et Girou (3), la forme de la tète, 
celle des oreilles, des membres, et de la queue, seraient 
principalement propagées par le père, chez la plupart de 
nos animaux domestiques, et chez le plus grand nombre 
des bâtards qu'ils engendrent : tels seraient, entre autres, 
ceux de la pintade et de la cane, des anas glaucion et 
querquedula, de l'âne et du zèbre, du cheyal et du zèbre, 
du bouc et de la brebis, du chevreuil et de la chèvre, du 
chien et de la femelle du renard (4). 

On a encore eu lieu de vérifier ces faits dans une sorte 
de bâtards d'une espèce plus rare et plus problématique. 
Il s'agit de deux jumards, l'un produit du croisement du 
taureau et de l'ânesse, l'autre du taureau et de la jument, 
observés à l'école vétérinaire de Lyon et à celle de Paris. 



(1) Burdacb, ouv. cit., p. 263. 

(2) Dîct. d'Hist. naf., p. 95. 

(S) « Pendant dix ans, écrit cet auteur, j*ai allié VEclair, étalon arabe, 
« petit, et un peu panard, à tête grosse et oreilles basses, mais dont le 
« train de derrière était parfait, avec environ sept à buit juments de taille 
a moyenne, qui presque toutes avaient de Taplomb, la tête assez légère 
« et, à l'exception d*une seule, la croupe avalée. Or, je rCai pu obtenir 
a de cet accouplement un seul poulain qui n'eût la tête plus grosse que 
<f celle de la mère, et presque tous ont été panards du même côté que 
« le père: ils ont eu, la plupart, \es oreilles basses; et, excepté un seul, 
« qui provenait de la jument à croupe horizontale, tous ont eu la croupe 
a avalée ; ceux des mâles qui étaient gris rouan, comme le père, ont été 
<f petits comme lui ; et parmi ceux qui avaient le poil de leur mère, on 
« en comptait plusieurs qui en avaient aussi la taille ; les femelles étaient, 
« en général, plus grandes que les mâles et elles avaient plus sûrement 
« que ceux-ci, le caractère et le poil de Tétalon » — De ïa Génération, 
chap. VII, p. 121-128. 

(4) Burdacb, ouv, cit., p. 263. — Foy. plus loin, li;?re III de la 3» part., 
chap. II, art. 2, § 1, nos considérations relatives aux inductions tirées du 
métissage. 



DANS l'hérédité. 9 

Le premier était mâle et le second femelle; ils avaient le 
front large et bossue de leur père ; la mâchoire supérieure, 
comme lui, de deux pouces au moins plus courte que l'infé- 
rieure ; ils en avaient le mufle ; ils en avaient aussi le corps 
par la longueur et la conformation ; ils en tenaient enfin 
par la queue et les genoux serrés l'un contre l'autre, ainsi 
que ceux du veau ; toutefois, la dissection prouva que, 
pour tout ce qui se rapporte à la structure interne, la na- 
ture de la mère avait prévalu (1). 

Si l'ensemble de ces faits pouvait, par impossible, 
laisser l'ombre d'un doute sur la part du père à la for- 
mation de Torganisation physique du produit, ce doute 
tomberait devant l'évidence de celle qu'il prend à la na- 
ture anormale et morbide de cette forme de vie. De l'ac- 
tion pathologique qu'il exerce sur elle nous ne dirons 
rien encore : quant aux anomalies dont il est le prin- 
cipe, les preuves en abondent également et chez l'homme 
et chez les animaux. 

Les singularités et les difformités les plus remarqua- 
bles que nous avons citées, comme héréditaires, parmi les 
derniers, ou tirent leur origine du côté paternel, ou s'y 
transmettent par lui; la race ancon ou loutre des mou- 
tons anglais, celles des chiens à nez double, des chiens à 
six doigts, des cerfs à dague unique, des taureaux mo- 
chos, etc. , se sont propagées ou formées de cette ma- 
nière (2). 

Les exemples sont aussi décisifs chez l'homme. Cette 
pseudomorphose si extraordinaire des lames épidermi- 
ques , chez la famille Lambert , avait commencé par 



(1) Valmont-Bomare, ouv. eit,, t. VU, p. 165. 
(S) Voy. liv. H,chap. i, art. 4, §§ 2, 3. 



10 DES TYPES INDlYIDlilPLS 

Edouard liambert, et, catume nous l'a^YOUS yu, ae^pror 
pageait qu'aux mâles (1). Un grand iKunbce de» faits étar 
Missent de même que, dans notre espèce, les difformités 
de la taille, de la colonne Yeirtébrale, et deç extrémités, 
peuvent proYcnir du père et se propager par lui (2). Plu- 
sieurs des exemples que nous avons rapportés de l'héré- 
dité de la scissure labiale, et de la division dtt voile du 
palais, tels que ceux (recueillis par les docteurs Boux, 
Thierry, Lacasette, Demarquay, sont de ce nombre (3)/ 
Nous en dirons autant de l'anomalie qui porte sur le nombre 
en excès ou en défaut des doigts. Dans les familles Col- 
burn, et Gratio Kalleja,la polydactylie avait pris naissance 
dans le côté paternel (4). Dans les exemple^ cités d'ee- 
trodactylie, et de rapprochement anormal des doigts, par le 
professeur Boux, par le docteur Lépine, par Van Derbach, 
la difformité tirait également son origine du père (5). 

Les modes physiologiques de l'organisation , la con- 
stitution, le tempérament, les idiosyncrasies les plus 
particulières, la fécondité, la longévité, sont sous une 
influence tout aussi immédiate du principe paternel : 
nous avons même vu que, chez les animaux^ et particuliè- 
rement dans Tespèce bovine, la faculté de donner plus ou 
moins de lait est puissamment soumise à la même in- 
fluence (6). Ainsi, chose vraiment extraordinaire, et qui, 
théoriquement, semble d'abord impossible, l'action du 
mâle sur la nature physique du produit s'étendrait jusqu'à 
la transmission de propriétés qu'il ne possède pas. 

(1) Voy, Tom. I, liv. Il, chap. i, art. 4, § 2. 

(2) Girou, de la Génération, p. 277, 278. 

(3) Voy. Tom. I, même liv., même chap., art. 4, §§ l, 2. 

(4) W., art. 4, §§ 2, 6. 

(5) W., art. 4, §§ 1, 2. ' 

(6) Tom. I, liv. Il, chap. i, art. «. 



. DAliS l'jBÉBÉDITÉ. 1 1 

§ II. — De sa représentation morale dans le produit. 

Les mêmes principes régissent l'existence morale : 
dans toutes les classes d'êtres, la nature dynamique n'est 
pas plus étrangère à la représentation du type paternel : 
ce type s'y imprime en vivants caractères. 

Le père peut transmettre les modes particuliers de soi) 
activité sensitive externe, ou de ses sensations. 

Pour ne parler que des sens, et que de cas qui per- 
mettent d'arriver à une sûre constatation de ce fait, il 
suffit de rappeler, pour les sensations de l'œil, l'exemple 
si curieux de l'hérédité de l'héméralopie de la famille 
Nougaret (1), et la plupart des ca^ de chromatopseu- 
dopsie (2) ; et pour celle de l'oreille, une parti^ des exem- 
ples de l'hérédité de la surdi-mutité (3), entre autres le 
fait cité par Bouvyer des Mortiers, qui prouve que l'ani- 
mal peut tenir de son père la faculté d'entendre. 

Le père peut transmettre les modes particuliers de son 
activité sentimentale, ou ses sentiments » ses inclinations, 
et ses qualités : l'expérience le prouve de l'homme et de 
l'animal. 

Chez l'animal, le fait est mis hors de doute par l'héré- 
dité : on le constate d'abord chez le bâtard de l'âne et de 
la jument ; en général, même, les inclinations et les autres 
qualités du mulet tiennent plus du père que de la mère (4). 
On l'a également vérifié chez le bâtard du cerf et de la 
vache : le métis avait l'extrême timidité du père, et il 



(i) Tom. I, liv. II, chap. ii, art. i, § 3.. ' . . 

(2) Id,, loc. cit. 

(S)/d.,art. 1,§4. 

(4) Valmont-Bomare, Dith d'HisL naU, t. IX» p. 9i. 



12 DES TYPES INDIVIDUELS 

tressaillait au plus léger bruit (t). D'après Masch (2) et 
Girou (3), le naturel du père peut se retrouver de même 
dans le produit du croisement de la louve et du chien. 
Le dernier auteur a eu Toccasion de faire la même obser- 
vation sur une chatte née de l'alliance d'une chatte do- 
mestique avec un chat sauvage (4). 

Nous n'énumérerons pas tous les faits analogues qu'on 
rencontre chez l'homme. Il nous suffira de renvoyer aux 
exemples précédemment cités de l'hérédité des goûts, des 
inclinations, et des qualités bonnes ou mauvaises du 
père (5), et particulièrement à la remarque curieuse, faite 
par Levaillant, sur le caractère des métis issus du croise- 
ment des blancs et des Hottentotes (6). Il existe un autre 
peuple sauvage, les Caraïbes, dans l'opinion duquel cette 
action du père, sur le caractère moral de l'enfant, s'étend 
au delà même de la naissance. La femme se lève aussitôt 
accouchée, et vaque aux travaux habituels du ménage ; 
le père, immédiatement, prend sa place au lit, et s'abstient 
six mois de poissons ou d'oiseaux, de peur que le nouveau- 
né ne vienne à participer des défauts naturels de ces ani- 
maux (7). 

L'influence du père sur tous les éléments et sur toutes 
les formes des facultés mentales n'est pas moins pronon- 
cée : élévation d'esprit, vigueur d'intelligence, éloquence, 
poésie, musique, sculpture, peinture, tous les genres 
d'aptitude, tous les types de talent peuvent, en quelque 



(1) Burdach, t. II, p. 184. 

(î) Der Naturforscher, t. XV, p. 26. 

(S) De la Générat.y p. 122. 

(4) Id., op. et loc. ct«., p. 121.. 

(5) Tom. ï, li?. II, chap. ii, art. 2. 

(6) Id., loe. cit. 

(7) Bomare, Dict. d'Hist. naU, t. VII, p. 109. 



DANS L BÈBÂDlttS. 13 

manière, rayonner de son àme dans l'àme de ses enfants. 
Aux précédents exemples qne nons en ayons donnés (1), 
nons pourrions ajouter le témoignage de beanconp d'an- 
tres faits historiques ; nous nous contenterons d'y joindre 
celui de Burns et du docteur Johnson. 

Le père du docteur Johnson, dit son enthousiaste bio- 
graphe, Boswell, était un homme robuste et d'une haute 
stature ; il avait une grande portée d'intelligence et une 
très-puissante activité d'esprit. Cependant, comme on 
trouve, dans les rocs les plus durs, des veines corrompues, 
il y avait en lui une teinte de ce mal dont la nature 
échappe aux investigations les plus minutieuses, quoique 
ses effets ne soient que trop bien connus pour faire le 
tourment de la vie. Il se manifestait, chez lui, par un 
d^oût profond de toutes les affaires qui agitent la plus 
grande partie de l'humanité , et son âme tout entière 
était, pour ainsi dire, sous la domination d'une incessante 
tristesse. Johnson, continue le biographe anglais que nous 
traduisons ici, Johnson hérita de cette mélancolie qui 
devait prendre chez lui une expression plus sombre et 
plus originale, et se transformer presque en aliénation. 
Il fut fou toute sa vie, sans en être moins sage. La mère 
de Johnson était une femme d'une intelligence supérieure, 
et l'on disait d'elle, à propos de la fierté qu'elle eût pu 
ressentir de l'illustration de son fils, que, bien qu'elle 
connût certainement son mérite, elle avait trop de sens 
pour être vaine de lui. 

Burns qui avait, ainsi que le docteur Johnson, un 
penchant prononcé à la mélancolie, et un tempérament 
hypochondriaque, devait de même à son père la force et 

(1) Tom. I, liv. Il, chap. ii, art. .3, p. 581 et suiv. 



14 DES TYPES INDIVIDUELS 

à la fois l'irritabilité physique et morale de son orga- 
nisme. Pour les traits et l'adresse, le poète présentait une 
ressemblanoe plus grande ayee sa mère : c'est d'elle qu'il 
tenait la passion des ballades et des chants populaires, 
germes de sa future grandeur pdétique. 

Les biographies des hcmimes les plus célèbres pullu- 
lent de faits semblables ; mais les obseryations journa- 
lières sont aussi instructives sur ce point. Et, d'antre 
part, les preuves déduites de l'hérédité des troubles in- 
tellectuels sont si décisives ( 1 ) qu'elles ne permettent 
pas le plus léger doute. Il n'est pour ainsi dire point de 
famille où le type intellectuel du père ne se répète à di- 
vers degrés dans les enfants . 

L'activité musculaire n'échappe pas à la même nature 
de représentation. Nous avons exposé des faits qui le dé- 
montrent, chez ranimai et l'homme, de tous les phéno- 
mènes du mouvement et de la voix (2) ; ils ne peuvent 
que tirer une nouvelle force des deux observations de 
l'hérédité bizarre que nous avons rapportées : chez la ju- 
mare, née du croisement du taureau et de la jument, la 
voix ne rappelait ni le hennissement du cheval ni le mu- 
gissement du taureau; ce n'était qu'un cri grêle et parti- 
culier' qui se rapprochait plutôt du bêlement de la chè- 
vre : mais il n'en était pas' ainsi des mouvements : 
'i On ne la voyait point paître, dit Valmont-Bomare, mais 
<t elle embrassait et ramasi^ait avec sa langue le fourrage 
« qu'on lui donnait, comme le bœuf embrasse et ramasse 
« l'herbe qu'il vient de manger; et une portion de four- 
« rage une fois parvenue sous les dents molaires elle 



(1) Voy, t. II, 4* partie. 

(i) Tom. I, liv. II, chap; ii, art. -^ip. 69S. 



DAK8 LHÉBÉDITÉ. 15 

« donnait on coup de tête pour la séparer de celle que 
« sa langue n'avait pu atteindre, de même que les bœufs 
(^ donnent un coup de tète à droite et à gauche, lorsque, 
« après ^voir saisi et .serré Vberbe entre leurs dents incisi- 
« ves^ et le bocirrdié.et qui supplée au défaut de ces mêmes 
« dents à la mâchoire supérieure» ils cherchent à l'arra- 
« cher,(l). » Quant au métis produit de l'accouplement 
de la vache et du cerf, il détachait les quatre pieds de 
terre à la fois, en sautant, et franchissait légèrement, dit 
Burdach, les fossés et les haies (2). 

L'érotisme, chez l'homme, appartient fréquemment au 
côté paternel : l'expérience et l'histoire l'attestent l'une 
et l'autre : la lubricité d'Octave César était passée aux 
deux Julie ; Gharlemagne fermait les yeux sur les désor- 
dres de ses filles, parce que leurs fautes étaient les mêmes 
que les siennes : Marguerite de Yalois rappela par ses 
galanteries celles de l'amant de Diane de Poitiers ; Alexan- 
dre YI avait inoculé le goût de la débauche à tous ses en- 
fants ; les mœurs dissolues de la duchesse de Berry réflé- 
chissaient les mœurs dissolues du régent (3}. Nous avons 
retrouvé, chez des particuliers, des faits analogues (4). 

Ils sont aussi communs chez les animaux : la fécondité 
est beaucoup plus rare dans le bardeau, par exemple, que 
dans le mulet proprement dit. Celui-ci tient de son père, 
l'âne, l'ardeur de tempérament qui lui est propre ; le 
bardeau, comme son père le cheval, est au contraire moins 
puissant en amour (5). 

La pathologiç^fend 1q même témoignage. 

(1) Dict. d'Hist.nat, t. VII, p. 256, 257. 

(2) Traité de Phyg^lpgie, X, II, p. 184. 

(3) Girou, OMV. eit,, p. 286, 287. 

(4) T. I, 2«part., liv. II, cliap. ii, p. 481. 

(5) Valmont-Boinare;(wiî. cit., t. IX, p. 95. 



16 DBS TYPES INDIVIDUELS 

On ne peut donc s*étonner, devant cette réalité, devant 
cette étendue, devant cette puissance de la représentation 
du t}^pe paternel, que des systèmes anciens et modernes 
aient cru devoir attribuer an père un rôle absolu dans la 
génération, ni quHls lui aient reporté exclusivement le 
principe ou le germe de l'être. 

Mais cette vue théorique est soumise au contrôle de 
l'observation et ne peut être accueillie, comme expression 
des faits, que dans les limites où elle leur est conforme; 
or, ces limites ne peuvent être déterminées que par celles 
de l'influence et de la représentation du type maternel. 

ARTICLE SECOND. 

De la représentation de la mère dans la nature de l'êtro. 

L'expérience prouve -t-elle que la nature de la mère 
transpire dans le produit? Elle le prouve, et les preuves 
en sont irréfragables : elles découlent des mêmes faits que 
la représentation de la nature du père dans sa progéni- 
ture , c'est-à-dire des effets de la copulation dans l'état 
normal, dans l'état anormal, et dans l'état morbide. 

Ces trois ordres de preuves ne laissent pas un doute 
sur la part de la mère à Texistence physique et à l'exis- 
tence morale du nouvel être. 

§ I. — De sa représentation physique dans le produit. 

Ils démontrent d'abord l'influence générale qu'elle a 
sur la première, sur la couleur, les formes, la figure, la 
taille, et les autres éléments de la vie plastique. 

La participation de la mère à la couleur est ren- 
due manifeste, tantôt par le mélange des «ouleurs des 



DANS l'hérédité. 17 

deux sexes, tantôt même par la transmission exclasiye des 
conleurs de la mère. Le croisement des races, dans l'espèce 
humaine, le croisement d'indiridos yersicolores, chez les 
cheyaux (t ), les bœnfs (2), les montons (3), les chiens (4), 
les oiseaux (5)et lesflenrs (6), nons offrent des denxcasnne 
fonle d'exemples. Ils pensent être réunis dans la même 
portée : des cinq petits d'an corbeaa et d'une cor- 
neille mantelée, deux étaient noirs comme le père, 
deux gris comme la mère, un de couleur mélangée (7). On 
a eu l'occasion de faire sur des chiens la même observa- 
tion (8). Elle est journalière dans l'accouplement des ya- 
riétés du serin ; enfin, on pourrait dire, que le plus dé- 
cisif des deux cas, le transport exclusif de la couleur de la 
mère, ou du père, aux petits, est une loi de l'albinisme et 
du mélanisme de la plupart des espèces : constatée chez 
le cheval, ledaim(9), lechat(tO),lasouris(l l)et la poule, 
elle ne semble même pas complètement étrangère à l'hu- 
manité , comme le prouvent les faits analogues à celui rap- 
porté par Siebold, où du croisement des races blanche et 
nègre, on voit naître des enfants totalement noirs, ou to- 
talement blancs (12). 



(1) Girou, de la Générât.^ p. 124. 

(2) Girou, id,, p. 125. 

(3) Burdach, t. II, p. 261. — Girou, loc. cit. 

(4) Girou, loc. citj p. 123. 

(5) Id,, ib. 

(6) Henri Lecoq, de la Fécondation naturelle et artificielle des végé- 
taux passim. 

(7)Bardach, t. n,p.262. 

(8) Girou, loc. cit. 

(9) Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire, JHct. elast. d^hist, nat., t. X, p. 121. 

(10) Boayyer des Mortiers, Considércaiont sur les sourds^muas de 
naissance, p. 12S. 

(11) Prévost et Damas, Annales des sciences naturelles. 

(12) Tom. I, liv. II, chap. i, art. 1, § 1 , p. 212-218. 

II. 2 



l 



18, DBS TYPES INDIVIDUELS 

La partitipation de la mère à la figure et aux moiadres. , 
élâttents de la conformation et de l'organisation a été yé"> 
rifiée dans toutes les parties de la strueiure interne et ex- 1 
terne de l'être. Elle est d'obseryation quotidienne cbe^ . 
l'homme, elle l'est diez l'animal, et particulièrement dans * 
l'espèce bovine, et l'espèce chevaline, où le vice des théo- 
ries qui ne tenaient compte que de la race du taureau et 
de celle de l'étalon est maintenant mis à jour pour tous 
les bons esprits (i). Le métissage a même paru établir, 
dans certains croisements, la supériorité de l'influence de 
la mère sur Finfluence du p^e : tel est le cas du mulet (2), 
des bâtards du chien et de la femelle du renard (3) , de 
l'âne et du zèbre (4), du taureau et de l'ânesse (5). La> 
taUleest dans le même cas : on voit quelquefois, Girou 
de Bu2Hiteingues en cite deux exemples, la taiUe de 
la itaère sie transmettre exclusivement à tous /les. enfants 
de l'un et de l'autre sexe (6). Cette dépendance intime se 
révèle, d'une manière encore plus manifeste, dans les ano-< 
malies de la conformation, et plus spécialement, d'après le 
même auteur, dans les vices du bassin et dans ceux des 
extrémités pelviennes (7). Nous en avons plus haut cité 
divers exemples (8). Mais, en réalité, il n'est pas, en 
principe, une seule anomalie commune aux deux sexes, 
ou exclusive au sien, que la mère ne puisse transmettre. 
Les observations que nous avons rapportées dç l'hérédité 

(1) Drée, de la Régénération de V espèce chevaline en France^ . , 
(î) VaL-Bom.,t. IX, îoc. ct«. , ♦, .- 

(8) Burdach, p. S63. ;, . 

(4) Aai,nales duMtuéim, U IX,, p. 925* > . ., , 

(j5) VaL-Bom., t. VII, p* «SI, 258. 

(6) Girou, op, cit., p. Î77. 

(7) De la Génération, p. 280. 

(8) Tom. I, liv. Il, chap, i, art. 4, § 2, p. 310-3U. 



DAK8 L^HÉBtmTÊ. 19 

de la scissure des lèvres, oa du Toile du palais ( 1) le prou- 
vent pour chacune de ces difformités. Nous avons aussi vu 
provenir de la mère des monstruosités qui portent sur 
le nombre en plus ou en moins de différents oiiganes, 
les mamelles (2) , les membres (3) , les orteils et les 
doigts (4). 

Dans un grand nombre d'autres cas précédemment 
cités, on reconnaît encore que le tempérament, la consti- 
tution, les idiosyncrasies, la fécondité (5), la longévité (6); 
en un mot, que les modes d'existence et d'action phy- 
siques de la vie peuvent découler tous de la même origine. 

§ II. — De sa représentation morale dans le produit. 

La représentation du type maternel dans tous les ca- 
ractères et tous les attributs du dynamisme de l'être n'est 
pas moins bien prouvée ; Texistence morale n'a point d'ac-^ 
tivite qui n'en reçoive l'empreinte ; elle est vive, profonde, 
générale, dans toute cette forme de la vie. 

Elle s'accuse fortement dans les sensations. Les anoma- 
lies spéciales aux sens externes en portent témoignage 9 
elles peuvent non-seulement se transmettre par les femmes, 
mais elles peuvent avoir leur origine en elles : c'est ce que 
l'expérience a mis hors de question pour les anomalies des 
deux principaux sens, pour celles de l'oreille, et pour 
celles de l'œil. 

On avait cru reconnaître que la chromatopseudopsie 



(1) Tom. I, liv. II, loe. cit,, § 1, p. SO^ èf suiv. 

(2) Id.y loc. du, § 2, p. 318. 

(8) Id,, loc. du, § 2, 6, p. 830. ^ • ' ^ '^ - ' 

(4) Id., t&., § 1 et 2, p. 812-326 et suiv. 

(5) Tom. I, liv. II, chap. i, art. 3, p. 247. 

(6) Tom. I, part. II, liv. Il, p. 860-368. 



20 DES TTPKS INDIVIDUELS 

innée était le pins souTent propagée par les femmes , et 
que les femmes cependant y restaient étrangères (1) ; mais 
une observation décisive sur ce point de Florent Ganier, 
est venue renverser cette idée exclusive : nous y voyons 
cette anomalie de l'œil, depuis dnq générations, n'attein- 
dre que les femmes, et ne se transmettre également que 
par elles (2). L'héméralopie innée est dans le même cas, 
et à tous ses degrés, sans en excepter celui de l'amaurose, 
comme dans la famille du facteur des postes précédem- 
ment cité, elle peut provenir du côté maternel et se pro- 
pager par lui (3). 

Nous retrouvons la confirmation de ce principe dans les 
anomalies de Taudition chez Thomme et chez les ani- 
maux (4) : elles ont aussi souvent la femelle que le mâle 
pour victime ou pour cause de l'hérédité. 

Les modes propres de sentir, les inclinations, le carac- 
tère de la mère, ne sont pas moins puissants à se transmet- 
tre d'elle aux êtres qu'elle engendre. Il n'y a point de 
goûts, de penchants, ni d'humeurs, qui ne puissent des- 
cendre de cette source aux enfants. C'est encore un des 
faits à l'appui desquels Giron de Ëuzareingues a invoqué 
l'histoire ; et l'histoire, en effet, ne manque pas sur ce 
point de graves documents (5). Ne nous montre-t-elle pas 
la lubricité et la cruauté effrénées d'Agrippine s'incarnant 
dans Néron? la fièvre de débauches' de Faustine dans 
Gommode? le dévergondage et l'insolence de toutes les 
dissolutions, de Sœmie dans son fils Héliogabale, cet em- 

(!) Victor Siokalki, Estai sur les sensations des couleurs, § 35, p. 95. 
[%) Annales d^oculistique, 1. 1, p. 418. 
(8) Tom. I, liy. II, chap. ii, art. i, § 3. 
(4)/d., tb., art. 1,§4. 

(5) Voy, Girou, de la Générçktion, Ipc, cit,, et Philosophie physiolo- 
gique. 



DANS l'hÉIÉDITÉ. 21 

pereur à deux sexes , mari d'une vestale et femme d'un 
esclaTe, qui saluait publiquement les courtisanes de Rome 
du titre militaire de commilitones 1 Ne nous montre-t-elle 
pas, à de grands intervalles de temps et de pays, l'ascé- 
tisme de Blanche slnoculant de même à tous ses enfants? 
le goût des pèlerinages et des dévotions de la mère de 
liouis XI à son politique fils ? l'esprit de domination et 
d'humeur impérieuse de Marguerite de Brabant au traître 
Jean Sans-peur? ne Toyons-nous pas revivre, chez un au- 
tre fameux duc de Bourgogne, Charles-le-Téméraire, l'es- 
prit de méfiance et le caractère soupçonneux de sa mère, 
avec le même teint brun, avec les mêmes cheveux, et les 
mêmes yeux noirs, et le même feu du regard? L'hypo- 
crisie profonde et la duplicité mêlée de bigotisme et de dé- 
pravation de Catherine de Médicis, dans les rois assassins 
Charles IX, Henri III? L'esprit des grandes affaires, le cœur 
invincible aux grandes adversités de Jeanne d'Albret, 
de Navarre dans le grand Henri IV? et dans son petit-fils 
Louis XIV, la fierté de la reine Anne d'Autriche, mêlée à 
quelques-unes des hantes qualités de son illustre aïeul? 
nulle part, en un mot, dans cette succession généalogi- 
que de vices ou de vertus que nous montre l'histoire, le 
côté maternel ne se produit à nos regards, en principe in- 
fécond. 

Que de telles analogies d'inclinations ne dérivent pas, 
comme on le pense trop exclusivement, parmi les écrivains 
peu versés dans l'étude et dans la connaissances des ori- 
gines physiques de la nature morale, des seules influences 
de l'éducation, de l'exemple et de l'époque, c'est comme 
nous l'avons dit, ce que prouvent sans réplique l'obser- 
vation directe chez les animaux, et, chez l'homme, l'ex- 
périence journalière de la vie. 



22 DES TYPES INDIVIDUELS 

On voit d'abord chez l'homme, comme Gall, ayant 
BOUS, en faisait la remarque, dans la même famille, sous 
l'uniformité la plus absolue de ces trois influences, les 
penchants et les goûts varier chez les enfants, variété an- 
térieure à toute éducation et bien évidemment native des 
caractères : on reconnaît ensuite, dans cette variété, des 
rapports tout aussi essentiellement natifs de conformité, 
entre les inclinations les plus prononcées d'une partie des 
enfants, et quelquefois de tous les enfants du même sexe, 
et les inclinations naturelles des mères : enfin, et Parga- 
ment nous semble décisif, il peut sis rencontrer lès plus 
frappants contrastes entre ces analogies et le caractère des 
pères. Girou de Buzareingues nous a donné deux faits qui 
rentrent dans ces trois cas : le preknier est celui de deux 
sœurs issues d'une famille acariâtre, l'une et l'autre 
épouses de débonnaires maris : tous les g&rçons étaient 
acariâtres comme les mères, et toutes les filles débonnaires 
comme les pères (1). L'autre exemple est celui d'une 
femme d'un caractère extraordinaire qui de son alliance 
avec un excellent homme, engendra treize garçons doués 
du même caractère extraordinaire qu'elle (2). 

Nousrapprocherons, de ce dernier fait, un autre fait du 
même ordre et non moins remarquable, en lui^mèine, que 
par l'homme qui en est le sujet , le poète, le savant, le 
profond génie, Goethe. S'il fut un homme au monde 
dont Fontenelle put envier le cœur et l'estomac, ce fut 
l'auteur de Faust : dans une promenade qu'il fait à la 
campagne, madame de Goethe, frappée d'un coup d'a- 
poplexie, reste étendue comme morte. Goethe donne 
l'ordre au cocher de retourner et se contente de mur- 

(I)0ut7. ciX, p.2S3. 

(2)I{l.,p.«9î. ' ' 



DANS l'hérédité. 23 

marer à part soi : « Quelle frajear ils yont avoir à 
« lamaisoii, lorsque noas allons noas arrêter et qfa'ils 
« Terront cette personne inortedans la voitore (1^'). » 
Un prince, Cbarie^Angoste, grand-nluc 4e Weimar, le 
comble de Uenfaits : illni donner 'dît-il (2)^ ,ce que les 
grand» ne donnent gnères, symfNithie, loisir, confiance, 
champs , et maison. Ce bienfaiteur, ce prince effilé dans 
l'ami, meurt subltemeBt.^Goëthe était à table, il recevait 
ses amis : le bruit court de boncbe en bou^te; efn hésite 
longtràips avant de l'en instruire, tant ses amiscraignent 
qu'il ne tombe terrassé pa/r ce coup de fondre. •Goethe 
reçoit celte nonwelle^ rapporte Henri Blaze, avec cet im- 
passible sang^froidqn'il opposait, comme un mur d'acier, 
à tous . les événmnentitf imptîéyus de natnre à troubler 
l'équilibre normal de son existence. ^ Àh ! c'est affreux ! 
« dit^il, parlons d'autre, ohosei. » Et le diner continua. 

T«nt>«n faisant la part du calcoiy dans ce 8oin>extrôme 
^vec lequel il évitait toute impresûon violente , ^oute 
l'Essai dans lequel nous puisons ces détails, il faut dire que 
cetinstinct prodigieuxide la conservationpersonnelle, cette 
volonté ferme de ne jamais intervenir, se trou ve.aa8si dans 
le caractère de sa mère; à cet égard , Goethe renchérissait 
bien un peu sur la nature, mais on doit convenir que la 
femme énergique et puissante à laquelle il devait le jour 
lui avait transmis avec son sang cet esprit d'ii^passibilité 
souveraine qu'il avait fini par ériger en système. — La 
mère de Goethe, lorsqu'un domestique, une servante, en- 
trait chez elle,, lui posait ceci pour premièrç condition : 
« Si vous apprenez qu'un événement affreux, désagréable, 

(1) Henri Blaze, Essai sur Goethe et le second Faust, p. if 4. ^ Pans le 
Failli de^Ooêthei tradu^tioacomplètej Paris, 1840. 

(2) Dans la seule pièce de vers qu'il ait adressée au duc de Weimar. 



24 DES TYPES INDIVIDUELS 

« inquiétant, est arrivé dans ma maison, ou dans la ville, 
« ou dans le voisinage, ne venez jamais me le rapporter. 
« Une fois pour toutes, je n'en veux rien savoir ; s'il me 
« touche de près, je l'apprendrai toujours assez à temps ; 
« sinon, qu'ai-je besoin d'en être affectée (1). » 

L'époux de cette femme d'une trempe d'égoïsme si im- 
pitoyable, ou si l'on aime mieux, d'une sensibilité si 
effrayée d'elle-même, était un homme froid et circon- 
spect, un bourgeois tiré au cordeau, de la ville impériale 
seulement de Francfort : Goethe le rappelait dans ses 
formes et dans sa démarche (2). 

En redescendant de ces types supérieurs de Fhumanité, 
BOUS allons rencontrer, dans l'hybridité, despreuvesana- 
logues du même ordre de faits, chez les animaux. Il n'est 
pas rare d'y voir les bonnes ou les mauvaises qualités de 
la femelle contraster, comme chez l'homme, avec celles 
du mâle, dans le naturel des petits : le mulet, comme le 
poulain, hérite souvent de celai de la jument ; le bar- 
deau , dés travers et des opiniâtres caprices de l'ânesse ; 
dans le bâtard de l'âne et de la femelle du zèbre, l'in- 
domptable indocilité du dernier respire tout entière; 
et l'on retrouve assez ordinairement, dans le bâtard du 



(1) « Ces iustructions furent si bien suivies, qu'en 1805, comme Goethe 
était dangereusement malade à W^eimar, personne n'osa en parler à 
€ sa mère: quelque temps après, lorsqu'une amélioration sensible se dé- 
« Clara, elle fut la première à rompre le silence et dit à ses amies : Vous 
« aviez beau vous taire sur Tétat de Wolfgang, je savais tout. Mainte^ 
c nant, vous pouvez parler de lui ; Dieu et sa bonne nature l'ont tiré 
« d'afiaire : maintenant, il peut être question de Wolfgang, sans que 
« son nom me soit un coup de poignard dans le cœur, chaque fois qu'on 
« le prononce. » — Essai sur Goethe et le second Faust , par Henri 
Blaie, p. 124. 

(2) Le Faust de Goëihe, traduction complète» par H. Blase. — Essai 
sur Goethe et le second Faust, p. 124, 126. 



DAHS L HÉRÉDITÉ. 25 

ehien et de lalouTe, les insimcts féroces, la ToraGité, et la 
sauTagerie de Fanimal des bois (1). 

Quant à Fintelligenee proprement dite, la représenta- 
tion du type maternel dans ses facultés y est si éyidente, 
elle y est si profonde, qne, d'après Bnrdach, il existe des 
langues où elle est consacrée jusque par les mots : telle est 
la langue allemande, dans laquelle le bon sens s'exprime 
par le mot mutlerwitz, Vesprit maternel. 

La mère des deux Ghénier était une femme grecque 
dont la beauté d'esprit égalait celle de corps : comme la 
mère de Johnson, comme celle de Goethe, la mère de 
BufTon était douée, d'une grande et rare intelligence. 
Bufibn mettait de l'orgueil à le rappeler : « Il avait pour 
principe, dit Hérault de Séchelles, qu'en général, les en- 
fants tenaient de leur mère leurs qualités intellectuelles 
et morales, et lorsqu'il l'avait développé dans la conver- 
sation, il en faisait sur-le-champ l'application à lui-même, 
en faisant un éloge pompeux de sa mère, qui avait, en 
effet, beaucoup d'esprit, des connaissances étendues, une 
tète très-bien organisée, et dont il aimait à parler sou- 
vent (2). » 

Cette opinion n'est pas exclusive à Buffon : d'autres, 
Unnée , Fabricius, Burdach (3), et récemment le doc- 
teur Baillarger (4) , l'ont aussi partagée. Les deux pre- 
miers môme en ont comme érigé le principe en loi , en 
faisant dériver exclusivement de la femme, l'un le sys- 
tème nerveux, c'est-à-dire les organes des facultés men- 
tales, l'autre les facultés mêmes. Nous ne partageons nul- 



(4)Bardacb, t. II, loe. eit, 

(S) Hérault de Séchelles, Voyage à Montbar, p. 24. 

(3) Loe. eit. 

(4) Annales médico^hysiologiques. 



26 DES TYPES INDIVIDUELS 

lement, on le Terra plus loin, ces idées exclusives : elles 
sont arbitraii*es, ou, parce qu'elles se déduisent de don- 
nées partielles, ou parce qu'elles découlent de pures théo- 
ries. L^expérience ne confirme^ à nos yeux, que le fait 
qu'elles systématisent, la répâition des types intellec- 
tuels de la mère dans l'enfant. 

Mais ce dernier point est bien hors de question : de 
femmes ineptes alliées à de puissants génies, on voit naître 
desen&nts qui présentent, au lieu des hautes facultés qui 
brillent dans leur père, le même genre d'ineptie ou de tra - 
ver^ d'esprit qni caractérise le côté matemeL L'illustre 
auteur dont nous parlions plus haut, Goethe, nous en 
donne l'exemple : le dernier des enfants qu'il eut de sa 
domestique,. femme d'une beauté remarquable, mais d'un 
esprit vulgaire (1), ne le cédait pas à Goethe, pour la force 
4u corps^ Mais c'était là tout ce qu'il y avait de commun 
entre Goethe et ce jeune homme; et Wieland, dit Blaze, 
l'appelait à bon droit : Der Sokn der Magd, le fils de la 
servante. 

On en trouve un autre ordre de preuves dans des cas 
diamétralement contraires, où des femmes d'une belle et 
vaste intelligence, enchaînées à des hommes personuelle- 
ment médiocres, et issus de parents àu^sî médiocres 
qu'eux, donnent le jour à des filles ou à des garçons qui 
ne sont pas seulement riches en dons de la pensée, mais 
qui présentent encore la même tournure d^esprit, et la 



(1) « Elle vint à lui, un matin, pour lui demander une grâce; jeune» 
« fraîche, accorte, elle lui plut; il la prit avec lui. Goethe eut, de cette 
« femme, plusieurs enfants qui tous moururent, tous , jusqu'à ce fils 
« jifHque qui devait continuer sa race. Goethe vécut de longues années 
^« avliâc la mère de ce fils, et finit par Tépouser en 1899^ au moment môme 
<c où tonnait la canonnade d'Iéna. » —Henri Bldize, Le Faust de Goethe. 
— Essai sur Goethe, p. 113. 



VAïls VvkïïtDvrÈ. 27 

mémenatnred'aplitadesâeTéegqiiibrillentdaiiftlearmère. 
Sisdair nommB qoëlqnes femmes, qui ont ainsi i^ndu 
les facidtés mentales plus aetiTes^dans le seîfi des familles 
auxquelles elles se sont alliées, et il fait, entre antres, re- 
monter à^iine feamoie les- talents qui ont distingué celle 
^tes Pitt (i). Henri Blaze dit de même, que parmi les traits 
caractéristiques que Goethe tenait'de sa mère, née sur les 
bords du Rhin, il ne faut pas omettre cette verve mor- 
dante et ^^te causticité qui coulaient dans sesveines, 
comme un flot de Rudesheimer, ou de Johannisberg (2). 

Une triste consécration de cette hérédité de la physio- 
nomie intellectttelle des femmes émane .directement de la 
pathologie et <le la recherche des causes et des origines 
des maladies mentales. L'histoire de Taliénation prouve 
jusqu'à l'évidence, comme nous le verrons ailleurs (3), 
qu'il n'existe point de trouble de la pensée qui ne puisse 
provenir et souvent ne provienne du côté maternel. 

La nature des mouvements, le caractère des gestes, des 
poses, des attitudes, dansoe qu'ils ont de natif,* remon- 
tent aussi souvent à la même source chez les animaux : 
nous retrouvons dans le mulet la prestesse, la grâce, et 
la vivante y dans le bardeau, la lenteur, la lourdeur, la 
gauchecieinnéil'de leurs mères. 

Il est plus di£Seile, mais non. pas impossible,, de saisir 
4es trûts de la même espèce d'hérédité chez l'homme, 
liais il £ufEit de bien étudier les enfants , et de se placer 
.dans4%rtaines conditions d'observation et d'âge, pour se 
convaincre, ainsi que nous l'avons dit ailleurs, que les rap- 
ports dci mouvements et de d^arche, qui existent entre 



(«) Essai sur Goethe, loc» ct<.,p. 124. 
(3) i^ay. t. n, 4* partie. 



28 DBS TYPES INDIVIPUBLS 

eux et la mère, n'ont pas aussi souTent qu'on se l'imagine, 
l'imitation pour seule ni pour première cause. En dehors 
des circonstances possibles d'imitation, nous aTons, pour 
notre part, trop bien constaté ces analogies de l'activité 
motrice, pour en pouvoir douter, quand même la trans- 
mission, de la mère aux enfants, des troubles et des lé- 
sions de la motililé ne nous en ôterait pas jusqu'à la 
pensée. 
La même observation peut s'étendreà la voix. La voix des 
enfants est aussi souvent celle de la mère que du père« 
et il est des familles où, comme nous l'avons vu de la fa- 
mille Garât, ce que l'imitation ne saurait donner seule, 
l'identité du son et le talent du chant, sont un don exclu- 
sif du côté maternel. 

Nous avons également vu, chez les animaux, le cri ma- 
ternel se transmettre aux petits, dans le métissage. 

Devant cette part immense et patente de la mère à la 
reproduction générale des formes et des qualités, il n'est 
donc point possible de révoquer en doute sa représenta- 
tion dans l'existence physique et morale du produit : et 
l'on s'explique, sans peine, qu'en opposition au système 
exclusif qui a rapporté le germe de l'être au mâle, un sys- 
tème contraire, trouvant partout les traces du type ma- 
ternel, et les yeux uniquement fixés sur ces vestiges, ait 
élevé la doctrine non moins arbitraire de l'exdusive éner- 
gie du principe femelle sur tous les éléments de l'organi- 
sation, et lui ait rapporté, comme à la source unique, 
l'origine, la nature, et la matière de l'être. 

Hais en réalité, sitôt que l'on s'écarte des points de 
vue théoriques, pour mettre en parallèle les faits contra- 
dictoires sur lesquels ils se fondent, la seule conclusion 
générale queles faits permettentd'eù déduire, c'est, comme 



DANS L HÉRBDITÉ. 29 

nous rexpliqaeroDS plas loin dans cet ouvrage, la repré- 
sentation de l'un et de l'autre auteur dans l'hérédité. 

CHAPITRE DEUXIÈME. 

De rhérédité indirecte ou de la représentation des collatéraux dans la 
nature physique et morale du produit. 

Dans les cas analogues à ceux qu'on vient de lire, 
quand les représentations remontent directement de la 
nature physique et morale de l'être à celle de ses au- 
teurs, l'action de l'hérédité se démontre d'elle-même : elle 
ne laisse pas plus de doute sur son existence, que la copie 
d'un tableau dont la reproduction est habile et fidèle n'en 
laisse sur son rapport avec l'original : l'imitation alors se 
révèle dans la vie, comme elle le fait dans l'art; il suflBt 
de comparer la copie au modèle. 

Mais ni le type du père, ni le type de la mère, n'appa- 
raissent toujours dans le type du produit. Il est des cir- 
constances, où, comme nous l'avons dit, un caractère nou- 
veau s'engendre dans la famille (1), où l'être n'a rien 
ou n'a presque plus rien des traits d'aucun parent. Il est 
d'autres circonstances où la ressemblance au père et à la 
mère manque, mais où la ressemblance avec d'autres pa- 
rents vient en prendre la place. 

On observe, en effet, entre des parents souvent fort 
éloignés, et tout à fait en dehors de la ligne directe, entre 
les oncles et les neveux, les nièces et les tantes, les cou- 
sins, les cousines, les arrière-neveux même et les arriè- 
re-cousins, des rapports saisissants de conformation, de 
figure, d'inclinations, de passions, de caractère, de fa- 
cultés, et même de monstruosités et de maladies. 

(1) T. !•', part. 2, liv. Il, chap. i et ii> p. 101 et suiv., 149 et suiv. 



30 DBS TTftl^.UmiYIDlA»*» 

Le premier ordre de faits, celai où le produit dévie du 
type physique ou moral des familles, a son explication 
dans riHNÉiTÉ, cette loi antagoniste de l'hérédité, que la 
CRÉATION et la PROCHE At ION nous ont jprésentée (1). 

Mcûfi le second ordre, de faits, quelle en est Pongine? 
d'où vient cette ressemblance, entre parents étrangers à 
la ligne directe de génération? l'hérédité est-elle la loi 
dont elle dérive? 

Plusieurs écrivains le nient positivement, et parmi les 
auteurs qui ne rejettent pas seulement cette forme d'hé- 
rédité, mais l'hérédité même, il en est qui se sont emparés 
de ces faits pour renverser le principe de l'hérédité, en 
attaquant par eux la valeur de sa preuve, celle de la res- 
sem))lance. <<$!, dit WoUaston, un enfant peut ressem- 
bler, à un de ses parents, quoique la génération ne vienne 
point de ce. parent, pourquoi un autre enfant ne pour- 
raitril pas en faire de même (2)? Un enfant, ajoute en 
uQte son traducteur, ressemble quelquefois plus à l'oncle 
ou^à^st tante, au cousin ou à la cousine, qu'au père ou à 
lajpa^re* Or l'ow.çle, ni la, tante, ni le cousin, ni la <50u- 
sine, n'ont, par la supposition, aucune part à la généra- 
tipA de l'enfant^ donc la ressemblance ne procède pas du 
fait de la génération » (3). 

Montaigne, dpnt la manière est de se hei^rter directe- 
mei;it au fait> si convaincu qu'il soit, que dans ces cas-là 
même, le pl^énomène dépend de la génération, se montre 
cependant fort embarrassé de ces coi*respondances (4). 

Parmi les médecins, des écrivains modernes, tout aussi 



(i) T. pr, Ite part., liv. I, chap. i etii., liv. I,-chap. i. 

(2) Wollaston, Ouv. cit., p. 153. 

(8) Id,, Loc. cit. 

(4) Montaigne, Essai, liv. II, chap, xxxvii, p. 898. 



Bàm. i/mKkwnA. 31. 

conTaincus qoeHontiûgne deraetion de Thârédité sur la 
nature de l'être, n'en ont pas moins ^rn deypir sonstraire 
à cette loi ^e la génération ces sortes de ressemblances, 
on révoquer en doute son influence sur elles. Le profes- 
seur Piorry les tient pour des preuTcs d'hérédité sus- 
pecte. L'hérédité lui semble douteuse, lorsqu'elles exis- 
tent entre l'oncle et le neveu, et à plus forte raison entre 
des cousins de la même famille. U va même jusqu'à dire, 
qu'oju ne peut regarder comme héréditaire une maladie 
qui attaque plusieurs frères, lorsque tous leurs parents 
ascendants n'en étitient pas affectés (1). » 

Le docteur Gaussail est encore plus sceptique; il dit 
en propres termes, que les faits de cet ordre, qui n'ont 
pour éléments que des constatations sur des parents en 
ligi^e collatérale, ne peuvent avoir aucune significa- 
tion (2)^ Nous avons vu plus haut le professeur Lordat 
incliner , en matière d'hérédité mentale, vers la même 
idée (3). 

Tout récemment, un professeur de l'institution royale 
des sourds-muets de Paris, J. B. Puybonnieux, a nié l'hé- 
rédité de la surdi-mutité, d'apr^ les mêmes doctrines. 
Les faits de cette nature lui semblent seulement prouver 
que les familles frappées de surdi-mutité ne sont pas à 
Vnihn du retour de cette infirmité déplorable. Mais, pour 
D0i|s servir de «ses expressions, il n'y voit pas la preuve 
la moins sérieuse que la surdi-mutité soit le moins du 
monde transmissible par génération (4). 



(1) Piorry, ouv, cit,, p. 28, 24. 

(2) Gaussail, de V Influence de Vhér édité sur la production de la sur^ 
e%citahilité nerveuse, p. 74. Conclusion Y. 

(3) Voy, 1. 1, 2ipart., liv. II, chap. ii, p. 561 et 571. 

(4) J. B. Puybonnieux, Mutieme et surdité, ou infittewce de la surdité 



32 DES TTPfiS INDIVIDUELS 

Telle interprétation qne Ton donne de ces faits, il faut 
bien cependant qu'ils aient une origine; ils ne sont pas 
sans cause : il ne su£Bt donc pas de les rejeter, ainsi dog- 
matiquement, en dehors de l'hérédité, pour établir qu'ils 
ne lui appartiennent pas ; il faut déterminer de qmlle 
source ils procèdent, il faut prouver que cette source n'est 
pas et ne peut jamais être l'hérédité. 

Or, il n'y a que trois sources possibles de pareils faits : 
ou la coïncidence, ou Vaction des milieux et des eircon-- 
stances postérieures à Vacte de la génération^ ou Vhérédité. 

Nous ne prétendons pas repousser, en principe, toute 
coïncidence;* nous n'avons pas nous-mêmes méconnu 
qu'on observe, non-seulement entre personnes étrangères 
par le sang, mais entre individus souvent fort différents 
et d'époque, et de climat, et de races, et de pays, de bi- 
zarres analogies d'organisation, des rapports singuliers 
de traits, de physionomie, de mœurs, de penchants, de 
facultés, de passions, etc. (1) : mais admettre qu'il existe, 
sous le type individuel, de ces ressemblances indépen- 
dantes des lois de la génération, ce n'est pas reconnaître 
que la génération n'en établit aucune; il est trop évident 
que la génération en reste le grand principe; encore moins 
est-ce prouver que la coïncidence est Tunique origine des 
ressemblances qui se développent entre les lignes directe 
et collatérale de la même famille. Ce n'est plus l'hérédité, 
c'est la coïncidence qui devient justement suspecte dans 
ces cas ; c'est elle, en un mot, qui, dans ces circonstances 
comme dans toutes celles de communauté d'origine et de 



native gur les facultés physiques, intelleetucUes et morales. Paris, 1846, 
1 vol. in-8o, p. M. 
(1) Voy. Tom. I, «• part., liv. ÏI, ch. ii, p. 571 et 614. 



DAH8 L^HÉRÉDITÉ. 33 

sang, cesse, comme nous l'avons dit (1], d'être une rai- 
son possible. 

Est-ce donc à dire que toutes les ressemblances qui 
surgissent, entre individus issus du même sang, provien- 
nent constamment de l'hérédité? 

Nous ne le pensons pas. 

Il peut apparaître, ou simultanément, ou successive- 
ment, dans le sein des familles, chez plusieurs de leurs 
membres, une incontestable uniformité de type physique 
et moral d'organisation, qui n'appartienne point à l'hé- 
rédité. 

Mais, dans ces cas-là même, il ne s'agit nullement de 
coïncidence ; et pour ne point dépendre de l'hérédité, 
cette parité de nature n'en dérive pas moins de la com- 
munauté d'origine et de sang ; elle n'en émane pas moins 
de la génération ; seulement elle procède d'une autre de 
ses lois. 

Cette seconde loi, Tunique et véritable source de ces 
rapports de formes, de figure, de goûts, de caractère, d'es- 
prit, etc., d'anomalies même, ou de maladies de famille, 
dont l'HÉREDiTE u'cst pas le premier principe, et qui pour- 
tant remontent à la communion du principe de la vie, 
cette seconde loi, dis-je, n'est et ne saurait être que I'in- 
iréiTÉ. 

Encore ne faut-il pas prendre, dans de pareils cas, 
l'HéBÉDiTE pour elle. 

Il n'y a d'iHNÊiTÉ, dans ces circonstances, qu'à deux 
conditions : 

La première, c'est que le type de ressemblance physi- 
que ou morale, qui existe entre des personnes de la même 

(1) T. I. part. II, liv. II, pag. 571 et 614. 

II. 5 



M DES TYPES INDIVIDUELS 

famille, Tienne d'y apparaître, qu'il y soit nouveau, qu'il 

n'y ait point, enfin, franchi les limites d'une génération. 

La ffeconde , c'est qu'il ne s'y rencontre qu'entre des 



A ces deux conditions, l'innéité, pour nous, est pleine- 
ment démontrée, et nous serions prêt à admettre, sur ce 
pctiri;, l'opinion précédente du professeur Piorry (1) qui 
oie fhérédité d'un phénomène morhide commun à plu- 
sknra frères dont les ascendants ne le présentent pas, s'il 
n'avait prétendu, en pareille circonstance, astreindre l'hé- 
rédité à des conditions d'universalité et de régularité sans 
lesquelles elle existe et se révèle, chaque jour, dans le sein 
àf» familles. Non-seulement, à nos yeux, il n'est nulle- 
meut besoin, pour qu'elle soit manifeste, que tous les 
asoendants des frères ou des sœurs aient offert le même 
type normal ou anormal d'organisation : il su£Bt qu'il se 
soit présenté chez un seul pour que l'innéité ne puisse 
èlFe invoquée. 

Par la même raison, ne peut-elle plus l'être, lorsque, au 
lien de se produire entre des frères et soeurs, c'est entre 
lenrs enfants, entre cousins et cousines, ondes et neveux, 
nièces et tantes, etc., etc., que la ressemblance existe. Il 
est indubitable, alors, que le caractère ou le phénomène 
identique, quel qu'il soit, a son origine dans une généra- 
tion antérieure à celle où il se manifeste; or, bien loin 
que, dans ce cas, l'hérédité puisse être un seul instant 
sifspeote, la démonstration en est aussi certaine, aussi pé> 
remptoire, quecelle de l'hérédité directe la mieuxprouvée. 

Comment ! objecte-t-on, un caractère semblable ne 
peut-il se former, un phénomène quelconque ne peut-il 

(l)Ioc.ca., p. 23, 24. 



DANS l'hébédité. 35 

se produire simultanément, soos les mêmes expressions, 
chez diverses personnes, indépendamment de l'hérédité, 
du seul fiait de l'action des causes qui l'engendrent? Ces 
causes, quelles qu'elles soient, ne peuTent-elles pas agir, 
d'une manière identique , sur des individus de la même 
famille, comme une épidémie ou une endémie agissent 
sur des personnes étrangères par le sang? 

C'est évidemment cette considération qui a déterminé 
différents auteurs,et particulièrement le professeur Piorry 
et le docteur Gaussail, à déclarer nulle, ou pour le moins 
douteuse, toute hérédité qui n'apparaît point dans la 
ligne directe. 

L'objection semble grave et tend à soulever la ques - 
tion du degré de puissance et d'action des milieux et des 
circonstances postérieures à la génération de l'être, sur le 
type et l'état de la nature physique et morale du produit. 

Mais il suffira de quelques réflexions pour reconnaître 
que cette argumentation n'a ni toute la valeur ni toute la 
portée qu'on lui supposerait. 

1 ^ L'action des milieux et des circonstances , en tant que 
postérieure à la conception de l'être , est inadmissible 
comme raison de tout ce qu'il y a d'originel et de primitif 
dans le type de l'être : il est bien évident qu'il n'est au 
pouvoir d'aucune influence, consécutive à la naissance du 
produit, d'expliquer pourquoi des moutons, par exem- 
ple, des chèvres, des taureaux, etc. , ne portent pas de 
cornes, ou pourquoi des chiens portent six doigts au lieu 
deeinq, etc. ; il en est de même de tous les caractères phy- 
siques ou moraux dont le principe remonte à l'organisa- 
tion, de ceux des anomalies , et très-fréquemment de ceux 
des maladies. 

2o Le même ordre d'actions est inadmissible comme ex- 



36 DES TYPES INDIVIDUELS 

plkation de tous les phénomènes, soit physiques, soitmo- 
' raux, soit physiologiques, soit pathologiques , que ni les 
circonstances ni les milieux n'ont le pouvoir d'engendrer. 
Or , il arrive souvent de voir l'hérédité se révéler, sous 
une forme indirecte, dans des cas qui rentrent dans l'une 
ou l'autre de ces catégories. Un homme bien conformé, 
parmi les parents duquel s'en trouvaient deux atteints de 
bec-de-lièvre, eut d'une premièrefemme onze enfants, dont 
deux avec un bec-de-lièvre ; et, d'une seconde, deux qui 
étaient afiectés de la même difformité (1). Une femme dont 
la famille renfermait plusieurs membres atteints de dureté 
d'oreille donna le jour à deux garçons sourds-muets (2). 
J.B. Puybonnieux nous rapporte lui-même des faits ana- 
logues; le premier est celui d'un enfant, seul sourd-muet, 
parmi cinq enfants, dont le père avait une tante et un frère 
sourds-muets. Le second est. celui d'un enfant qui, ayant 
six frères infirmes comme lui, et deux qui entendaient, 
avait une tante sourde-muette. Un troisième est encore 
plus extraordinaire : 

Deux sourds-muets qui étaient, en 1828, dans l'école 
d'Hartford , avaient chacun quatre cousins ou cousines , 
tous sourds-muets , et tous descendant, par lignes sépa- 
rées, d'une seule bisaïeule qui entendait et parlait, et il n'y 
avait pas un seul sourd-muet dans les deux générations 
intermédiaires (3). Un fait que cite Meckel offre une ap- 
parence encore plus singulière , et n'en appartient pas 
moins, commeles précédents, d'après les mêmes principes, 
à l'hérédité. Une femme^ née d'une famille où il y avait eu 



(1) Anna, Salzh.Med, Chir, Zeitung, 1805, t. IV, p. Î17. 

(«) Burdach, Traité de physiologie, t. Il, p. Î68. 

(3) J. B. Puybonnieux, Mutisme et surdité, part. I, chap. i, p. 26. 



DANS l'hérédité. ^1 

plusieurs hypospadias^ mit au monde deux garçons affectés 
tous les deux de cette anomalie (1). 

Maintenant, à l'égard même de ceux des phénomènes 
dont cet ordre d'influence peut être l'origine, on ne peut 
les regarder comme se rattachant tous, indifféremment, et 
de toute nécessité, à cet ordre de causes. Car, jusqu'à quel 
point, les faits qui nous paraissent le plus étroitement liés à 
une cause possible, sont-ils indépendants d'une cause diffé- 
rente, ou d'une cause antérieure? 

C'est une question qui a malheureusement, en physio- 
logie conune en pathologie, toute l'obscurité, toute la dif- 
ficulté, toute la complexité de la théorie de la cause, en mé- 
taphysique. L'effet se rapporte rarement à une cause uni- 
que. Dans la plupart des cas, le phénomène dériye d'un 
concours d'actions dont il est difScile d'apprécier la nature 
et de fixer l'importance relative à la date ; la distinction 
des causes en efficientes, enprédispo$ante$, et en oecasian" 
Mlles, le fait assez comprendre. 

« Ces distinctions ne sont pas, dit le profond Lordat , 
d'un médiocre intérêt. On reste étranger à l'étiologie , 
si l'on ne sépare pas une cause efficiente d'avec une 
occasionnelle ; une procatarctique d'avec une détermi- 
nante; une cause génératrice d'avec une conditionnelle; 
une accidentelle d'avec une proégumène (2). » 

L'intérêt de semblables distinctions est surtout d'une 
grande valeur dans le diagnostic de l'hérédité et particu- 
lièrement de celle qui n'apparaît que dans la ligne indi- 
recte ; on risque, sans leur secours, de la méconnaître, en 



(1) Mttcke], HandbHch der pathologischen Anatomie, 1. 1, p. 70. — Bur- 
daeh, loe. cit, 

(1) Lordat, Ebamhe du plan d'un traité complet de phygiologie hw 
maine^ p. 84, 85. 



38;: ^^^ TYPES INDIVIDUELS 

prenant pour la cause effêctiye et réelle une cause explo- 
sive du phénomène transmis. 

Très-souvent, en effet, comme l'a pensé Pritchard (1) , 
il arrive que la cause prédisposante renferme le phéno- 
mène initial tout entier, et que les causes qui nous sem- 
blent en être le principe ne font que concourir à son dé- 
veloppement et qu'aider, en quelque sorte , aux phases 
de son progrès. Or, souvent, dans ces cas, le phénomène 
initial, que la cause nommée prédisposante recèle, a ses 
premières racines dans les sources de l'être, et date en lui 
de l'instant de la génération, où nécessairement il a l'iiï- 
wÉiTÉ ou I'hérédité pour unique origine. 

Nous avons dit, plus haut, à quelles conditions I'iiïixeite 
pouvait en être le principe. 

Nous dirons maintenant que, dans les cas contraires , 
pour croire à une cause, autre que l'hérédité, du phéno- 
mène semblable, normal, ou anormal, qui surgit entre 
deux branches de la même famille, il faut aussi le con- 
cours de deux conditions : 

La première, c'est que la cause, quelle qu'elle soit, pos- 
térieure à la génération , à laquelle on rapporte, comme 
à son vrai principe, le phénomène semblable, suffise à le 
produire, ou par la nature , ou par la durée, ou par l'in- 
tensité de son action; 

La seconde, c'est que, depuis au moins cinq généra- 
tions, la ligne collatérale ou la ligne directe n'aient point 
présenté, sous l'action d'autres causes , de phénomène 
semblable. 

Hors de ces conditions , l'hérédité pour nous est un fait 



(1) Pritchard, Researches into thephysical history of man, %• édit. 
Tol. Il, p. 596 et suiv. 



DANS l'hérédité. 3^ 

manifeste, par la raison plausible qu'une coïncidence qui 
affecte à ce point de fidélité la marche ordinaire de rbé- 
rédité, et qui détermine, dans une même famille, les mêmes 
phénomènes qu'elle, ne peut être autre chose que Théré- 
dite elle-même. 

Tout au plus , dans ces cas , ya-t-il lieu d'admettre dans 
la ligne indirecte, comme dans la ligne directe , pour une 
part d'influence, les causes concomitantes, ouïes circon- 
stances de diverse nature, de temps, de climat, de lieu, 
deirie, d'éducation, etc. (l), qui ont fayorisé l'action de 
son principe. 

CHAPITRE TROISIÈME. 

De l'hérédité en retour, ou de la représentation des ascendants dans la 
nature physique et morale du produit. 

Ce n'est pas, en effet, exclusivement dans la ligne in- 
directej que le produit peut devoir à l'hérédité un^type 
du moral ou du physique de l'être qui ne rappelle point 
celui de ses auteurs immédiats; et ce serait une erreur 
profonde de penser que l'hérédité de la ligne directe se 
suive constamment et sans solution de continuité. 

Par un phénomène bien digne de remarque, on l'y 
voit, an contraire, affecter une marche telle qu'elle sem- 
blerait soumise à cette singulière loi de l'intermittence 
qui régit la plupart des états de la vie. 

Indépendamment des variations sans nombre et des dé- 
viations dont l'iNiféiTÉ reste toujours le principe, la res- 
semblance s'y montre sujette aux suspensions et aux dis- 

(i) Piorry, Mémoire cité, chap. ir, v, p. 82t. 



40 DES TYPES niDlVIDGELS 

paritions les plus arbitraires, et Ton serait tenté de croire 
à la désoétode, ou même à l'omission complète de sa loi, 
si l'on ne considérait que les auteurs immédiats; mais en 
reportant ses regards par delà ces auteurs, on yoit que 
ces omissions ne sont qu'apparentes, et que ces lacunes 
tiennent à l'hérédité. 

Nous disons qu'elles tiennent à l'hérédité, parce que 
ces lacunes ont pour caractère de ne point former de 
types nouveaux proprement dits, mais de constitoor 
de %imple& interversions, ou de siaiples substitutions dans 
les ressemblances. 

Les ressemblances, en d'autres termes, persistent, 
mais ne se suivent pas. 

« Quelquefois, dit Burdach, l'hérédité transmet seule- 
ment la prédisposition à une qualité qui n'apparaît elle- 
même que dans la génération suivante : cette qualité 
manque donc pendant une génération durant laquelle 
sa prédisposition demeure latente et se montre de nou- 
veau à la génération qui suit, de manière que les en- 
fants ressemblent, non à leurs parents, mais à leurs 
grands-parents (1). » 

La connaissance de ce fait n'avait pas échappé à l'an- 
tiquité : Aristote (2), 6alien(3), Pline (4), Plutarque, etc., 
en portent témoignage : des auteurs moins reculés, Zac- 
chias (5), Sinibaldi (6), Cardan (7), et après eux une foule 



(1) T. n, loc. cit. 

(2) Aristot., de GeMrat. aninuU,^ c. m et zyin. 
(8) Galen., deSpermate, c. xni. 

(4) Plin., Histor. natur,, 1. VII, c. xii. 

(5) Pauli Zacchiae Quœst. medic, Ug.^ 1. 1, tit. y, qusBSt. 1. 

(6) Sinibaldi GetiMMthropBiœ^ etc., p. 626. 

(7) H^rtvJim genitalis y p. 82. 



DAMS l'hÉBBDITÉ. 41 

de médecins et de naturalistes, Maupertois (1), Yander* 
monde (2), Yeuette (3), Fodéré (4), Roussel (5), Osian- 
der(6), Hofacker(7],Giroa de Buzareingnes, Dachesne, 
Sageret» etc., enfin tons les auteurs qui reconnaissent la 
loi de l'hérédité confessent également cet étrange retour 
qu'elle fait sur elle-même. Plusieurs ont même cherché 
à se dérober par des théories à ce qu'il a, conmie le dit 
avec raison Boussel, d'embarrassant pour toutes les hy- 
pothèses. Montaigne, peu soucieux des explications, se 
laisse aller sur ce fait à toute sa surprise. « Nous 
« n'ayons que faire, s'écrie-t->il, d'aller trier des mira* 
« des et des difficultez estrangières : il me semble que 
« pannyles choses que nous veoyons ordinairement ily a 
« des estrangetezsi incompréhensibles qu'elles surpassent 
« toute la difficulté des miracles. Quel monstre est-ce 
« que cette goutte de semence de quoy nous sommes pro* 
« duicts porte en soy les impressions non de la forme cor- 
« porelle seulement, mais des pensements et des inclina- 
« tions de nos pères? cette goutte d'eau, où loge-t-elle 
« ce nombre infiny de formes? et comme porte-t-elle 
« ses ressemblances d'un progrèz si téméraire et si des- 
« réglé que l'arrière-fUs respondra à son bisaïeul, le nep- 
- veu à l'oncle (8)? » 

(1) Maupertuis, OEuvres complètêSy t. II, Vénus physique , 2« partie , 
chap. m. 

(3) Vandermonde, Essai sur la manière de perfectionner Vespèce hu- 
mainey 1. 1, p. 86. 

(3) Venette, de la Génération de rhomme^ 8« part., cbiq). vii. 

(4) Fodéré, TraUé de médecine légale , t. II , chap. n , p. 367 ; et t. Y, 
p. 127. 

(5) Roussel, Système physique et moral de la femme, p. 189. 

(6) Handbuch Entbindunskunt, 1. 1. 

(7) Hofacker, Ueber die Eigenschaffen , welche sich bei Menschen und 
Thierenvon den Elternaufdie Nachkommen vererben, passim. 

(8) Montaigne, Essais^ liv. Il, ch. xxx?ii. 



42 DES TYPES INDIVIDUELS 

Montaigne eût été bien plus émerveillé, s'il eût su, 
dit Giron, que dans cette goutte d'eau il y a une infinité 
de formations douées chacune de la propriété qu'il rap- 
porte à leur collection ( 1 ) . « Le père et la mère, lisons-nous, 
en efiet, plus haut, dans cet auteur, étant représentés 
plus ou moins puissamment dans leurs formations ner- 
veuses, l'organisation tant intérieure qu'extérieure du 
fœtus, qui naît de l'union de ces formations, se compose 
donc de deux branches, Tune qui vient du père, et que 
j'appelle masculine, l'autre, qui vient de la mère, et que 
j 'appelle féminine : mais comme chacune de ces branches se 
compose elle-même de deux autres branches, l'une mas- 
culine et l'autre féminine, provenant des aïeuls des deux 
sexes, tant paternels que maternels, et ainsi de suite^ il y 
a dans le fœtus une série de représentations ascendantes, 
dont chaque terme est d'autant plus faible qu'il remonte 
plus haut (2). » 

Sans approfondir ici, jusqu'à quel point, on doit croire 
ou ne pas croire à la réalité et à la puissance de cette 
interminable multiplicité de représentations que l'ingé- 
nieux écrivain voit latentes dans chaque goutte du fluide 
séminal, les faits les plus probants, les observations les 
plus décisives, ne laissent pas un doute sur la loi de retour 
de l'hérédité, qu'il explique par elles ; il est encore vrai, 
que ce retour peut survenir, après un certain nombre de 
générations (3); il l'est enfin qu'il peut représenter les 
types des côtés paternel et maternel de l'être. 

Cette loi de rappel est loin d'être étrangère aux plan- 



Ci) Girou, de la Géi^aiiony p. t71. 

(S) /dem, p. 199. 

(S) Âristote, de Gemrai. animal., c. xtiii. 



DANS l'hérédité. 43 

tes ; elle y est très-commune. Frappé de cette tendance 
marquée des végétaux à offrir de nouveau, après une 
sorte d'oubli et d'intermittence parfois très-prolongés, 
la plus vive ressemblance avec leurs ascendants, et quel- 
quefois jusque dans la ligne indirecte, Duchesne l'a dé- 
signée sous le nom à^Àtavisme. 

Sageret s'est assuré de sa réalité par des expériences; 
mais cette espèce de retour de variétés, souvent disparues 
depuis longtemps, ne lui en laisse pas moins tout son 
étonnement de cette étrange faculté dont jouit la nature 
de reproduire ainsi, chez les descendants, tels ou tels ca- 
ractères qui avaient été ceux de leurs ascendants, et il ne 
manque point de comparer ces faits aux faits de ce 
genre qui se passent chez les animaux (I). 

Us y sont en effet on ne peut plus analogues. On re- 
trouve dans des produits qui diffèrent à la fois du père 
et de la mère tous les caractères de la nature physique ou 
morale des aïeux. 

Si l'on en croit Burdach, cette loi de rapport serait 
poussée aussi loin que possible dans le mode de se 
reproduire qui, d'après Ghamisso, serait propre aux 
biphores. Les biphores, selon lui, commenceraient par 
naître dans des sporocystes, ou poches membraneuses 
renfermant plusieurs spores, que l'organisme-souche re- 
jette hors de lui. Mais elles se propageraient par des gem- 
mes internes qui, une fois développées, procréeraient à 
leur tour des sporocystes, et ainsi de suite, en sorte que 
dans les générations qui se succèdent, la propagation 
aurait alternativement lieu par des gemmes et par des 
sporocystes : le mode de reproduction varierait donc, 

(1) Sageret, Pwnologie physiologique, p. fi56*W. 



44 DES TYPES INDIVIDUELS 

suivant les générations, et les petits ne seraient jamais 
procréés, chezcesétres, comme leurs parents, mais comme 
leurs grands-parents (i). 

Quoi qu'il en soit de ce fait et de l'explication que Bur- 
dach en propose, le phénomène qu'il présente se repro- 
duit, il est vrai, avec moins de constance et de régularité, 
chez l'honmie et l'animal, dans tous les attributs et modes 
de la vie. 

Ceux de ses caractères qui parlent pour ainsi dire sen- 
siblement aux yeux, tels que les éléments de la colora- 
tion, en offrent une foule d'exemples. 

Girou de Buzareingues a vu reparaître dans des pou- 
lains mâles, le poil de leur aïeul, et, dans des pouliches, 
celui de leur aïeule, qu'on ne trouvait, ni dans le père, 
ni dans la mère (2). Siebold cite un fait analogue chez 
l'homme, et qui se représente assez fréquemment dans 
certaines familles : deux époux, dont les «pères étaient 
roux, mais qui n'avaient pas les cheveux de cette couleur, 
mirent au monde quatre fils roux, et trois filles dont la 
chevelure avait une autre teinte (3). 

On est surpris souvent, écrit l'avant-dernier auteur 
dont nous parlions, de voir naître des agneaux noirs ou 
tachés de brebis et de béliers à laine Manche ; mais si 
l'on prend la peine de remonter à l'origine du phénomène, 
on le trouve dans les aïeux (4). Ce phénomène se représente 
dans une foule d'espèces, et d'après Hofacker, il est assez 
commun pour qu'on l'ait exprimé par un terme parti- 
culier dans quelques langues : il porte, en allemand, celui 



(i) Tome I, p. 69, § 41, et t. II, p. 270. 
(2} De la Génération, p. 128. 

(3) Siebold, /ouma/ /Wr Geburif Aiial/'e, 1. 1, p. 266. 

(4) Girou, Quv. cU,^ p. 128. 



DANS l'hérédité. 45 

de Buckschlag (1). Les taches ou nœ^os qa'on tient de la 
naissance sont snjettes à ce même mode de transmission. 
Aristoie raconte qu'an homme qui avait au bras une tache 
noire, engendra un fils qui n'en fut pas marqué; maison 
retrouva, sur la même partie du corps du petit-fils, la tache 
de i'aïeul. 

Cette hérédité en retour de la couleur , au lieu de ne 
porter que sur une partie de la teinte tégumentaire , peut 
porter sur toute la coloration, et donner naissance à des 
résultats tout aussi naturels, mais qui semblent d'abord 
eitraordinaires : tels sont ceux qui proviennent quelque- 
foisdu croisement des races blanche et noire, dans l'espèce 
humaine. L'antiquité en a recueilli quelques exemples. 
Il y eut une femme grecque, dit Plutarque, qui ayant 
enfanté un enfant noir, et étant appelée en justice 
comme ayant conçu cet enfant de l'adultère d'un Maure, 
il se trouva qu'elle était , eu la quatrième ligne , descendue 
d'un Éthiopien (3). Aristote (4), Pline (5), Solin (6) 
rapportent ou le même fait, ou des faits analogues. Un 
témoin oculaire nous racontait encore , il y a peu de mois, 
un cas identique, d'une pauvre négresse qui se trouvait , 
à la même époque, à Paris : le mari de cette femme était, 
de son aveu, un nègre pur sang, et elle-même aussi noire 
que peut l'être une négresse. Mais , si noire qu'elle fût , 
elle descendait, ou du moins prétendait descendre de 



(1) flofacker, ouv, cit,, p. 12. 

(2) Aristot., Histor. animal.^ 1. VU, c. vi, p. 893, édit. in-fol. Paris, 
16t9. 

(3) Plutarque, OEuvres morales, trad. d*Amyot, édit. in-fol., p. 267. 

(4) Aristot., Histor, animal , iib. VII , c. v , de gmerat. animai., 

c. IVIII. 

(5) Pline, Hist.nat., 1. Vll, c. xii. 

(6) Polyhistor.y c. ly. 



46 DES TYPBS INDIVIDUELS 

blancs. Ce qu'il 7 avait de positif, c'est qu'elle avait 
donné le jour à un enfant blanc , aux cbevenx blonds , 
onduleax plutôt que frisés, et chez qui le type nègre ne 
s'accusait qu'à peine dans la conformation. Quoique sus- 
ceptible d'une autre interprétation ( 1 ) , le fait pouvait être 
tel que le disait la mère. Yenette tenait de la bouche de 
l'int^idant de la Rochelle, Bégon, homme d'expérience 
et d'un grand savoir , qu'aux Antilles il avait vu naître 
de mulftbres, des enfants jumeaux dont les uns étaient 
blancs, avec des cheveux longs, et les autres noirs, avec 
les cheveux crépus; ce contraste, disaitpil, ne pouvait 
provenir que du fait des ancêtres qui avaient été de Pane 
et de l'autre espèce (2). Ce que Azara rapporte de la barbe, 
chez les Indiens, et particulièrement chez les Abipones , 
ajoute un nouveau poids à cette explication : « Quand on 
voit un Indien avec un peu de barbe, afSrme cet auteur 9 
on peut être certain que , parmi ses ancêtres , il y a eu , 
du côté paternel ou maternel , une personne de race eu- 
ropéenne (3). Des phénomènes semblables se reproduisent 
tous les jours chez les animaux (4). 

C'est donc en vain que Fien refuse sa croyance à tous 
les faits de ce genre , et repousse le principe de l'action en 
retour de l'hérédité (5) : la propagation des divers élé- 
ments de la conformation , celle des anomalies , celle des 
maladies rendent le doute impossible. 

La succession des formes et de tous leurs caractères est. 



(1) Voy, 1. 1, «e part., liv. II, ch. i, p. 2U, 818. 
(3) Venette, Génération de l'homme, t. II, p. 245. 

(3) Pritchard, Histoire naturelle de rhomme^ t. II, p. 210. 

(4) Girou, ouv, cit., p. 808, note 41* 

(fi) « Non credo sic obliteratam in filio similitudinero, in nepote revi- 
« viscère posse. » — Fienus, de Viribus imaginationiSy p. 61, éd. Elzev. 



DANS LBintoiTi. 47 

en effet, sujette aux mêmes intermittences, aux mêmes 
réapparitions. 

Les formes les plas latentes dus Taseendant repa- 
raissent souYent , dit Girou de Buzareingues , sans altéra- 
tion ni déduction dans le descendant (1); lorsqu'un ani- 
mal né de parents d'une grande taille est demeuré petit, 
par défaut de nourriture , les petits qu'il produit acquiè- 
rent une taille qui dépasse la sienne (2). 

La réapparition du type des ascendants peut être inté- 
grale. 

Un chien de chasse pétait issu d'un mère braque et d'un 
père épagneul. Son aïeul maternel était braque, et son 
aïeule paternelle, épagneule. On ignore ce qu'étaient 
l'aïeul paternel et l'aïeule maternelle ; il était lui-même 
braque. Ce chien accouplé avec une chienne braque 
donna des mâles épagneuls qui n'avaient ni sa cou- 
leur , ni son caractère, mais bien le poil et le carac- 
tère de son père. Il donna aussi, du même accouple- 
ment, des chiennes braques auxquelles il avait transmis 
sa bonté et sa vivacité; et de plus des chiens bra- 
ques qui avaient le caractère du père, et la couleur de la 
mère (3). 

Le même naturaliste raconte qu'une demoiselle avait 
une resseniblance frappante avec le frère de son aïeule 
paternelle auquel ne ressemblaient ni son père , ni cette 
aîeale. Curieux de connaître l'origine de ce fait , il apprit 
que le père et la mère de cette jeune personne étaient 
l'un et l'autre issus , par deux sœurs , d'un bisaïeul corn- 



Ci) Loc. cit. 

(3) Hofacker, ouv. cit.^ p. 3. 

(3) Girou, de la Générationy p. 128. 



48 DES TYFBS INDIVIDUELS 

muQ auquel elles ressemblaient probablement. De Tane 
de celles-ci étaient nés et ce grand-oncle maternel auijuel 
ressemblait cette demoiselle et Païeule paternelle à la- 
quelle elle ne ressemblait pas ; de l'autre sœur était né 
l'aïeul maternel de la même demoiselle ( 1 ). 

Le plus généralement ces sortes de réapparitions ne 
sont que partielles, et ce sont surtout les anomalies qui les 
rendent saisissables. 

Quand on est parvenu, par des soins réitérés, dit Van- 
dermonde, à corriger les imperfections dans une souche, 
il arrive quelquefois qu'elles reparaissent dans quelque 
individu (2). Un individu complètement normal, mais 
issu de parents mal conformés, voit renaître dans ses en- 
fants les anomalies qui avaient affligé ceux-ci (3). Il n'est 
pour ainsi dire point de difformité , ni de monstruosité , 
de celles du moins susceptibles de se reproduire, dont la 
reproduction n'offre dé ces exemples. 

Un homme ou une femme sexdigitaires peuvent avoir 
une partie de leurs enfants , et même tous leurs enfants , 
exempts de cet arrêt de conformation ; ces en&nts , à leur 
tour , peuvent donner le jour à des enfants aussi bien con- 
formés qu'eux-mêmes : mais il arrive aussi qu'ils leur 
transmettent l'anomalie dont ils avaient été exempts (4). 
Les observations de polydactylie recueillies par Mau- 
pertuis (5) , par Benou , par Riville (6) et particulière- 
ment la généalogie des célèbres Golburn (7) et Gratio Kal- 

(1) id., p. m. 

(2) Vandermonde, ouv, cit. y 1. 1, p. 86. 

(3) Isid. GeoCr. St-Hilaire, ouv. cit., 1. 111, p. 378. 

(4) Valmont-Bomare , ouv. cit., t. VIII, p. 492. 

(5) Maupertuis, OEuvres complètes^ 1. 11, Vénus physique, loc, cit. 

(6) Valmonl-Bomare, loc. cit. 

(7) Philosoph. transact , 1814, p. 94. 



DANS l'hérédité. 49 

leja (1) en fournissent la preuve : ces faits se sont repro- 
duits chez plusieurs des membres de ces deux familles , de 
la première aux troisième et quatrième générations. 

Il en est ainsi de la scissure des lèvres et du voile 
du palais : un homme bien conformé dans les parents 
duquel s'en trouvaient deux atteints de beo-de-lièvre , 
eut, d'une première femme , onze enfants dont deux avec 
uu bec-de-lièvre ; et d'une seconde, deux qui présentaient 
la même difformité (2) : une femme tenant à une famille 
dans laquelle il y avait eu plusieurs hypospadias mit au 
monde deux fils affectés de cette difformité (3). 

La gibbosité, la claudication (4), le pied-bot (5) of- 
frent souvent dans leur propagation les mêmes intermit- 
tences. Elles sont également communes dans le transport 
de la plupart des diathèses et des maladies. Le fait précé- 
demment cité d'hérédité de la diathèse hémorrhagique 
dans la famille d'Ernest P.. . en est un exemple grave (6). 
Ces réapparitions des types antérieurs ne sont pas exclu- 
sivesau seul mécanisme de l'organisation ; elles se repré- 
sentent dans tous les attributs de son dynamisme (7). Les 
modes individuels des sensations , ceux des sentiments , 
penchants, et caractères, ceux de l'intelligence, du mou- 
vement, de la voix, sont sujets à ces retours ; mais si fré- 
quents qu'ils soient, pour les retrouver encore plus mani- 
festes, il faut les étudier dans la transmission des singu- 
larités, des excentricités, et des bizarreries qui peuvent 

(1) Burdacb, loc, cit,, p. 254,255. 

(î) Salzb. Med. chir. Zeitung, 1805, t. IV, p. 212. 

{%) Meckel, HandbiKih der pathologischm Anatomie, 1. 1, p. 20. 

(4) Voy. 1. 1, 2« part., liv. IF, chap. i, p. 310, 311. 

(5) Isidor. Geofif. St-Hilaire , ouv, cit. y 1. 1, 2< part., 1. IV, chap. i, 
p. 406. 

(6) Voy. t. I, part. 2, liv. II, p. 240. 

(7) Burdach, loC. cit, 

II. 4 



50 DES TYPES INDIVIDUELS 

atteindre ces modes du dynamisme des êtres. Les anoma- 
lies de la \ision , celles de l'audition, etc. , nous offrent 
de ces lacunes, ou plutôt de ces sauts de génération : nous 
avons rappelé , d'après Venette , le fait de ce muet de 
Surgères , fils d'un homme qui parlait , et petit-fils d'un 
muet (l). Il existe aujourd'hui, à l'Institution royale des 
Sourds-muets, un cas analogue : c'est celui d'un enfant 
seul sourd-muet de cinq enfants doués de la voix et de 
l'ouïe , qui descend d'une grand' mère paternelle sourde- 
muette (2). Il y faut joindre le fait récemment recueilli 
par Florent Cunier, fait si intéressant où nous voyons 
l'exemple de la double transmission à une même petite- 
fille de la surdi-mutité et de la microphthalmie provenues 
de grand'mères de côtés différents (3). L'héméralopie , 
l'akyanoplepsie, ces anomalies si extraordinaires de la vi- 
sion, nous ont présenté d'autres cas analogues ; chez James 
Milnes, dont la vue était naturellement insensible au 
rouge (4), chez l'enfant de onze ans dont Whitloch NichoU 
a raconté l'histoire, et dont l'œil ne perçoit ni le vert, ni 
le bleu (5) ; chez une troisième personne dont parle But- 
ler (6), sujette , comme les deux autres, à l'akyanoblepsie, 
ce sont les aïeux du côté maternel qui ont transmis leur 
imperfection visuelle à leurs petits-fils ; ni leurs pères ni 
leurs mères n'en étaient affectés. 

On retrouve, enfin, les traces les plus sensibles des 



(1) Venette, de la Génération de Vhomme, t. II, p. 230. 

(2) J. B. Puybonnieux, Mutisme et surdité^ p. 37. 
43) Gazette médicale, t. XIII, p. 328. 

(4) Voy. plus haut; etVimont, Traité de phrénoloffie humaine et com- 
parée, p. 349. 

(5) Medico-chirurgical Transactions, vol. VII, p. 427. 

(6) Transactions of ihe phrenological society ofEdinburgh, Lond., 1824, 
p. 290. 



DANS l'hérédité. 51 

mêmes intermittences dans Thérédilé des défauts de ca- 
ractère, des trayers de Fesprit, et jusque des anomalies 
des mouvements. 

Noos avons rapporté l'exemple de cette famille où la 
disposition à être gaucher sautait de la première à la troi- 
sième génération ( l ) . L'auteur qui Ta recueillie parle d'une 
autre famille où l'humeur acariâtre affectait la même mar- 
che dans sa transmission (2) : cette marche est très-com- 
mune dans le crétinisme de rintelligence (3); la propa- 
gation des dons les plus brillants, des plus originales 
dispositions d'esprit, ou de tics presque voisins de l'a- 
liénation , l'a plus d'une fois suivie : une femme d'une 
des plus grandes familles d'Angleterre, qui l'a longtemps 
remplie et plus tard attristée du bruit de son nom, la si- 
bylle du Liban, lady Ësther Stanhope, est le plus curieux 
type que l'on puisse citer peut-être de ces réapparitions 
dans les descendants des âmes de leurs ancêtres. « Son 
grand-père, lord Chatam, avec qui elle avait beaucoup de 
ressemblance, ne faisait rien comme les autres : il était, 
ainsi qu'elle, mystérieux et violent, indolent et actif, im- 
périeux et séduisant : « J'ai les yeux gris et la mémoire 
« locale de mon grand-père, disait lady Esther Stanhope 
« elle-même ; quand il avait vu une pierre sur une 
« route, il s'en souvenait, et moi aussi; son œil, terne et 
« pèle dans les moments ordinaires, s'illuminait comme 
« le mien, d'un éclat effrayant, dès que la passion le pre- 
«^ nait. » — Elle hérita de lui de bien d'autres bizarre- 
ries': dès sa première jeunesse, elle aimait à faire atten- 



(t> Tome I, 2« part., îiv. H, chap. n, art. 4. 

(%) Girou, de la Génération, p. 285. 

(3) Fodéré, Essai médico-légcU, etc., chap. i, p. »8. 



52 DES TYPES INDIVIDUELS 

dre, à tenir chacun en suspens et en crainte, à s'envelopper 
de mystère. Cette manie, qui se retrouve à travers toute 
la vie de lady Esther, pensa coûter à Gliatamun bel héri- 
tage (1). Lady Esther avait la voix vibrante du célèbre 
pair, son peu de scrupule quant aux moyens de succès, 
l'art de frapper, comme lui, les imaginations, et d'impri- 
mer aux volontés une électricité irrésistible : comme lui 
elle captivait et faisait trembler. Son père, lord Stanhope, 
son cousin, lord Camelford , et Pitt, son oncle, le plus 
grand des trois, n'étaient guère moins bizarres (2).» 

Ne serait-on pas tenté de chercher dans cet ordre si re- 
marquable de faits , la raison de l'usage, où étaient les 
Grecs, de donner au petit-fils le nom de son aïeul (3) ? 

Quoi qu'il en soit, une marche si extraordinaire de l'hé- 
rédité devait donner lieu, et elle a donné lieu à des conclu- 
sions bien erronées sur elle. On en a tiré des conséquences 
fausses, en différents sens. Zacchias s'est emparé de ces 
retours des types latents, pour combattre l'opinion émise 
par Hippocrate, que l'hérédité tient essentiellement au 



(1 ) « Il était souffrant (c'est elle-même qui parle); un homme à cheval 
« s'arrête à la porte de Thôtel et veut parler au maître. On lui refuse 
a rentrée : il insiste ; on ferme la porte : il frappe à coups réitérés : sa 
a persistance finit pai triompher , et on l'introduit dans une chambre 
> obscure où le ministre, entouré par un paravent et caché par un écran, 
« se dérobait à tous les yeux.— Que voulez-vous? demande-t-il. — Moi? 
« je veux vous voir ! — Un nouvel assaut fut nécessaire et dura long- 
«ftemps. Quand l'homme fut parvenu à contempler face à face celui 
c< qu'il visitait, il tira de sa poche une botte de fer-blanc , et de cette 
« boite un parchemin. C'étaient les titres de propriété de deux domaines, 
« valant 14,000 livres sterling de rente, légués par sir Edouard Puysent 
« à lord Chatam, comme preuve de son admiration. » 

{Memoirs of the lady Hester Stanhope, as related by herselfin conversa^ 
tiofiswith her physidan^ etc., 3 vol. London, 1845.) 

(2] Revue des DeuayMondes, t. XI, p. 908. 

(8) Journal dês savants, janvier 1844, p. 46. 



DANS L HÉRÉDITÉ. 53 

flaide séminal (1). D'autres aateurs, tels que WoUaston, 
ont pensé pouToir attaquer, par ces intermittences de l'hé- 
rédité, l'hérédité elle-même. D'autres, tels que Mauper- 
tuis (2), Vandermonde (3), et de nos jours Girou de Bnza- 
reingues, abondant au delà de toutes les limites dans la 
thèse contraire, ont, comme nous l'avons dit ailleurs (4), 
poussé Tabus de cette marche en retour de l'hérédité jus- 
qu'à lui sacrifier la diversité même et chercher la raison 
de toutes les différences spontanées qui surgissent du mi- 
lieu des familles, dans des types d'ancêtres demeurés in- 
connus. 

Cette vue erronée n'a pas été restreinte à l'animalité ; 
de savants horticulteurs ont commis la même faute dans 
la végétation, et tendu, comme Duchesne et Sageret (5), à 
réduire Tinnéité elle-même à un pur atavisme. 

Mais nous croyons avoir complètement démontré le vide 
de ces hypothèses (6). 

CHAPITRE QUATRIÈME. 

De rtiérédité d'influence ou de la représentation des conjoints antérieurs 
dans la nature physique et morale du produit. 

Nous venons de voir les auteurs immédiats du produit, 
le père et la mère, demeurer étrangers aux divers carac- 
tères de son mécanisme et de son dynamisme, et ne servir, 
en quelque sorte, que de simples conducteurs aux repré- 



(1) Zacchias, QucBStion. medico-Ugal,, 1. 1, tit. v, qasest. 1, p. 116-117, 

(2) Maupertuis, t. II, Vénus physique, loc, cit. 
(8) Vandermoude, omv. cit. 

(4)Tom. I, part. 2,liv. 1, ch. ii,p. 177. 

(5) Sageret, Pomologie physiologiqite, p. 557-558. 

(6) Tom. I,part. 2, liv. I, ch. ii, p. 171, 190. 



54 DBS TYPES INDIVIDUELS 

sentations de la nature physique et morale des aïeux, dans 
l'être qu'ils engendrent. 

La loi du semblable va nous présenter, dans la procréa- 
tion, des phénomènes d'un ordre bien autrement étrange. 
L'hérédité en retour, malgré son merveilleux, trouve 
jusqu'à certain point son explication dans la commu- 
nauté d'origine et de sang ; les caractères ou types dont 
la génération, dans ces circonstances, est le véhicula, 
viennent bien de plus loin que la procréation de l'être où 
ils s'incarnent; ils viennent même de plus haut que le 
père ou la mère qui forment sa substance ; mais cependant 
ils viennent de la source d'où le père et la mère sont 
venus; pour être plus reculée, elle est toujours la même. 
Il découle, au contraire, de l'hérédité, d'autres types qui 
sont non-seulement d'une date différente de celle delà 
conception de l'être, mais qui sont à la fois étrangers d'o- 
rigine et de substance au produit. 

Ces faits semblent d'une nature si incompréhensible 
que, pour ne pas les regarder d'abord comme des chi- 
mères, il est indispensable de porter l'attention sur des 
faits analogues, au principe desquels il est évident, à nos 
yeux, qu'ils se lient. 

Ce principe est que Teffet de la fécondation, quelles 
que puissent d'ailleurs en être les circonstances, s'étend 
bien au delà du présent immédiat : 

lo Le fait n'admet point de doute en ce qui touche à la 
fécondation elle mente, dans les circonstances de commu- 
nauté d'origine et de sang : différentes espèces inférieures 
nous en offrent de fabuleux exemples. 

Les plus remarquables appartiennent aux nombreuses 
espèces des pucerons. 
Une étude incomplète de ces animaux les avait fait re- 



DANS l'hérédité. 55 

garder par des naturalistes, au nombre desquels il 
faut compter Buffon lui-même, comme des sortes d'andr o- 
gynes^ ou d'êtres doués du pouvoir d'engendrer par eux- 
mêmes et sans copulation. Il était cependant impossible de 
douter de leur accouplement; mais cet accouplement 
paraissait de leur part un acte fantastique et inexplicable, 
puisqu'ils semblaient tous également dépourvus ou pour- 
vus des deux sexes.Les observations minutieuses deBonnet, 
en 1740, substituèrent, sur ce point, le fait à l'apparence. 

11 saisit un petit, aussitôt sa naissance, et le condam- 
na à un isolement absolu ; ce puceron, quoique vierge, mit 
au jour, sous ses yeux, quatre-vingt-quinze petits : il prit 
un de ces petits qu'il séquestra de même, et il obtint 
ainsi, sans le concours d'aucun mâle, cinq générations 
successives de pucerons dans Tespace de cinq semaines : 
l'habile naturaliste ne s'arrêta pas là : il agit à l'égard des 
pucerons de la cinquième comme de ceux de la première 
génération, et le fait se répéta jusqu'à la neuvième. Mais 
le voile n'était encore qu'en partie soulevé : d'où pouvait 
provenir cette fécondité ainsi limitée à un nombre fixe de 
générations? 

Contrairement à tout ce qu'on avait écrit de leur an- 
drogynie. Bonnet se convainquit de Ja distinction des 
sexes parmi ces petits êtres ; il constata chez eux le fait de 
l'existence des mâles et des femelles, comme ou avait 
reconnu, bien avant lui, le fait de leur accouplement. 

Mais quel en pouvait être l'usage, chez des insectes qui 
se multipliaient ainsi, sans son secours? 

La recherche de ce point obscur de la question con- 
duisit Bonnet à une hypothèse, et à une découverte : il 
découvrit qne pendant toute la belle saison, tous les pu- 
cerons étaient vivipares ; que tous alors mettaient au jour 



56 DES TYPES INDIVIDUELS 

des petits vivants, et que vers le milieu de l'automne, au 
contraire, ils devenaient ovipares j et pondaient tons alors 
de véritables œufs. Une singularité tout aussi étonnante 
frappa son attention ; c'est que les mâles ne commencent 
à se montrer qu'à l'automne, dans le temps où les fe- 
melles elles-mêmes commencent à pondre : Bonnet n'hé- 
sita pas un instant à conclure de cette coïncidence à un 
rapport secret entre la ponte des femelles et cette appa- 
rition périodique des mâles (1), mais il se fourvoya com- 
plètement sur l'effet de leur accouplement. Il fit la faute 
de croire que cet accouplement, à une pareille époque, 
n'avait point d'autre cause que de suppléer au défaut de 
nourriture dans les germes qui ne doivent édore qu'après 
être sortis du ventre de la mère, et il ne vit dans ce fait 
qu'un nouvel argument à l'appui de son système que la 
liqueur du mâle est un fluide nourricier (2). 

Là était l'hypothèse, ou plutôt l'erreur; mais derrière 
elle restait le phénomène étrange et bien démontré que 
soupçonnait Tremblay , et que Girou s'efforce de révoquer 
en doute (3) : la propagation de la fécondation par l'ac- 
couplement d'une seule génération , à toute une série de 
générations d'êtres de la même famille. 

D'autres naturalistes ont vu se reproduire chez les pa- 
pillons un phénomène semblable : Bernouilli fait l'histoire 
d'une chenille de papillon-paquet de feuilles sèches, qui , 
après sa transformation en papillon, pondit de même 
des œufs d'où sortirent des chenilles, quoique la mère 
eût été, pendant toute sa vie, privée de l'approche du 



(1) Bonnet, Contemplation de la nature, t. II, 8® part., chap. viii, 
p. 209-îlî; — rrai7^ d'insectologie, !<» part., obs. 8, 9, 19. 

(2) Bonnet, ouv. cit., p. âii. 

(3) De la Génération^ p. 114. 



DANS L HÉRÉDITÉ. 57 

mâle ( 1 ) ; il yérifia le même genre de reproduction sur une 
autre chenille prise sur un poirier. Pallas vit aussi une 
chenille femelle de papillon phalène recueillie sur un 
sapin , aux environs de Berlin, pondre des œufs féconds 
sans le concours du mâle, etc. , etc. (2). 

Ainsi donc une seule et même fécondation peut , chez 
les papillons, comme chez les pucerons, servir et se trans- 
mettre pendant deux, trois, ou quatre générations. 

Ce phénomène se reproduit chez la Paludina vivipara, 
parmi les mollusques : de là l'erreur de Spallanzani, qui 
croyait que les générations se multipliaient chez elle, sans 
nulle fécondation (3). 

D'après les expériences faites par Béaumur , une seule 
réunion des sexes a un effet presque aussi puissant chez l'a- 
beille domestique ; la reine-abeille pond des œufs féconds 
dans tout le cours de Tannée qui suit l'accouplement (4). 

La fécondation ne s'étend , chez la poule , qu'à la portée 
suivante : après l'éclosion d'une première couvée , elle 
peut, d'après Harvey, pondre, sans accouplement , de 
nouveaux œufs fécondés (5). 

2® Les espèces supérieures de l'animalité ne nous offrent, 
il est vrai, aucun fait analogue; mais c'est précisément 
chez elles que Ton rencontre les faits qui témoignent d'une 
manière peut-être encore plus incompréhensible de l'ex- 
tension d'influence de la fécondité ; c'est chez elles qu'on 
observe la représentation de conjoints antérieurs dans la 
nature physique et morale du produit. 

(1) Journal de physique ^ février 1778. 

(3) Valmont-Bomare, Dictionnaire d'histoire naturelle , t. X, p. 128. 

(3) Flourens, Cours sur la génération, Vovologie et V embryologie, Pa- 
ris, 1836, p. 166, voyez Errata, 

(4) Réaumur, Histoire des insectes, p. 523 (a). 

(5) Harvey, Exerdtat, dégénérât., p. 146. 



58 DES TYPES INDIVIDUELS 

Le croisement de diverses espèces d'animaux a permis 
de constater ce curieux phénomène. 

Le métissage où il s'est le plus anciennement produit 
est celui de l'àne et de la jument. Yan-Helmont et Haller 
aifirment l'un et l'autre que, dans l'accouplement de ces 
deux espèces , l'action séminale qu'exerce la première ne 
s'arrête pas au mulet qui en est le produit ; mais que, si la 
même jument, fécondée par un âne, vient à l'être plus 
tard par un étalon, le poulain qu'elle met bas représente 
une partie des caractères de Tâne (1). 

Le savant Huzard révoque en doute cette forme de res- 
semblance en retour (2). 

Si le fait était donné comme constant , dans ces sortes 
de mélange d'espèces , nous penserions , comme lui, qu'il 
est très-contestable ; nous le penserions encore, s'il ne 
s'était produit que dans ce seul métissage, bien que la 
prépondérance de puissance génitale qu'y semble exercer 
l'âne (3) fût de nature à suspendre notre négation : mais 
en considérant qu'il ne se produit pas ainsi générale- 
ment, mais comme fait anormal, et en retrouvant sous ce 
même caractère exceptionnel le même phénomène , dans 
le métissage d'autres espèces, nous avouons n'avoir plus 
de raison de le nier. 



(1) Haller, Elementa physiologiœ.y t. VIII, p. 101. 

(2) Nouveau dictionnaire d'histoire naturelley t. XII, p. 586. 

(3) « L'âne , dit Valmonl-Bomare , semble détruire la génération du 
« cheval : car si Ton donne d'abord le cheval étalon à des juments , et 
« qu'on leur donne le lendemain, ou même quelques jours après, l'âne 
« étalon au lieu du cheval, ces juments produiront presque toujours des 
« mulets et non pas des chevaux. Le contraire n'arrive point lorsqu'on 
« donne l'âne en premier et le cheval en second à la jument, car le pro- 
« duit est presque toujours un mulet. » 

(Valmont-Bomare, Dictionnaire d'histoire naturelle, t. iX, p. 95.) 



DANS l'hérédité. 59 

Home , Meckel , Slark en citent des exemples qui noas 
semblent renverser tous les doutes. 

Le premier rapporte qu'un âne moucheté d'Afrique , 
autrement cot/ag^a, fut en 1815, accouplé, une seule fois, 
avec une jument d'origine anglaise : de cet accouplement 
naquit un mulet marqué de taches comme son père. Dans 
le cours des années 1817, 1818 et 1823, cette même 
jument fut fécondée par trois étalons arabes , et quoi* 
qu'elle n'eût jamais, depuis 1816, revu le couagga, elle 
n'en donna pas moins , chaque fois , un poulain brun 
tacheté comme lui , et dont les taches même étaient plus 
marquées que celles du premier mulet. Les trois poulains 
offraient avec le couagga d'autres signes tout aussi frap- 
pants de ressemblance: une crinière noire , une raie lon- 
gitudinale foncée sur le dos , et des bandes transversales 
sur le haut des jambes de devant et sur les jambes de 
derrière (1). 

Le croisement du cochon et du i^anglier a offert, dans 
un cas , des résultats semblables. Une truie fécondée par 
un sanglier avait, d'après Meckel, mis bas plusieurs 
métis dont quelques-uns portaient le pelage brun du 
père : le sanglier mourut ; longtemps après sa mort , la 
même truie s'accoupla, différentes fois, avec des verrats 
domestiques et, à chaque portée, on. eut la surprise de voir 
reparaître, sur une partie des petits, des lambeaux de la 
robe foncée du sanglier (2). 

Le métissage des diverses races ou espèces de chien 
reproduit le même fait. Nous avons déjà dit que des 
chiennes d'une autre race que leur père ou leur mère, ac- 
couplées à des chiens semblables à elles-mêmes, mettaient 

(1) Everard Home, Lectures of comparative anatomy , t. III, p. 307. 

(2) Meckel, DeulschenÀrcMv., t. VIII, p. 478. 



60 DES TYPES INDIVIDUELS 

quelquefois bas, dans une même portée, des petits de leur 
propre race, et des petits de celle de leurs grands- pa- 
rents (1). La fécondation antérieure, d'après Stark, donne 
lieu, chez les chiens, à des retours analogues : on a tu 
des chiennes saillies par des chiens d'une race étrangère, 
toutes les fois qu'ensuite il leur arrivait d'être saillies par 
d'autres chiens, mettre bas, à chaque portée, parmi 
les petits de la race du dernier père qui les avait fécon- 
dées, un petit appartenant à la race du premier qui les 
avait couvertes (2). 

Burdach, sur tous ces faits, se rallie à l'opinion des au- 
teurs précédents (3), et comme Osiander.(4), il en étend 
le principe jusqu'à l'espèce humaine, et lui soumet le phy- 
sique et le moral de l'enfant. 

Mais ici nous touchons à des points délicats, soit que 
l'on considère le fait en lui-même, soit qu'on en consi- 
dère la cause présumée. 

L'une et l'autre ont ouvert depuis longtemps la voie 
aux plus vives discussions et aux explications les plus 
contradictoires. On a d'abord été si anciennement frappé 
de la ressemblance de l'enfant à son père putatif, dans 
des circonstances où cette paternité semblait avoir perdu 
le droit d'être invoquée , qu'il courait sur ce point un 
adage vulgaire : Filium ex adultéra excusare matrem 
à culpâ : l'enfant adultérin est un voile vivant jeté sur 
r adultère, ce qu'il faut, dit Fien, entendre dans ce sens, 
que la plupart des enfants nés de l'adultère ont plus de 
ressemblance avec le père légal qu'avec le père réel (5). 

(1) Voy. plus haut, p. 47. 

(2) Slark, Beitrœge zur physischen Anthropologie, p. 289. 

(3) Tome II , loc. cit. 

(4) Osiander, Handbuch der Entbindingskunst, t. II, p. 257. 

(5) Fienus, de Virihus imaginationis^ quaest. 13, p. 223. 



DANS l'hérédité. 61 

Navimulierem^ lit-on dans Yanini, quœ extra legitimum 
thorum se alteri prosiituit et infantulum enixa est non 
adulteri cujm furtivo ma erat concubitu^ sed absentis ma- 
riti prorstAS similem (1). Ulysse Aldovrand rapporte un 
fait semblable : mulier quœdam, cum extra legitimum tho- 
rum se alteri viro prostituisset, metiiens improvisum ma- 
riii adventumj enixa est fœtum non adulteri cujus furtivo 
usa erat connubiOy sed absentis mariti prorsus similem (2). 
Les auteurs sont remplis de cas analogues. Ce serait à croire 
qae rien n'est plus commun, chez l'homme, qu'un phé- 
nomène semblable, si la saine critique ne rejetait une 
partie des exemples qu'on en donne, et si la raison qu'en 
proposent presque tous les auteurs qui les citent ne dif- 
férait de l'ordre de causes dont nous parlons. 

Relativement au fait, il n'est pas douteux, à nos yeux, 
qu'on l'a tu là où il n'était pas. La fréquence prétendue 
qu'on lui a supposée tient, dans notre opinion, à la cou- 
fasion de deux faits bien distincts : l'un est la ressem- 
blance du fils adultérin à son pire putatif; l'autre est la 
ressemblance des enfants au mariy dans les cas d'adultère. 

Nous n'avons pas besoin d'expliquer que l'époux de la 
femme adultère, peut, malgré l'adultère, être le père vé- 
ritable, en même temps que le père légal des enfants. 
Or, dans ces circonstances, la ressemblance des enfants 
au mari outragé, n'est qu'un fait pur et simple d'hérédité 
directe, et, comme tel, il n'a plus rien d'extraordinaire. 

Il £aut donc commencer par éliminer tous les cas qui 
supposent le concours possible des deux paternités. 

Or, il n'y a que trois cas où il soit impossible : le pre- 



(1) Vanini, Dialogi, 1. IH, p. 236-237. 

(2) Ulyssis Aldovrandi Monstror, hist-y f, 385, éd. in-fol., 1642. 



62 DES TYPES INDIVIDUELS 

raier est celui d'empêchement physique de cohabitation 
de la part du mari ; le second est celui d'absence du mari, 
prolongée juscpi'au terme où la loi autorise l'action en 
désaveu de la paternité (t); lé troisième, est celui de la 
mort du mari survenue à l'époque où la loi légitime Tac- 
tioii en désaveu de la paternité, par ses héritiers, ou, en 
d'autres termes, plus de trois cents jours avant la nais- 
sance de l'enfant (2). 

Hors de ces conditions, que les anciens auteurs dans 
les exemples qu'ils citent n'ont pas analysées, et dont il 
est douteux qu'ils aient tenu compte, les faits de ressem- 
blance de l'enfant au mari, dans les adultères les plus 
indubitables, s'identifient à ceux de ressemblance de l'en- 
fant à son père naturel ; non que nous prétendions que, 
dans ces cas-là même, la ressemblance équivale à la preuve 
positive de la filiation ; nous prétendons seulement que, 
dans ces circonslances, on n'en peut rien conclure. 

Il n'en est pas ainsi des faits analogues qui viennent à 
se produire dans les conditions que nous avons précisées, 
c'est à-dire lorsqn'après la dissolution , arrivée par la 
mort, d'un premier mariage, la veuve, devenue femme d'un 
nouvel époux, met au monde des enfants dont le type 
rappelle le physique ou le moral du premier mari, au lieu 
de rappeler celui du véritable père (3). Mais, dans 
ces conditions, loin d'avoir la fréquence que les anciens 
auteurs lui ont supposée, le fait est aussi peu commun 
dans notre espèce que dans les autres espèces de Tani- 
malité. 

Il ne saurait non plus supporter la raison que les au- 

(1) Code civU français, tit. xii, chap. i, art. 313. 

(2) Idem, art. 315. ^ 

(3) Osiander elBurdach, op. et loc. cit. 



[ 



DANS l'hérédité. 63 

teurs donnent de tous les faits de ce genre qu'ils ont énu- 
mérés : ils les font dépendre d'une cause exclusivement 
psychologique. 

Cette cause est, d'après eux, la préoccupation m&fklak 
de la mère au moment du coït ; c'est la peur d'une sur- 
prise en flagrant adultère. Le langage de Fien (J) de Va- 
nini (2), d'Aldovrand (3), est sur ce point celui de tous 
les autres écrivains, jusqu'au dix-huitième siècle. Ils n'ont 
d'autre théorie que celle des effets d'imagination de la 
mère sur le fœtus. 

Mais il suifit ici de préciser la nature des explications 
qu'ils proposent, sous le nom de ce lieu commun de causes, 
pour sentir, à l'instant, qu'elles sont inapplicables aux 
faits dont il s'agit. 

Il n'existe pas de préoccupation mentale du genre de 
celle qu'ils ont signalée, chez les animaux. Il n'y a pas 
chez eux de crainte de surprise, il n'y a pas d'adultère. 

Il en est de même des Yeuves,épou8es d'un second mari, 
dont les enfants rappellent, ou les qualités, ou les traits 
du premier. 

Chez les uns et les autres le même phénomène se passe. 

Tout nous indique donc que, dans ces circonstances, il 
dépend d'une cause purement physiologique. 

Une autre conséquence découle même de ces faits, et 
cette conséquence, inverse de l'hypothèse qu'on avait pro- 



(1) « £o quod mater continuo de marito cogitans, metuendo ne ab eo 
« deprehendatur , vel muUub susb prolis prodat verum genitorem , illa 
<t imaginatione reddat eam magis similem marito quam vero genitori. » 
— Fienus, de Viribus imaginât., loc. cit. 

{%) « Quia dum conjugalem macularet thorum, de marito sollicita erat, 
metuens ne illius' adventu fraus detegeretur. » — Vanini, op. et 
loc. cit. 

(S) Ulyssis Aldovrandi Monstror. hi$t., loc. cit. 



64 DES TYPES INDIVIDUELS 

posée, c'est qa'il faut rayer de la question des effets d'i- 
magination de la mère sur le fœtus : 

r Tous les faits qui ont trait à des adultères ; 

2^ Tous les faits qui, en dehors même de l'adultère, 
tiennent au rappel du type de conjoints antérieurs. 

Il est évident, dans Je premier cas, que le caractère de 
la ressemblance échappe à cette théorie, puisque, si l'enfant 
est le fils du mari, la ressemblance au mari n'est que l'ex- 
pression de l'hérédité directe-, et que, si l'enfant est adul- 
térin, elle n'est que l'expression de l'hérédité d'i'n^uence. 

Il est plus manifeste encore, dans le second cas, que le 
caractère de la ressemblance, comme les faits analogues 
chez les animaux ne permettent pas d'en douter, loin de 
dépendre d'aucune préoccupation mentale de la mère, sous 
l'empire du coït, ne dépend réellement que de la même 
loi d'influence du type des conjoints antérieurs sur la 
nature physique ou morale du produit de conceptions qui 
leur sont par le fait étrangères. 

Efit-ce à dire que jamais il n'existe, à nos yeux, d'ac> 
tion purement morale ou psychologique de la mère sur le 
germe, et que nous prétendions rejeter, comme erronée, 
toute théorie qui tende à fonder, en raison et en expé- 
rience, cet ordre de phénomènes? Rien n'est plus éloigné 
du fond de notre idée. Ce serait miner nous-même le 
fondement des faits que nous venons d'établir. Dans notre 
manière de voir, les phénomènes nommés d'imagination 
de la mère sur le fœtus, et ceux que nous nommons d'hé- 
rédité en retour et d'hérédité dHnfluence^ se touchent. 
Mais la vieille théorie du premier ordre de faits embrasse 
confusément, sous un terme générique, plusieurs espèces 
de causes très-distinctes entre elles, quoique toutes au 
fond régies par un même principe, et l'intérêt de la science 



DANS L HBRÈDin. 05 

et de la question, est de procéder à leur dassification par 
la Yoie d'analyse, et de les rattacher chacune à la nature 
propre de Timpulsion qui les détermine. 

C'est d'après l'éYidence de la diversité réellement spé- 
cifique de cette impulsion que, malgré l'analogie frappante 
des phénomènes, nous ayons dû distraire les faits d'hé- 
rédité dHnfluence de ceux que les auteurs rapportent à 
Yimaginationj en prouvant que les causes qu'ils assignent 
au uns ne sont pas celles des autres. De là à n'en ad- 
mettre qu'une raison matérielle il y a un abîme ^ car les 
ans et les autres sont de l'ordre des faits qui font profon- 
dément sentir la vérité de ce mot de Burdach : « Si l'on 
veut tout concevoir matériellement, on ne rencontre par- 
t ont que mystères qui rendent toute connaissance im- 
possible , on ne voit partout que miracles qui empêchent 
de trouver la Nature nulle part. » 



DB LA PART ULATITB DU PÈKB BT DB LA MÈRB 



LIVRE SECOND. 



IUL FABT DB8 DEUX 8EZES A LA mOCftiS ATIOH 



OC DE hk DISTRIBUTION ET DE LA PROPORTION DES REPRÉSENTATIONS DV 

PfcRE ET DE LA MfcRB DANS LA NATURE PHTSIOUE 

ET MORALE DC PRODUIT. 

Après la question de la participation de chacnn des 
deux sexes à la natare de l'être qai naît de leur union , 
il en reste une seconde tout aussi agitée, et peut-être 
entourée de plus épaisses ténèbres : c'est la question de 
Vespice et de Vétendue de l'action respective des auteurs 
sur le caractère de l'organisation dont ils sont les prin- 
cipes. 

Nous allons procéder, avec le plus de méthode qu'il 
nous sera possible, à l'élucidation des difficultés de ce 
nouTeau problème. 

CHAPITRE PREMIER. 

De la loi de qualité d'action des deux sexes ou de la distribution des 
représentations du père et de la mère dans la nature de Tètre. 

Chaque sexe eierce-t-il une action élective? Est-il, en 
d'autres termes, une forme totale ou partielle de la yie , 
est-il des tissus, des oi^anes, des fonctions, des facultés, 
des forces de la progéniture, exclusiyement soumis à l'in- 
fluence fixe et prédéterminée de l'un des deux auteurs? 

L'action des deux auteurs est-elle, au contraire, libre 
et réciproque sur tous les éléments, sur toutes les parties, 
•t sur toutes les formes de la Tic du produit? 



A LA NATOBS DE l'ÉTRK. 67 

Tels sont les premiers points sur lesquels se sont diri- 
ses les esprits : 

ARTICLE I. 

Système de Faction élective et locale du père et de la mère sur les divers 
principes de l'organisation. 

Une fonle d'anteors, tant anciens cpie modernes, se ral- 
lie au premier de ces deux systèmes. 

n renferme trois séries distinctes d'opinions : 

I. La première, est celle desspenna(is<e« et des amtes 
purs, qaif malgré le concours apparent des denx sexes à 
h génération, n'en admettent qu'an seul à la formation 
de Têtre. 

1"» Le sperme, pour les premiers, est Tunique élément 
delà génération. Il résume en lui seul, l'universalité de 
l'organisation du futur produit. C'est un système qui se 
perd dans la nuit des temps. Le ManaTa-Dharma-Sastra 
nous l'expose dans la simplicité de son idéepremière, celle 
d'assimilation du sperme à la semence : 

< La femme, dit le Gode antique des Hindous, est consi- 
dérée par la loi comme le champ, et l'homme comme la 
semence. C'est par la coopération du champ et de la se- 
mence qu'a lieu la naissance de tous les êtres animés (1). 

« Si l'on compare le pouvoir procréateur mftle avec le 
pouvoir femelle, le mâle est déclaré supérieur, car la 
progéniture dé tous les êtres animés est distinguée par 
les marques du pouvoir mâle. 

« Quelle que soit l'espèce de graine que Ton jette dans 
nu champ préparé dans la saison convenable, cette se- 
mence se développe en une plante de la même espèce, 
doaée de qualités visibles, particulières. 

(1) MaoaTa-Dbarma-Sastra, liv. IX, st. 81. 



I 



68 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MÈRE 

« Sans aucun donte cette terre est appelée la matrice 
primitiye des êtres, mais la semence, dans sa végétation, 
ne d^loie aucune des prapriités de la matrice (1). 

« Sur cette terre, dans le même champ cultivé, des se- 
mences de différentes sortes, semées en temps convena- 
ble par les laboureurs, se développent selon leur nature. 

« Les diverses espèces de riz, le moudga (2), le sé- 
same, le mâcha (3), Torge, l'ail et la canne à sucre, pous- 
sent suivant la nature des semences. 

« Qu'on sème une plante et qn'il en vienne une autre, 
c'est ce qui ne peut pas arriver (4). 

Le système de Galien sur la formation de l'être est 
en principe le même. L'embryon, selon loi, procède de 
la semence; la matière féminine n'en est que l'aliment. 
Ces opinions n'ont pas manqué de représentants, à Té- 
poque moderne. Mohrenheim a aussi regardé le sperme 
comme contenant l'embryon tout entier, et la liqueur 

(1) On ne trouve poiut que cet unique système dans les lois de Manou. 
Il contient sur ce point, comme on Ta dit ailleurs, les théories les plus 
contradictoires. 

(2) Phaseolus mungo, 

(3) Phaseolus radiatus. 

(4) Manava-Dharma-Sastra, liv. IX, st. 35, 36, 37, 38,39, 40. L'expo- 
sition de ce système physiologique est amenée par une question de droit 
fort délicate, la question de paternité que le droit romain et le droit 
français ont résolue par le prmcipe : w pater est qiiem nuptiœ demonstrant . 
Il parati, d'après le code de Manou, qu'il régnait sur ce point deux opi- 
nions contraires, paimi les interprètes du texte sacré : le texte attribuait 
l'enfant au seigneur de la femme. Mais, suivant les uns, le Seigneur est 
celui qui a engendré l'enfant ; suivant les autres, c'est celui à qui appar- 
tient la mère. C'est à la solution de cette difficulté que le législateur fait 
l'application du système précédent sur la génération ; mais, contraire- 
ment à ce que Ton supposerait, d'après cette théorie, il conclut dans le 
même sens que le droit français, et que le droit romain, par la raison 
que le produit du charnel, quelle qu'en soit la nature, quelle qu'en soit 
l'origine, est la propriété du possesseur du champ {Voy. loc. cit., st. 41 
à 55). 



A LA NATCRK DE l'ÊTRE. 69 

femelle comme propre seulement à lai servir d'enve- 
loppe et de nourriture (1). Darwin, allant plus loin, 
a, pour ainsi dire, substitué au germe, dans le principe 
spermatique, l'être vivant lui-même, en douant le fila- 
ment qu'il croit renfermé dans ce principe de vie, d'ir- 
ritabilité, de sensibilité, de volonté, et même d'une 
partie des penchants et habitudes du père (2). Sous l'im- 
pression première de la découverte des spermatozoïdes, 
ou animalcules aperçus dans la semence, découverte qui 
donnait un corps à ces idées, Louis de Hammen, Hart- 
soeker, Boerhaave, Keil, Cheyne, Chrétien Wolff, Lieu- 
taud, Aubry, Leeuw^enhoek, etc., professèrent également 
le spermatisme pur, ou mêlé d'hypothèses sur le zoo- 
sperme plus fantastiques encore que celles de Darwin (3) 
et dont les sérieuses railleries de Plantade ne réussirent 
pas à vaincre les chimères. 

¥ Sous Pempire d'un ordre de faits tout opposé, et pour 
ainsi dire, à la première lueur d'une autre découverte si 
vivement disputée, entre Graff (4) et Swammerdam, celle 
de l'existence de l'œuf des mammifères, d'autres physio- 
logistes, Malpighy, Yallisnieri, Spallanzani, Gh. Bon- 
net (5), Haller (6), etc., s'étaient ralliés à la théorie de 
l'ovisme, ou de l'existence exclusive du germe dans le 
produit féminin de la fécondation. Ge produit, car 
plusieurs, chez les ovistes même, tels que Vallisnieri et 
Haller, se refusaient à y reconnaître un œuf, avant Fim- 



(1) Mohrenheim, Dissertatio sistensnovam conceptionis theoriam, p. 12. 
(î) Darwin, Zoonomie, t. II, p. 276. 

(3) Haller, Elementaphysiologiœ, t. VIII, p. 537. 

(4) Regn. Grdidif, De mulierum organis. oper. omn., Amsterdam, 1705, 
cb. m, p. 224. 

(5) Bonnet, Considérations sur les corps organisés, 

(6) Haller, ouv.ct7.,t. VIII, p. 92 et suiv. 



70 DE LA PAAT ULAnVB DC PÈKB BT DB LA MBBB 

pv^^natioo, ee produit leur semblait contenir à loi sedl 
tous les radinieiits de r<NrgaiiisatioD, la mig^tiue com* 
{dète et Tirante de Tètre. 

Cette opinion n'est pas aicore abandonnée; eUe est 
demeorée celle de quelques esprits qui mai restés con- 
traires à la théorie de Tépigénèse, tels que Lepelletier 
de la Sarthe, qui s'en tiait au système de lapréeûs» 
tence (1), et le sayant Blainrille, qui persiste à ne Toir le 
game que dans roTule, et qui, comme Bonnet, ^oit sen- 
lement dans le sperme, son premier aliment (2). 

n. La seconde série des trois ordres d'c^inions dont 
nous avons parlé est celle des auteurs qui séparent à 
leur source les formes de la rie, et qui, faisant deux parts 
distinctes du mécanisme et du dynamisme, raiq[K>rtent 
plus ou moins exclusiyement le caractère physique de Tor- 
ganisation à l'un des deux sexes , le caractère moral afi 
sexe contraire. 

Des naturalistes et des philosophes de presque tous les 
temps, très-diTisés d'ailleurs, se rapprochent en ce point; 
mais le rapprochement est fécond en contrastes : 

L'idée de Pythagore, d'après Diogène Laërte, était que 
les parties à ses yeux plus grossières de la génération 
fournies par la femelle, et particulièrement le sang utér 
rin, formaient les chairs, les nerfs, les os, le poil, tout le 
corps; ïaura setninalis^ la partie yaporeuse et tiède du 
sperme, élément plus subtil, et distillation de la substance 
du cerreau, formait les sens et l'âme (3). Aristote s'éloi- 
gne peu de cette théorie. Il pense que partout où le prin- 
cipe mâle est distinct du principe femelle dans la nature, 

(1) Lepelletier de la Saithe, Physiologie médicale et phUosophiquê^ t. IV. 
(S) Blainville, Cours de physiologie comparée^ 1. 1 et IIL 
(8} Diogène Laêrte, lib. VIII, in vit. Pythag. 



A LA RATUBB M h'tXBSi. 71 

le mâle donne la forée motrice, ou l'àme, et la femelle^ 
la matière ou le corps (i) ; et pour miesx faire enoose res- 
sortir son idéCi empnmtant nne image à la statuaire, il 
ccMnpare le sang ntérin à da marbre, le sperme an senlp- 
tenr, le fœtns à la slatae. Cette doctrine était aussi celle 
d'Àthénée(2),deI>iogène, de Stilpon, etdetonteréooledes 
Stoïciens (3). Un Père de l'Église, Tertnllien, fait, comme 
eux, provenir Tàme do père, et ne yoit dans la mère, 
qn'nn nid où elle passe et où elle yiimï éclore : gmaat^- 
bus f€^minœ foveis commendata (4). Les Arabes Ànoenne 
et À-verrhoes ont anssi professé la même opimon* 
J.-B. Yan Helmont, répétant en d'antres termes Tidée 
d' Aristote, rapporte ainsi que lui la matière séminale an 
principe femelle ; an mAle, Tesprit vital. Enfin, à noire 
époque, d'autres auteurs, Rolando, Pander, Yirey, etc., 
s'accordent de même à croire que la mère ne foomit que 
l'élément corporel ou le mécanisme, et que le père 
transmet exclusiyement le principe spirituel on le dyna- 
misme (5). Plus spermatiste encore, Waltho* Isit dé- 
pendre la génération proprement dite du mAle, et ne 
laisse à la femelle que la conception (6). Dans cette hypo- 
thèse, comme dans une antique théorie des Hindous, c'est 
le pèare qui se réproduit dans le sein de la mère ; c'est le 
père qui naît, pour ainsi dire, en elle une seconde fois (7). 

(1) RUter, Histoire de la philosophie^ t. III, p. St6. 

(5) Sprengel, Histoire de la médêcme, 1. 1. 
(9) Censorious, de Dienatali,^ cap. ▼. 
(4) TertuU., de Animd, cap. xix. 

(6) Yirey, de la Physioloffia dans ses rapports avec laphUosophie^ p. 75. 
— Voy. encore Dictionnaire des sciences médicales^ t. LU, ariiele 8p0rme 
du môme, p. 286 et suiv. — Et 17*<* d'Olken, IS80, cap. v, vi, m. 

(6) Walther, Physiologie des Menschen, g 611. 

(7) Hanava-Dbarma-Sastra, liv. IX, st. S et 9 : 

« Un homme en fécondant le sein de sa femme y renaît sous la forme 



72 DB LA PART RBIATIVE DU PÈRB ET DE LA MÈRE 

m. La troisième série d'opinions comprend celles des 
physiologistes qoi, allant pins ayant encore dans le sys- 
tème de la spécialité d'influence de chaque sexe, sont des« 
cendas aux plus minutieux détails sur la contribution 
du père et de la mère aux différentes parties, aux dif- 
férents organes, et aux différents modes d'existence de 
rètre. 

Dans le règne végétal, Linnée avait posé en principe 
que la plante intérieure, ou les oi^anes de la fructifica- 
tion ressemblent, chez les hybrides, à ceux de la mère ; 
et que la plante extérieure^ ou les organes de la végéta- 
tion, reproduisent la forme du père. Des observations de 
Senff, jardinier de Kœnigsberg, militent en faveur de la 
même opinion (1). 

De Gandolle a formulé une loi toute contraire : « Lors- 
qu'on cherche, dit-il, à démêler quelle peut être, dans ces 
sortes de métis, l'influence des sexes, on est tenté de 
eroire, comme loi générale, ce que M. Herbert a admis 
pour les amarryllidées hybrides, savoir : que les plantes 
provenues de fécondations croisées ressemblent à leur 
mère, par le feuillage et la tige, ou les organes de la végéta- 
tion, et à leur père, par la fleur, ou les organes de la re- 
production (2). » Le savant botaniste en cite quelques 
exemples. Henri Le Coq s'abstient de se prononcer sur ce 
point délicat, dans son récent ouvrage sur cette matière (3). 
Sageret rapporte des faits et des expériences qui renver- 



« d*un foetus, et Tépouse est nommée Djaya, parce que son mari natt 
« (djalate) en elle une seconde fois. » 

(1) Burdach, t. II, p. S67. 

(2) De Candolle, Physiologie végétale, p. 716. 

(3) Henri Lecoq, De la fécondation naturelle et artificielle des végétaux 
et de l'hybridation, 1 voK in-18. Paris, 1845. 



e A LA KATURB Dft l'ÊTOE. 73 

sent à la fois la loi de De Gandolle et la loi de Linné (1). 

Le même désaccord existe sur ce point, dans les opi> 
nions, quant au règne animal. 

Ainsi, d'après Linné dont Topinion déduite plus par- 
ticalièrement de ses aperçus sur la végétation est Tin- 
Tarse de celle soutenue par AristoteetparPythagore, la 
femelle donnerait le principe médullaire, le système ner- 
Teui; le mâle donnerait le principe cortical, les os, les 
vaisseaui, le sang, les muscles, la peau. En opposition à 
oe que pensait Linné, de modernes et habiles expérimen- 
tateurs, Prévost et Dumas, ont été conduits par de mi- 
nutieuses investigations microscopiques à voir, dans Tani- 
malcule spermatique du mâle, le rudiment du système 
oerveux, et le germe de tous les autres organes de l'em- 
bryon dans la lame cellulo-musculaire de l'ovule, sur 
laquelle, d'après eux, l'animalcule se greffe (2) : « Ainsi 
setrouye, disent-ils, expliquée l'influence particulière au 
mâle et à la femelle dans la procréation de l'être auquel 
ils donnent naissance ; ainsi se trouvent expliquées toutes 
les ressemblances héréditaires , qui ont tant occupé les 
philosophes du siècle dernier (3). » 

Des recherches analogues du professeur Lallemand 
Tont amené à soutenir une thèse semblable, relativement 
à la part de chaque sexe au produit. 

Le spermatozoïde ou zoosperme, fourni par le mâle, 
loi parait renfermer tous les éléments du système ner- 
Teux cérébro-spinal et de la vie extérieure ; l'ovule , au 

(1) Sagerel, Pomologie physiologique ou Traité du perfectionnement de 
la fructification, p. 555, 561 et suiv. 

(î) Prévost et Dumas, Mémoires sur la génération , Annales des scien- 
ces mturelles y X. I. 

(3) Dictionnaire classique d'histoire naturelle, t. VII, article Généra- 
tion, p. iîi. 



74 DE LA PAAT BILATIVS DO PEU R DE LA IliiB 

contraire, CtHumi par la fenidle, toos les matManx de la 
nntritxMi et tous les éléments dn système digestif et de 
la Tie intârieore : « Si le zoosperme^ dit-il, n'est pas nn 
^stème cérébro-spinal et le viidlm nn qrstème diges- 
tif, ils possèdent en enx les fléments nécesaaîres an dé- 
Tdiq^pement oltérienr de ces deux bases essentidles de 
Fanimalité. On conçoit ainsi d'une manière daire, com- 
plète, comment les deux agents de la fécondation inflo^it 
paiement sur le produit commun, puisque diacun d'eux 
fournit une matière déjà organisée et Tirante, œ qui 
est inexplicable par tonte antre hypothèse. Je dis pins : 
dmcun des éléments de la fécondation reprismie Ken 
ragent qui la produit et la part quHl prend à Poète 
même (1). • 

L'auteur va, en efiTet, jusqu'à retrouver dans le soo- 
sperme et l'oTule, une image des organes génitaux dn 
mâle et de la femelle; et l'ovule, d'après lui, reçoit le 
zoosperme à la manière dont la femelle reçoit le mâle (2), 
hypothèse déjà soutenue par] Barry. Ce dernier natura- 
liste prétend, en effet, que l'ovule de lapine, à maturité, 
serait muni d'une fente dans la z6ne transparente ou 
membrane vitelline et que c'est contre cette fente que 
tend à s'appliquer le spermatozoïde. Il aurait m^e été 
une fois assez heureux pour le voir pénétrer dans la fente 
de la zone (3). 

D'autres naturalistes ont cru pouvoir étendre plus loin 
l'analysede l'action élective et partielle des auteurs ; Val- 

(1) Lallemand, Observations sur le rôle des xoospermes dans la géné- 
ration. Annales des sdences naturelles^ 1841; seconde série, t. XV, pages 
281,282. 

(2) /d., loc. cit. 

(8) Philosophical transactions, 3« série, 1848, p. 882 et 586. — Bischoff. 
p. 29. 



A LA NATOKE BB L ÉTIB. 75 

mont-Bomare a cra le système cutané sous lad^iendâiioe 
exdosiye de la mère; soas celle da père, la taille et la 
force da corps (1). 

Yicq d'Azir rapporte à l'un Textârienr et les extré- 
mités, à Tantre les entrailles; Gleichen, an premia* la 
charpente ossense, à la seconde les yenx (2). Par mie 
distinction qui rappelle celle deBœhme « L'homme sème 
l'àme, la femme sème l'esprit (3), «Fabridas, retenant de 
fût à la séparation de la vie animale et de la ^ie orga«- 
mqne, place dans la sphère spéciale d'influence du mAle 
toutes les attributions et tous les phénomènes de la der- 
nière, et dans la sphère d'action propre à la femelle, la 
fi^sibilité, l'intelligence, enfin tons les modes d'existence 
et d'actiyité de l'autre (4). 

Ces doctrinesi quelles qu'elles soient, ne peuvent avoir 
que deux bases : une base dogmatique, une base empi* 
riqne. La première n'a de iraleur qu'autant qu'elle se 
relie étroitement à l'autre ; la seconde n'en a qu'autant 
qu'elle embrasse la généralité des faits. Maintenant, jus- 
qu'à quel point ces deux conditions se trouYcnt-elles rem- 
plies par les diTcrs systèmes que nous Tenons d'exposer? 

ARTICLE II. 

Système de racdon œmmune et générale du père et de la mère sur les 
divers principes de rorganisation. 

§ I. Critique des trois formules du système contraire. 

Le système de l'action commune et générale du père et 
de la mère sur les divers principes de l'organisation, 

(1) V. Bomare, Dictionnaire d'histoire naturelle^ t. XII, p. 68. 

(2) Ueber die saamenthorchenj p, 43. 
(8) Jac. Boebme, op. et loc, cit. 

(4) hetultate naturhistorischen vorlesimgen, p. 60. 



76 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MÈRE 

système soutena par Ëmpédocle et par Hippocrate, plus 
tard, chez les Arabes, adopté par Rhazès et, chez les mo* 
' dernes, par Descartes, Baffon, Maapertais, et la plupart 
des partisans de l'épigénèse, ce système disons-nous, 
Impose aux partisans de la théorie que nous venons d'ex- 
poser leurs propres contradictions et des résultats d'un 
ordre tout contraire. 

1» Indépendamment de l'antagonisme flagrant qui s'y 
révèle entre les trois formules, la première des trois est 
si évidemment fausse et inadmissible qu'elle tombe sans 
discussion. Il est clair, comme le jour, que ni le père, ni 
la mère, n'agissent à l'exclusion l'un de l'autre sur la na- 
ture totale du produit ; ni l'un, ni l'autre ne forment excla- 
sivement le germe. La science de nos jours est, comme 
le ditBischoff (1), en droit d'affirmer que le concours 
matériel de la semence du mâle et de l'œuf de la femelle 
est indispensable à la fécondation . Les nombreux exemples 
que nous avons donnés de leur double influence, en trai- 
tant des sujets de la représentation dans l'hérédité (2), nous 
dispensent de nouveaux développements sur ce point. Le 
spermatisme vient constamment se briser contre l'antique 
argument que Galien opposait à la théorie de la réduction 
du germe au principe masculin de la génération : la res- 
semblance formelle du produit à la mère ; l'ovisme à son 
tour ne résiste pas mieux au fait accablant contre le- 
quel se débat, tout aussi vainement, la théorie de la ré- 
duction dii germe au principe féminin : la ressemblance 
formelle du produit au père. « Dans la procréation ordi- 
naire, redirons-nous encore ici avec Muller, le produit 

(1) T. L. G. Bischoff. Traité du développement de l'homme et des mam- 
mifèreg. — Trarluit dcrallemand par Jourdan, ch. ii, p. 19. 
(5) Voy, t. II, liv. I. 



À LA NATCRB DE l'ÊTU. 77 

présente non-seulement les qualités de la mère , mais 
enecMre bien positivement celles de son père, ce qoi est 
démontré pour Fespèee humaine et pour les animaux. 
La race, la forme, les penchants, les passions, les talents, 
même les maladies, se transmettent tout aussi sûre- 
ment du père que de la mère au produit; et comme ces 
qualités sont imprimées au germe par la semblée, il 
s'en suit que celle-ci doit contenir déjà la forme du 
père, de même que celle de la mère est contenue dans le 
gorme qu'elle procrée (1). » 

L'expérience fait donc complètement défaut à toute 
théorie qui prétend rejeter, d'une manière absolue, la 
part de l'un des sexes, à l'organisation de l'être né des 
deux. Cette doctrine ne trouve d'antre appui dans les 
bits que les cas très-réels où l'un des deux auteurs trans- 
metenapparenceTuniversalité des caractères physiqueset 
moraux de la vie. Mais ces cas appartiennent à l'un et à 
l'autre sexe; ils ne sont pas ordinaires, et ne sont pas ce 
qa'ils semblent; il y a toujours alors, sur quelque point 
du germe, une action latente, mais réelle de l'auteur dont 
l'expression échappe. 

2'' Quoique relativement rare, cet ordre de faits réfute 
à lui seul les doctrines qui, en reconnaissant le concours 
des deux sexes à la formation de l'être, rapportent ex- 
clusivement à l'un d'eux le physique, à l'autre le moral. 
Cette seconde hypothèse n'a d'autre fondement que les 
cas où l'on voit surgir entre l'influence respective des au- 
teurs une sorte d'antagonisme, ceux où l'un des deux 
sexes se trouve à propager le type dynamique, l'autre le 



(i) MûUer, Manuel de physiologie^ traduit par Jourdan, Paris, 1846, 
« vol. in-8, t. II, p. 635. 



78 DB LA PART RELATIVE DU PÂRB ET DE LA MÈRE 

type plastique de Torganisatioii. Mais, pour être plus 
oommiiiis que les cas qae nous Tenons de leor opposer, 
ils B'eft sont ni pkis fixes, ni pins absolas. Comme les 
précédents, ils restent accidenfels ; comme les précédents, 
ils ont leurs contraires ; comme les précédents, ils se 
croisent en qudque sorte et se reuTcrsent eux-mêmes, 
en se manifestant sous une forme identique de la part des 
deux facteurs. Il n'arrive pas, en d'autres termes, dane 
ces cas où le père et la mère semblent s'emparer chacun 
d'une des formes générales de la vie du produit, il 
n'arrive pas, dis-je, qu'un sexe toujours le même, soit 
mâle, soit femelle, se saisisse du physique ; qu'un sexe 
toujours le même, soit mâle, soit femelle, se saisisse du 
moral. Le sexe qui communique l'un ou l'autre varie, et 
l'on reconnaît tantôt dans le père, et tantôt dans la mère, 
le principe exclusif de la transmission du même mode 
d'existence. 

3** Des objections tout aussi décisives s'élèvent, à nos 
yeux, contre le groupe des doctrines qui étendent le 
principe de l'action élective du père et de la mère, non 
plus seulement au type du mécanisme et du dynamisme 
de l'être, mais à tous les fragments de l'organisation, et 
qui les distribuent systématiquement entre les deux au- 
teurs. Si nous n'avions jugé inutile de poursuivre, dans ses 
moindres détails, le contraste des opinions qui forment 
ces doctrines, nous l'aurions montré plus saisissant en- 
core. On a dogmatiquement rapporté tour à tour et ex- 
clusivement au père, ou à la mère, les uns le système san- 
guin, les autres le système osseux, ceux-ci le système 
nerveux, ceux-là le lymphatique, ceux-là le musculaire, 
ceux-là le dermoïde, et jusqu'à telle partie de tel ou tel 
organe, jusqu'à telle ou telle forme des facultés physiques 



A LA IfATCRB DB l'ÂTKB. 79 

et Honles de Tètre. Il en est résulté que, de spédalité en 
spédidiié d'iaflneoce des pareùts, il n'est point resté nn 
seul des âémenls dn mécanisme Tital, un seul des earac- 
tètes de son dynamisme, qui dans cet ordre d'idées n'ait 
Représenté comme l'attribot fixe, et l'émanation propre 
et prédéterminée de chacan des denx antenrs. 

Le ecmtraste des fiiits n'est pas moins décisif. L'expé- 
rienee a {Hronyé qu'il n'était pas un seul des systèmes de 
la Tîe, pas un seul caractère de leur aetiyité, que le père 
et la mère ne puissent également transmettre ( 1 ). 

Le père ainsi que la mère peuvent communiquer le 
syrtème sanguin : la propagation des constitutions phy- 
siologiques et des tempéraments dont il est le principe, 
œlle des diathèses et des états morbides qui ont leur 
source première dans les altérations de la quantité ou de 
la qualité de ce fluide de vie, la pléthore, l'anémie, la 
dilorose, la scrofule et autres cachexies, découlent tan- 
tôt de l'un, tantôt de l'autre auteur. 

Le syst^e lymphatique est dans le même cas , ce que 
met hors de doute l'hérédité de l'une comme de l'autre 
part des constitutions et des tempéraments où il prédo- 
mine, et la transmission des affections qui se lient à l'exa- 
gération de leurs caractères. 

Le système osseux procède, comme lui, de ces deux in- 
fluences ; quantité, qualité, forme, dimension, tout mani- 
feste en lui cette double origine. Le croisement des espè* 
ces, et entre autres celui de l'âne et de la jument, dont le 
produit a tantôt les dix vertèbres lombaires de la jument, 
tantôt les cinq de l'âne; les anomalies, comme l'ectrodac- 
tylie(2), la polydactylie (3), nous prouvent cette double 

(1) Vay. plus haut, t. II, 3 * part., liv. I, ch. i. 
(4) Tom. I, S* part., liv. Il, ch. i. 
{Z)ldim, loccit. 



80 DB LA PART BKLATIVB DO PSU BT DB LA M&IB 

(Hriginedansle nombre^ks maladies, telles que le radii- 
tisnie, la carie, etc. , nous la niontrent dans Tétat; et la den- 
tition nous la met à nu, dans tous ses âânents, sous tous 
ses caractères. On ¥oit tons les jonrs, dans la même la- 
mille, nne partie des enfimts ayoir les dents petites, blan- 
ches, demi- transparentes et symétriquement disposées de 
lenr mère, et sujettes anx mêmes espèces d'affections né- 
i^ralgiqnes, vermineuses, on inflammatoires; les antres les 
dents fortes* opaqnes, irrégnlières, superposées, mais sai- 
nes et persistantes du père. Les éleveurs anglais, instruits 
par l'eipérience, que cette loi régit le système osseux 
tout entier, sont partis dn principe du concours des deux 
sexes à sa formation, dans la création de leurs admirables 
races de bétail à petits os. Enfin, on en a eu, tout récem- 
ment encore, et dans Fespèce humaine, la confirmation la 
plus éclatante : le professeur Meyer qui a fait Tantopsie 
de Dorothée Perrier, célèbre hermaphrodite qui mourut à 
Bonn, en 1835, constata un mélange bizarre des caractères 
de l'un et de l'autre sexe, dans tout le système osseux. 

Il en faut dire autant du système musculaire ; les en- 
fants ont tantôt le type musculaire de l'un de leurs au- 
teurs, tantôt celui de l'autre, tantôt celui des deux qui se 
partagent quelquefois les membres ou leurs parties, et 
jusqu'aux divers points de la même partie. 

Les mêmes contrastes, les mêmes alternatives, les 
mêmes distributions se représentent dans l'ensemble et. 
dans les éléments du système dermoïde, depuis la sub- 
stance du derme jusqu'aux moindres caractères de la pilo- 
sité et de la coloration. 

Le système nerveux, enfin, ob^it aux mêmes lois. La 
reproduction de la part des deux sexes, des anomalies t>u 
des maladies qui tiennent à des vices de sa contexture, ou 



A LA RATORB DB L ÊTRE. 81 

de sa conformation, on de son état d'organisation, le dé* 
BBontre de sa substance; la reproduction, de la part des 
denx sexes, de tons les types d'énergie et de tons les mo- 
des d'existence et d'action dont il est le principe, l'in- 
strument, ou l'agent, le prouve aussi clairement de son 
activité. Nous aTons rencontré (1) et nous rencontrerons 
partout, dans le dynamisme, les mêmes alternatiTcs, et 
les mêmes contrastes, et les mêmes croisements, et les 
mêmes partages des représentations de l'un et de l'autre 
«iteur. En présence de tels faits, la ressemblance iuTo- 
qnée par Lallemand, Bolando, Prévost et Dumas, en- 
tre le zoosperme et la forme du système cérébro-spinal, 
eût^Ueété réelle, resterait sans puissance comme preuTC à 
l'appui de leur opinion. Hais cette analogie, éloignée et 
grossière dans les animaux où elle se produit, n^est même 
pas générale, et les obserrations de Dugès ont prouvé 
^e, dans plusieurs espèces d'êtres, il n'y en a pas de 
trace (2). 

Chez d'autres espèces, comme chez le colimaçon, cette 
forme hypothétique serait en opposition manifeste avec 
celle du système nerveux ; on ne l'a guère observée que 
diez les vertébrés, et chez les vertébrés eux-mêmes, Goste 
et Delpech en nient l'existence (3) . 

Quant aux inductions tirées de l'insertion du sperma- 
tozoïde dans une prétendue fente de la zone de l'œuf, il 
y aurait à prouver deux choses préalables : l'existence de 
la fente, et la réalité de l'insertion elle-même. 

Bischoff, dont l'opinion est d'un poids si grave, en pa- 
reille matière, déclare non-seulement que rien de sem- 

(1) Voy. 3« partie, liv. I, ch. i. 

(2) Dugès, Phytioloffie comparée, t. III, p. 89S, 898. 

(3) Ont), cil., toc. cU. 

11. 6 



l 



82 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MERE 

blable n'a été va par lui, ni par d'antres, mais encore qoe 
rien de semblable ne se pourrait voir. A peine dans l'oTole 
à maturité est-il possible même de distinguer la zone des 
cellules qui Tentourent. A plus forte raison serait-il im-* 
possible de pouvoir discerner une fente dans ses parois. 
La difficulté de pouvoir distinguer un spermatozoïde an 
milieu de l'amas de vésicules obscures du disque proUr 
gère serait encore, s'il se peut, plus impraticable. Aussi 
l'auteur allemand conclut-il nettement, contre l'opinioii 
d'ailleurs émise avec beaucoup de réserve de Barry, que 
la pénétration d'un spermatozoïde dans l'intérieur de 
l'œuf n'est point démontrée, et qu'elle est au contraire fort 
invraisemblable (1). Eût-elle été prouvée, il n'en fût pas 
moins resté à prouver, dans l'ignorance profonde où nous 
sommes encore de la nature et du mode d'action da zoo- 
sperme, que le zoosperme est le système cérébro-spinal du 
nouvel être, hypothèse tout à fait inadmissible, car elle 
est contredite par l'hérédité. 

n est manifeste, dans notre opinion, que ces préten- 
dues règles de spécialité de l'influeuce du père et de celle 
de la mère, sur tel ou tel système, tel ou tel caractère 
prédéterminés delà vie du produit, doivent leur origine 
aux cas particuliers où l'hérédité semble réellement sui- 
vre une marche élective. Tels sont ceux où le tissu, l'or- 
gane, la fonction, ou la faculté, ou l'anomalie, ou la ma- 
ladie, ne proviennent dans l'être que d'un de ses auteurs. 
Les exemples en abondent; plusieurs se sont offerts, plu- 
sieurs autres s'offriront dans le cours de ce travail, mais 
sons les expressions les plus contradictoires, et indiffé- 
remment de la part des deux sexes. 

(1) T. L. 6. Bischoff, Traité du développement de l'homme et des 
mammifères y traduit par Jourdan. Paris, 1843, ch. ii, p. %9, 30. 



A LA IfATORB DE l'ÉTKB. 83 

La critique nous ramène donc toujours aa même point, 
et par loi tool s'expliqae : 

Lorsque Ton considère isolément les faits, les deux 
systèmes contraires, celui de l'action électiye ou locale, et 
celui de l'action commune et générale de l'un et de l'antre 
sexe semblent y aToir une base. Le père ou la mère 
peut paraître exclusiTcment communiquer le germe; le 
père et la mère peuvent paraître exclusiYement trans- 
mettre, Ton le physique, l'autre le moral de l'être ; le 
père et la mère peuvent paraître exclusivement trans- 
mettre, le premier une série r^lée d'éléments ou de car 
ractères, la seconde une autre série paiement r^ée 
dWres caractères et d'autres éléments de l'organisation. 
Hais la vérité est, qu'aussitôt qu'ons'élève an point de vue 
de l'ensemble, comme dans le tableau comparatif des 
faits que nous venons de tracer, la doctrine d'une ac- 
tion élective de chaque sexe perd, à titre de loi, toute 
autorité devant la contradiction perpétuelle où les faits la 
mettent avec elle-même ; et il ne reste plus qu'une seule 
conclusion vraiment générale que l'expérience autorise à 
mettre à sa place. 

Cette conclusion, qui se rattache au principe de l'ancien 
systèmesoutenu par Empédocleet par Hippocrate, est celle 
de Zacchias (1), de Buffon, de Maupertuis (2), de Girou(3), 
de Dugès(4), etaussideBurdach (5): qu'il n'y arien d'ab- 
solu, qu'il n'y a rien de constant, et que tout est possible. 
Le même élément, le même caractère de l'existence phy* 

(1) Zacchias, Quœstion, med,-lég^^ lib. I,tit. v. 

(2) Maupertuis, t. II, Vénus physique, part, j, ch. xiii, p. 60, et 
lettre xrii. 

(3) Girou, de la Génération, p. 114. 

(4) Physiologie comparée, t. III, loc» cit, 

(5) Ouv. cU., t. II, p. 960. 



84 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MÈRE 

sique, ou de l'existence morale , peuvent être communi- 
qués tantôt par le père, tantôt par la mère, tantôt par l'un 
et l'autre. 

Ces variations cependant découlent d'un même prin- 
cipe et se formulent, à nos ^^eux, en une seule loi. Cette 
loi est la loi d'universalité d'influence des deux sexes^ 
ou de communauté de représentation du père et de la 
mère sous toutes les formes de la vie, dans tous les systè- 
mes, dans tous les organes, dans toutes les facultés de la 
nature du produit. 

Maintenant jusqu'à quel point la ressemblance physi- 
que et la ressemblance morale, ainsi transmissibles de la 
part des deux sexes, sont-elles mutuellement libres, ou 
subordonnées l'une à l'autre dans l'acte de leur transmis- 
sion, quel que soit celui des facteurs qu'elles rappellent? 

§ II. Critique des théories de connexité entre Thérédité de la ressem- 
blance physique et rhérédité de la ressemblance morale. 

Tout en reconnaissant ce fait de liberté et de commu- 
nauté d'action des deux sexes sur tous les éléments da 
mécanisme et du dynamisme de l'être, il est cependant 
plusieurs naturalistes qui croient fermement à une loi de 
rapport et de subordination entre ces éléments , de quel- 
que part qu'ils viennent. Ici prennent place les diverses 
opinions qui se rallient au principe d'une connexion 
réglée entre l'hérédité de la ressemblance physique et Vhé- 
ridité de la ressemblance morale. 

D'après tous ces systèmes, celui des deux parents qui 
transmet la première, ou qui influe le plus énergique- 
ment sur elle, influe le plus énergiquement sur la se- 
conde, ou la propage seul, par la corrélation intime qui 
les unit. Mais les physiologistes qui défendent cette thèse 



A LA NATURE DE L ÊTRE. 85 

ne s'accordent entre eai, ni sur le caractère, ni sur les 
éléments de cette correspondance. 

n en est, comme Callen, J. Adams, Burdach, qui l'en- 
tendent simplement des traits généraux de la ressemblance 
physique et de la ressemblance morale. On a surtout 
dté l'exemple des jumeaux, qui présentent la plupart 
une conformité si extraordinaire de l'habitude du corps, 
des traits du visage, des goûts, des facultés, et même 
des destinées. Je connais, disait Gall, deux jumeaux 
difficiles à distinguer l'un de l'autre, et qui offrent 
une ressemblance frappante dans leurs penchants et dans 
leurs talents (1). Les deux frères Faucher, les jumeaux 
Siamois, comme Geofifroy-Saint-Hilaire en a fait la re- 
marque, offraient le même phénomène. 

Fort de ces résultats, le chevalier Da Gama Hachado 
n'hésite pas à poser ce principe : « Quand la taille, la 
forme générale du corps et la couleur sont semblables, les 
caractères et les goûts lieront identiques dans tous leurs 
détails (2). » 

Mais c'est plus spécialement sur la correspondance de 
la transmission de la coloration et du caractère des parents 
au produit que cet auteur insiste. Il rappelle, à l'appui 
de son opinion, les modifications de naturel qui suivent les 
changements de couleur dans le mélange des espèces, entre 
antres dans celui des races blanche et noire de l'espèce hu- 
maine. Le métis, par exemple, qui provient d'un mulâtre 
et d'une négresse, métis connu sous le nom de griffon aux 
Ciolonies, au Brésil sous celui de fusco ou foncé, est d'une 
nuance de peau plus foncée que le mulâtre; ses cheveux 
sont plus frisés, et l'on distingue . ainsi facilement les 

(1) Gall, Sur Us fonctions du eerveaUj 1. 1, p. S07. 

(2) Da Gama Machado, Théorie des resssmblanmSf part. t,p. i84. 



86 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MÈRE 

deux castes, celle issue d'un mulâtre et d'une négresse , 
celle issue d'une négresse et d'un blanc. Mais elles ne sont 
pas moins distinctes de caractère : les métis provenus de 
mulâtre et de négresse sont beaucoup plus dociles que 
les métis pro venus de négresse et de blanc (1). Le 
même auteur croit retrouver la même loi, dans les métis- 
sages d'espèces, chez les oiseaux. Le canard sauvage, dit- 
il, s'accouple avec le canard domestique : le jeune canard 
qui en provient, ayant la couleur du père, ne veut plus 
tivre en état de domesticité et ne tarde pas à quitter la 
basse-cour. Le transport de la robe de la mère ou du père 
au produit du croisement de l'espèce du serin avec celle 
du tarin, ou celle du linot, ou du chardonneret, corres- 
pond d'après lui à des transmissions semblables du na- 
turel. S'il 7 a, dans le métis, un mélange des couleurs de 
Tune et de l'autre espèce, il y a de même en lui mélange 
des facultés, mélange des instincts (2). 

Il est d'autres auteurs plus analystes encore. 

Girou, d'abord, distingue entre la ressemblance des 
formes et celle de la couleur; elles ne suivent pas à 
ses yeux la même loi dans l'hérédité. La transmission 
des formes extérieures entraine, d'après lui, celle des fa- 
cultés mentales proprement dites, ou de l'intelligence : 
la transmission des défectuosités de la vie intérieure, celle 
de la sensibilité sentimentale. Enfin, la transmission de la 
couleur suivrait celle des penchants et du tempéra- 
ment (3). 

Ce n'est, d'après Zacchias, qu'entre le tempérament et 



(1) Id.y ùuv. ett.y t. II, p. 176. 

(t) Id^yloc. ciUf p. 186. 

(8) Girou, d$ la Génération^ p. 180^ 182 et MO, et PhUotophiê physio- 
hgiquBf préface, p. ^niu 



A LA NATURE DE l'ÊTRB. 87 

le moral des êtres qae cette correspondance de transport 
s'établit dans la génération. 

Gall et Spnrzheim sont beaucoup plus exdusifs : ik re- 
poussent également la signification de la ressemblance 
générale des couleurs, celle des formes, celle du tempé^ 
rament, et n'accordent de valeur réelle d'expression phy- 
si<ine de ces transports qu'aux analogies de conformation 
on de configuration des diverses régions de la voûte du 
erâne. On a toujours observé, dit le premier, que les 
frères et les sœurs qui se ressemblent le plus entre eux, 
on qui ressemblent, quant à la forme de la tête, le plus 
au père ou à la mère, se ressemblaient aussi quant aux 
qualités de l'âme et de l'esprit (1). 

Hais le célèbre fondateur delà pbrénologie ne s'arrête 
pas à voir dans ces concomitances du transport du pby> 
sique et du moral de l'être un fait de connexion, un 
rapport d'harmonie, ou même une simple loi de corres- 
pondance; il en fait une loi de subordination de la res- 
semblance morale à la ressemblance physique, et il élève 
ainsi la transmission de l'une à la valeur de cause et de 
eondition de la transmission de l'autre : 

«Quand la constitution physique se transmet des pères 
aux enfants, pose-t-il en principe, ceux-ci participent, dan^ 
la même proportion, à leurs qualités morales et à leurs fa-- 
cultes intellectuelles (2). 

Da Gama Machado assigne, de son côté, au transport 
de la taille, des formes et de la couleur, la même impor-» 
tance ; c'est leur hérMité qui décide, selon lui, de celle 
des dispositions morales qui en dérivent (3), 

(1) Gall, (mv. cit., p. 207. 

[%)Id,,locnCit. 

(S) Théorie des ressemblances, part, % p. i75. 



88 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MÈRE 

Qu'y a-t-il de fondé dans ces propositions? 

Si Ton veut éclaircir ces points de la question , jns- 
qu*iâ si obscnrs, il faut commencer par dégager le fait 
de ces correspondances, de V interprétation qu'on en a 
présentée. 

En fait, nous ne contestons la réalité d'aucune de ces 
espèces de concomitances dans le transport du physique 
et du moral des êtres : toutes sont également possibles ; 
toutes surviennent; toutes comptent en leur faveur un 
plus ou moins grand nombre d'observations exactes. 

Mais en est-il une seule dont on puisse faire une règle? 
Mous ne le pensons pas. On a beaucoup trop étendu leur 
portée et l'on s'est complètement mépris sur leur nature 
et sur leur caractère. Aucune d'elles ne présente la géné- 
ralité ni la constance d'une loi. 

1^ Il n'est pas vrai, d'abord, que ces deux conditions, 
sans lesquelles il n'est pas de loi dans l'organisme, se ren- 
contrent même dans la plus ordinaire et la mieux justifiée 
de ces correspondances, dans le fait de ressemblance morale 
du produit à celui des auteurs dont il représente le type 
extérieur de conformation, et particulièrement la figure et 
les traits. Il est hors de doute que ce phénomène se voit, 
mais il est hors de doute que l'on observe aussi le phéno- 
mène contraire. Les deux ordres de ressemblances peu- 
vent être réunies, elles peuvent être séparées, elles peu- 
vent être plus ou moins complètement renversées ou 
interverties par la génération : l'enfant le plus semblable 
au père ou à la mère, de conformation, ou de physionomie, 
en est assez souvent le plus différent, ou par le caractère, 
ou par les passions, ou par les facultés, ou par les mala- 
dies; et réciproquement, c*est souvent dans l'enfant le 
plus éloigné de la forme et de la figure de ses ideux pa- 



A LA IfATURB DB l'ÉTRE. M 

rents, que Ton voit reyiyre le type moral qui les distingue, 
on les dispositions an mal qui les afflige. Zacchias, d'ac- 
cord ici avec l'expérience, convient, dans un passage que 
nous avons cité, non pas seulement du fait, mais de la fré- 
quence de cet antagonisme : « Multos iisdem animi 
« moribus dotari ac iisdem morbis qnibns parentes ten- 
« tabantur esse obnoxios, tamen faq^i similitudinem 
< nuUam habere^ et contra, multos ex facie altemtri ex 
« parentibus assimiiari, tamen toto cœlo a temperamento 
« parentnm distare (i). » 

L'aveu a dans sa bouche d'autant plus de candeur 
et d'autant plus de prix, que le fait ne laisse pas de 
troubler son hypothèse de correspondance entre Thé- 
redite de la ressemblance morale et l'hérédité de la res- 
semblance de tempérament; car toutes ses tentatives de 
conciliation, à l'aide d'une distinction entre le tempé- 
rament général de l'être, et le tempérament spécial de 
diaque organe, n'aboutissent qu'à mettre en plus vive 
lomière toute la variété d'expressions que le fait rebelle 
à son système est susceptible de prendre. La conclu- 
non directe que la logique en tire est celle que l'expé- 
rience donne le droit d'en tirer. C'est qu'il n'existe au fond 
ni généralité, ni constance de rapport entre l'hérédité 
de la ressemblance des formes et des traits du visage et 
l'hérédité de la ressemblance morale ; c'est qu'on ne peut 
induire, avec fondement, de l'existence de l'une, entre 
frères et sœurs, entre enfants et parents, l'existence de 
l'antre. 

Cette première espèce de correspondance, dans ce 
qa'elle a de réel, se réduit, en un mot, aux simples pro- 

(1) Zacchias, foc. ei^, qusst. III, p. 133. 



90 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MÈRE 

portions d'un fait indWiduel, et dont Teipérience, chez 
rindividn même, reste l'unique juge. 

2<'La seconde règle de rapport, celle de relation spéciale 
de rhérédité des formes à l'hérédité des facultés mentales, 
opinion soutenue par Girou de Buzareingues, a-t-elleplua 
de fondement? En aucune manière ; et tout ce qu on vient 
de lire de la prétendue règle de correspondance du type 
général de la formation au type général du dynamisme des 
êtres lui est applicable. Dans l'un comme dans l'autre cas, 
il faut bien distinguer le fait de la loi. Nous ne saurions 
contester à l'exact et savant expérimentateur, ni la réalité 
de ces correspondances, ni leur plus grande fréquence re- 
lative dans les cas qu'il a pu observer ;mais nous n'accor* 
dons pas qu'elles aient le caractère, ni la valeur d'une loi. 

C'est un point sur lequel chacun est à la fois observa- 
teur et juge; il suffit de porter les yeux autour de soi, 
dans le cercle de ses relations. Tout esprit impartial sera 
conduit, comme nous, et indépendamment des considéra- 
tions rationnelles qui nous guident, à ce résultat : qu'il 
n'y a par le fait, dans ces correspondances, aucune fixité, 
aucune espèce de règle, et que la transmission de l'intel- 
ligence peut suivre celle des formes, et ne la suivre pas. 

3"" Le prétendu rapport établi par Gall, entre la trans- 
mission des formes de la tête, et celle des aptitudes ou 
des inclinations des parents aux produits, a dans notre 
opinion moins de fondement encore. L'argumentation 
par laquelle il l'appuie roule sur une perpétuelle pétition 
de principe: de la pluralité très -réelle des formes de l'ac- 
tivité psychologique dans l'être, il conclut d'abord à 
l'existenoe d'organes spéciaux à chacune d'elles dans la 
pulpe cérébrale. Cette première hypothèse le mène à une 
seconde : celle de l'hérédité de ces organes locaux des 



A LA IfATCBE DE l'ÊTRE. 91 

fiicoltés mentales, comme caase rationnelle de l'hérédité 
des facultés diyerses dont ils sont les principes ; nouyelle 
conséquence, qni en entraîne une autre aussi arbitraire 
qu'elle, celle d'une correspondance directe et nécessaire 
entre la transmission des qualités et des dispositions des 
êtres et la reproduction des déyeloppements et des formes 
du crâne qui répondent aux organes, sièges de ces apti- 
tudes. 

On doit comprendre, qu'ayant de poser ainsi en rè- 
gle, que l'hérédité des qualités et des facultés mentales 
étaitproportionnelle àl'hérédité des organes spéciaux qu'il 
leur imagine, Gall eût dû démontrer la réalité de ces orga- 
nes eux-mêmes. Or, est-il un instant possible d'accepter 
sa démonstration? Par cette omission et par la perpétuelle 
confusion où il tombe de l'élément logique et de l'élément 
riel, le système de rapport qu'il yeut établir manque de 
base rationnelle ; et quant à la sanction empirique, elle lui 
fait aussi nettement défaut qu'aux autres théories fondées 
sur l'hypothèse d'une connexion' réglée dans l'hérédité , 
entre le type des instincts, et le type des formes. La forme, 
en un mot, celle du corps, celle des traits, celle delà yoûte 
du crâne, a son caractère propre d'individualité, de fa- 
mille, de race, d'espèce ; le dynamisme a le sien, et quoi 
qu'on en ait dit, leur corrélation , au delà de certaines li- 
mites, n'a rien de fatal en soi, ni de nécessaire. Leur 
transmission s'opère, d'après les mêmes principes; et si 
Ton ne consulte dans l'hérédité que le témoignage des 
faits, et non les systèmes qu'on yeut bâtir sur elle, on la 
voit se produire sous trois expressions : 

Hérédité de la forme et de la faculté ; 

Hérédité de la faculté sans la forme ; 

Hérédité de la forme sans la faculté* 



92 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MÈRE 

Une dernière expression, propre à riiiNÉiTÉ, comprend 
les autres cas où il n'y a ni transport de la facalté , ni 
transport de la forme. 

4** Ces considérations retombent de tout leur poids sur 
les hypothèses de rapport ordonné ou de connexion réglée 
entre l'hérédité des inclinations et l'hérédité des couleurs 
des parents. 

Gomme les précédentes, ces hypothèses rencontrent» au 
premier abord, un appui dans les faits. La psopagation sé- 
minale des instincts peut suivre celle des couleurs, et le 
produit avoir le moral de l'auteur dont il a la livrée. Il y 
a même des cas analogues à ceux sur lesquels Da Gama 
Machado s'est fondé, où le contraste réuni des goûts et 
des couleurs du père et de la mère se distribue et se croise, 
en se transmettant aux petits d'une même portée, de la 
manière la plus propre à faire illusion. G'est le lieu de 
rappeler l'exemple cité plus haut de ces six métis de truie 
et de sanglier, dont cinq, de la même couleur et de la 
même forme de tête que leur père, fuyaient l'homme, re- 
jetaient l'orge, vivaient d'herbe et de feuilles, et se tenaient 
à l'écart des porcs apprivoisés ; tandis que le sixième, blanc 
comme l'était la truie, n'avait point peur de Thomme, 
aimait Torge, et se mêlait aux cochons domestiques (1). 

Malgré ces apparences de consécration, cette préten- 
due règle de correspondance n'en est pas plus réelle. 

Les faits, premièrement, ne permettent pas d'admettre 
que le transport des couleurs réponde exclusivement ao 
transport de& penchants, l'hérédité des formes k celle des 
facultés. 

Rien n'autorise à croireàcette distinction. Tout, au con- 

(1) Voy, 1. 1, part. «, liv. II, ch. ii, p. 468. 



A LA NATURE DE l'ÊTRE. 93 

taire, indique, contre l'opinion de Girou (1), qne la cou- 
lenr obéit dans la génération aux mêmes lois que la forme. 
La transmission de la forme peut suivre celle des pen- 
chants, et la transmission de la couleur peut suivre celle 
des facultés; chacune d'elles peut même accompagner 
seule et simultanémenty dans le même individu, les uns 
et les autres. 

Da Gama Macbado est fondé, en ce sens y à généraliser 
h puissance d'expression qu'il donne à la couleur ; la re- 
présentation de ses caractères peut se lier à celle des phé- 
nomènes les plus divers du dynamisme ou du mécanisme 
de l'oi^anisation. 

La seconde règle que pose Girou de Buzareingnes au- 
rait dû lui faire rejeter la première. 

Le tempérament, dit-il, accompagne la couleur (2) : sup- 
posons que jamais il n'accompagne les formes ; il est d'ex- 
périence, que le tempérament ne suit pas exclusivement le 
transport des penchants, mais qu'il peut suivre celui de 
toutes les facultés. C'est même sur ce principe, corollaire 
de l'ancien système de Galien, que Zacchias établit sa théo- 
rie de rapport entre l'hérédité du tempérament et l'héré- 
dité de tous les caractères moraux de rexistence. Or, si 
le tempérament qui se transmet ainsi avec les attributs Iw 
plus divers du type dynamique de la vie, avec les facul- 
tés comme avec les penchants, accompagne la couleur, 
la propagation de la couleur doit suivre indistinctement 
celle des penchants ou celle des facultés. 

Certaines anomalies qui atteignent à la fois et la colo- 
ration et le tempérament prouvent que cette conséquence 
n'est pas purement logique. L'albinisme, par exem|de, 

{\)Dela Génération^ p. 290. 
(t) Même ouv., loc, cit. 



94 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MERE 

dans toutes les espèces où il n'est pas une simple yariété 
de la couleur naturelle de la peau, est une altération ou 
dégénérescence dont le tempérament reçoit une exprès^ 
sion aussi profonde que celle de la peau elle-même ; et, 
comme nous Payons vu (i), les troubles parallèles de ces 
deux systèmes s'irradient plus ou moins jusqu'au dyna- 
misme. N'y dépravent-ils donc alors que les penchants? 
Non : avec la couleur et le tempérament, les sens intellec- 
tuels, le toucher, l'ouïe, la vue, sont plus ou moins éteints» 
quelquefois abolis, et les facultés mêmes dont ils sont les 
organes sont frappées d'hébétude. Ce n'est pas tout : s'il 
arrive que la fécondité résiste à la torpeur ou à l'extinc- 
tion des plus éminentes puissances de la vie, et que, mal- 
gré le croisement, la génération transmette l'albinisme de 
l'auteur au produit, que se passe-t-il alors? un phéno- 
mène conforme à ce que nous venons de dire. On peut 
voir le transport de la coloration s'accompagner des vices 
intellectuels, ou des imperfections sensorielles qui s'y 
joignent. Ainsi la chatte blanche et sourde dont Bouvyer 
a recueilli l'exemple n'avait communiqué sa surdité na- 
tive qu'aux petits de sa couleur (2). 

Mais pour pouvoir s'étendre indistinctement aux facul* 
tés ainsi qu'aux inclinations, cette correspondance entre 
leur transmission et celle de la couleur n'en a pas, à nos 
yeux, plus de généralité ni plus de constance. Il en est, 
sur ce point, des couleurs comme des formes : le transport 
des facultés ou des penchants s'opère sans celui des cou- 
leurs ; le transport des couleurs, sans celui des penchants 
ni des facultés. Et ce qui achève de prouver, sans répli- 
que, combien ce système de correspondance a peu d'ab- 

(1) Voy. i, I, Hérédité des anomalies^ p. 297. 

(2) Mémoire cité. 



A LA NATURE DE L ÉTIE. 95 

sola, c'est que Ton y obserye le même aatagonisme et le 
même renversement que dans la prétendue correspon- 
dance des formes. 

Un exemple remarquable est celui que Buffon a vu 
se {NToduire dans le croisement des espèces du loup et du 
chien. Malgré Texpérience acquise par les Grecs de la 
possibilité d'une alliance féconde entre ces deux espè- 
ces, puisqu'ils donnaient le nom de crocoUe aux métis qui 
en résultaient, Buffon avait échoué dans toutes ses ten- 
tatives d'accouplement entre elles. Le hasard produisit ce 
que Fart n'avait pu faire. U arriva que» chez le marquis de 
Spontin-Beaufort, une louve habituée dans une basse-cour 
à une vie commune avec un chien braque, fut couverte 
par ce chien et mit bas deux petits, l'un mâle, l'autre fe- 
melle. Le premier tenait du chien par tout son extérieur, 
seulement il avait les oreilles droites, et de plus, comme 
le loup, la queue longue et touffue. L'extérieur de la 
seconde se rapprochait au contraire de celui de la louve, 
à l'exception de la queue, grosse et tronquée chez elle ainsi 
que chez le chien; mais ce qu'il y avait peut-être de plus 
singulier chez ces animaux, c'est que ces deux métis 
avaient précisément le moral du parent dont ils ne repré- 
sentaient ni le physique, ni le sexe : le naturel du mâle, 
qui ressemblait au chien, était tout à la fois féroce et sau- 
yage; celui de la femelle, qui ressemblait à la louve, était 
doux, familier, et caressant jusqu'à l'importunité (1). Un 
croisement d'une nature bien autrement étrange, l'accou- 
plement d'un bouc et d'une chienne de chasse, qui se 
trouva fécond (2), eut les mêmes résultats. De ce singulier 
mélange, qui n'est pas après tout beaucoup plus surpre- 

(1) Buffon, Histoire naturelle, t. VII, supplément. 

{%) Actes physiques de V Académie des sciences de Mankeimt pour 1780. 



i 



96 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MÈRE 

nant que celui bien démontxé de l'ours et du chien, sor- 
tirent des produits ressemblant , quelques-uns entière- 
ment au bouc et d'autres à la chienne. Les derniers ayaient 
toutes les habitudes du père (i). 

Ici donc, comme dans les précédents systèmes, les deux 
conditions premières de fixité et de généralité font défaut 
à la règle. 

Toutes ces hypothèses, dans notre opinion, ont pour 
commune base Tinterprétation abusive d'un fait simple. 

Le dynamisme ou type des divers caractères de la na- 
ture morale est soumis aux mêmes lois de transport sémi- 
nal que le mécanisme ou type des divers caractères de la 
nature physique, et de la part du père comme de celle de 
la mère. Le père et la mère n'agissent pas toujours sur les 
mêmes principes. Il doit donc s'en suivre, de toute néces- 
sité, dans une folile de cas, que la transmission d'une 
partie quelconque des caractères physiques de l'un des 
deux auteurs se mêle à la transmission d'une partie quel- 
conque des caractères moraux de l'organisation de ce 
même auteur, et que ainsi réunis par la génération, ils se 
correspondent, en se représentant dans la proportion et 
l'ordre respectifs où ils se sont transmis, U s'en suit égale- 
ment que non-seulement l'ordre et la proportion, mais 
encore la nature de ces correspondances doivent varier, 
selon la nature et le degré de l'action respective de l'un et 
de l'autre auteur, dans le cas qu'on observe. 

Yoilà le fait, tel qu'il est, dans sa simplicité. 

Maintenant, au lieu de voir, dans ces concordances, le 
résultat à la fois direct et variable, selon l'énei^e et le 
mode d'influence respective des parents, de la propaga- 
tion simultanée des types des divers éléments de l'exis- 

(l) Ouv.cit. loc.fCit, 



A LA NATUaË DE l'ÊTRE. 97 

teDce physique et de l'existence morale par le père et la 
mère, chaque système, se plaçant au point de vue exclusif 
d'un ordre d'observations ou d'un ordre d'idées, a pré- 
tendu donner une signification et un rang absolus à ces 
coïncidences; chaque système, en un mot, leur a attribué 
une valeur symbolique ou étioJogique. 

Dans l'idée complètement fausse qu'ils s'en faisaient, il 
n'y avait pas d'autre alternative. 

On comprend, qu'en effet, pour que l'hérédité de la 
ressemblance physique puisse décider de celle de la res- 
semblance morale, il faut nécessairement établir en prin- 
cipe que la première est, en soi, ou la cause essentielle^ ou 
Vexpression fixe et parallèle de l'autre. 

Dans les deux hypothèses, les deux ressemblances sont 
inséparables; mais l'expérience renverse les deux hypo- 
thèses. S'il est, en effet, une distinction que l'étude phi- 
losophique de l'hérédité nécessite de faire, c'est, ainsi 
qu'on l'a vu, celle du dynamisme et du mécanisme, dans 
ce que le mécanisme du moins a d'apparent (1). Il en est, 
sous ce rapport, du type individuel, comme du type spé- 
cifique : la diversité des caractères physiques de l'orga- 
nisation, entre les individus, comme entre les espèces, 
peut recouvrir les instincts les plus analogues ; et l'uni- 
formité des premiers peut cacher le contraste et parfois 
rhostilité des seconds. 

La même indépendance peut, comme nous venons de 
le voir, se montrer dans leur transport. S'il arrive que le 
produit ait les inclinations, les passions, l'aptitude de 
celui des auteurs dont il a la couleur, ou la taille, ou la 
forme, soit du corps, soit des membres, soit du crâne, ou 
de la face, ou des traits du visage, ce n'est donc nuUe- 

(1) Vùy. t. I, part. T, liv. II, p. 50-59. 

II. 7 



98 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MÈRE 

ment, ainsi qaeGalI, Spurzheim, DaGamaMachado, etc., 
le donnent à penser, que la transmission de ces divers ca- 
ractères du physique des parents soit la came de celle des 
divers caractères du moral au produit. C'est parce que 
le même auteur qui lui transmet les uns, lui a, par le même 
acte^ et simultanément ^ communiqué les autres. 

La véritable cause de la relation, comme de la propor- 
tion des deux ordres d'éléments et d'attributs de la vie, 
remonte donc jusqu'aux sources de la formation de l'être ; 
elle est, en un mot, dans les lois générales de la procréa- 
tion, dans la qualité et le degré d'influence que le père 
et la mère exercent, d'après ces lois, sur l'existence phy- 
sique et morale du produit, et non dans le rapport de 
subordination de tel ou tel principe, de telle ou telle par- 
tie à telle autre partie, ou à tel autre principe de l'être 
qui se forme. 

En «'élevant à ce point de vue, qui nous semble à la fois 
celui de la raison et de l'expérience, le système de l'in- 
fluence étiologique de l'hérédité des ressemblances phy- 
siques sur l'hérédité des ressemblances morales apparaît 
à Tinstant, ce qu'il est, une chimère. 

Le système symbolique de leur correspondance perd de 
même toute valeur. Il devient aussi clair, en logique qu'en 
fait, qu'il n'est en la puissance, ni d'aucun caractère 
pris en particulier du mécanisme de l'être, ni de tous ses 
caractères pris dans leur ensemble, d'être la mesure exacte 
et la représentation certaine de la part respective d'action 
du père et de la mère à chacun ou à tous les caractères 
du type dynamique du produit. 

1** La parité physique déforme, de couleur, de physio- 
Qomie, si grande qu'on la suppose, entre le produit 
et l'un de ses auteurs, n'a plus, dès ce moment, qu'une 



A LA NATURE DE L ETRE. 99 

signification : c'est que le produit tient de ce même au- 
teur, sa physionoime, >$a couleur, ôa forme, etc. 

2'' Réciproquement y la parité morale, ou d'inclinations, 
de goûts, d'aptitudes, etc., entre le produit et l'un de ses 
auteurs, n'a plus également qu'une signification : c'est 
que le produit tient de ce même auteur ses aptitudes, ses 
goûts, ses inclinations, etc. 

S"" Enfin, la réunion, dans un même prodfiit, de la res- 
semblance physique et de la ressemldance morale à un 
seul des facteurs, n'a aussi qu'une seule signification : 
c'est qu'un seul des facteurs les a toutes deux simultané- 
ment transmises, et nullement que l'une d'elles soit le 
symbole de l'autre. 

La ressemblance, en un mot, quel qu'en soit le de- 
gré, l'élément, la nature, ne dit rien par elle-même de 
l'hérédité, ni de l'action respective du père ou de la mère 
sur l'organisation, au delà de Vêlement ou de la forme de 
la vie où elle nous apparaît. Les divers auteurs qui se 
sont obstinés à donner plus de valeur à ses caractères 
ont fait la faute énorme de systématiser les expressions 
de la loi, expressions multiformes, mobiles, et souvent 
même contradictoires entre elles, au lieu de s'attacher à 
fixer lie principe commun qui les régit, et qui préside à 
toute la distribution des représentations du père et de la 
mère : celui de la liberté simultanée d'action de l'un et de 
l'autre facteurs sur tous les éléments et tous les carac- 
tères de la forme physique et morale de la vie. 



100 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MÈRE 

CHAPITRE DEUXIÈME. 

De la loi de quantité d'action des deux sexes ou de proportion relative 
des représentations du père et de la mère dans la nature de Têtre. 

Une autre question s'élève : cette mutualité générale 
d'influence du père et de la mère sur Torganisation de la 
progéniture, a-t-elle, des deux côtés, la même propor- 
tion respective d'énergie? Agit-elle, des deux parts, avec 
la même puissance? Un des sexes, en un mot, influe-t-il 
plus que Tautre, soit sur une partie, soit sur toutes les 
parties de la formation de l'être? 

Nous nous trouvons encore, sur ce point, en présence 
de deux doctrines contraires : une première qui croit à 
Vinègalitey et une seconde qui croit à Végalité d'influence 
des facteurs sur la nature physique et morale du produit. 

ARTICLE I. 

Système deVinëgalitë des actions, ou de la prépondérance de Tun des 
deux facteurs sur la nature physique et morale du produit. 

Si nous n'avons égard qu'au principe qu'il proclame, 
ce système est peut-être celui qui a compté, à toutes les 
époques, le plus de partisans. Mais sous cette unité ap- 
parente de principes, se rencontrent les théories les plus 
disparates, et particulièrement deux, plus générales, au- 
tour desquelles les autres viennent comme se grouper. 

Ces deux théories, non-seulement très-distinctes, mais 
jusqu'à un certain point incompatibles entre elles, dif- 
fèrent radicalement par le compte qu'elles tiennent ou 
qu'elles ne tiennent pas du sexe du produit. 



A LA NATURE DE L^ÉS'RE. lOl 

S I. — De la prépondérance prédéterminée du père ou de la mère indé- 
pendamment du sexe des produits. 

La plas absolue comprend toutes les doctrines qui se 
rangent à l'opinion de la prépondérance systématique 
de l'un des deux facteurs sur l'autre, indépendamment 
de la nature du sexe de la progéniture. 

On peut dire, d'une manière générale, qoe partout ou 
n'a pas prévalu dans l'antiquité la doctrine de l'action 
exclusive du père sur la nature du germe, on a du moins 
vu prévaloir l'opinion de sa supériorité relative d^in- 
flaence et de représentation dans le nouvel être. Cette 
idée ne s'est même pas toujours arrêtée, comme dans 
Tancienne Grèce, aux limites de la science et de la phy- 
siologie : il est des peuples chez qui elle a retenti dans les 
institutions ; elle avait pénétré dans la législation reli- 
gieuse des Hindous (1), et nous avons plus haut cité quel- 
ques stances du Manâva-Dharma-Sastra qui l'appli- 
quent au règlement de l'état social des personnes (2). 
C'est en conformité avec ce système, que nous avons vu 
la mésalliance, interdite entre les castes, tomber, selon 
qu'elle vient du père ou de la mère, sous le coup d'une 
répression plus ou moins énergique (3) , et la loi déclarer 
le produit du mélange plus ou moins impur (4). Le légis- 
lateur pousse même l'hyperbole jusqu'à investir cette 
prééminence séminale du père de la vertu de transmettre 
le don de sainteté aux fabuleux métis de pieux solitaires 
et d'animaux des bois (ô) : 

(1) Voy. t. I, part. II, liv. II. secl. ï, p. 351-353. 

(2) Id, p. 351. 

(3) Ont;, cit., liv. Vllï, st. 365, 366. 

(4) Ouv, cit., liv. X, st Ï4 et suiv., st. 67, 70, 71, 72. 
(&)M., t5.,st. 72. 



102 DE LA PART EttATlVE DU PERB KT DE LA MÈRE 

« Puisque, par rexcellence des vertus de leurs pères, 
dit le texte sacré, des fils même d'animaux sauvages 
sout devenus de saints hommes, honorés et glorifiés, pour 
cette raison^ le pouvoir mâle remporte (t). » 

Une raison d'un autre ordre, celle de l'observatioii et 
de l'expérience, a rallié de nos jours divers naturalistes à 
la méme.théorie. Parmi ceux dont le témoignage est le plus 
grave et a le plus de poids, il faut citer d'abord Girou de 
Buzareingues. Il reconnaît bien que le père et la mère 
concourrent l'un et l'autre, et d'nne même manière, à la 
reproduction des caractères physiques et moraux de tout 
l'être (2)} il convient également que les deux sexes sont 
représentés dans chacun de leurs produits, sous des rap- 
ports différents et variables ; mais il n'en repousse pas 
moins positivement l'idée de l'égalité de leur influence, et 
il pose en principe la prépondérance générale du père sur 
la totalité de la nature du produit (3). 

Parti de données contraires à l'hérédité, WoUaston ar- 
rivait, sur ce dernier point, à la même opinion (4). 

Des agronomes anglais l'ont aussi partagée : « Quelques 
éleveurs pensent, dit Sinclair, que les produits se rap- 
prochent beaucoup plus du père que de la mère (5). » 

Dans l'espèce chevaline, entre autres, c'est du père 
qu'ils font dériver la noblesse du cheval (6). 

Buffon croyait, comme eux, à la prépondérance con- 
stante de l'étalon. 

Chez les Arabes, prévaut le système contraire. La race, 

(i) Loc. cit. 

(2) De la Génération^ ch. vu, p. 114. 

(3) Girou, de la Génération^ même page. 

(4) Wollaston, Ébauche de la religion naturelle, in-4o, 1736, p. 150. 

(5) Sinclair, VAgriculture pratique et raisonnée, traduit de l'anglais 
par Math, de Dombasle, 2 vol. in-8, t. I, p. 196. 

(6) Pichard, Manuel des haras, p. 57 et 115. 



A LA NATURE DE l'ÊTRE. 103 

d'après eux, tient plus à la femelle, condusion conforme à 
celle de Bonnet ^ de A. Haller ( i ) et des doeteors Yirey (2) et 
Yelpean. Dans l'opinion f(mnelle de ces derniers auteurs, 
la supériorité générale d'influence appartient à la mère 
dans la génération. D'après les lois de Manou, cette se- 
conde thèse ne serait pas moins ancienne que la première : 
car le l^slateur Hindou la critique comme une théorie 
qui ralliait, à l'époque de la rédaction de ce code, plu- 
sieurs autorités (3). Bomare prétend aussi que, dans les 
mélanges d'espèoe soit de même genre, soit de genre dif- 
férent, chez les quadrupèdes, on remarque ordinairement 
que le métis a plus de ressemblance avec la mère qu'avec 
le père, principalement en ce qui regarde la forme et 
l'habitude du corps (4). Henri Lecoq admet la même pré- 
pondérance du principe maternel dans l'bybridité chez 
les végétaux (5) ; et le D"" Mathieu vient, chez les animaux 
et dans l'espèce humaine , de pousser le même système 
jusqu'à l'hyperbole. La femme, d'après lui, serait seule 
dépositaire et conservatrice du type de la race (6). 

L'opinioninyerse était passée en loi chezles Égyptiens (7). 

Le dissentiment sur le premier point, c'est-à-dire re- 
lativement à la prépondérance générale de l'un ou de 
l'autre facteur, est donc aussi profond qu'il est suscepti- 
ble de l'être. 

(1) Elément, physiolog., t. VIII. 

(î) I^ouveau dictionnaire des sciences naturelles, t- XIÏ, art. Géné- 
ration. 

(3) Manàva-Dharma-Sastra, liv. X, st. 70. 

(4) Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle, t. Vllï,p. 406. 

(5) Henri Lecoq : De la fécondation naturelle et antiflcielle des végé- 
«ûtta;, p. 19 et 22. 

(6) Mathieu : De la femme au point de vue des appareils générateur et 
««twiic, suivi d'études cliniques sur l'hystérie, etc. 

(7) Voy.t. I, part. II, liv. II, p. 369. 



104 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MÈRE 

Le système de leur prépondérance partielle ou d'élec- 
tion nous présentera-t-il plus d'unanimité? 

« On croit, dit Sinclair, que certaines parties des ani- 
maux tirent plutôt leur ressemblance du père et d'autres 
de la mère. » Lui-même reconnaît en fait que la mère 
tend à exercer une influence plus marquée sur les mem- 
bres, le père sur le volume, et sur le poids du corps (I). 

D'autres agronomes, qui ont étudié le croisement des 
races pour en tirer parti, prétendent que les métis parti- 
cipent plus du caractère du mâle par l'extérieur, et plus de 
celui de la mère par l'intérieur ; idée en harmonie avec la 
situation des organes respectifs de la génération, ceux du 
mâle étant plus excentriques que ceux de la femelle (2). 

Des auteurs plus modernes érigent en règle que dans 
l'espèce chevaline , la jument détermine le genre du che- 
val que l'on veut obtenir ; l'étalon ne ferait que perfec- 
tionner le moule et que transmettre au produit le don 
de son énergie et de sa vitesse (3). 

Buffon établissait en principe que la mère exerçait une 
action plus spéciale que le père sur tous les éléments de la 
vie intellectuelle et morale du produit (4). 

Girou de Buzareingues professe et développe dans ses 
moindres détails une autre opinion, ce Les enfants, lisons- 
nous dans sa Philosophie physiologique^ ressemblent en 
général plus au père qu'à la mère par ce qui tient à la 
vie active et intellectuelle (5). Le père, dit-il ailleurs, 
prédomine par la vie extérieure^ et la mère par la vie de 

(1) Sinclair, ouv, cit., môme partie. 

(2) Demangeon, de l*Imaginationj ch. vu, p. 458. 

(3) Gardini, Dictionnaire éThippiatrique et d'équitation. Paris, 1845, 
p. 633. 

(4) HérauU de Séchelles, Voyage à Monthar, loc, cit, 

(5) Philosophie physiologique^ ch. xriir, p. 310. 



A LA NATURE DE L^ÊTRE. 105 

ffégélation cellulaire; et cette prédominance est d'autant 
plas sensible que la famille^ la race, ou V espèce du père, 
diffèrent dayantage'de la famille, de la race, ou de l'es- 
pèce de la mère : Ily a presque équilibre dans la distribu- 
tion de Vorganisation intérieure. Cependant^ même en- 
core sur ce point y il y a une légère prédominance du père^ 
du moins dans les hautes classes du règne animal ; mais 
cette prédominance provient du système nerveux à base 
intérieure : car , pour le système à base extérieure, qui 
préside à la sensibilité tactile, au sentiment interne , et 
à la formation du duvet, ily a une légère prédominance 
de la mère (1). » 

11 admet, en un mot, une prépondérance spéciale du 
mâle, tant qu'il ne vieillit pas, sur les formes, sur la tête, 
sur les extrémités, sur les taches, et sur tous les principes 
de l'organisation interne qui ne rentrent pas dans les ex- 
ceptions qu'il pose. 

Il admet, d'autre part, une prépondérance spéciale de 
la femelle sur la couleur, sur la taille, sur les poils, et sur 
la sensibilité de tact et d'impression. 

Burdach, qui regarde ce dernier point comme destitué 
de preuve, n'en considère pas moins l'influence de la mère 
comme prépondérante sur la nature morale (2), et con- 
clut que, somme totale, le mâle a plus d'empire sur l'trri- 
tahilité et la femelle sur la sensibilité. Tout récemment 
encore le docteur Baillarger a cru voir, dans les chiffres 
de tableaux statistiques qui montrent l'hérédité de l'alié- 
nation de deux tiers plus fréquente du côté maternel que 
du paternel, un nouvel argument à l'appui de la thèse de 



(!) De la Génération, ch. vu, p. iî9, 130. 
WOuv. cit., i. Il, loc.cit. 



106 DS LA PA&T EBLATIVB OD PÈBB ET M LA lliu 

Baffon, de Fabridus, de Bardadi, que la m^ est l'or* 
gane le plus général delà transmûsion des facoltfe morales 
et intelleetaelles (1). 

S IL ' De la prépondérance du père ou de la mère mUm U uxe du 

produit, 

La seconde théorie qai se rattache au principe de Tin- 
égalité d'influence des deux sexes dans la génération , 
n'en investit aucun exclusivement de la prépondérance , 
mais elle subordonne la prépondérance du père ou de la 
mère, au sexe du produit. 

TDans un premier système, la supériorité d'énergie ap- 
partient au sexe de nom contraire à celui du produit, c'est- 
à-dire au mâle sur le produit femelle, et à la femelle sur 
le produit mâle. Ce fait paraît avoir vivement attiré l'at- 
tention d'Hippocrate, car il s'en autorise comme d'une 
preuve à l'appui de son hypothèse que chaque sexe recèle 
les deux sexes en puissance (2). Un grand nombre d'au- 
teurs, Sinibaldi (3), Haller (4), Hofacker (5), Riche- 
rand (6), Burdach (7), Girou, etc., s'accordent à recon- 
naître à cette forme de croisement de l'hérédité une telle 
fréquence qu'elle équivaudrait presque à une sorte de loi. 
Elle serait même, d'après le dernier auteur, l'origine 
d'une marche singulière de la ressemblance en retour : 



(1) Recherches statistiques sur rhérédité de la folie. Noie lue à TAca- 
clémie de médecine, dans la séance du 2 avril 1845, par le docteur Bail- 
larger, médecin à l'hospice de la Salpétrière. 

(9) De Geniturâ. 

(3) Geneanthropeia,\iv. VIII, Tr. I, p. 854. 

(4) Elément, physiolo g., t. VIII, p. 99. 

(5) Ueher die Eigenschaften, etc., p. 98. 

(6) Richerand, Nouveaux éléments de physiologiey^e édit., t. II, p. 429. 

(7) Ouv. cit., t. II, p. 268, 269. 



A LA NATURE DE l'ÊTRB. 107 

« le mâle, dit*il, qai resHfnm,e beaucoup à sa mèref a. schh 
Tent des /Ib et mpiiis souYent des filles qui ressemblent 
à Taïeul paternel par les formes extérieures ; et sous les 
mêmes rapports, la femielle, qni ressemble beaucoup à son 
père, a quelquefois des filles et moins souvent des fils 
qui ressemblent à l'aïeule maternelle (t). » Le même or^ 
dre de rapport des enfanta aux aïeux se retrouve égale- 
ment, selon le même auteur, chez des petits-fils et des 
pelites-fiUes dpnt les pères et les mères sont cependant 
dans la loi conuuune des ressemblances (2). 

Osiander (3) aurait remarqué» d'après Bnrdadi, quel- 
que chose d'analogue. 

Ainsi donc, en général, dit ce dernier auteur, c'est ce 
qui diffère, tput en ayant cependant de l'affinité, qui 
exerce la plus forte influence; et nous retrouvons en cela 
des traces de la loi, différence dans Videntité. La fille res- 
semble au père, parce que c'est de lui qu'elle se rapproche 
le plus dans son origine, mais elle s'éloigne de lui par sa 
sexnalité; le fils a delà ressemblance avec le grand -père, 
parce qu'il se rapproche de lui par sa sexualité, et qu'il 
en est plus éloigné quant à son origine (4). La conclusion 
de Girou est d'une toute autre nature, c'est celle d'Hip- 
poerate : il ne voit dans ces faits qu'une nouvelle preuve 
que chaque sexe concourt souvent à la procréation de 
l'autre sexe (5). Richerand s'abstient de conclure et se 
demande seulement, si ce ne serait pas là la raison pour 
laquelle tant d'hommes illustres par leur génie, et par de 



(1) De la Génération, p. 131. 

(2) Philosophie physiologique, p. 310. 

(3) Handhuch der Entbindungskunsiy 1. 1, p. 634. 

(4) Ouv. cit., p. 269. 

(5) Delà Génération^ cYi. ix, p. 217, 218. 



108 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MÈRE 

nombreux succès dans les sciences et dans les lettres, ont 
transmis leur nom à des fils incapables d'en soutenir 
l'éclat (0? 

2° Un second système assigne, au contraire, la prépon- 
dérance sur la nature physique et morale du produit, à 
l'action des sexes de même nom l'un sur l'autre, c'est-à- 
dire, à la mère sur la femelle, et au père sur le mâle. 

Cette supérioritéd'influence générale sur la progéniture 
serait, selon Burdach, à peu près constante chez certains 
animaux ; tels seraient, d'après lui, la plupart des oiseaux ,- 
telle est, d'après Hausmann, l'espèce chevaline; telle, 
d'après le travail du docteur Baillarger, l'espèce humaine 
elle-même. Selon ce dernier auteur, les recherches sur 
l'hérédité de la folie seraient tout à fait contraires à la 
thèse populaire du croisement des sexes dans la généra- 
tion. Loin que ce prétendu croisement fût le fait le plus 
général, ce serait l'opposé qu'il faudrait admettre : les 
chiffres des tableaux statistiques sur lesquels il s'est ap- 
puyé porteraient, en effet, à conclure que la transmission 
des facultés intellectuelles et morales s'opère bien plus 
souvent de la mère aux filles que de la mère aux garçons ; 
que cette transmission, au contraire, a lieu bien plus 
fréquemment du père aux garçons^ que du père aux 
filles ; il rappelle surtout ce résultat si tranché, que sur 
deux cent soixante-quatorze filles, quatre-vingt-cinq seu- 
lement avaient hérité de la folie du père, et cent quatre- 
vingt-neuf, c'est-à-dire plus des deux tiers, tenaient cette 
maladie de leur mère (2). 



(1) Nouveaux éléments de physiologief loc. cit, 

(2) Baillarger, loe, dt. 



A LA NATURE DE l'ÊTRE. 109 

ARTICLE 11. 

Système de iV^ah'/^ des actions de Tun et de Vautre facteur sur la 
nature physique et morale du produit. 

En opposition avec le système de l'inëgalité d'infloence 
des deux sexes, un second système, et nous le dirons net- 
tement, ce système est le nôtre, reconnaît en principe 
r^lité d'action du père et de la mère sur l'ensemble 
des formes et des éléments de l'organisation ; nous re- 
poussons, en d'autres termes, toute règle générale de pré- 
pondérance d'un des sexes sur l'autre, qu'on ne subor- 
donne pas ou qu'on subordonne cette prépondérance au 
sexe du produit. 

Cette doctrine nous semble naturellement jaillir de 
l'examen critique des doctrines contraires et de l'expé- 
rience elle-même. 

g l. — Critique des théories de prépondérance d*un des sexes sur 
l'autre, indépendamment du sexe du produit. 

En nous plaçant d'abord à un point de vue exclusive- 
ment logique, il nous suffirait de la contradiction mu- 
tuelle des opinions qui concoui*ent à former cette classe 
de doctrines pour les repousser toutes : de l'instant où 
on les met en regard les unes des autres, on voit qu'elles 
s'annnllent et se nient réciproquement. Les oppositions 
entre les systèmes sur la qualité d'action des deux fac- 
teurs, ne sont pas plus tranchées (1). 

Mais une teUe méthode de réfutation, réduite à elle- 

(1) Voy. plus haut, 111* part., liv. II, p. 7&-76. 



i 



110 DE LA PART RELATIVE DU PËRE ET DE LA HÈRE 

même, serait fort incomplète : une théorie peut être en 
contradiction avec plusieurs autres, sans en être moins 
vraie ; nous ne pourrions donc, par une pareille voie, ni 
faire la part d'erreur et de vérité des hypothèses con- 
traires, ni jeter les fondements de la doctrine qui nous 
semble l'expression réelle de la loi de qiuintité d'action 
des deux sexes. 

Ilfautdonc en revenir à l'expérience pure, et soumettre 
ces systèmes au contrôle dès faits. 

Sous ce second rapport, nous n'hésiterons pas un instant 
à étendre à toutes les opinions de la catégorie dont il 
s'agit ici, l'objection que Burdach dirige spécialement 
contre celle de Vicq d' Azyr et de Girou de Buzareingues : 
nous les regardons toutes comme indémontrées, comme 
inexactes en fait. Mais nous irons plus loin ; nous espé- 
rons prouver qu'elles sont fausses en principe. 

En les considérant comme dépourvues de preuve ex- 
périmentale, nous n'entendons pas dire qu'elles man- 
quent de base et qu'elles ne s'appuient sur aucun ordre 
de faits; il n'y en a pas une à laquelle des faits positifs ne 
répondent, mais on en a très-mal apprécié la nature et le 
caractère. Chaque théorie a donné aux faits sur lesquels 
elle se fonde, au lieu de leur sens réel, un sens arbitraire; 
au lieu d'une valeur purement relative et particulière, une 
valeur absolue qu'ils ne comportent pas. 

C'est le vice élémentaire et général de toutes. 

On n'en pourra douter, en les examinant, indépen- 
damment de la vérité ou de la fausseté de leur commun 
principe, d'après les éléments purement empiriques de 
leur démonstration. 

Cette forme essentielle de démonstration n'a que deux 
bases possibles : "^ 



A LA NATtJAB DE L*ÊTRE. ill 

L'une est l'expérience et la comparaison de la puissance 
relative des représentations du père et de la mère entre 
individus de races ou d'espèces diverses. 

L'autre est l'expérience et la comparaison de la puis- 
sance relative des représentations du père et de la mère 
entre individus de races ou d'espèces semblables. 

On a pris les deux voies ; mais on a insisté plus par- 
ticulièrement sur le premier système d'expérimenta- 
tion ; on a procédé à la comparaison, dans le règne ani* 
mal, par le métissage; dans le règne végétal, par l'hybri- 
dation. 

Avant d'aborder la question de sûreté et de précision de 
ce moyen de mesure et d'investigation du degré d'in- 
fluence respective des sexes sur la reproduction des élé- 
ments de l'être, entre les diverses espèces et les diverses 
races, voyons les résultats qu'on en a obtenus, et jus- 
qu'à quel point ils ont ou ils n'ont pas confirmé ces sys- 
tèmes. 

On n'a point obtenu de résultat général par le métissa- 
ge, on n'a point obtenu de résultat général par l'hybrida- 
tion. Tout a été relatif, partiel, contradictoire. De là, 
dans chaque système, des exceptions aussi étendues que 
la règle à la loi qu'il proclame, preuve irréfragable que, . 
s'il existe une loi, ce n'est aucune de celles que ces sys- 
tèmes posent. 

Ces exceptions jaillissent à tout moment des faits, et 
sous toutes les formes dans le métissage. 

Elles y viennent des espèces, elles y viennent des races, 
elles y viennent jusque des individus. 

n existe des croisements d'espèces et de races où l'in- 
flaence du père domine dans le produit; d'autres où celle 
de la mère a la prépondérance. Cette prépondérance peut 



112 DE LA PART RELATIVE DU PERE ET DE LA MÈRE 

porter sur un point ou sur tous les points de l'organisa- 
tion. Plusieurs des exemples , précédemment cités à 
l'appui de l'action comparée des deux sexes, nous en don- 
nent la preuve; et les expériences deKœlreuter (1), de 
Knight (2), et de Senflf (3), sur les hybrides des diverses 
espèces de nicotiana, sur celles du pêcher et de Taman- 
dier, et sur celles de plusieurs variétés de pommier, 
montrent que ces différences d'espèce à espèce ne sont 
pas étrangères au règne végétal. 

Elles sont plus ordinaires dans l'animalité, et s'y ob- 
servent de même dans le croisement des races. Le savant 
agronome dont il est fréquemment question dans cet ou- 
vrage, Girou de Buzareingues, avait espéré arriver plus 
promptement à la finesse des laines par le mélange de 
brebis roussillonnaises avec des béliers mérinos, que par 
celui de brebis aveyronnaises avec les mêmes béliers; 
mais, contre toutes ses prévisions, la race du RoussiUon 
lutta avec plus de force contre la race mérinos, et, après 
vingt-cinq ans de croisements successifs, il retrouvait 
encore dans les sujets issus de ses roussillonnaises le 
type primitif de celles-ci, c'est-à-dire une laine rare, 
longue, tirebouchonnée, des pattes rousses, le museau 
roux ; tandis que le croisement de même date avec la race 
de l'Aveyron, avait depuis longtemps cessé de se distin- 
guer de la race d'Espagne (4). Quelques propriétaires du 
CharoUais et du Brionnais, dont la race bovine est une 



(1) Actes de V Académie de Saint-Pétershourg^ pour 1775; eiJournal 
de physique, t. XXI, p. 285, et t. XXIII, p. 100. 

(î) J. Ch. Reil, Archiv fUrdie Physiologie^ t. Xll, p. 97 .Vout?. 

hull, de la Soc. phiL, 1820, p. 90. 

(3) Burdach, Traité de physiologie, t. II, p. t6t. 

{k)D€la Génération, p. 217 et p. 807. 



A LA NATURE DE l'ÊTRE. 113 

des plus estimées de la France, avaient essayé de croiser 
des taureaux suisses avec les vaches du pays : les grandes 
espérances d'amélioration que Ton avait conçues ne se 
réalisèrent point ; mais le croisement opposé, c'est-à-dire 
celai de taureaux indigènes et de vaches suisses donna de 
meilleurs résultats (1). 

L'humanité présente des faits analogues : ainsi , d'a- 
près Rush, les mariages des Danois avec les femmes des 
Indes orientales produisent des enfants doués de Texté- 
riear physique et de la vigueur du type Européen ; mais 
rien de semblable n'a lieu dans le mariage des mêmes 
femmes avec les hommes des autres nations européen- 
nes (2). Le croisement des races caucasique et mongole 
donne, selon Klaproth, naissance à des métis dans la na- 
tare desquels domine constammnet le type de la der- 
nière, quel que soit celui du père ou de la mère qui lui 
appartienne. Il résulte, au contraire, des observations 
faites par Levaillant sur les enfants issus du mélange de 
la race Européenne et de la race Hottentote, que la pré- 
pondérance sur la nature morale y appartient toujours à 
la race du père. « S'il arrive, dit-il, ce qui est bien rare, 
qu'une femme blanche ait des privautés avec un Hotten- 
tôt, le fruit qui en provient a toujours la bonhomie, les 
inclinations douces et bienfaisantes du père; mais les bâ- 
tards des blancs et des Hottentotes portent, au contraire, 
le germe de tous les vices et de tous les désordres (3). » 

Nous n'énumérerons pas les contrastes du même ordre 
qui, dans le métissage, ne dépendent que du fait des indivi- 

(♦) Revue agricole, décembre 1837, p. 157. 

(2) On ihe influence of physical causes on the intellectual faculties, 
p. 119,150. 

(3) Voyage dans la Cafrerie, édit. in-4, t. II, p. 266. 

II. 8 



114 DB LA PART RELATIVE DU PERE ET DE LA MÈRE 

dus. Le produit d'an même genre de croisement des races, 
dans respèce canine, peut donner une idée de toute la y ariété 
des cas individuels du métissage de race. On ne rencon- 
tre pas moins de variété des cas individuels dans le 
produit d'un même genre de croisement d'espèces. Il est 
de ces unions où tous les produits semblent tenir d'un 
sexe ; il en est où tous tiennent, en apparence, de l'autre ; 
il existe d'autres cas où la représentation de l'un ou de 
l'autre facteur ne domine que selon le sexe des petits ; il 
en existe enfin, et c'est le plus grand nombre, où il n'y a 
rien de fixe, et où tout est variable. 

Mous prendrons pour exemple le croisement de l'espèce 
du loup et de celle du chien : il offre tout à la fois la 
preuve irréfutable de cette diversité, de l'instabilité des 
résultats fondés sur le métissage, et particulièrement des 
résultats déduits, dans le métissage, de cas individiiels. 

Mous avons déjà vu que des deux bâtards nés de l'accou- 
plement d'une louve et d'un chien, chez le marquis de 
Spontin, le mâle, par le physique, tenait plus du chien, 
et par le naturel et la voix, de la louve ^ tandis que la fe- 
melle, d'un extérieur semblable à celui de la louve, avait 
hérité du naturel doux et caressant du chien (1). Valmont- 
Bomare trouva chez d'autres métis de ce genre qu'il eut 
l'occasion de voir à Chantilly, une prépondérance géné- 
rale très-marquée de l'espèce du loup sur l'espèce du 
chien (2j. Chez d'autres bâtards nés de l'accouplement 
d'une chienne et d'un loup, Marsch a vu dominer, quant 
à la ressemblance, l'influence delà mère (3). Dans un cas 
analogue j Geo£|roy Saint-Hiiaire a constaté, chez d'autres, 
' et sous le même rapport^ la supériorité d'influence du 

(1) Buffon, Histoire naturelle, loc. cit. 

(1) y. Bomare, Dictionnaire d'histoire naturelle, t. III, p. 396. 

(8) Der Naturforscher, t. XV, p. 81. 



A LA NATURE DE l'ÊTRE. 115 

père (1). Da croisement opposé, c'est-à-dire de celui de la 
loave et da chien, Pallas a yu sortir des métis chez les- 
qaels dominaient les instincts indomptables de laloaTe; 
il en était de même de ceux de ces bâtards dont parle Yal- 
mont-Bomare : ils étaient tous sauvages, craintifs, farou- 
ches, hurleurs, comme les loups (2). En opposition avec 
oes derniers, MaroUe en a vu d'autres empreints des in- 
stincts doux et sociables du chien ; ils n'avaient de sauvage 
qne la voracité de leur goût pour la viande (3). Enfin, 
comme nous l'avons déjà noté plus haut, Giron de Bnza- 
reingoes a vu, dans les produits du croisement d'une louve 
avec un chien braque, la prépondérance de la nature du 
père et de celle de la mère varier^ et quant aux formes, 
et qnant aux qualités, selon le sexe des bâtards (4). Bur- 
dach a rapporté une autre observation emprunt^ à 
Harsch^où l'on a remarqué des résultats semblables (5), 
résultats qui rappellent ceux de l'observation recueillie 
par Buffon. 

Rapproché des autres considérations que nous avons 
exposées, ce tableau des variations de l'influence relative 
de l'un et de l'autre sexe, dans le même genre de croi- 
sement, et dans les circonstances^ en apparence, les plus 
analogues entre elles, en est pour ainsi dire comme le 
résumé et la consécration ; il achève d'éclairer sur le genre 
àt valeur et de démonstration que les précédents systè- 
mes de prépondérance partielle ou totale des représen- 
tations d'un sexe sur l'autre sexe, reçoivent du métissage 
oudel'hybridité: 

(1) Annales du Muséum, t. IV, p. 102. 

(2) V. Bomare> Dictionn. d'hist. nat,, loc. cit, 

(3) Burdacb, îoe. cit., p. 266. 

(4) Girou, de la Générât., ch. vu, § 1, p. 122. 

(5) Der Satmforscher, t. XV, p. «6. 



116 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MÈRE 

Bestreint-on l'épreuve aa croisement de deux espèces, 
ou à celui de deux races, ou même à celui de deux indi- 
Yldos de ces races ou de ces espèces? on voit d'abord sur- 
gir une apparence de ïoU et cette loi confirmer quelqu'un 
de ces systèmes. Étend-on l'épreuve au croisement de 
deux antres races, de deux autres espèces, ou parfois de 
deux antres individus? surgit une seconde apparence de 
lai qni va confirmer une théorie contraire et met dans 
l'impuissance de décider entre elles. Généralise-t-on l'é- 
prenye, pour atteindre à la solution? au lieu de l'unité, 
c'est la diversité qui jaillit et qui croit : les principes dis- 
paraissent, et il ne reste plus que des faits contradictoires 
qni trahissent à la fois, et le vide des systèmes que nous 
avons exposés, et le vice des expériences qui leur servent 
de base. 

1<» n est évident qu'on n'a point tenu compte de la na- 
ture des espèces ou des races croisées , et que l'on a re- 
gardé les résultats offerts par le métissage dans les unes 
ou les autres, et propres à chacune d'elles, comme des 
résultats communs à toutes les races et à toutes les espèces^ 
conclusion idéale et en opposition formelle avec les faits : 
les faits tendent au contraire à généraliser la proposition 
fort habilement soutenue par Huzard fils, sur le métis- 
sage : « qu'il ne faut appuyer ou révoquer un fait, même 
« une opinion, relativement à une espèce, par des exem- 
« pies de ce qui se passe dans une autre espèce (1). » Et 
chaque fois qu'on prétend établir sur la base d'un métis- 
sage suivi, entre telle et telle race, ou telle et telle espèce, 
une comparaison, une détermination, une mesure quel- 
conque de l'influeuce respective des sexes sur le produit, 

(1) J. B. Huzard flls, De quelques questions relatives au métissage 
dans les rates d'animaux domestiques, 1881, p. 4 et 28. 



A LA NATURE DE L*ÊTBE. 117 

on peut être certain de la Toir plus ou moins complète- 
ment renversée par Fexpérience dans d'autres : telle est 
éyidemment la première origine de toutes les théories sur 
la quantité d'action des deux auteurs, et des contradic- 
tions qui éclatent entre elles. 

2* La seconde origine de ces contradictions a été la 
faute de ne pas même suivre les croisements des espèces 
on des races qu'on observe, et de traduire en lois les ca- 
ractères qu'ils offrent dans les cas isolés qu'on a sous les 
yeux: rien de plus infidèle ni de plus arbitraire, en raison 
de l'action qu'indépendamment delà nature des races ou 
des espèces croisées, la nature des facteurs exerce sur le 
produit. 

Ce qu'on a lu plus haut de la diversité de caractère 
des bâtards du loup et du chien démontre jusqu'où cette 
sorte d'action peut s'étendre. 

3*" Mais de toutes les fautes, la plus inaperçue, la plus 
généralement commise, la plus grave, a été de procéder 
à la comparaison de la puissance respective des représen- 
tations du père et de la mère, entre les diverses espèces, 
on les diverses races, par l'hybridation ou par le métissage, 
et d'ériger ensuite les proportions variables et contradic- 
toires données par ces croisements, en lois de la quantité 
naturelle d'action du père et de la mère sur l'organisation, 
dans l'unité d'espèce. 

Le métissage, il est vrai, s'offre d'abord à l'esprit, 
comme la plus certaine mesure des influences respectives 
des facteurs, par la raison qu'il est le plus sensible indice 
de ces influences ; mais ce moyen, si propre à déceler jus- 
qn'ani nuances de la participation des deux sexes au pro- 
duit, est de tous les moyens le plus impuissant à révéler 
la loi de quantité d'action du père et de la mère, dans 



H 8 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MÈRE 

l'unité d'espèce, et même à comparer, d'espèce à espèce, 
la proportion de leurs représentations. 

Ce n'est pas uniquement par la diversité des résultats 
qu'il donne, bien qu'elle rende impossible la détermina- 
tion d'aucune sorte de règle générale et constante de l'hy- 
bridité; mais c'est en raison de son principe même, de 
sa propre nature, et de celle de la question. 

Qu'est-ce que la question de quantité d'action du père 
et de la mère sur l'existence physique et morale du pro- 
duit? n'est-ce pas, en principe, celle d'une loi de propor- 
tion fixée par la nature et subordonnée à la loi qui régit 
les rapports des deux sexes? 

Qu'est-ce que le métissage ou l'hybridation? une dé- 
viation des règles et des proportions fixées par la nature, 
dans les rapports des sexes (1). 

Pourquoi donc demander à cette déviation , non-seule- 
ment l'expression^mais la mesurede ces règles et deces pro- 
portions dont elle ne procède pas, et en violation desquel- 
les elle se produit? 

Pour découvrir la loi de quantité naturelle d'action des 
deux sexes sur les éléments de l'être, la première condi- 
tion était de l'étudier dans la réunion de toutes les cir- 
constances pour lesquelles elle est faite, et dans l'accom- 
plissement des lois qu'elle présuppose. Autrement on se 
met en dehors de la loi, et le résultat doit être et doit 
exprimer tout autre chose qu'elle. 

En procédant ainsi, non-seulement on ne tient aucun 
compte des principes, mais on n'en tient aucun des cir- 
constances nouvelles où l'on s'est placé, ni des consé- 
quences nécessaires qu'elles entraînent : 

Dans le croisement d'une espèce avec une autre espèce, 

(1) Foy. Burdach lui-même, t. YIII, p. 852. 



A LA NATDRB DE l'ÉTRE. 119 

dans cdni d'une race ayec une antre race, ce ne sont plus 
les sexeSj à proprement parler, mais ce sont les races^ ce 
sont les espèces qni se trouvent en présence. Ce sont 
réellement elles qui entrent en concours par la généra- 
tion; et dans une pareille lutte, la sexualité, même en In- 
lerrenant, n'agit point pour elle-même ; elle n'est qu'en 
seconde ligne, elle n'est qu'un instrument, une forme 
de répreuve , elle n'en est point le but. Que s'ensuit-il? 
qne le produit a le même caractère. Il n'est point, comme 
on le croit, l'expression de la force comparée des deux 
sexesy entre deux espèces ou deux races quelconques; en- 
core moins l'expression de la loi naturelle de quantité 
d'action du père et de la mère sur les éléments de l'être, 
dans l'imité de race, ou l'unité d'espèce ; t7 n'est que la 
mesure de T action réciproque des espèces des races ou varié- 
tés croisées. Il n'est que l'expression de leur influence , les 
unes sur les autres par la génération. 

Tel est son caractère. Il sufBt de le comprendre, pour 
sentir à quel point le métissage transforme et complique 
la question qu'on veut lui faire résoudre. 

En principe, il est la violation des règles et des condi- 
tions qui président à la loi de proportion naturelle, dont 
on le fait l'emblème. 

En fait, il substitue au problème de la loi de quantité 
d'action du père et de la mère, sur la nature physique et 
morale du produit, soit de race à race ou d'espèce à es- 
pèce, soit dans une même espèce ou dans une même race, 
le problème de l'influence comparée d'une espèce ou d'une 
race quelconque sur une autre race , ou sur une autre 
espèce, par la génération. 

C'est la faute commise par Giron et Bordach, sur ce 
point de la question. 



1 20 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MÈRE 

Elle a entraîné le premier de ces auteurs à des théo- 
ries qui, de l'aveu de Burdach, manquent de démonstra- 
tion ; qui, pour nous, vraies en ce sens qu'elles représen- 
tent des faits observés par l'habile expérimentateur, sont 
fausses comme lois (1); el elle entraine l'autre à de fati- 
gants retours sur chaque proposition et à de perpétuelles 
oscillations des principes qu'il pose. 

S'agit-il, par exemple, de mesurer le degré relatif d'in- 
.fluence du père et de la mère sur la nature et sur la 
finesse du poil, il pose en principe que la plus grande in- 
fluence appartient au père. Et sur quoi se fonde-t-il? sur 
le métissage; il allègue que le pelage de nos chèvres et de 
nos brebis indigènes est infiniment plus ennobli par 
les boucs d'Angora et par les béliers mérinos , qu'il ne 
l'est par les individus femelles de ces deux races ; il 
allègue encore la ressemblance plus grande du poil du 
bâtard de la chienne et de l'ours avec le poil du père, 
qu'avec celui de la mère (2). Mais à peine vient-il d'éri- 
ger ce principe, qu'il l'oublie comme principe et que, sans 
y prendre garde , il le réduit aux simples proportions 
d'un fait, en reconnaissant lui-même que le métissage 
a, sous le même rapport, dans d'autres circonstances, 
entre d'autres espèces, des résultats contraires et que, par 
exemple, le poil des bâtards du chien et de la femelle du 
renard, de l'âne et de la jument, de l'ànesse et du che- 
val, offre plus de ressemblance avec le poil maternel (3). 

S'agit-il de mesurer le degré d'influence relative des 
facteurs sur la nature morale , il commence encore par 
poser en principe que, sous le rapport moral, Vinfluence 

(1) Girou, ouv, cit,, p. 128, 129, 

(2) Traité de physiologie, t. IL 

(3) Ouv. cit. 



A LA NATORB DE L*ÊTRE. 121 

de la mère Vemporle el prédomine; et, ce principe posé, il 
finit les mêmes errements : les preuves qu'il invoque se 
rapportent presque uniquement à l'hybridité, et il semble 
qu'il s'en repose plus particulièrement sur les résultats, 
supposés uniformes, du croisement des espèces du loup et 
da chien, de l'àne et de la jument, de l'ànesse et du che- 
val (1)! Mais outre qne les faits sur lesquels il s'appuie 
ont, dans le métissage de certaines espèces, sous ce même 
rapport, de nombreux contraires , ainsi qu'il est conduit 
à l'avouer lui-même, ces faits sont loin d'avoir dans le 
métissage même des espèces qu'il cite, ni la fixité, ni l'uni- 
formité qu'exigerait la thèse soutenue par Burdach, et 
qu'en réalité pas un seul des faits qu'il invoque ne prouve. 
Nous nous rallierions plutôt, comme mieux prouvée, s'il 
nous fallait opter, à la thèse opposée , défendue par 
Girou. 

Mais du moment qu'on entre dans une pareille voie, la 
loi que l'on poursuit se transforme sans cesse et échappe 
de toutes parts. On ne trouve partout que contradic- 
tion et qu'antagonisme : tantôt l'antagonisme de l'espèce à 
l'espèce, tantôt l'antagonisme de la race à la race, tantôt 
l'antagonisme de la race ou de l'espèce à l'individu, etc. 

On arrive, en un mot, à voir successivement dominer 
sur l'ensemble des représentations chacun des éléments 
qu'on éprouve pêle-mêle, et qu'on met en action, au lieu 
de ceux du sexe. 

Évidemment cette voie n'est pas celle qu'il faut suivre. 

Nous ne contestons pas qu'il ne soit important, dans le 
but qu'on se propose, de comparer de race à race, et d'es- 
pèce à espèce, conune d'individu à individu, le degré de 
puissance respective des deux sexes; mais il est très-facile 

(l)Id.,id.,p.2e6. 



122 DE LA PART RELATIVE DU PRRR ET DE LA MÈRE 

de le faire sans le métissage, et très-irrationnel de le faire 
par lui. 

Bien loin de recourir pour cette comparaison à ancun 
croisement, il faut, pour se maintenir dans la Yoie des 
principes, opérer au contraire dans les conditions les plus 
rapprochées possibles de l'identité ; c'est-à-dire mesurer la 
quantité d'action naturelle des deux sexes sur les repré- 
sentations, au sein de chaque race, au sein de chaque 
espèce, et comparer ensuite d'espèce à espèce, et de race 
à race, les résultats produits sans sortir d'aucune d'elles. 

Mais ce procédé se trouve précisément être le seul pro- 
pre à résoudre l'autre forme de la question, c'est-à-dire à 
donner la mesure de l'influence respective des deux sexes 
sur la nature physique et morale de l'être, dans les con- 
ditions d'unité de race et d'unité d'espèce. 

Or, dans ces conditions, que nous apprennent les faits? 

Si l'on accouple des animaux de même espèce, on ne 
trouve point de système fixe de prépondérance d'un des 
sexes sur l'autre . C'est ce qu'un de nos plus habiles ex- 
périmentateurs, en pareille matière, Girou de Buzarein- 
gués a reconnu lui-même (I), et c'est la vérité. On n'a, 
pour s'en convaincre, qu'à suivre, dans une espèce, les ac- 
couplements. Les prépondérances qu'on y voit surgir n'y 
sont point spécifiques mais individuelles, et partout varia- 
bles du mâle à la femelle, et le plus souvent même in- 
constantes chez l'un ou l'autre des facteurs. La comparai- 
son, sur une large échelle, soit des couples aux couples, 
soit des individus aux individus, soit d'une portée à une 
autre portée, soit dans la même portée, d'une partie à une 
autre partie des petits, amène constamment à cette con- 
clusion. 



A LA NATURE DE L^ÊTRE. 123 

Le résultat demearc nécessairement le même, sons le 
même rapport, dans toute comparaison des races aux 
races, des espèces aux espèces, si la comparaison se fait 
dans les conditions prescrites d'unité. On trouve, en d'au- 
tres termes, dans toutes les espèces et dans toutes les ra- 
ces éprouvées sur elles-mêmes et conférées entre elles j in- 
dépendamment de tout métissage, ce qu'on trouve 
dans chacune, ce qu'on trouve dans chaque couple, et 
dans chaque portée, l'instabilité de la domination du père 
on de la mère ; c'est-à-dire par le fait, une égale absence 
de toute prépondérance d'un sexe vis-à-vis de l'autre, 
sor la nature physique et morale du produit. 

n n'existe donc point, au fond, d'antagonisme ni de di- 
vergence entre elles, quant à la quantité d'action des deux 
facteurs: il ne s'en rencontre ni d'espèce à espèce, ni de 
race à race, ni de race ou d'espèce à individu, comme le 
métissage a conduit tant d'auteurs et récemment encore 
Bnrdach à l'admettre. Les disproportions de race ou d'es- 
pèce qu'il a signalées, entre l'influence du père et ceRe 
de la mère, n'ont point d'autre origine ; elles sont toutes 
entachées du vice du métissage, elles gardent toutes l'ex - 
pression de ses anomalies, et n'ont de vérité qu'à cette con- 
dition, et que dans ces limites : encore dans ces limites 
elles ne sont que des faits, et elles ne sont pasdes lois : car, 
mobiles et diverses selon les croisements, elles manquent 
des deux premiers caractères d'une loi, celui de l'unité 
et de la permanence. 

Mais l'antagonisme ne disparaît ainsi, dira-t-on, entre 
les races^ et entre les espèces , les contradictions ne s'effacent 
entre elles, quant à la proportion d*influence des deux 
sexes, que pour se représenter, avec la même force, avec les 
mêmes contrastes, les mêmes difficultés, au sein del'unité 



124 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MÈRE 

de race, et de l'unité d'espèce, d'un sexe à un autre sexe, 
entre les individus : et dans de telles ténèbres, où et 
comment trouver une loi qui embrasse toutes ces varia- 
tions? 

Oui , dans ces conditions , les oppositions renais- 
sent, les variations persistent, mais elles nous éclairent. 
l<>De Tinstabilité de toute prépondérance du père ou delà 
mère sur la nature physique ou morale du produit, au 
sein de l'unité de race et de l'unité d'espèce^ nous tirons 
tout d'abord cette première conséquence: que, dans ces 
conditions, ni V espèce ni la race ne sont le vrai principe 
de la prépondérance qui s'y manifeste, ce qui confirme 
en tout point ce que l'on vient de lire. 

2''De la variation des proportions d'action des sexes sur 
le produit, dans une même espèce, dans une même race, 
entre différents couples, très-souvent dans le même cou- 
ple, d'une portée à une autre, et quelquefois jusque dans 
la même portée, nous devons tirer cette seconde conclu- 
sion : que, dans ces conditions, la sexualité n'en est point 
le principe, puisque ces proportions se règlent et se trans- 
forment indépendamment de ses caractères. 

Mais l'élimination des espèces^ des races^ et des sexes^ 
comme causes de ces inégalités et de ces variations del'in- 
fluence respective du père et de la mère, ne nous laisse en 
présence que des individus \ il faut donc alors et néces- 
sairement qu'elles procèdent de l'individualité et qu'el- 
les s'y subordonnent. 

Vindividualitè^ c'est-à-dire la nature, l'état, etl'action 
des deux individus procréateurs, exerce, en effet, dans 
l'unité d'espèce et l'unité de race, sur la proportion des 
représentations du père et de la mère, une influence sem- 
blable à celle que, dans le croisement, la nature des es- 



A LA NATUR£ DE l'ÉTRE. 125 

pèces 00 celle des races exerce sur le degré de leur expres- 
sion dans l'être. Cette puissance de TindiTidualité et des 
circonstances qui agissent sur elle est si grande, que, dans 
le métissage même où elle se trouye en lutte avec celle 
des espèces ou des races mêlées, elle ^a jusqu'à masquer, 
josp'à paralyser, jusqu'à dominer l'empire de ces derniè- 
res. Il est donc naturel que, libre et dégagée de leur an- 
tagonisme, elle soit, en dehors de l'action du croisement, 
ce que l'observation et l'analyse la montrent, l'unique et 
Trai principe qui décide, en mille sens yariables et con- 
traires, de la proportion des représentations du père et de 
la mère dans l'existence physique et morale du produit. 
Lui reconnaître ce pouvoir, c'est achever d'établir que 
la sextmlité ne le possède pqs, et qu'elle est étrangère 
aux inégalités d'expression des parents dont on la croit la 
cause: La sexualité, en elle-même, c'^est^à-dire, en tant que 
distincte de Vespèce, de la race et de Vindividu, reste 
sans influence propre sur la quantité d'action des fac- 
teurs. 

C'est une rigoureuse déduction des faits. Que l'on com- 
pare les espèces ou les races entre elles,- qu'on les fasse 
réagir les unes sur les autres par le croisement; que l'on 
mette, au contraire, les sexes en concours par les indivis 
dtt5, dans l'unité de race ou l'unité d'espèce, on trouvera 
toujours, en dernière analyse, on trouvera partout : que 
ce n'est nullement la nature des sexes qui décide par 
elle-même de la quantité relative d'action du père et de 
la mère; mais, comme nous l'avons dit, que c'est, dans le 
métissage, la nature respective des races ou des espèces^ 
en dehors du métissage, la nature respective des individus 
que représentent les sexes. 
Non-seulement cela est, mais cela doit être. Le sexe, 



1 26 DE LA PART RBLATIVB DU PÈRB ET DE LA MÈRE 

d'après des lois que nous exposerons plus loin, ne sau- 
rait, en principe, agir que sur lui-même : la règle est 
l'inaction de la sexualité sur tous les attributs de Vorga- 
nisation qui ne font point partie de ses caractères. 

On verra, par cette règle, dont nous suivrons ailleurs 
tous les développements, qu'on a, dans cette question, 
omis une distinction fondamentale à faire : cette distinc- 
tion est celle des caractères propres à la sexualité et des 
caractères libres ou indépendants d'elle. 

Les caractères propres à la sexualité sont, ou ceux de 
ses organes et de ses fonctions, ou ceux de ses annexes. 

Les caractères libres ou indépendants d'elle compren- 
nent tout l'ensemble des autres caractères : les caractères 
d^espèccy les caractères de race^ et les caractères des indi^ 
vidus. 

L'omission radicale de eette distinction vicie les théories 
et les expériences et, abstraction faite des considérations 
qui ôtent toute valeur aux inductions tirées du croise- 
ment des espèces, elle fausserait à elle seule toutes les 
prétendues lois de proportion d'influence du père et de 
la mère déduites du métissage. Elle fausse toutes celles 
de la même nature qu'on a voulu fonder sur l'hybrida- 
tion. 

On y a poussé jusqu'aux dernières limites la confusion 
des deux classes de caractères. 

Dans l'hypothèse de la bonté de ce système, la première 
chose à faire était de les séparer : de distraire, en un mot, 
d'après notre principe, dans le produit hybride, ce qui 
appartenait à Vespice^ à la race, et à l'individu^ de ce qui 
appartenait à la sexuaiité^ sous peine de confondre les 
résultats propres à l'action de l'une, avec les résultats 
propres à l'action des autres. 



A LA NATURE DE l'ÊTRE. 127 

Le principe est ici d^aatant plus rigoareax que la 
sexualité n'est à proprement dire qu'un accident de la 
plante; qu'elle n'a ni l'importance, ni la stabilité, ni la 
fixité de la sexualité dans les animaux (1), et que, par 
cette raison , les méprises y seraient plus considéra- 
bles. 

n fallait donc d'abord s'adresser la question : qtiels 
smt les organesy ou quels sont les annexes de chacun des 
deux sexes j dans chaque plante croisée? 

Et la question posée, on reconnaît à l'instant qu'elle 
n'est point susceptible de solution générale ; qu'il est 
d'importantes distinctions à faire, selon que les végétaux 
sont hermaphrodites, monoïques, dioïques, ou enfin po- 
lygames. 

Il est très-yrai que dans ces quatre systèmes de sexua- 
lité des plantes, le sexe mâle a pour organe général 
Yétamine; le sexe femelle, pour organe général le j>t5- 
Hl. 

Hais le mode de relation et de distribution de ces deux 
organes, mais le caractère de leurs dépendances ou de 
leors annexes varient dans tous ces cas. 

I. Dans les végétaux hermaphrodites, c'est-à-dire dans 
la grande majorité des plantes, la sexualité n'a qu'un 
moment d'existence, celui du développement et de la 
durée de l'anthère ; elle ne s'irradie pas au delà de la fleur, 
et les organes des sexes, Vétamine et le pistil , n'ont point 
d'annexés distinctes dans la fleur elle-même. On ne peut, 
en effet, considérer comme telles, c'est-à-dire comme pro- 
pres à un seul des deux sexes, le périanthe qui leur sert de 
commune enveloppe ; le calice, la corolle, même lorsque 

(1) Burdach, ouv, cit., t. II, p. 170, 171. 



128 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MÈRE 

l'étamine oa le pistil y adhère, et qu'ils lai tiennent 
lieu de soudure ou de support, n'appartiennent pas pla« 
à l'un qu'à l'autre sexe (t) ; il en est de même de la forme, 
de la grandeur, de la couleur de \h fleur: à plus forte 
raison, de la forme, de la grosseur, de la saveur du fruit, 
à plus forte raison, de la tige et des feuilles. On ne trouve, 
en un mot, dans cette classe de plantes, de caractères 
propres à chacun des deux sexes que ceux de ses organes ; 
tout le reste est de Vespèce^ de la variété^ de la race^ de 
Vindividu, 

II. Dans les plantes monoïques» les organes spéciaux de 
la sexualité sont et restent les mêmes ; mais ils offrent 
cependant des différences avec les plantes hermaphro- 
dites. La première différence consiste en ce que les sexes, 
quoique tous deux réunis sur la même plante, ne s'y ren- 
contrent point sur la même fleur. 

La seconde, en ce que chaque sexe y peut, par cette 
raison, indépendamment de son organe essentiel et ca- 
ractéristique, y avoir ses annexes ; 

L'étamine et le pistil n'y ont plus, en effet, le même pé- 
rianthe. Dans les plantes monoïques pourvues d'enve- 
loppes florales, l'appareil masculin, l'appareil féminin ont 
leur involucre, leur calice, leur corolle, ou leur nectaire 
distincts. Us ne sont pas seulement distincts, ils peu- 
vent encore être fort dissemblables. Ainsi, quoique sou- 
vent très-analogues entre eux, comme dans les genres 



(1) La doctrine opposée, indépendamment des contradictions sans fin 
où elle jetterait, puisque l'étamine et le pistil peuvent, selon les espè- 
ces de plantes, s'insérer tour à tour sur ces mêmes parties, condui- 
rait, à regard des plantes hermaphrodites, à faire de Tétamine elle- 
même, en certains cas, Tannexe du pistil, comme dans les Orchidées et 
les autres familles de la gynandrie de Linnée où Tétamine fait corps avec 
le pistil. 



A LA NATURB DE l'ÉTR£. 129 

Concombre, Courge, BryonCySycione des Gugurbitagées. 
Ces appendices changeât de natore, ou de forme ou de dis- 
position, dans bien d'autres familles. Chez les Urtigées, 
daus le genre Forskalea^ l'organe sexuel mâle est seul 
pourvu de calice : c'est le contraire dans le genre Chara 
des Nayades où l'organe femelle en est seul muni ; le ca- 
lice peut être chez l'un monophylle, comme dans le sa- 
Wicf , bivalve comme dans l'ortie, lorsqu'il est telra- 
phylle ou diphylle, chez l'autre : la corolle présenter cinq 
pétales distinctes autour du pistil, o^Ue de l'étamine être 
infandibuliforme (G. Jatropa), les fleurs mâles être toutes 
disposées en ombelle, les fleurs femelles groupées en pa- 
quets, trois par trois, et entourées seules par un involu- 
cre (G. Dalechampià) etc., etc. 

Mais la sexualité, en rayonnant ainsi, jusqu'à certain 
degré , dans les plantes monoïques , au delà de ses or- 
ganes, et en imprimant, dans un grand nombre de cas, 
le type propre de chaque sexe aux parties accessoires, 
limite son action aux limites de la fleur. 

III. Dans les plantes dioïques elle a d'autres caractères; 
non-seulement l'étamine et le pistil n'y sont pas unis dans 
la même fleur ; non-seulement chaque sexe y a ses organes 
et ses appendices spéciaux dans la plante : non-seulement 
ces annexes des enveloppes florales, spathe, involucre, ca- 
lice, corolle, chaton, bractée, hampe, etc., peuvent appar- 
tenir à un seul des deux sexes, ou se montrer, dans un sexe, 
différents de nature, de fornie, de division, de ce qu'elles 
sont dans l'autre ; comme dans le houblon, où le calice des 
fleurs mâles a cinq divisions, ou le calice des fleurs femelles 
n'est qu'une feuille, en forme de bractée ; ou comme dans 
l'arbre à pain, dont l'appareil mâle est un chaton cylin- 
drique, sans spathe, couvert de fleurs, au calice à deux 

11. 9 



130 DE LA PART RELATIVE DU PERE ET DE LA MÈRE 

valves, et l'appareil femelle un chaton ovoïde, entouré 
d'une spathe, couvert de fleurs nombreuses, à calice hexa- 
gone ; ou comme dans la Vallisneria spiralis où l'on voit, 
au contraire, la fleur mâle sessile, et munie d'une spathe 
membraneuse à trois lobes, présenter un calice à trois 
divisions ; la fleur femelle, portée sur une hampe uni- 
flore, contournée en spirale, tubuleuse, s'épanouir en ca- 
lice à six divisions ; ou, comme dans le papayer, dont la 
corolle mâle est en entonnoir, à tube long et grêle, dont 
la corolle femelle est à cinq pétales très-longs et réflé- 
chis, etc. , etc. ; mais, dans cette classe de plantes, ni les or- 
ganes des sexes, ni leurs dépendances, n'existent réunis 
surleméme végétal : ils sont répartis entre des sujets divers. 

Il ne résulte, pas uniquement de ce fait une séparation 
plus grande entre les sexes : il en résulte encore une plus 
grande importance, une extension nouvelle de leurs ca- 
ractères : ce ne sont plus les fleurs^ à proprement parler, 
mais jusqu'à certain point les indwidus qui sont mâles ou 
femelles. 

n s'ensuit, qu'au contraire desplantes hermaphrodites, 
et des monoïques, où la sexualité n'existe qu'un instant et 
s'arrête à la fleur, la sexualité a, chez les dioïques, une 
toute autre étendue, une toute autre durée : elle n'y ap- 
paraît point seulement à l'anthèse ; les sexes n'y différent 
point seulement par leurs organes, ni par les modifica- 
tions de leurs annexes, ou de l'enveloppe florale (l); ils y 
différent avant, ils y différent après son épanouissement, 
par des variations des tiges et du feuillage : variations 
souvent assez appréciables pour révéler aux yeux, la 
plante mâle ou femelle, sans le secours de la fleur, (l'épi- 
nard, le chanvre, etc., etc.). 

(i) Henschell, Von dtr SexuaUtœt der Pflanim, p. 359. 



A LA NATURE DB l'ÉTRE. i31 

La sexualité s'étendant, en un mot, chez ces végétaux, 
à l'ensemble de la plante, quoique bien moins prononcée 
que chez les animaux , s'y caractérise dans les mêmes limi- 
tes où elle s'y propage, c'est-à-dire dans l'ensemble de la 
plante elle-même, dans la tige et les feuilles (1). 

lY. Dans les plantes polygames, la sexualité, enfin, offre 
pêle-mêle, et selon sa nature, la réunion de ces trois dif- 
férents types, ou de ces trois caractères : ceux des végé- 
taux hermaphrodites y ceux des monoîqmSy ceux des dtoi- 
ques. 

Maintenant, d'après le principe précédemment posé 
que la sexualité n'agit que sur ses organes ou sur ses an- 
nexeSf etxlans l'hypothèse où l'hybridation ne modifie en 
rien les termes du problème, on ne peut logiquement adr 
mettre à mesurer l'action des deux sexes, dans l'hybride 
obtenu, que ceux des éléments de l'hybride qui font partie 
de leurs caractères, c'est-à-dire qui sont ou organes ou 
annexes de la sexualité. 

lo Or, dans l'hybridation de plantes hermaphrodites^ 
tout, d'après ce qu'on vient de voir, tout, dans les deux 
auteurs, à la seule exception des organes sexuels, c'est- 
à-^e du pistil et de l'étamine, tout, tiges, feuilles, et 
fleur même, n'appartient point aux sexes mais aux deux 
espèces, aux deux races^ ou même aux deux individus : en 
réalitéilonc, l'étamine et le pistil de l'hybride exceptés, 
dans cette classe de plantes, il n'y a de concours qu'entre 
les individus, le^ races ou les espèces., pour tous les carac-- 
tères : donc aucun d'eux n'accuse ni ne représente rien de 
l'influence relative des sexes sur le produit. 

(1) Maur, dans Sprengel, Neue Entdeciungen, t. III; p. 343. — Mei« 
necke, U^ter die ZaMmverhœltnisse in den FrwtificaHoni organen des 
PfUuaen, p. 40. 



1 32 DE LÀ PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MÈRE 

2° Dans rhybridation de plantes monoiqties, comme, 
aux différences près des annexes florales propres à chacun 
des sexes, l'étamine et le pistil n'ont, en dehors d'eux- 
mêmes, dans tout le végétal, aucune autre partie qui leur 
appartienne, il n'en est aucune autre à qui il soit donné 
de les représenter dans le sujet hybride, ni qui puisse ser- 
vir d'élément de mesure et de comparaison de l'action 
respective des deux sexes sur lui. On ne peut donc con- 
sulter sur cette action que les indices offerts par l'étamine 
et le pistil de l'hybride et par les différences exclusivement 
sexuelles de leurs appendices. Or, à bien réfléchir, les in- 
dices de cet ordre rentrent tous dans un seul , le nom-^ 
bre relatif des fleurs mâles et femelles. Puisque ces 
fleurs sont, ainsi que leurs annexes, distinctes les unes 
des autres sur l'individu, la prépondérance d'un des sexes 
sur l'autre y doit nécessairement avoir pour expression 
le nombre plus grand des fleurs du sexe qui l'emporte; il 
n'y en a point d'autre; de l'instant où l'on distingue, dans 
le métis des deux plantes, les éléments qui font de ceux 
qui ne font point partie des attributs de la sexualité, tous 
les autres caractères, non-seulement ceux des tiges,- non- 
seulement ceux des feuilles, mais ceux-même de la forme 
et de la couleur des fleurs, ceux-méme de la nature et de 
la saveur des fruits, ne sont que la livrée des espèces, des 
races, ou des individus, ou, pour être plus exact,^que le 
produit de leur lutte dans le sujet hybride. 

S** Dans l'hybridation des plantes dioiqueSy dès qu'on 
veut isoler les influences des sexes des influences mixtes des 
individuSy des races^ ou des espèces sur le sujet hybride, 
on n'y peut procéder que par les mêmes règles. L'exten- 
sion d'influence de la sexualité n'y change rien , en 
principe : mais elle y peut, en fait, causer de graves mé- 



A LA NATURB DE l'ÉTRE. 133 

prises : en voyant, dans ces plantes, Texpression distinc- 
tiye de la sexualité s'étendre aux caractères des tiges et 
des feuilles, il semble ou il peut sembler naturel de de- 
mander, en quelque sorte indifféremment, à l'ensemble de 
rhy bride, aux racines, aux tiges, aux feuilles et aux fleurs, 
les indices de l'action relative que les sexes des espèces 
croisées ont exercée sur elle; et pourtant il est clair qu'en 
suivant cette voie, au lieu de suivre la règle que nous 
avons tracée, on tend à s'y soustraire. Itest très-vrai sans 
doute, que dans toutes les plantes où le sexe se propage 
à l'individu, ce n'est plus seulement la fleur ^ comme 
dans les monoiqueSj c'eT^t Vindividu même, en tant que 
mâle ou femelle, qui lui sert de symbole : mais dès qu'on 
a recours à l'hybridation, les espèces interviennent ; les 
caractères d'espèce et de sexe se mêlent, confusion dans 
laquelle le sexe de l'hybride est l'unique élément distinc- 
tif qui reste ; le sexe du sujet est donc de toute la plante 
l'unique élément qu'on puisse interroger sur le jeu res- 
pectif des deux sexualités qui concourrent entre elles. Et 
c'est une question que le sexe, quel qu'il fût, d'une seule 
et même hybride ne saurait décider. Il faudrait compter 
combien, d'un nombre fixe de graines fécondées par un 
seul et même acte, sur une seule et même plante, sinon 
sur une même fleur, sont nées d'hybrides mâles et d'hy- 
brides femelles? la supériorité du nombre pouvant seule 
révéler la nature du sexe qui domine. Le problème, en un 
mot, est le même, à cet égard, dans l'hybridation des 
plantes dioiques que dans l'hybridation des plantes mo- 
ndiquesj à la différence près de la substitution du sexe du 
sujet à celui de la fleur. 

4* Enfin, dans le croisement des plantes polygames où 
la sexualité offre simultanément tous les types qu'elle af- 



1 34 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DB LA MÈRE 

fecte dans les trois aatres classes, il faudrait procéder, 
selon les caractères des espèces croisées, et d'après les 
principes tracés pour les trois cas. 

On doit Yoir, à présent, combien dans l'hypothèse 
même où nous nous plaçons (1) celle où Thybridation ne 
modifie en rien les termes duproblimey on doit voir, di- 
sons-nous, combien les lois contraires formulées par lin- 
née et par de Gandolle (2) pèchent par Tanalyse et par la 
vérité, abstractioii faite de toutes les observations et des 
expériences précises qui les renversent. 

1 ® On n'a tenu aucun compte dans l'hybridité, de la dis- 
tinction entre les divers systèmes de sexualité des plantes : 
Vhermaphroditismey la monoecie^ la dioecie^ Ibl polygamie; 

T On n'a établi dans les hybridations des plantes de 
chaque système, aucune distinction entre les caractères 
propres à la sexualité et les caractères libres ou indépen- 
dants d'elle; 

3*" Sans tenir compte des classes, des espèces, des races, 
ou des individus, sans tenir compte des parties, on n'en 
a pas moins généralisé toutes les conclusions ; 

4^ On les a tirées indifféremment, dans toutes les clas- 
ses de plantes, du caractère des tiges, des feuilles, des 
fleurs, des fruits ; 

5** On les a déduites, contradictoirement, d'après les cas 
souvent plus ou moins isolés, qu'on a eu sous les jeux ; 

6» On n'a souvent pas même pris la précaution de Kœl- 
reuter et de Knight, de renverser l'expérience, c'est-à- 
dire de faire remplir tour à tour aux deux espèces croi- 
sées le rôle des deuï sexes, précaution qui peut suflSre 
pour modifier tous les résultats. 

(1) Voy. plus haut, p. 131. 
(«) Foy. plus loin, chap. ni. 



A LA NATCRB DE L'ÊTRE. 135 

Quelle espèce de règle serait-il possible d'asseoir, quel 
sorte d'accord serait-il possible d'établir par cet oubli 
complet de méthode et de principe d'expérimentation 
dans rh}^bridité. 

Mais nous allons plus loin : il n'est point de méthode, 
il n'est point de principe d'expérimentation qui puisse 
faire dire à l'hybridité ce qu'il ne saurait être dans sa 
nature de dire. Or, il n'est ni ne peut être au pouvoir de 
l'hybridité de révéler la loi d'influence relative des sexes 
sur le produit. 

La voie analytique, indiquée par nous-méme, est aussi 
complètement fermée que toutes les autres à cette révé- 
lation : 

L'hypothèse dont nous sommes parti pour l'étabUr est 
destituée de base : l'hybridation transforme tous les ter- 
mes du problème : le système rationnel d'expérimentation 
que nous avons tracé lui est inapplicable. 

Ce système, on l'a vu, repose sur le principe de la dis- 
tinction entre les caractères propres à chacun des deux 
sexes, et les caractères propres aux espèces, aux races, et 
aux individus. 

Mais cette distinction si fondamentale, si logique, si 
vraie qu'elle soit en elle-même, est tout arbitraire, et ra- 
dicalement nulle dans l'hybridité ! Il en est, en effet, des 
espèces végétales, comme des animales : du moment que 
l'on a recours au croisement, il n'y a plus en lutte que des 
individus, des races et des espèces : la sexualité même et 
tous ses attributs différentiels rentrent dans les attributs 
des types qui rivalisent, et deviennent partie intégrante 
et réelle de leurs caractères. 

L'hybridation est donc frappée, à cet égard, de la même 
impuissance que le métissage. Elle offre même , à bien 



136 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MÈRE 

dire, une difficulté de plas , en ce qu'on n'est pas encore 
définitivement bien fixé sur celui des organes sexuels des 
espèces végétales qui est mâle ou femelle; les uns, avec 
Schleiden , attribuant par le fait le rôle du sexe femelle 
à Fétamine; les autres, continuant avec Tréviranus, 
Meyen et Mirbel , de lui attribuer le rôle du sexe mâle , 
les autres , avec MuUer , demeurant indécis (1). 

TeDes sont, dans leur ensemble, les raisons décisives, 
à nos yeux, qui nous font rejeter complètement la doc- 
trine de la prépondérance d'un des sexes sur l'autre indé- 
pendamment du sexe du produit. 

§ II. — Critique des théories de subordination de la prépondérance du 
père ou de la mère au sexe du produit. 

Le principe sur lequel se basent ces théories a-t'il plus 
de fondement que le principe de celles que nous venons 
de combattre ? 

Cette question est une des plus délicates de l'hérédité, 
une de celles qui prêtent le plus à l'erreur et à l'illusion 
dans cet inextricable labyrinthe de problèmes. 

Sous peine de s'égarer, on doit encore ici commencer 
par distraire le phénomène en soi de l'interprétation 
qu'on en a proposée : il faut, en un mot, traiter sépa- 
rément de la prépondérance du père et de la mère, selon 
le sexe du produit, et de la cause qu'on lui donne ; l'in- 
fluence des sexes de différent nom, ou de même nom, l'un 
sur l'autre. 

I. Ainsi divisée, la question se réduit sur le premier 
point, à des termes fort simples : 



(1) Bischoff, Traité du développement de l'homme et des mammifères , 
chap. II, p. «8. — Muller, Manuel de physiologie , p. 632-633. 



A LA NATURE DE LÊTRE. 137 

Voit-on ia ressemblance, ou physique, on morale, 
snivre électivemmt le type du facteur dont le sexe est 
semblable à celui du produit? 

Voit- on la ressemblance, ou physique, ou morale, sui- 
Yre électivement le type du facteur dont le sexe est l'op- 
posé de celui du produit? 

La réalité de cette double marche de l'hérédité est 
pleinement démontrée. 

1° L'hérédité s'opère, dans une foule de cas, entre 
sexes semblables : l'expression de cette forme de transport 
séminal, la supériorité de la représentation du père dans 
le fils, de la mère dans la fille, est remarquable par eUe- 
même et par sa fréquence, nous ne dirons pas seulement 
dans certaines espèces, mais dans toutes les espèces : elle 
est très-prononcée dans l'humanité, et elle y est aussi 
beaucoup plus commune qu'on ne semble le croire. Les 
tableaux statistiques du docteur Baillarger en offriraient 
la preuve, s'ils n'étaient exclusifs à la pathologie, et si, 
dans ces limites même, ils ne soulevaient, comme nous le 
verrons plus loin, des objections fort graves. 

Mais indépendamment de l'état de maladie, l'état d'a- 
nomalie compte une foule d'exemples de ces transmis- 
sions entre sexes du même nom : la métamorphose des 
lames épidermiques, chez la famille Lambert, passait des 
mâles aux mâles : la polydactylie, dans la famille Buhe, 
dans les familles Golburn, et GratioKalleja, dans celle dont 
Anna a rapporté l'histoire, s'est plusieurs fois transmise 
de la mère aux filles ou du père aux garçons (1). Il en était 
ainsi de l'éctrodactylie dans les cas observés par le doc- 
teur Lépine et le docteur Bechet : Victoire Barré l'avait 

♦ 

(1) Voy. t. T, 2« partie, liv. II, art. «, 6. 



1 38 DE LA PART RELATIVR DU PÊRB ET DB LA MERS 

propagée à ses filles : le grand-père et le père du charron 
de Ghâlon-snr-Saône, à leurs fils (l).Nons voyons égale- 
ment passer le bec-de-lièyre et la fissure du Toile du pa- 
lais, à des sexes du même nom, chez raieul et le grand- 
père d'Alexis Pareille; chez Élisa Dif et sa mère ; chez la 
mère et la fiUe opérés par Lebert (2). Dans les observa- 
tions de chromatopseudopsie que nous avons citées, l'a- 
nomalie visuelle ne s'est communiquée qu'entre sexes 
semblables : chez Harris, chez Sommer, chez Whiltoch 
Nichol, et dans une famille dont il sera question plus 
loin, la famille Earle (3), eUe n'allait que des mâles aux 
mâles; dans le cas recueilli par Florent Gunier, que des 
femmes aux femmes : dans les faits, rapportés par le même 
auteur, de l'hérédité de la surdi-mutité et de la micro- 
phthalmie, il en est où la marche de Thérédité a été la 
même. 

2*" On ne saurait, d'autre part, et malgré l'opinion du 
docteur Baillarger, contester la fréquence de la marche 
contraire, ou de la transmission par interversion de sexe 
des attributs physiques et moraux de la vie. Rien de plus 
ordinaire que cette sorte de croisement de l'hérédité. 

Giron l'a constatée, chez les animaux^ dans les pro- 
duits d'espèces les plus variées, dans l'espèce chevaline, 
dans l'espèce bovine, dans l'espèce ovine, dans l'espèce 
canine, dans l'espèce féline, chez les Gallinacés, etc. (4) 
elle est assez commune chez les passereaux et souvent dans 
les petits d'une même portée : de cinq métis nés d'une se- 



(1) Id,f même art., liv. III. 

(2) Jd., même art., loc, dt. 

(3j Earle, on the inaUlity to distinffuishcohurs ddius American journal 
ofthe médical scmices^ april 1845, p. 346-254. 
(4) De la Génération, ch. vi, p. 120-124. 



A LA Nature db l*êtrb. 139 

rine et d'an pinçon les quatre femelles auraient presque 
complètement la robe du pinçon, le mâle celle de la serine. 
Des faits analogues ont été remarqués dans d'autres croi- 
sements et entre autres dans ceux du loup et du chien. 

Ils ne sont pas moins nombreux dans notre espèce. Il 
n'est pour ainsi dire pas un caractère de l'organisation 
qu'on ne Toie ainsi passer de la mère au fils ou du père à 
lafiUe. 

Tous les attributs de l'existence physique peuvent sui- 
vre cette voie de transport séminal. Le mélange de la race 
blanche et de la race noire nous en a présenté, dans l'hé^ 
redite de la coloration, de singuliers exemples (i) : quant 
aux obseryations sur la ressemblance du père avec la fille, 
delà mère avec le fils, par les traits de la face, nous répé- 
terons ayec Girou de Buzareingue qu'elles sont triviales^ 
et qu'il est inutile de s'y arrêter (2). 

n n'en est pas ainsi des mêmes correspondances dans 
l'hérédité des difformités et des anomalies : les dévia- 
tions de la colonne vertébrale, la gibbosité, la clau- 
dication, diverses affections du poumon, du cerveau, 
les lui ont offertes (3). Burdach énumère des faits in- 
téressants de la même nature y le second fils de Gratio 
Ealleja eut un fils bien conformé et trois filles at- 
taquées de l'infirmité héréditaire : la fille ne propagea 
son infirmité qu'à un de ses garçons et non à ses filles (4). 
Dans la plupart des cas dont nous avons parlé se trou- 
vent des faits semblables : La polydactylie de Gains Ho- 
ratius s'était, d'après Pline, propagée à ses filles ; Mauper- 

(1) Voy. 1. 1, part. 2, liv. II, chap. i, p. 213. 
(%) Ouv. cit., p. «78. 
WLoc. Ci7., p. 278-280. 
(k)Owv,cit.,loe.cit. 



140 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MÈRE 

tais nous apprend que Jacob Ruhe tenait ses six doigts 
de sa mère ; l'éctrodactylie que Victoire Barré transmit 
à ses deux filles lui venait de son père. Isidore 6eof~ 
froy Saint -Hilaire a vu de même Fectromélie passer 
d'une chienne à son chien. Cette interversion de l'héré- 
dité n'est pas moins remarquable dans le transport sémi* 
nal du bec-de-lièvre, et de la scission du voile du palais. 
Nous avons déjà vu qu'un père de sept enfants n'avait 
communiqué cette double imperfection organique qu'à 
ses filles; la sœur de sa mère, qu'à ses cinq garçons : la 
mère d'Alexis Pareille l'avait aussi propagée à son fils 
et la devait à son père : c'est de sa mère que Gillette 
avait hérité de la même difformité. On a également vu, 
dans les observations que nous avons rappelées, passer 
de la mère au fils la surdi-mutité et la microphthal- 
mie (1). 

Il n'est pas plus permis de révoquer en doute la fré- 
quence de cette marche de l'hérédité dans la transmission 
des caractères propres au moral de la vie. Les mouvements, 
les tics, les habitudes, les vices, et les qualités sont su- 
jets à la suivre chez les animaux, d'où le mot des chasseurs 
chienne de chien^ chien de chienne. Il en est de même de 
tout ce qui tient soit aux facultés soit aux inclinations bon- 
nes ou mauvaises chez l'homme; et, dans une foule de cas, 
on est en droit de dire fils de mère^ fille de père. Girou de 
Buzareingue insiste en ces termes sur ces inten^ersions 
de l'hérédité morale : 

« Les enfants ressemblent , en général, plus au père 
qu'à la mère, par ce qui tient à la vie active et intellec- 
tuelle; mais, sous ces mêmes rapports, les garçons res- 

(1) Voy. plus haut, liv. T, chap. i et chap. iv. 



À LA NATURE DE l'ÉTRE. 141 

semblent plus que les filles à la mère, et les filles plus 
que les garçons ressemblent au père(l). » Le même 
auteur ajoute toutefois, dans un autre livre (2), que la 
ressemblance extérieure et morale du fils avec la mère est 
bien moins fréquente et bien moins parfaite que celle de 
lafiUe avec le père. 

Il arrive de voir jusques chez les jumeaux de ces cor- 
respondances. Les jumeaux se ressemblent le plus géné- 
ralement, s'ils sont de même sexe. S'ils sont de sexe oppo- 
sé, il est assez commun qu'ils di£fèrent, et qu'alors les 
ressemblances se croisent : ainsi, chez deux jumeaux de 
sexe contraire, Galla vu le garçon ressembler à la mère, 
femme très-bornée; la fille tenir du père, homme plein de 
talent (3). Le même fait se reproduit chez les animaux, en- 
tre les petits d'une portée. Il est plus manifeste encore 
dans le métissage : nous avons vu plus haut que , dans le 
croisement de la louve et du chien, il était arrivé, plu- 
sieurs fois, que les mâles avaient hérité du naturel du 
loup; les femelles, au contraire, du naturel du chien. 

L'hypothèse de Richerand ne manque donc pas de base ; 
il n'est pas douteux, dans notre opinion, que, comme il 
le croyait, cette interversion est, de toutes les causes pro- 
pres à f hérédité (4), la principale peut-être et la plus 
commune de l'infériorité de tant de fils à leur père. 

Qaant au fait principal, l'interversion elle-même, si les 
naissances multiples en offrent des exemples, dans les 
naissances simjples on peut dire qu'ils abondent. 

[\) Philosophie physiologique, p. 310. 

(2) De la Génération, p. 282. 

(S) Gall, Physiologie du cerveau, 1. 1, p. 207, 208. 

(4) Parce qu*il fauttenir compte de l'innéité, bien autrement puissante 
que rhérédité croisée, sur ta dissemblance des enfants et des pères. 
Voy. 1. 1, part. 2, liv. I, chap. u et conclusion du liv. I. 



1 42 DE LA PART RELAtIvE DU PÈRE ET DE LA MÈRE 

L'histoire, dit Girou, fournit une infinité d'exemples 
de la ressemblance morale du père avec la fille et de la 
mère avec le fils. 

Entre autres personnages célèbres des temps modernes 
ou de l'antiquité, il nous montré parmi les hommes po- 
litiques ou les orateurs ; Giéobule de Rhodes, Antipater, 
Lelius, Hortensius, Gicéron, Galon; parmi les empe- 
reurs et rois, Galigula, Gharlemagne, Alphonse IX de 
Gastille, Philippe le Bel, Louis XII, Henri II de Yalois, 
Jean II de Navarre, Henri VIII d'Angleterre, Henri IV de 
France, Gustave-Adolphe, Cromweli, etc., se répétant dans 
leurs filles : 01ympias,Gratésilée, Gornélie, Livie, Faustine, 
Sœmie,Frédégonde, Marguerite de Brabant, Gharlotte de 
Savoie, Bérangère, Blanche, Urracque, Gatherine de 
Médicis, Marie de Médicis, Anne d'Autriche, la femme 
de Gromwell dans leurs fils (1). 

On pourrait joindre aux unes la mère du poète Burns, 
celle du poète Johnson, et celle de Buffon, et celle des 
deux Ghénier, et celles des deux Goethe, et d'après Walter- 
Scott, celle de Napoléon, peut-être celle du roi de Rome. 

On pourrait joindre aux autres une grande partie des 
hommes célèbres à divers titres, qui, à toutes les époques, 
ont illustré les sciences, les lettres, ou les arts. 

N'est-il pas singulier, par exemple, de trouver dans 
la plupart des femmes qui, chez les anciens, ont brillé 
par le goût et par l'intelligence de la philosophie (2), au- 
tant d'échos vivants et de rayons adoucis du génie de 
leurs pères ? c'était dans Myia, Arignote et Damo, ses fil- 



{\)Dela GénAratiùn, loc, cit., p. 288, 289. 

(2) Voy, Ménage, Abrégé de Vhistoire de la vie des femmes philosophes 
de Vantiquité, passim. 



A LA NATURE DE l'ÈTRE. 143 

les, qu'était passée l'àme de Py thagore ; la première jouis- 
sait d'une grande célébrité ; les écrits de la seconde sur 
la philosophie existaient encore au temps de Por- 
phyre (1 ) ; ce fut à la dernière que, d'après Lysis le py- 
thagoricien, et Diogène - Laerce, Py thagore confia le dé- 
pôt de ses ouTrages. Themisto, cette amie d'Épicure, dont 
Gicât>n (2] et Lactance (3) nons Yantent le savoir, était 
fille de Zoïle de Lampsaqne ; l'ingénieuse Arété était fille 
d'Âristippe. Argie, Théognide, Artémise, Pantaclée, in- 
telligences d'élite, dont, selon saint Jérôme (4) le maître 
de Carnéade, Pilon, avait écrit minutieusement la vie, de- 
Taient le jour au philosophe dialecticien Diodore Gronos. 
Myro, illustre poète, était fille du poète tragique Homère 
le jeune; Pamphyla, dont Diogène-Laerce et Aulu-Gelle 
citent souvent les ouvrages, était née du savant gram- 
mairien Stoteride qui lui avait, dit-on, dédié ses commen- 
taires; l'habile Athénaïs, Eudoxie, l'épouse de l'empereur 
Théodose le jeune, était fille de Léonce le Bhéteur; l'in- 
fortunée victime de Cyrille, Hypatie, dont le savoir et le 
génie éveillaient à la fois l'admiration, l'amour, la ja- 
lousie des hommes, avait pour père Théon, philosophe, 
géomètre, et mathématicien fameux d'Alexandrie; le juris- 
consulte Jean André, professeur d'une grande réputation 
de la ville de Bologne, dont Guido Panzirol a écrit la 
vie dans son ouvrage sur les plus célèbres interprètes des 
lois, se faisait suppléer par sa fille Novelle, et publia sous 



(1) Porphyre et lamblique, VU de Pythagore^ liv. I, ch. xïx; et saint 
Jérôme, contre Joyimen. 

(S) Inorat,, adv. Pison. —Gassendi, De la vie et des mœurs d^Mpi- 
cwe, liv. II, ch. v. 

(3) Lactance, Institut, dtvîn.,lib. III, cap. xxv. 

(4) Clément d'Alexandrie, Stromat.^ lib. lY ; et saint Jérôme, liv. I, 
contre Savinien. 



144 DE LA PART RELATIVE DU PERE ET DE LA MÈRE 

ce nom deNoyelles son commentaire snr les Décrétales (1). 
la fille de Molière rappelait par son esprit celui du grand 
comique : la fille de Necker a fait presque oublier son 
père etc., etc. 

Certes de tels exemples, si importants qu'ils soient 
dans ilotre opinion, ont besoin du contrôle de faits plus 
positifs; mais il ne leur manque pas. On n'a pour ainsi 
dire qu'à ouvrir les yeux pour les retrouver, à chaque 
pas, dans le monde. Je connais, dit Girou, plusieurs fil- 
les qui ressemblent à leur père, et qui en ont reçu des 
habitudes propres et extraordinaires qu'on ne peut rap- 
porter ni à l'imitation , ni à l'éducation, et des garçons 
qui ont, depuis leur naissance, des rapports très-pronon- 
cés de ressemblance, soit morale, soit physique, avec leur 
mère ; mais les bienséances m'empêchent d'entrer dans 
aucun détail là dessus, car. sans nommer les personnes, les 
faits suffiraient à les signaler, parce que plusieurs témoins 
oculaires en ont le souvenir (2). Des motifs du même genre 
arrêtent ici notre plume. Mais dans plusieurs des cas de 
prédispositions héréditaires aux vices, aux passions ou 
aux crimes, dont on a lu plus haut les observations, la gé- 
nération a suivi la même voie. Nous y avons vu passer de 
la mère au fils, ou du père à la fille l'humeur acariâtre, 
la passion de l'ivresse, du jeu, du vol, du meurtre, du li- 
bertinage, celle de tous les crimes. 

Il est donc tout à fait impossible de nier, nous ne di- 
rons pas seulement le fait^ mais la fréquence de la trans- 
mission par interversion de sexe dans l'hérédité : et le 
docteur Baillarger a tort de la regarder comme dépourvue 



(1) ChrisUne de Pisan, Cité des Femmes f part, ii, cli. xxxvi. 

(2) De la Génération^ p. 282. 



A LA NATURE DE l'ÊTRE. 145 

de preuves dans l'espèce humaine. Il a encore eu tort d'ar- 
gumenter contre elle d'une prétendue indécision des phy- 
siologistes: cette indécision n'existe que chez Richerand : 
encore est-elle, chez lui, comme on a pu le Yoir, très- 
voisine de la foi : mais quant à Haller, Uofacker, Girou, 
Bordach, nous ne trouvons pas de trace d'une hésitation 
de ce genre dans leur langage. Us se prononcent tous 
affirmativement, le premier sur la fréquence^ les autres 
surlapius grande fréquence de cette marche de l'hérédité, 
et les deux derniers vont, comme nous l'avons dit, jusqu'à • 
en proposer chacun une théorie. 

Il nous semble même qu'ils sont allés trop loin ; car si la 
fréquence de la transmission du père à la fille et de la mère 
au fils est pour nous, comme pour eux, un fait indubita- 
ble, sa plus grande fréquence n'est nullement démontrée. 

Nous ne pouvons être ici, ni de leur opinion, ni de 
ropinion contraire du docteur Baillarger. 

Le docteur Baillarger esttrès-fondéàdireque, telque soit 
le nombre des faits que l'on invoque à l'appui du croise- 
ment de l'hérédité, personne ne les a rassemblés ni comp- 
tés (l). L'argument, sur ce point, dans une question de 
nombre, nous parait sans réplique contre la thèse qu'il 
attaque. Mais, d'une autre part, les chiffres destableabx 
statistiques qu'il présente sont radicalement impuissants 
à prouver la thèse qu'il défend : la plus grande fréquence 
de la transmission de la mère à la fille et du père au fils. 

En voici les raisons : 

La prépondérance de représentation du père ou de la 
mère sur les sexes de même ou de différent nom se rap- 
porte à l'ensemble de la nature physique et morale du 



(1) Mémoire cité, 

11. 10 



146 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA HÈRE 

produit. Il est donc essentiel de bien déterminer, quand 
on Yeat comparer liés deux voies d'influence, quels sont 
les caractères qui entrent ou n'entrent pas dans la com- 
paraison ; si cette comparaison comprend toutes les formes 
et toutes les parties de l'organisation, ou seulement une des 
formes, on même plus simplement fin élément de l'être. 

Ce point est capital. 

Toute comparaison qui, dans cette question, n'embrasse 
qu'un élément, qu'une partie, ou qu'une forme de l'orga- 
nisation, manque aux premières règles de l'exactitude. 

Du moment qu'il s'agit de juger du degré d'influence 
générale des sexes de nom contraire ou de nom semblable 
par rapport au produit, c'est nécessairement sur la tota- 
lité, ou, à son défaut, sur la plus grande somme des ca- 
ractères de l'être, que porte le parallèle ; or, comme nous 
l'avons dit, on ne peut pas conclure de l'hérédité d'une 
forme delà vie à l'hérédité d'une autre forme de la vie, 
de celle du mécanisme à celle du dynamisme et récipro- 
quement ; ni de celle d'un système, lé système nerveux, 
à celle d'un autre système, le système musculaire, etc. On 
ne peut pas plus conclure de l'hérédité d'une partie quel- 
conque de l'organisation à l'hérédité d*une autre partie, 
de celle de la structure du cerveau, par exemple, à celle 
de la structure du foie ou du cœur. On ne peut pas même 
conclure de l'hérédité d'un caractère quelconque à l'hé- 
rédité d'un autre caractère; de l'hérédité de la forme à 
celle de la couleur ; de l'hérédité de la couleur et de la. 
forme à celle d'une faculté, ou d'une qualité de l'être, etc. ; 
à plus forte raiscfS^ ne peut-on pas conclure de l'hérédité 
d'une fraction, quelle qu'elle soit, de l'organisation, à 
l'hérédité de l'ensemble de la vie. En se restreignant ainsi, 
comme point de comparaison, à un élément du mécanisme 



A LA NATURE DE L^ÉTRE. 147 

oa du dynamisme de l'être, on court, pour ainsi dire, au- 
devant des méprises. 

Le vice d'une semblable manière de procéder est en- 
core plus frappant dans la question spéciale dont il s'a- 
git ici, celle de déterminer s'il 7 a ou non croisement 
dans les représentations du père et de la mère relative- 
ment au sexe du produit. On peut dire, d'une manière 
générale, quHl n'est pas nn individu, dont tous les ca- 
ractères d'organisation, dont tous les modes de vie ne 
portent que le cachet de l'un de ses auteurs : quel que 
soit le sexe, il y a des parties où la mère, d'autres où le " 
père domine, cl'aulres où ils se balancent, d'autres que 
le sujet reçoit exclusivement de l'un ou de l'autre facteur, 
n en résulte donc que le même produi^, offre, selon les 
parties, ici l'hérédité par identité, et là l'hérédité par op- 
position de sexe; il en résulte eiicbre qu'en changeant 
de partie, ou de point de comparaison, c'est tantôt la pre- 
mière, tantôt la seconde forme de transport qui l'emporte. 
A cette cause' d'erreur s^ên ajouterait une autre s*il pou- 
vait être vrai, comme Girou le pense, qu'il y a des parties 
plus généralement sujettes a se transmettre entre sexes 
différents, et d'autres a se transmettre entre sexes sembla- 
bles ; ainsi,' d'après lui, la vie extérieure passerait plus 
fréquemment et plus parfaitement au sexe de nom con- 
traire ; la Yie intérieure au sexe de même nom ( l ) . 

Quoiqu'il en soitî, un fait reste bien clémontré : c^est 
qa'ilest impossible de tirer, sur ce point, dès conséquences 
d'onë partie à' une' autre partie, ni d'aucune à l'ensemble. 
Toute comparaison bornée à une ^jiéf tiou quelconque 
du dynamisme ou du mécanisme ne permet de prononcer 

(1) De la Génération, p. 130. 



148 DE LA PART RELATIVE DU PERE ET DE LA MERE 

sur le fait du croisement de l'hérédité, que relativement 
à cette même fraction, et jamais à une autre fraction de 
l'organisme , bien moins encore à la totalité de l'être. 
D'autres éléments peuvent et doivent offrir, dans le même 
individu , des résultats contraires ; et celle des deux 
formes de l'hérédité qui prévaut dans un point de la 
nature physique ou morale du produit peut être l'inverse 
de celle qui, en tenant compte de la somme des caractères, 
régit l'expression la plus générale delà ressemblance. 

Le docteur Baillarger a mis complètement en ou- 
bli ce principe dont plus loin on verra l'importance (1) : 
il veut fixer en chiffres le rapport de fréquence de l'hé- 
rédité croisée et de celle qui ne l'est pas. Mais com- 
ment opère-t-il? il fait abstraction, dans un nombre 
donné de filles et de garçons, de tom les caractères de la 
ressemblance au père et à la mère, à l'exception de ceux 
de l'élément mental ; puis, comme expression de l'élément 
mental, il choisit la folie. Admettons un instant que Fhé- 
rédité de la folie puisse être un miroir fidèle de l'hérédité 
de l'élément mental : l'est-elle decelle des traits? l'est-elle 
*de celle des formes? de celle de la couleur? de celle de la 
vigueur? de celle du volume? de celle de la structure de 
tous les appareils de la vie organique ? l'est-elle enfin de 
celle de tous les systèmes, et de tous les attributs dont 
l'hérédité de l'élément mental lui-même ne dit rien ? On 
ne saurait l'admettre; et, dès lors, quelle peut être la va- 
leur de calculs qui laissent si complètement en dehors de 
leurs chiffres des éléments aussi essentiels du problème? 

11 eût suflS peut-être au docteur Baillarger d'avoir sous 
les yeux les pères et les mères des malades des deux sexes 

[i) Chapitre m du même livre. Article 1, § 1. —Formule d'ÉLBCTiON. 



A LA NATURE DE l'ÊTRB. 149 

compris dans ses tableaux, ii'eût-il tenu compte que 
de la ressemblance des traits du visage, pour voir boule- 
Ycrser tous ses résultats. 

Par les mêmes motifs, et sous toutes réserves de l'op- 
portunité de l'application à la physiologie de l'hérédité 
des résultats fournis par la pathologie (1), nous dirons 
que l'auteur, en prenant son point de départ dans la der- 
nière, eût dû le plus possible l'y généraliser; qu'au lieu de 
borner ses recherches statistiques à une seule affection, 
il eût dû les étendre au plus grand nombre possible de 
maladies. Il fût ainsi du moins arrivé à passer, sous une 
forme morbide, une revue générale de la plupart des par- 
ties et des éléments de l'organisation et des modes d'action 
de rbérédité pathologique sur elles. Il aurait obtenu par 
un tel procédé un résultat d'ensemble et, sans être décisif, 
dans notre opinion, pour la physiologie de la question 
qu'il traite, ce résultat, quel qu'il fût, eût donné une tout 
autre valeur à ses tableaux. Nous prouverons, au con- 
traire, qu'en se bornant, comme il fait, dans une recherche 
semblable, à une seule affection, le résultat peut dépendre 
exclusivement de cc//e que Ton a choisie, et nous verrons, 
plus bas, des anomalies mêmes nous en offrir l'exemple. 

Mais nous venons de raisonner dans une pure hypo- 
thèse : car il est faux, pour nous, radicalement faux, que 
rhérédité de la folie puisse être une expression exacte et 
généralement vraie de l'hérédité de l'élément mental. Le 
docteur Baillarger, qui semble le comprendre, n'en per- 
siste pas moins à adopter cette base vicieuse d'apprécia- 
tion, sans prévoir qu'elle ruine toute application de ses 
laborieuses recherches à la physiologie de l'hérédité ; « La 

(t) f^oy. plus loin quatrième pctrtie. 



i 50 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MÈRE 

transmission de la prédisposition à la folie, dit-il, est évi- 
demment, du motm énpartiejle résultat de la transmission 
d'une certaine organisation cérébrale » (1). Et c'est sujc ce 
principe gn'il se fonde pour conclure de l'hérédité des.pré- 
dispositions à l'aliénation, de la part d'un des auteurs, à 
l'hérédité des facultés mentales, de la part du même au- 
teur : c'est par lui qu'il résout, contrairement à Girou, dans 
le sens dcBurdach, la guestion d'influence supérieure de 
la më^e sur l'intelligence et, contrairement à ces deux 
auteurs, la question de fréquence relative de l'hérédité 
croisée. 

Bien n'est plus arbitraire. 

Nous ne voulons pas nier que, dans un grand nombre 
de cas, la propagation des facultés mentales et des dispo- 
sitions natives à la folie ne puisse provenir d'un seul et 
même facteur: on nierait Tévidence. Mais il est tout aussi 
démontré, à nos yeux, que, dans un grand nombre 
d'autres cas, une pareille concordance est tout hypothéti- 
que et qu'il est impossible, par cette raison, d'en faire 
une base de calcul. Il suffit de voir avec quelle variété, 
dans le même organe, dans la même partie, dans le moin- 
dre point de la moindre partie, dans la moindre aptitude, 
dans la moindre faculté, les deux actions du père et de la 
mère se mêlent, en tant dç circonstances, pour se faire 
une idée de l'illégitimité de conclusions assises sur un tel 
fondement. Voyez que d'inconnues un semblable système 
suppose dégagées. 

t "" On raisonne d'abord comme si l'action spéciale de 
l'un des deux facteurs s'était nécessairement portée tout 
à la fois et sur les facultés et sur la maladie : or, il peut 

(i) Mémoire dté: Applications physiologiques. 



A LA NATURE DE l'ÊTRE. 151 

arriyer, tout ce qu'on a dit plus haut de Thérédité le 
proaye, que le père ait transmis les facultés mentales, et 
la mère le principe qui en cause le trouble. 

T On raisonne encore comme si l'on pensait que tou- 
tes les espèces et tous les cas possibles d'aliénation ont 
leor point de départ dans l'intelligence ; or rien n'est à 
nos yeux plus loin de la vérité qu'un pareil absolu ; tout 
dépend de la nature des causes de la folie. 

La plupart des folies dont la cause est physique font 
d'abord exception : 

Ainsi, touj^s ces folies qui sont Veffet direct de lésions 
organiques, soit du cerveau lui-même, soit, comme il en 
existe de nombreux exemples, des autres organes, ne nous 
réYèlent pas mieux l'origine première, ni l'état antérieur 
de l'intelligence, que le délire de la fièvre ou d'upe ménin- 
gite. Il faut précédemment avoir interrogé l'iiiteUigence 
elle-même. 

D'autres folies, sans dépendre de lésions organiqaes, 
rentrent dans le même cas : de ce nombre sont beaucoup de 
folies sympathiques ou deutéropathiques, physiques dajiç 
leur principe, mais primitivement étrangères au cerveau 
et à l'intelligence qu'elles ne troublent jamais que comé^ 
tviwement. 

La propagation de la folie fùt-elle une . représentation 
de l'hérédité mentale, cette représentation ne serait don^ 
pas vraie de toutes les espèces et de tous les cas possibles 
d'aliénation. Il faudrait distinguer entre les vesanies. Mais 
est-il besqin de dire qu'une telle distinction, toujours fort 
délicate, est, en mille circonstances, presque impossible à 
faire, surtout quand il s'agit de procéder sur une foule de 
faits qu'on n'a pas vus, et 4e s'en reposer sur le témoi- 
gnage? 



L 



1 52 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MERE 

Les laborieuses recherches du docteur Baillarger ne 
nous offrent point de traits de cette distinction. 

Par toutes ces raisons, on ne peut qu'applaudir à la ré- 
serve qu'il met dans ses conclusions: il n'accorde à ses 
chiffres qu'une foi provisoire, et déclare franchement 
qu'il ne considère point les solutions qu'ils donnent des 
questions précédentes, comme définitives (l). 

En réalité, elles sont très-loin de l'être. 

II nous est impossible d'accepter la première : 

Ses tableaux ne prouvent point et ne sauraient prouver 
la prépondérance prétendue de la mère dans la trans- 
mission de Tintelligence, parce qu'ils ne sont basés que 
sur l'hérédité de l'aliénation et que l'hérédité de l'aliéna- 
tion ne décide ni certainement ni généralement, comme 
nous venons de le voir, de celle de l'intelligence. 

Les arguments déduits de la pathologie ne sont pas sur 
ce point plus pertinents que ceux tirés du métissage et 
soutenus parBurdach. 

Nous ne pouvons non plus accepter la seconde conclusion 
de l'auteur, et admettre avec lui, d'après les mêmes prin- 
cipes et les mêmes calculs, la plus grande fréquence de la 
transmission de la mère à la fille et du père au fils : car 
on accorderait à l'hérédité de Taliénation d'être l'expres- 
sion de celle de l'intelligence, et de nous révéler de quelle 
part elle provient, que la révélation de l'origine comparée, 
dans cinq ou six cents cas, de cette seule et unique activité 
de la vie, entre tant d'autres éléments et modes d'énergie 
de l'organisation, serait, comme nous croyons l'avoir 
démontré, impuissante à résoudre un pareil problème. 



(1) « rai dit que j*étaisloin de regarder les solutions des questions 
« que j*ai examinées, comme défînitives; que je considérais, au con- 



A LA NATURE DE l'ÊTRE. 153 

Enfin, s'il nous faut dire ici toute notre pensée, nous 
croyons plus aux faits bien observés qu'aux chiffres pour 
porter la lumière dans cetteépineuse et curieuse question. 
Les recherches statistiques, pour être décisives sur ce 
point délicat, exigent tant de conditions, et de si com- 
plexes, que la réunion nous en semble impossible. Pour 
n'indiquer ici que les plus générales, d'après l'exposition 
des lois précédentes de l'hérédité, ces recherches devraient 
comprendre simultanément tous les modes d'énergie du 
dynamisme vital et toutes les parties internes et exter— 
nés de l'organisation, c^r nous avons montré que les 
résultats changent, dans chaque individu, selon les at- 
tributs, selon les parties ; elles devraient tenir compte, 
sous les mêmes rapports, de tous les membres des deux 
sexes de chaque génération comprise dans le calcul, 
car les résultats changent selon les personnes ; elles de- 
vraient tenir compte, sous les mêmes rapports, des gé- 
néalogies, ou de la succession des quatre ou cinq premières 
générations de toutes les familles qui figurent dans les chif- 
fres, car, comme nous allonsle voir, les résultatschangent, 
dans les mêmes familles, selon les générations ; elles de- 
vraient enfin, et sur toute chose, avoir pour première base 
l'entière certitude de la paternité; non pas cette certi- 
tode particulière et possible qui s'applique à un certain 
nombre de cas déterminés, mais une certitude générale, 
absolue, chimérique, impossible sur une masse de faits 
où la maternité seule n'est pas indécise. 

De la discussion où nous venons d'entrer, nous nous 
croyons donc fondé à déduire ces deux propositions comme 
pleinement démontrées : 

t traire, les documents cités plus haut, comme le premier élément d*un 
« trayait qui demandait à être continué » (Baillarger, Mém. cité). 



1 54 DE LA PART RELATIVE DU PERE ET DE LA MÈRE 

1 *" Le transport par différence et le transport par identité 
de sexe sont dans l'hérédité d'une très-grande fréquence. 

2"" La fréquence relative de l'une et de l'autre marche 
de l'hérédité, dans l'état de la science, reste indéterminée. 

Toutefois, autant qu'il est possible, en pareil cas, de 
conjecturer, nous croyons avoir des raisons de penser 
qu'elles se font équilibre. 

Nous trouverons l'occasion d'exposer ces raisons dans la 
discussion du second point du problème; quel que soit le 
rapport de fréquence des deux marches de l'hérédité, 
rentrent-elles dans Vaction de la sexualité? sont-elles 
l'effet direct de l'influence des sexes de différent nom, 
ou de même nom, l'un sur l'autre? 

Si la sexualité est la cause absolue de ce double phéno- 
mène, c'est une grave objection contre la conclusion que 
nous avons posée : que, dans les circonstances d'identité 
de l'espèce et de celle de la race, le degré d'influence du 
père ou de la mère sur la nature physique et morale du 
produit est indépendant du sexe des facteurs, et qu'il 
est de règle que la sexualité n'intervienne point sur des 
représentations étrangères à elle-même (1). 

Le transport exclusif, entre sexes semblables ou entre 
sexes contraires, de tous les caractères, indifféremment, 
semble, en effet, de nature à renverser cette règle. 

Mais la sexualité, à laquelle on rapporte la cause de ces 
deuxformes de communicationd'unefoule dephénomènes, 
en est-elle le principe ? 

Telle est la question. 

On Ta généralement résolue jusqu'ici par Taffirmatix^^ 
ou, pour être plus exact, on ne se l'est point posée,'tant on 

(1) Voy, plus haut, même volume, liv. II, ch. ii, p. 125-126. 



A LA NATURE DE l'ÊTRE. 155 

a ea peu de doute sur sa solution. Il n'en est pas moins 
vrai que la solution n'e^t point celle qu'on a suppo8($e,.6t 
qa'on a été dupe d'un.^ illusion : la question n'admet point 
de réponse exclusive. 

La logique des lois de l'hérédité réclame l'application 
aux phénomènes transmis de la distinction que nous avons 
faite (1) entre les caractères propres à la sexualité, et les 
caractères libres ou indépendants d'elle. 

Nul doute, dans notre esprit, que la sexualité n'ait 
une action directe sur la transmission de tous les phé- 
nomènes de la première classe; nul doute encore que, si, 
comme nous le supposons, cette action est réelle, elle ne 
doive s'exercer entre sexes semblables. 

lo Ainsi, premièrement et d'après ce principe, tous les 
caractères immédiats^ c'est-à-dire inhérents des parties ou 
des fonctions de la génération propres au sexe mâle, doi- 
vent, dans l'ordre normal, exclusivement tendre à se com- 
muniquer au sexe mâle du produit; tous les caractères 
immédiats^ c'est-à-dire inhérents des parties ou des fonc- 
tions de la génération propres au sexe femelle, doivent, 
dans l'ordre normal, exclusivement tendre.à se commu- 
niquer au seul sexe femelle. 

Cette conséquence logique est l'expression des faits: c'est 
du père au fils que, chez les mouorchides et chez les tri- 
orchides, passe le troisième ou l'unique testicule(2); c'est 
de la mère à la fille que, chez les multimammes, passe la 
troisième ou la quatrième mamelle (3) ; c'est de la mère 
à la fille que, chez les Hottentotes, passe le tablier, etc. 

2*> D'après le même principe, les caractères médians de 



(i) Tom. n, IW. 1I> eh. If, p. 126." 

(2) Tom. I, part. II, liv. II, ch. i, p. 8Î4. 

(3) Id., p. 818-819. 



1 56 DB LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MÈRE 

la sexualité, c'est-à-dire ceux mêmes étrangers aux orga- 
nes et aux fonctions directs de la génération mais dans sa 
dépendance, doivent suivre la même loi : dans l'ordre nor- 
mal, ils ne doivent se transmettre qu'à un seul et même sexe, 
à celui dont ils sont l'annexe naturelle ou l'attribut dis- 
tinct. 

Cette loi est susceptible d'une grande extension et 
sujette à recevoir, de la nature des êtres, des expressions 
sans nombre. 

On observe, en efifet, selon les classes, les ordres, les 
genres, les espèces, une grande diversité dans la sphère 
exclusive des attributs des sexes et de leurs dépendances, 
et par suite dans celle de leur influence spéciale sur le 
produit. Il existe un grand nombre d'animaux dont les 
sexes sont destitués d'annexés et ne semblent différer que 
par leurs seuls organes ; mais il en est aussi un grand 
nombre dont les sexes diffèrent à la fois et par le carac- 
tère immédiat des organes de la génération, et par le 
caractère médiat de leurs appendices. 

Il n'est, pour ainsi dire, point de subdivision des inver- 
tébrés ni des vertébrés où la sexualité n'ait de ces irra- 
diations ou élans d'expression au delà de ses appareils; il 
n'est point d'élément de l'organisation qui, selon les espè- 
ces, n'en puisse recevoir l'empreinte : 

Très-souvent c'est la forme ou configuration générale 
de l'être : il est des animaux chez qui ses caractères diffé- 
rencient le plus absolument les sexes, où la forme du 
mâle n'a rien ou si peu de chose de celle de la femelle 
qu'ils semblent appartenir à des genres différents (1), 
comme chez beaucoup d'insectes et quelques crustacés, le 

(1) V. Audouin et H. Milne-Edwards, Traité élémentaire d'entomoloffîê, 
t. II, ch. y, p. 68. 



A LA NATURE DK LÊTRE. 157 

Puceron (I), la Cochenille (2), le Bibion rouge (3), le Drî- 
lus flavus (4), les Bopyres (5), etc. ; 

D'autres fois, c'est la taille oa la longueur du corps, 
dans un grand nombre d'espèces des classes les plus diver- 
ses, chez le Proscarabée, la Guêpe, le Frelon, l'Abeille, la 
Fourmi, les Papillons diurnes, les Papillons noctur- 
nes, etc., chez l'Aigle, le Faucon, l'Épervier, le Mi- 
lan, etc., chez la Baleine, l'Aurochs, le Fourmilier, etc., 
plus petite chez les mâles : dans un nombre aussi grand 
d'espèces des mêmes classes, l'Homme, le Cachalot, le 
Lion, le Léopard, l'Élan, le Cerf, le Tapir, le Bouc, le 
Bélier^ chez les Ducs, les Hibous, les Poules, Oies, 
Canards , Pigeons, Grues, Cigognes ; chez les Crusta- 
cés (6), et même chez des Insectes, le Chlorion, l'Argy- 
ronète, etc. (7), plus petite chez les femelles ^ 

Plus fréquemment encore, c'est la proportion^ la confi- 
guration^ le volume relatifs des mêmes régions, organes, 
ou appendices ; la tête, le corps, les membres, dans la 
plupart des classes ; les antennes, les tarses, les ailes, etc., 
chez les Insectes; les huppes, les crêtes, les becs, etc., 
parmi les Oiseaux ; les cornes, etles dents, parmi les Car- 
nassiers et les Herbivores ; 

Dans des cas plus restreints, c'est le nombre des par- 
ties communes aux deux sexes, nombre qui varie chez 
eux, selon les espèces, et qui tantôt l'emporte chez l'un, 
tantôt chez l'autre; 

(1) C. Bonnet, Contemplation de la nature. 

(S) Diction, univ, d'hist, nat., article Cochenille, 

(3) fiomare, Dict. d'hist. nat., t. IX, p. 30. 

(4) Annales des sciences naturelles, t. II, p. 443. 

(5) Diction, jnttor. d'hist. nat., 1. 1, p. 480. 

(6) Bomare, i. IV, p. 348. 

(7) Diction. pUtor, d'hist. nat., X. I, p. 282. 



ft 



158 DE LA PART RELATIVE DU PERE ET DE LA MÈRE 

Ainsi le nombre des segments ou des anneaux dn 
corps : de soixante-trois segments chez les înles femelles, 
parmi les Myriapodes ^ de cinqaante-nenf seulement, 
chez les Iules mâles (t) ; de cinq, chez les mâles, dans les 
Brachinres arqués de la tribu des Nageurs, dans les Piri- 
mères et Crabes proprement dits de la tribu des Marcheurs, 
et de sept dans les femelles de l'une et de l'autre tribu de 
la même famille (2) ; de six dans les femelles, de sept dans 
les mâles de la plupart des espèces des Hyménoptères (3) ; 
Ainsi encore le nombre des articles des antennes de treize 
dans les mâles, de onze dans les femelles chez les Hété- 
rogynes. Fouisseurs, Diploptères, Mellifères du même 
ordre (4) ; de dix dans les Chalcis, de seize dans les Tarpa ; 
de dix-neuf dans les Gephus du second des deux sexes ; de 
onze dans les Chalcis ; de dix-sept dans les Tarpa, et 'ide 
vingt dans les Cephus du sexe contraire (5) ; 

Ainsi, enfin, le nombre des pattes^ dans plusieurs ordres 
des Invertébrés, telsqueles Décapodes Brachiures des Crus- 
tfiicés dont l'abdomen des mâles a deux paires de fausses 
pattes, celui des femelles cinq (6) ; ou tels que les PycRo- 
gonides des Arachnides dont les mâles ont huit pattes, et 
les femelles dix (7) ; ou tels que les ïuïes et les Glomeris 
chez les Myriapodes, dont les mâles ont trente-deux, les 
femelles trente-quatre pattes dans là seconde espèce ; les 
femelles soixante-quatre paires de pattes, les mâles trente- 

(1) Antelme, Histoire naturelle des insectes et d^ mollusques. Paris, 
1841. T. Il, p. 170. 

(2) V. AudouiQ et H. M ilne-Edwards , Traité élémentaire d'entomo- 
logie, t. I, p. 147, 149. 

(3) Antelme , ouv, cité, t. II, p. 59. 

(4) V. Audouin et H. Milne-Edwards, ouv. cité, t. lï, p. 169. 

(5) Meckel, Traité d^anatomie comparée, 1. 1, p. 302. 

(6) V. Audouin et H. Milne-Edwards, ouv. cité, 1. 1, p. 136. 

(7) Idem, ouv, dté, 1. 1, p, 2*9. 



A LA NATURE DE l'ÊTRE. 159 

neuf paires -dans la première (1). Ces différences sexuelles 
de nombre des mêmes parties se rencontrent jusque chez 
les Vertébrés : le mâle du Calmar n'a qu'un seul et 
unique conduit excréteur de la liqueur noire que ce pois- 
son sécrète, la femelle en a deux (2) ; la queue de la Baie 
cendrée est armée, chez le mâle, de trois rangs d'aiguil- 
lons, elle n'est armée que d'un seul rang chez la fe- 
melle (3) ; chez les Mammifères mêmes, dans l'espèce Ca- 
nine, la Chienne a douze mamelles, le Chien n'en a que 
six (4), etc. 

Dans un bien plus grand nombre de cas c'est la nature 
des parties elles-mêmes, parties supplémentaires, attri- 
buts spéciaux et distinctifs des sexes, instruments de 
transport, de préhension, d'attaque, dé défense, de pa- 
rure : ailes, crêtes, aigrettes, voiles, huppes, barbe, cri- 
nière, éventail, cornes, bois, vrilles, épines, éperons, ai- 
guillons, appareils de chant, de stridulation, d'odeur ou 
de lumière ; 

Mais plus généralement encore, c'est la couleur ^ ex- 
pression plus variable et plus répandue, qui couvre, en 
quelque sorte, de deux livrées distinctes, de deux robes 
différentes, dans un grand nombre d'espèces d'insectes, 
de poissons, de. reptiles, d'oiseaux, le mâle et la femelle. 

Dans toutes les espèces, et dans toutes les classes où la 
sexualité se manifeste ainsi, au delà de ses parties et de 
ses fonctions directes^ dans la sphère de la vie, quelle que 
soitla nature de ses appendices, la détermination de la 
sexualité décide du transport de tous ces caractères. La 



(1) Id., ouv. cité, 1. 1, p. t87. 

(2) V. Bomare, Dict. univ. d'hist. nat., 1. 11, p. 524. 

(3) Id., t. Xll, p. 146. 

(4) Id., t. ni, art. Chien. 



160 DE LA PART RELATIVE DU PBRB ET DE LA MÈRE 

règle générale et conforme au principe précédemment 
posé est , à l'exception des cas d'hermaphrodisme, la 
transmission de toutes les annexes sexuelles au sexe dont 
elles dépendent et dont elles sont Vindice. 

La phosphorescence des Lampy rides (1); les filières ou 
filets ventraux des Hydrophiles (2) ; le bec des Gallinsec- 
tes (3) ; le sabre des Sauterelles, la tarière des Hyméno- 
ptères terébrants, de la Mouche à scie (4), du Scarabée à 
vrille (5) ; l'aiguillon de i'Ichneumon, de la Guêpe, de 
l'Abeille; les lames sacciformes du thorax des Mysis, 
Cryptodes, Mulicores (6), celles des Édriophtalmes (7) ; les 
poches abdominales des Cyclopiens (8) ; le collier de plu- 
mes du Soubuse ; les mamelles de la Sèche (9) ; les replis 
abdominaux de plusieurs poissons Branchiostéges (10); le 
sac du Sarigue, etc., attributs des femelles^ dans tontes 
ces espèces, ne passent qu'aux femelles. 

Les ailes des Lampyrides( 1 1), des Doryles, des Lapides, 
des Mutilles ( 1 2), des Cochenilles, des Kermès ; les crochets 
de l'abdomen chez les Ascalaphes (13) ; les épines des cuis- 
ses chez les Hydrotées (14); l'ergot des deux jambes antérieu- 
res des Mygales (15); les excroissances cornées du Bousier 

(4) Antelme, ^t^^ nat, des insectes et des mollusques, t, II, p. 20. 

(2) Duponchel, Dict. univ. d'hist, nat., t. VI, an. Hydrophile p. 759. 

(3) V. Audouin et H. Milne-Edwards , ouv. cité, p. 152. 

(4) Antelme, ouv. cité, t. Il, p. 300. 

(5) V. Bomare, t. XIII, p. 70. 

(6) V. Audouin et H. Milne-Edwards, ouv. dté, 1. 1, p. 169. 

(7) Idem, ouv, cité, 1. 1, p. 175. 

(8) Idem, ouv. cité, t. I,pj 186. 

(9) V. Bomare, t. XIII, p. 125. 

(10) Idem, t. XI, p. 265. 

(11) V. Audouin et H. Milne-Edwards, t. II, p. 106, 107. 

(12) Idem, même volume, p. .171. 

(13) Diction, pittor. d^hist. nat., U I, p. 298. 

(14) Duponchel, Dict. univ. éPhist. nat., t. VI, p. 768. 

(15) V. Audouin et H. Milne-Edwards, ouv, dté, 1. 1, p. 215. 



L 



A LA NATURE DE L ÊTRE. 161 

lsidis(l),daGerf--\olant (2), du Scarabée nasioorne (3), 
la trompe dentelée da Cbirocépbale diaphane (4), la huppe 
du Papillon de la chenille du chêne (5), le voile du Gril- 
lon d'Espagne (&)j les tambours des Cigales (7), etc., dans 
la classe des insectes; les sacs gutturaux de la Grenouille 
aquatique et de la fiainette flûteuse, la crête dentelée du 
dos de la Salamandre chez les Batraciens ; les appendices 
anales des Chiens de mer (8) , les épines des nageoires 
pectorales de l'Ange (9) , des nageoires latérales et des 
surfaces dorsale et abdominale de la Raie cendrée (10), 
dans la classe des poissons; la moustache de la Mésange 
barbue (il), le panache de l'Oiseau-mouche à oreilles de 
Cayenne (12), les appendices caudales du Colibri to- 
paze(13),derOiseaudeparadis, du petit Coq de bruyère, la 
crêtedu Condor etdu Casoar, laeravate delà petite Outar- 
de huppée d'Afrique, l'aigrette de différentes espèces de 
Héron, l'éventail du Paon , etc. , dans la classe des oiseaux , 
privilèges exclusifs des mâles^ dans ces espèces, ne se pro- 
pagent qu'aux mâles ; et, chez les Mammifères, la barbe 
du Bouquetin (14), la crinière de l'Élan, du Lion, du Lion 
marin; les bois de l'Élan, du Cerf, du Daim, du Chevreuil ; 



(1) Diction, pittor. d^hist. nat,, 1. 1, p. 501. 

(2) Diction, pittor, d'hist. nat,, t. II. 

(3) V. Bomare, t. XIII, p. 66. 

(4) Diction, pittor. d'hist. nat., t. I, p. 517. 

(5) Eruca cassinia f Y. Bomare, t. , p. 316. 

(6) Antelme, ouv. cité, t. II, p. 265. 

(7) V. AudouiQ et H. Milne-Edwards, ouv. cité, 1. 1, p. 151. 

(8) V. Bomare, t. XI, p. Î66. 

(9) Diction. pittor. d^hist. nat.,. i. 1, p. 170. 

(10) V. Bomare, t. XII, p. 1^6, 147. 

(11) y. Bomare, t. IX, p. 88. 
(H) Idem, t. X. 

' (18) Idem. t. III. 
(14) Idem, t. II, p. 266. 

u. H 



r^ 



162 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MÈRE 

les cornes du Bélier, de tous les Antilopes du genre Âco- 
ticornei de l'Antilope santense.(I), de T Antilope lai- 
neuse (2), du Grim (3), de l'Ourebi (4), du Guib (5) ; les 
bourses odorif ères de l'Antilope à musc, et de l'Ahu des 
Perses (6), annexes du même sexe, se transportent au 
même sexe. 

La même règle s'applique à tous les caractères sexuels 
de la forme, de la robe, ou du plumage : ils restent fi- 
dèles au sexe dont ils sont les symboles. 

C'est en vertu de cette loi que, dans toutes les espèces 
où la livrée du mâle est différente de la livrée de la fe- 
melle, la transmission du sexe décide constamment de 
celle de la couleur. 

Il en est ainsi, chez une foule d'insectes et particulière- 
ment chez les Lépidoptères dont les ailes réfléchissent 
toutes les nuances du prisme. 

Il en est ainsi chez les Gallinacés, dans le Coq domes- 
tique, dans les Coqs de bruyère, dans le Faisan argenté, 
dans le Faisan doré, dans le Dindon, dans le Paon : ainsi 
dans les espèces si riches et si variées en couleur des Ca- 
nards, chez les Palmipèdes : l'Anas Boschas, l'Eider, le 
magnifique Canard huppé de la Louisiane, le rare et pré- 
cieux canard de Nankin, leHarle couronné delà GaroUne : 
ainsi du Butor, du Héron, de la Grue, de la Bécassine, 
chez les Échassiers : ainsi d'une foule d'espaces de Pics 
et de Grimpereaux : le Pivert d'Europe, lé petit Pic de 
Gayenne, le Grimpereau des Philippines, le Grimpereau 

i , . fj. !■ 

(I) Oreotraffus (Dict. pitL d'hist, naL, t. î, p. îl?;. ^ . 

(3) Antilope lanata, ouv. cité, foc. c»f« 

(3) Antilope grimmia, ouv. cité, loc.cit. • • 

(4) Antilope scoparia, ouv. cité, loc, cit, 

(5) Idem, loc, dt, 

(6) V. Bomare, 1. 1, p. 13!, 132. 



A LA NATCBE DE l'ÉTRB. 163 

du Gap : ainsi de la plupart de nos oiseaux dianteurs: le 
Boitelet couronné, le Pinson, le Bohvl'eQil, la Fauvette 
tête noire, le Bossignol de muraille, le Merle, le Loriot. 

Dans ces familles d'oiseaux, dans ces groupes d'in- 
sectes où la sexualité déteint sur la couleur, où, par oppo- 
sition à la robe des femelles, le plus généralement terne, 
modeste et sombre, l'or, l'argent, l'azur, l'émeraude, la 
pourpre, le rubis étincellent sur la robe des mâles, qui 
semble en quelque sorte baignée dans l'arc-en-ciel, les 
mâles héritent toujours de la liyrée des pères, les femelles 
toujours de la livrée des mères. 

Différents poissons: la Tanche, l'Épinoche, la RouUette, 
la Sèche, la Perche, les Scorpions et Perroquets de mer ; 
plusieurs Batraciens, la Grenouille aquatique, lesPipas, 
la plupart des Salamandres d'eau, etc. ; quelques Mammi- 
fères : la Loutre du Brésil (1), le Blaireau, le Lynx (2), le 
Bubale (3), le Nylghau (4) ; chez les singes, le Stentor ni- 
ger ou hurleur noir (5) ; toutes les espèces, enfin, où des 
oppositions constantes et régulières de coloration carac- 
térisent les isexes , soumises à la même loi, offrent le 
même phénomène. 

Ce phénomène nous met sur la Toie d'nhe des causes 
les plus communes d'erreurs auxquelles, abstraction faite 
de toutes les autres causes, les conclusions déduites du 
métissage exposent (6). Cette faute générale, car elle se 
reproduit perpétuellement dans les évaluations et le^ 
comparaisons qui ^ont l'hybridité' pour moyen ou pour 

(1) V. Bomare, Dict. univ. d'hUt. tia^ t. XII, p. 559. 

(î) Idem, t. VIII, p. 13Î. 

(S) Idem, ouv, cité, t. II, p. 416, 417. 

(4) Dtct.piW.d'Awf. na^, 1. 1, p. 221. '> .. ' » 

(5) Isidore Geoffroy St-Hilaire, Dict, dass. tVhiêt. nat,, ^rt. SapayaU. 
ifi) V.plushaut, p. llSàlîl. 



164 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MERE 

base, n'est pas seulement l'oubli d'y faire intervenir la 
distinction première et fondamentale des caractères li- 
bres ou indépendants de la sexualité et des caractères 
qui sont dépendants d'elle ( 1 ), c'est l'oubli même d'y faire 
intervenir le fait de la ressemblance ou de la dissem- 
blance de forme, de grandeur » de couleur, ou de tout 
autre caractère ou annexe du m&le et de la femelle des 
espèces croisées. On tombe ainsi, sans cesse, dans l'erreur 
d'attribuer au père ou àla mère, selon les croisements, une 
prépondérance qui, lorsqu'elle ne tient pas aux espèces 
elles-mêmes (2), tient exclusivement au sexe du produit. 
Nous citerons l'exemple du croisement de la Serine 
et du Chardonneret : il est d'observation vulgaire que les 
métis mâles de ces deux espèces, avec une tendance na- 
tive à répéter le chant du Serin, pour peu qu'il frappe 
leur oreille, chantent exclusivement, s'ils n'entendent pas 
de Serin, le chant du Chardonneret. Est-ce à dire que le 
père transmette, en général, les faculté vocales ? est-ce à 
dire même que le père soit le seul à les transmettre dans 
ce genre de croisement? conclusions analogues à mille 
autres de ce genre dont les livres fourmillent ! La première 
est fausse parce que l'bybridité ne peut servir de règle 
au delà d'elle-même, c'est-à-dire en dehors du mélange 
d'espèces où elle se produit (3); la seconde est fausse parce 
que dans les espèces du Serin et du Chardonneret les mâles 
seuls chantent, et qu'en vertu de la loi que nous venons 
d'exposer les m&les ne peuvent transmettre leur privilège 
qu'aux mâles, et les petits ne chanter que le chant de l'es- 
pèce qui joue le rôle de père. 

(1) y. plus haut, p. 126. 
(«) V. plus haut, p. 119-4Î0. 
(3) V. plus haut, p. 116-117. 



A LA NATURE DE L*ÉTRE. 165 

n en peut être ainsi, selon les croisements, d'une fouie 
d'antres attributs ou d'autres caractères. 

Encore les caractères physiologiques, ou attributs nor- 
maux de la sexualité des espèces ou des races^ ne sont-ils 
pas les seuls régis par cette règle, n faut regarder aussi 
comme soumis, en principe» à cette forme de transport, 
tons les phénomènes anormaux ou morbides qui, sans faire 
partie naturelle des fonctions ni des attributs de la sexua- 
lité des races ou des espèces^ se développent de préférence 
ouexclusiYement chez le père ou chez la mère et sont, en 
qpselque sorte, par une cause latente, comme une sorte 
d'annexé de la sexualité de Vindividu. 

Diverses hémitéries, sans raison apparente, offrent ce 
caractère. Telles sont plusieurs de celles qui nous ont 
présenté des, cas d'hérédité; l'ichthyose, par exemple, 
qd, sous la forme étrange qu'elle avait affectée dans la 
fiunille Lambert, n'avait tout d'abord frappé, dans cette 
famille, que le sexe masculin et n'y passait qu'aux mâles. 
Noos avons encore vu la chromatopseudopsie s'arrêter 
Cément, dans la plupart des observations recueillies, à 
celui des deux sexes qu'elle attaque d'abord, et quel que 
soit celui dont elle fasse élection, ne se transmettre qu'à 
loi. Dans la plupart des cas que nous avons cités, elle se 
conununiquait exclusivement aux màles, et comme dans 
la famille deWhitlloch Nichols, par l'intermédiaire même 
des femmes qu'elle épargnait (1), contraste curieux avec 
son mode de transport dans cette autre famille où, pen- 
dant une série de cinq générations, elle n'avait jamais 
affecté que les femmes, et ne s'était jamais propagée que 
par elles (2). 

(1) Medico^chirurgical transactions, yol. VII, p. 427. 

(2) Annales étoculisHqw, 1. 1, p.kiS,^ 



166 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MÈRE 

Da seul fait, en un mot, qu'an caractère quelconque 
ou qu'un phénomène même accidentel de Tètre, étranger 
aux organes et aux fonctions sexuelles (le la race ou de 
l'espèce, se montre cependant par une cause de nature^ 
par une cause d'origine, par une cause de famille, ou 
par toute autre cause, exclusif à un sexe, dans son déve- 
loppement, il tend à rester tel dans sa transmission, c'est- 
à-dire à suivre les attributs spéciaux de la sexualité ; il se 
transmet alors avec elle, et par elle, parce qu'il en est de- 
venu une véritable annexe, et que, par cette annexion 
anomale ou morbide, il fait fortuitement partie de ses dé- 
pendances. 

n est donc de principe, comme d'expérience, que tous 
les carai^tères de l'organisation, qui ont leur raison d'être 
dans lasexualité, aienten elle la cause de leur propagation, 
et qu'ils soient, par cette cause, exclusivement transmis 
à celui des deux seooes auquel ils appartiennent. 

Nous n'avons pas besoin de faire remarquer que ce 
premier résultat, Idn de blesser en rien confirme le prin- 
cipe et la règle générale que nous avons posée de Vinac- 
tion générale de la sexualité sur tous les éléments qui lui 
sont étrangers. 

Mais la sexualité est-elle encore de même le principe 
immédiat de la transmission des phénomènes qui rentrent 
dans la seconde classe, de ceux qui, par exemple, comme 
Tectrodactylie, la polydactylie, la surdi-mutité, etc. etc., 
ne sont, par eux-mêmes, ni des attributs ni même des ac- 
cidents de la sexualité , et qui sont également communs 
aux deux sexes ? Nous n'en croyons rien: dès qu'un élé- 
ment de l'être, dès qu'un phénomène est essentiellement, 
et sous tous les rapports, vraiment indépendant de la 
sexualité ; dès qu'il ne fait partie ni de ses organes, ni de 



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A LA NATtJRB DE L*ÉTRE. i67 

ses fonctions, ni de ses attributs, ni de ses annexes, ni de 
ses états, la sexualité n'a point d'action4irecte sur sa trans- 
mission : elle en est l'instrament, elle en est même son- 
vent, comme nous l'expliquerons ailleurs, Voccasion^ 
mais, à proprement dire, elle n'en est point la cawe. 
n nous su£Sra d'en appeler ici au langage des faits. 
Nons voyons tout d'abord que les phénomènes de cette se- 
conde classe ne suivent pas la loi de propagation de ceux de 
la première ; ils ne se communiquent pas exclusivement en- 
tresexesdemêmenom: tantôt ils setransmettentàdes sexes 
semblables, tantôt ilsse transmettent àdes sexes contraires: 
Cette oscillation du transport séminal entre l'un et 
l'autre sexes n'est*elle pas, à elle seule, une preuve dé- 
cisive de l'indifférence et de l'inaction de la sexualité, 
dans l'hérédité de pareils caractères? Qui ne voit, en effet, 
qae s'il existait, comme on l'a prétendu, une influence 
directe du sexe sur le produit, au delà des attributs ou 
des dépendances de la sexualité, on observerait, dans un 
cas comme dans l'autre, entre la nature du sexe et celle 
des transmissions dont il serait le principe, une loi de 
parité et de correspondance? Si le père dominait, par la 
vertu du sexe, sur les représentations indépendantes du 
sexe, cette domination devrait constamment, d'après ce 
qu'on vient de lire, avoir son expression exclusive dans le 
fils. Si la prépondérance, par la même vertu, sur la même 
natnrede représentation, revenaità la mère, cette prépon* 
dérance aurait son expression exclusive dans la fille ; or, 
dans une foule de cas, nous voyons le contraire : la pré- 
pondérance du père dans la fille, de la mère dans le fils. 
Bien loin done de tirer de tous ces croisements une preuve 
à l'appui de l'influence des sexes sur les sexes contraires, 
il n'est rationnellement permis d'en déduire qu'une seule 



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168 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET' DE LA MERE 

conclusioa : c'est que le sexe, en soi-même, est à ce point 
distiDct, libre, et dégagé de toute action propre sur la 
quantité ou sur la qualité des représentations qui ne font 
point partie de ses caractères, qu'il se sépare d'elles et se 
transporte non-seulement indépendamment, mais à l'in- 
verse d'elles, par un antagonisme dont nous chercherons 
plus loin à pénétrer la loi. 

En fut-il du contraste du sexe de l'auteur et de celai 
du produit, dans la génération, comme dans le déga- 
gement de l'électricité, des forces de nom contraire; 
le sexe des parents agit-il sur le sexe o]^osé des en- 
fants , au moins devrions - nous trouver de la con- 
stance dans une action semblable, si elle était réelle : 
l'influence, quelle qu'elle fût, de la diversité, entre le sexe 
antérieur do père ou de la mère et le sexe postérieur 
de la fille ou du fils, devrait nécessairement et toujours 
se produire, et le transport par croisement être la marche 
unique derhéréditéde tous les phénomènes; il ne devrait 
donc jamais exister danslesmèmescirconstances,dumoins 
pour les mêmes cas, d'influence analogue entre les sexes 
de même et de différent nom ; et c'est ce qui n'est pas. 
Les attractions et les répulsions électriques sont invariables 
et fixes, pour un même cas donné. L'action des sexes de 
même et de différent nom, en la supposant vraie, dans 
les mêmes circonstances, varie et se renverse et, dans les 
conditions les plus semblables entre elles, il est fort diffi- 
cile de déterminer, de l'hérédité par identité ou de l'héré- 
dité par inversion de sexe, quelle est celle qui l'emporte. 
S'il n'est point, cependant, de fraction delà vie, s'il n'est 
point de phénomène, anomal ou morbide, dont le transport 
delapartdupère ou de lamère puisse être l'expression delà 
prépondérance générale d'une des formes de l'hérédité sur 



A LA NATCRB DE L ÊTRE. 169 

Taotre, il n'est point d'élément, il n'est point de carac- 
tère de l'organisation, qui ne puisse , lorsque l'on yeut 
bien s'y attacher, donner une idée juste et Traie de 
la manière dont l'une et l'autre formes de l'hérédité se 
comportent entre elles ; et voici maintenant à quels résul- 
tats cette recherche conduit : 

V Se limite-t-on, d'abord, à une seule portée» produit 
d'un même couple, ce qui est très-facile chez les animaux, 
on voit très-fréquemment celui des caractères dont on 
fait élection suivre les sexes opposés, dans une partie dé& 
petits; dans une partie des autres, suivre les sexes sem- 
blables, et manquer complètement à une troisième partie 
de petits des deux sexes. 

2^ Le même résultat se représente encore d'une manière 
plus frappante dans la succession des portées et, chez 
l'homme» dans la succession des enfants d'un même lit. 
Sur les cinq enfants de Gratio Kalleja, dont trois garçons, 
une fille, et un dernier de sexe indéterminé, deux garçons 
seulement étaient sex-digitaires ; le troisième garçon et la 
fille naquirent à l'état normal ; sur quatre enfants dont 
un de ces garçons fut père, une fille et deux garçons 
avaient hérité de la même difformité ; le troisième garçon 
n'en avait point de trace, etc. 

30 Enfin, d'après la règle précédemment tracée, si l'on 
s'attache à suivre un même caractère, dans la succession 
des générations de la même famille, le résultat est encore 
plus digne d'attention. L'hérédité croisée et celle qui ne 
l'est pas semblent soumises à une sorte de loi d'inter- 
mittence et d'alternation presque régulière et se succéder 
ainsi, chacune à tour de rôle et de génération, au sein 
de la même famille , de manière à finir, en s'y conti- 
nuant, par se faire équilibre. 



170 DE LA PART RISLATIVB DO PiUS ET DE LA HJBRE 

Bans la famille César , tonte la lobridté naturelle d'Au- 
guste passe à sa fiUe Jnlie. C'est à une de ses filles do 
même nom que Julie transmet cette partie de l'héritage 
des César. 

La généalogie d'une autre famille, où la paternité est 
aussi peu douteuse qu'elle est obscure et vague dans la 
première, la généalogie étrangement méconnue et nou- 
vellement remise en lumière, des Cromwell (i), va nous 
offrir le même système d'oscillation. Petit->fils du frénéti- 
que et terrible instrument des rigueurs de Henri YIII 
contre l'Église romaine et les monastères, Bobert Crom- 
well, épouse Catherine Stewart, arrik*e-cousine dn roi 
Charles P"^ d'Angleterre; c'est à Olivier, le futur protec- 
teur, seul mâle de sept enfants nés de ce curieux mariage, 
que se transporte, en s'élevant à sapins haute puissance, 
l'enthousiaste et profond génie des Cromwell. ÛUvier 
prend pour femme Élisa Boursier, naturel débonnaire: 
ses enfants mâles sont des bergers d'Àrcadie; ses filles sont 
aussi fanatiques que lui. 

Mais la propagation des anomalies est encore plus 
précise dans ses résultats et, par cette raison, elle est plus 
instructive à interroger. On en pourra juger par ce 
spécimen de l'ordre de succession d'un petit nombre de 
celles dont on a pu dresser la généalogie (2). 

(1) Letters and «peeches of Oliver Cromwell wtth elucidations, etc., by 
Thomas Carlile, 2 vol. London, 1845. 

(2) Les familles indiquées dans le tableau suivant par les lettres X, XX, 
XXX sont : la famille X, celle dont il a été question plus haut, 1. 1, p. 308, 
d'après le docteur Gillette ; la famille XX, une famille qui vient de four- 
nir au professeur Roux un nouvel exemple de l'hérédité du bec de 
lièvre {Gazette des Hôpitaux, i^'juin 1847); enfin, la famille XXX, celle 
qui fait le sujet de Vobseryation due à Florent Gunier (t. I, p. 428). 



A LA NATUaB DE l'ÈTHE. 



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1 72 DE LA PART RBLATIVB DU PÂRB ET DB LA HÂBB 

Deux conséquences ressortent de l'ensemble de ce ta- 
bleau, ettoutesdeuxconfirmentce que nous Tenonsde dire. 

L'une est l'inconstance de l'anomalie à suivre exclusi- 
vement soit les sexes contraires, soit les sexes semblables; 
on voit» qu'en effet, il n'est pas une de celles qui s'y 
trouvent groupées, dont la transmission persiste à s'atta- 
cher à un seul et même sexe. 

L'autre conséquence est celle que nous avions signalée 
C'est le type régulier et comme intermittent de ces varia- 
tions. C'est Talternation de l'hérédité croisée et de celle 
qui ne l'est pas, dans la succession des générations de la 
même famille. Quel que soit, par exemple, celui des deux 
sexes, dont l'ectrodactylie, la polydacty lie, etc. , etc. , sem- 
blent faire élection à une génération, à la génération sui- 
vante, elles passent à l'autre, pour revenir ensuite du se- 
cond au premier; ou, comme on le voit encore chez les 
animaux dans une même portée, chez l'homme dans une 
même génération, pour atteindre à la fois et pour aban- 
donner simultanément une partie des deux sexes. 

En généralisant cette curieuse donnée, et nous croyons 
avoir des raisons de le faire, on pourrait, en quelque 
sorte, tirer l'horoscope de la marche future de l'hérédité, 
lorsqu'elle \ient à prendre, dans des cas analogues, une 
marche exclusive, en calculant cette marche, pour tous 
les phénomènes dépendants de la sphère de la sexualité, 
d'après le sexe du produit, et en la calculant poyr tous les 
phénomènes étrangers à la sphère de la sexualité, d'après 
l'alternation. Mais l'alternation comprend, selon le nom- 
bre et le sexe des produits, plus d'une variante, et il est 
difficile^de déterminer celle qui devra prévaloir, à chaque 
génération, dans chacun des enfants, dont le sexe et le 
nombre sont encore inconnus. 



A LA NATURB DE L*ÉTRE. 173 

Une concioBion beaucoup plus positive est la contra- 
diction radicale, selon nous, des deax conséquences géné- 
rales du tableau que nous venons d'exposer, avec l'hy- 
pothèse d'une action directe des sexes de nom contraire 
on de nom semblable sur les représentations qui sont 
étrangères à la sexualité. 

Le premier résultat, celui de l'inconstance des relations 
du sexe à l'hérédité de l'anomalie, nous parait, à lui seul, 
prouversans réplique, que l'action supposée de la sexua* 
lité, dans ces transmissions, n'est réelle ni de la part des 
sexes différents, ni même de la part des sexes analogueSj 
paisque le même phénomène, dans la même famille, la 
même génération, ou la mime portée, se transmet des 
mêmes parents, tantôt avec un sexe, tantôt avec l'autre 
sexe, ou les suit et les quitte à la fois tous les deux. Tout 
se passe, en un mot, comme si le sexe, ici, n'était qu'un 
élément concomitant de ces représentations et dont l'or- 
dre de transport ou de correspondance séminale avec 
elles fût soumis à une cause indépendante de lui, indé- 
pendante d'elles-mêmes. 

Le second résultat, celui de l'oscillation presque régu- 
lière de l'hérédité entre les sexes semblables et les sexes 
• opposés,dans ces correspondances, est encore, à nos yeux, 
^Qs significatif. Très-évidemment, nous aurons l'occasion 
de dire ailleurs pourquoi cette alternation ne saurait pro- 
venir ni de l'influence propre des sexes de même nom, 
ni de l'influence propre des sexes de nom contraire, ni de 
l'influence propre des auteurs du produit. L'hérédité 
même ne suffit pas, à elle seule, pour nous la faire com- 
prendre ; elle agit, dans ces cas, comme poussée, en quel- 
que sorte, par une force supérieure qui, lorsque l'on ne 
voit que l'hérédité, semble l'entraîner à suivre et à quit- 






174 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MÈRE 

ter» sans cause, tour à tour, chaque sexe, dans la trans- 
mission des caractères des êtres. Mais ce caprice apparent 
cache un ordre admirable qui a son principe où il a sa 
raison, dans Taction de l'espèce, et son application dans 
la combinaison toute proyidentielle de la marche des deux 
lois par lesquelles l'espèce persiste et se renouvelle, Tes 
lois d'innéité et d^hérédité delà procréation. 

On doit voir maintenant à quoi tient l'illusion de l'in- 
fluence apparente de la sexualité sur la transmission de 
tous les phénomènes qu'il faut nécessairement qu^un des 
sexes accompagne. 

On a d'abord omis la distinction première et fonda- 
mentale que nous avons faite entre Thérédité de ceux 
des caractères de l'organisation qui sont parties , fonc- 
tions, attributs ou annexes de lasexualité, et l'hérédité de 
ceux des caractères de l'organisation qui sont essentielle- 
ment indépendants d'elle. On a commis, de plus, la faute 
de ne pas suivre les générations. Ces deux omissions ont 
eu pour résultat d'ôter toute apparence d'ordre et de loi 
aux rapports de propagation des attributs sexuels et des 
autres attributs ou éléments dès êtres, et de laisser l'esprit 
dans une incertitude profonde sur la nature réelle de ces 
rapports; tout devait, par cette faute, y sembler déré- 
glé, confus, contradictoire, et il devenait aussi difficile 
d'admettre que de rejeter lé principe d'une action di- 
recte de la sexualité sur l'ordre qu'ils afiectent. En par- 
tant, au contraire, de la distinction que nous avons 
tracée, et en suivant le fil des générations, tout tend à 
s'éclaircir. 

Il devient évident que la sexualité exerce une influence 
immédiate sur l'ordre de propagation des phénomènes qui 
font partie de ses caractères, et que cette influence a pour 



A LA NATURB DB L'ETRE* 175 

eipresâon le transport héréditaire de ces phénomèiies au 
sexes de mime nom. 

n deyient aassi elair que la sexualité n'a point d'action 
directe sur la transmission des représentations qai lui 
sont étrangères, et que la coirespondance de ces der- 
nières avec les sexes de même ou de différent nom, n'a 
point sa cause en eux, mais dans Tordre qui régit l'héré- 
dité elle-même. 

Pour nous résumer, dans les végétaux, dans les ani^ 
maax, dans Thumanité, il y a, par rapport à l'action des 
deux sexes sur la propagation des caractères des êtres, 
one distinction fondamentale à faire entre les caractères 
propres , attribiUs ou annexes de la sexualité, et les ca- 
ractères libres ou indépendants ^elle : 

La règle, dans l'ordre normal, est que les caractères 
propres^ attributs ou annexes de la sexualité, ne se com- 
maniquent qu'à un seul et même sexe, et quand ils se 
transmettent, qu'ils suivent le transport du sexe auquel 
ils appartiennent ; 

La règle, dans l'ordre normal, est que les caractères 
libres ou indépendants de la sexualité, ne suivent le trans- 
port exclusif d'aucun sexe, et qaand ils se transmettent, 
qu'ils se communiquent indifféremment ou alternative- 
ment à l'un et à l'ieuitre. 

£n dernier résultat, et par toutes ces raisons, il n'existe 
donc point, en delwrs de la sphère de laseœualité, de sys- 
tème fixe et réglé de prépondérance du père ou de la mère, 
ni sur l'ensemble de l'être, ni sur aucune fraction de la 
nature physique ou morale du produit, et les théories 
fondées sur l'hypothèse de l'inégalité de leur influence 
croulent toutes par la base, quel que soit le sexe qu'el- 
les fassent prévaloir, quel que soit Télément ou Fat- 



1 76 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MÈRE 

tribut de la vie auquel elles rattachent sa prééminence. 
Elles ne sont pas seulement inconciliables entre elles ; 
elles le sont encore, et toutes également, avec l'expérience 
et avec le principe rationnel et, pour nous, parfaitement 
démontré, de l'indifférence de la sexualité aux représenta- 
tions qui ne font point partie de ses caractères. 

Hors de là, il ne reste qu'un seul fait général et qu'un 
seul permanent, celui de l'inconstance et de la variation 
de toute prépondérance du père ou de la mère. Mais une 
si infinie, mais une si perpétuelle instabilité n'est-elle pas 
à elle seule une révélation? Ne renferme-t-elle passa rai- 
son d'elle-même, raison qui s'obscurcit ou se perd dans 
les détails, mais qui se reconstruit et qui se manifestetout 
entière dans l'ensemble? N'a-t-elle pas enfin sa conclu- 
i|ion logique? 

Elle Ta positivement. Si, à mesure qu'on s'élève sur 
l'horizon des faits, on voit s'effacer et se fondre une 
à une les inégalités de représentation entre les deux au- 
teurs, c'est que les deux puissances se font équilibre. De 
l'instant, en effet, où l'obserVation se généralise, toutes les 
contradictions se résolvent en un principe, toutes les va- 
riations se changent en accidents d'une seule et même loi. 
Cette loi qui se combine à la loi ipréeédenle d'universalité 
d'action des deux facteurs sur tous les éléments et tous les 
attributs de Torganisation, est celle d^égalité dHnfluence 
des deux sexes sur la nature physique et morale du pro- 
duit. 



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A LA NATURE DB l'ÊTRE. 177 

CHAPITRE TROISIÈME. 

De Pinconséquence apparente des deux lois ^'universalité et légalité 
à* action des deux auteurs avec les principales formules empiriques 
(le la génération. 

En dégageant ainsi du labyrinthe des faits les bases 
des deax lois que nous avons posées, les lois à^ égalité et 
d'universalisé d^aeiion des deax auteurs sur la nature 
physique et morale du produit, nous sommes loin d'a- 
voir dissipé les ténèbres qui s'étaient épaissies autour de 
leurs principes : ils restent, pour ainsi dire, enveloppés 
dans l'ombre de difficultés et de contradictions, d'autant 
plas spécieuses, qu'elles semblent à lafois jaillir de la lo- 
gique et de l'expérience elle-même. 

Il existe, en effet, au premier coup d'œil, un profond 
désaccord entre les principes de l'une et de l'autre loi, et 
les expressions les plus ordinaires de la procréation, ce 
qae nous en nommerons les formules empiriques. 

Du principe de la loi à^univiersalité d'action des deux 
auteurs il semble logique d'induire qae l'influence du 
mâle et celle de la femelle doivent simultanément se por- 
ter sur tous les points de l'organisation, se répandre sur 
tous les attributs de l'être, et graver à la fois toutes les 
facultés et toutes les parties à la double effigie de l'un et 
de l'autre facteur; 

• Duprincipedela loid'éga/i(éd'acaon,ilsemblelogique 
d'induire que les représentations du mâle et de la femelle 
doivent être égales entre elles. 

En d'autres termes, d'après la première loi, il devrait y 
avoir un mélange à la fois constant et général de tous les 
caractères du père et de la mère, dans tous les éléments 
analogues du produit; d'après la seconde loi, il devrait 

II. 12 



1 78 DE LA PART RELATIVE DU PERE ET DE LA MÈRE 

y avoir égalilé parfaite des deux représentations dans le 
mélange lai-même. 

L'hérédité n'aurait ainsi, qu'une formule : Véquilibre 
absolu des ressemblances intégrales du père et de la mère 
dans la nature physique et morale de l'enfant, et l'on voit 
qu'elle en serait l'expression dernière : l'être, en tout et 
toujours, ne serait que la moyenne exacte des deux au- 
teurs. 

Cette conclusion logique a été crue réelle. Elle s'est 
même substituée aux principes des deux lois dont elle ne 
devait être qu'une simple conséquence. 

C'est, comme nous l'avons vu, sur cette hypothèse, que 
l'on a établi le système d'une échelle, prétendue régu- 
lière, des mélanges du physique des races blanche et noire 
dans l'humanité (i). La même idée parait avoir aussi long- 
temps, pour la nature morale, prévalu dans l'esprit de 
l'Église romaine. L'opinion dominante y a été, jusqu'au 
concile de Latran, quel'àme de l'enfant était la moyenne 
de celle du père et de la mère (2). 

Mais la génération nous ofifre-t-elle vraiment, dans le 
mécamisme et le dynamisme de l'être, cette formula 
unique ? 

C'est ici que de flagrantes contradictions semblent se 
faire jour entre les diverses formules de la génération et 
les principes des lois que nous avons posées. 

Occupons-nous d'abord de leur inconséquence avec le 
principe de la première loi. 



(1) Voy. 1. 1, «• part., 1. II, ch. t, p. 209, 210. 

(2) Charpentier, Histoire de Vâme, p. 383. 



A LA NATURE DE l'ÉTRE. 179 

ARTiaE I. 

Derinconséquence apparente de \sl loi d'universalité d'action des deux 
auteurs avec les caractères de la nature physique et morale du pro- 
duit. 

On ne saurait révoquer en doute, pour tous les cas, le 
système d'un médium des représentations du père et de 
la mère dans l'ensemble de l'être. Il n'est pas sans avoir 
une base dans les faits : Kœlreuter (1), Wiegmann (2), Sa- 
geret (3), Lecoq (4), ont reconnu la réalité de ce type in- 
termédiaire entre les deux auteurs dans le croisement 
d'espèceset de races végétales ; Maupertuis (5), Girou (6), 
Isidore Geoffroy Saint-Hilaire (7), Burdach (8), 
V. F. Edwards (9), dans le croisement d'espèces et de ra- 
ces animales. Mais ce résultat est loin d'avoir le caractère 
dégénérante et de fixité qu'on lui a supposé. 

L'expérience cent fois répétée du contraire a même in- 
spiré à des observateurs l'idée d'établir sur ce point quel- 
ques règles qu'il nous est impossible de passer sous si- 
lence. 

S I. Objections apparentes de formules inexactes de l'hérédité. 

Selon Girou de Buzareingues, le résultat varie suivant 
que le produit est le fruit de l'accouplement d'espèces dif- 

^,(1) Fortsetzung, t. III, p. 407* 

(2) Diet. univ.' d*hist. naU, t. VI, p. 726. 

(3) Pomologie physiologique, p. 550 et suiv. 

(4) De la Fécondation naturelle et artificielle des i>égétauXfP. 22. 

(5) Vénus physique f seconde partie, ch. v, p. 108. 

(6) De la Génération^ ch. ix, p. 213. 

(?) Dict, class, d'hist. nat.j art. Mammifères, t. X, p. 121. 

(8) Ouv. cit., § 306, p. 260. 

(9) Des Caractères physiologiques des races humaines , Paris, 1827 , 
p. Î6. 



1 80 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MERE 

férentes, ou d'espèces semblables. Si Ton accouple, dit-il, 
des aulmaux de même espèce, ou a fréquemment, pour 
résultat, un médium plus ou moins approximatif déforme, 
de taille et de couleur (1). 

Mais on n'observe plus que rarement de moyenne dans 
le résultat de l'accouplement de deux animaux d'ESPECss 
différentes (2). Selon Burdach (3), il en serait ainsi du 
dynamisme. 

Isidore Geoffroy Saint-Hilaire formule sur ce même 
point d'autres règles, en ces termes: 

« Le produit de deux individus d'ESPECEs différentes^ 
présente généralement des caractères constants, fixes et 
qui sont en partie ceux du père, en partie ceux de la 
mère ; en d'autres termes, il forme véritablement un être 
intermédiaire entre les deux espèces, sans jamais présen- 
ter tous les caractères de Tune d'elles, à l'exclusion de 
ceux de l'autre. 

— « Au contraire, le produit du croisement de deux 
i)ariétés de la même espèce tient souvent de l'une et de 
l'autre ,* mais souvent aussi ressemble entièrement à l'un 
des individus qui lui ont donné naissance (4). » * 

Avant les deux derniers auteurs, Maûpertuis avait dit 
simplement que tout mélange d'espèces engendre un pro- 
duit qui tient à la fois de l'une et de l'autre espèce (5) ; 
qu'il est mi-partie avec les traits du père et les traits de la 
mère, s'il y a peu de distance entre les deux espèces ; maj|i^ 



(1) ,De la Génération, loc. cit. 

(5) Id., id. 

(8) Ouv. cit,, loc. cit. 

(4) Dictionn» class, d'hisU nae., art. Mammifères, t. X, p. 121» et Hit" 
toire générale et particulière des anomalies, 1. 1, part. 3, liv. II, ch. f, 
p. 805. 

(6) Véius physique, 2^ partie, ch. v, p. 108. 



A LA NATURK Dl^ L*ÊTRB. 181 

que Yallération du prodait est plus grande, s'il y a une 
différence plus profonde entre elles, et qu'elle croit d'au* 
tant plus qu'elles sont plus éloignées (1). 

Qae penser de ces règles? 

Beconnaissons d'abord la Térité du fait capital qu'elles 
révèlent : la fréquente omission dans la progéniture de la 
représentation moyenne des deux auteurs. 

Notons ensuite les contradictions qu'elles impliquent, 
premier indice, en elles, d'un défaut de rigueur. 

Ces contradictions viennent-elles seulement des mots, 
ou Tiennent-elles des choses? 

Jusqu'à certain point, elles s'expliquent par les mots. 
Haupertuis, Girou,Burdacli prennent au réel l'expression 
d'£SP£G£ ; Isid. Geoffroy Saint-Hilaire ne h prend que dans 
un sens arbitraire qui 6te toute clarté à sa proposi* 
tion(2). 

Mais la contradiction, comme nous Talions ?oir, est 
aussi dans les faits : 

1 . A part le défaut de précision des termes, quelque 
sens qu'on leur donne, la règle établie par le dernier au- 
. teur manque d'exactitude. On peut le démontrer par le 
exemples mêmes sur lesquels il là fonde. 

Il l'appuie spécialement sur les résultats du croisement 
du Nègre et de V Albinos de la race Nègre, et sur le croise-» 
ment du Nègre et du Blanc. 

Les deux derniers forment, à ses yeux, « deux sspkcbs 

(1) Vénus physique, première partie, p. 60. 

(*) Il explique, en efifet, qu'il n'entend exprimer, par le mot ispiCB, 
qa''un degré différentiel dans Téchelle des êtres, comme on le fait ordi- 
nairement par les mots genre , ordre , etc. , et qu'il laisse de côté la 
question de la communauté d'origine de toutes les espèces d'un môme 
genre. 

Histoire générale et particulière des anomalies, etc., 1. 1, p. 306. 



182 DE LA PART RELAirVE DU PÈRE ET DE LA BIÈRE 

entièrement différentes^ c'est-à-dire, présentant des diffé- 
rences d'organisation profondes, importantes et égales en 
valeur à celles qui caractérisent généralement les espèces.» 

Les deux premiers ne sont que « deux variétés de la 
même espèce, c'est-à-dire ne présentant que de très- 
légères différences d'organisation (1). », 

Or, d'après son principe et l'application qu'il en fait lui- 
même : « autant, pour nous servir de ses expressions, le pro- 
duit de l'union d'un individu de la race noire et d'un in- 
dividu de la race blanche doit être et est constant, autant 
le produit de l'union de deux individus de même race, 
l'un normal, l'autre albinos, doit être variable (2). »> 

Mais de quelles variations le produit, dans le dernier 
cas, est-il susceptible ? 

Le savant naturaliste en énumère trois : 

Le produit de l'Albinos de race Nègre et du Nègre peut 
être de couleur pie ; il peut être de couleur complètement 
fttoncfte, c'est-à-dire Albinos ; il peut être de couleur com- 
plètement notre. 

Et, en effet, ces trois sortes de variations, quoique très- 
inégales en fréquence, sont prouvées : la première, d'a- 
près plusieurs voyageurs, serait assez commune (3) ; la 
seconde serait plus rare ; la dernière serait la plus géné- 
rale (4). 

Mais ne survient-il donc aucune variation dans le pro- 
duit du croisement du Nègre et du Blanc ? 

Nous dirons, à notre tour, il en survient trois : 



(1) Isid. Geoffroy SainUHilaire, ouv. ciU, 1. 1, p. 806. 

(2) Idem, loc. cU,, note. 

(3) Voy. 1. 1, part. 2, 1. II, et Voyage pittoresque autour 4u monde. 

(4) Schreber, Hist, quadrup,, t. I,p.l4, 15.— Isid. Geoffroy Saint-Hi- 
laire, loc. cit. 



A LA NATURE DE L^ÊTRE. 183 

10 Le métis du filanc et du Nègre peat être blanc; 
2» Le métis du Blanc et du Nègre peut être noir ; 
3oLe métis du Blanc et du Nègre peut être d'une cou- 

lear mixte. 

Le dernier caractère est le plus général ; les deux autres 
sont beaucoup moins ordinaires, mais parfaitement prou- 
vés, comme dans le cas rapporté par Siebold, et dans 
d'autres précédemment cités (1). 

Les variations sont donc, dans ces deux croisements, 
analogues en nature et identiques en nombre, et la règle 
précédente, et tant que fondée sur eux, est dépourvue de 
base. 

Se justifie-t-elle mieux si nous prenons les mots race, 
variété^ espèce^ à la rigueur ? 

Car l'albinisme n'est point une variété chez l'homme, 
mais une anomalie (2), et le Nègre et le Blanc ne sont 
point deux espèces, mais deux variétés d'une même 

ESPÈCE. 

En revenant au sens positif des termes, l'expérience 
n'est pas plus favorable à cette thèse. 

11 est vrai que le produit de deux variétés de la même 
espèce tient souvent de l'une et de l'autre. Il est encore 
^ai qu'il peut ressembler extérieurement , car nous n'o« 
sons dire intégralement (3), à un seul des auteurs; mais il 
ne l'estpas que le produit du croisement d'espèces propre- 

(1) T. I, part. 2, 1. II, ch. i, p. 21î, 213. 

(î) T. I, part. 2, 1. II, ch. i. 

(3) Nous sommes loin d'admettre, en effet , comme prouvée, dans 
aucun croisement de race ou d'espèce, la réduction totalk du produit à 
un seul des deux types mêlés. Nous ne contestons pas que la ressem- 
blance extérieure à un des deux types ne puisse être parfaite ; mais nous 
contestons que, dans ces cas-là même, la ressemblance s'étende à tous 
les caractères de Téconomie interne et du dynamisme. Voyex du reste 
plus loin même chapitre, même article, § 11, formule d'ÉLBCiioir. 



184 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MÈRE 

ment dites ne puisse réfléchir les mêmes variations. 
Les ESPECES et les rages peuvent, selon les circonstan- 
ces et selon la nature du mélange , présenter les mêmes 
résultats : 

r Les produits du mélange df 5 rages peuvent affecter 
un type persistant et presque uniforme. 

Nous avons vu plus haut les métis des Béliers de la ' 
race d^Espagne et des Brebis de la race du Roussillon, 
dans l'espèce Ovine, offrir encore, au bout de vingt- 
cinq années de croisements successifs, à Girou de Buza- 
reingues, la laine rare, longue et tirebouchonnée, les 
pattes rousses, le museau roux, type primitif des mères» 
depuis longtemps effacé dans d'autres croisements (1); le 
mélange des races Arabe et Navarraise du cheval (2) , 
comme de beaucoup d^antres races de la même espèce, 
offre des cas semblables. 

2"* Les produits du croisement (I'espeges proprement 
dites peuvent être très-variables ^ et peuvent ne Vêtre pas. 
Si le Mulet et le Bardeau, dans le mélange des espèces 
de FAne et du Cheval, sont en général assez peu chan- 
geants, les métis de beaucoup d'espèces végétales (3), les 
métis de beaucoup d'espèces animales, ceux du Loup et 
du Chien (4), du Chien et du Bouc (5), du Chien et du Be- 
nard (6), etc., chez les Mammifères; et parmi les Oiseaux, 
ceux des espèces du Serin et du Chardonneret, du Serin et 
du Verdier, du Serin et du Pinson,etc., varient extrême- 
ment. 

(1) T.ir, 3«part.,liv. II,p. llî. 

(2) Girou, de la Génërationt p. 307-308. 

(3) Sagerety Pomologie physiologique ^ p. 555 et suiv. 

(4) Voy. plushaut,p.ll4-l!6. 

(5) Voy. plus haut, p. 95-96. 

(6) NeuyàhrsgeschmkfuerJadliebhaher,M9^, p, 108. 



A LA NATCRB DE VtnE. 185 

3^ Les bâtards d' espèces peuvent être et ne pas être 
intermédiaires entre les deux espèces. 

Ils peuvent , en effet ^ quoique plus rarement que les 
métis de race, paraître ressembler exclusiyement, eomme 
eux, à un seul des auteurs. Le croisement des végétaux 
en offre des exemples. Sageret a obtenu du croisement du 
Prunier et de l'Abricotier, une hybride dont la tige» le 
feuillage, la fleur, étaient de TAbricotier; le fruit seol dé- 
celait plus tardrhybridation : il tenait moins de l'Abricot 
qae de la Prune (1). Knight aussi a vu naître du croise- 
ment du Pécher et de l'Amandier, une hybride analogue: 
l'hybride , extérieurement , ressemblait au Pêcher (2). 
Dans le mélange des espèces animales, on a tu se repro- 
duire les mêmes faits ; ils peuvent même s'offrir dans la 
même portée. C'est l'occasion de rappeler le fait déjà cité 
du croisement d'un corbeau et d'une corneille mantelée, 
dont deux petits étaient tout noirs comme le père , deux 
tout gris, comme la mère, un de couleur mixte. Nous avons 
encore vu plus haut dans le croisement de l'espèce du 
loup et de celle du Chien (3) , de celle du Bouc et de la 
Chienne (4)9 les bâtards révéler les mêmes oppositions, et 
ressembler, les mâles à l\ine des espèces, les femelles à 
rantre. D'après Yalmont Bomare, ce système exclusif 
de représentation d'une des deux espèces serait même 
constant dans le mélange du Bouc et de la Brebis ; le 
Bélier ne pourrait point produire avec la Chèvre; la Bre-* 
bis, au contraire, produirait avec le Bouc comme avec 



(1) Sageret, Notice pomologique, in-8, Paris, 1885, p. 9. 

(3) Nouveau bulletin de la Société philomatique, 1820, p. 90. 

(3) Page 114-15. 

(4) P. 95-98. 



186 DE LA PART RELATIVE D(j PÈRE ET DE LA MÈRE 

le Bélier, mais toQJours des agaeaux, c'est-à-dire des in- 
dividus de son espèce (i). 

Il est donc impossible de nier qu'il ne provienne du mé- 
lange des ESPECES proprement dites les mêmes résultats 
que du croisement des races ou des variétés^ et, par cette 
raison, on ne saurait admettre le principe d'une distinc- 
tion exclusivement fondée sur la seule différence des 
représentations entre les métis de race et les bâtards 
d'£SP£G£. Si légitime, au fond, que soit la distinction des 
deux ordres de produits, le caractère de la ressemblance 
aux deux types qui les ont procréés est, nous le verrons 
plus bas, soumis sur les mêmes points, dans les mêmes 
éléments , dans les mêmes parties, selon les classes, les 
genres, les espèces, les races des animaux mêlés, aux mê< 
mes variations. 

IL Les règles, fort analogues entre elles, de Maupertuis 
et de Giron de Buzareingues, sont-elles plus réelles ? est-il 
vrai, en d'autres termes, que la moyenne ou médium dans 
la ressemblance du produit aux auteurs soit plus générale 
entre espèces identiques qu'entre espèces différentes ? 

Cette règle a d'abord sur la précédente l'avantage de 
reconnaître implicitement le fait que nous venons d'éta- 
blir : l'analogie possible des résultats offerts par la progé- 
niture d'espèces différentes qu d'espèces semblables ; il n'y 
a plus, d'après elle, que la fréquence relative des mêmes 
résultats, dans les deux cas, qui change. 

Mais cette loi de proportion elle-même est-elle exacte î 

Il est vrai qu'elle semble Vétre^ mais il y a bien des cau- 
ses possibles d'illusion. 

(1) Dict. univ, d'hist. nat., t. II, p. 143. Y. Bomarea eu tort (l*ériger 
en règle ce fait très-digne de remarque. Des observations ultérieures dé- 
montrent que dans le croisement de ces deux espèces, le produit les re- 
présente souvent Tune et l'autre. 



A LA NATl]RE DE L*iTRE. IBT 

1<» Le mâle et la femelle d'une êeule et mime race, d'nne 
seule et même espèce n'ont, le plus commonément, att 
delà de la sphère de la sexualité, et en dehors des espèces 
qu'elle régit tout entières (1), d'autres différences entre 
eux que celles des yariations du type individuel ; encore 
ces yariations, si réelles d'ailleurs et si profondes qu'elles 
soient, sont-elles enveloppées et comme dissimulées sous 
Toniformité spécifique des deux êtres (2). Les représenta- 
tions du père et de la mère tendent donc, par cette rai- 
son, sur une foule de points, à demeurer confuses, et, si 
distinctes qu elles soient , à paraître indistinctes ; elles 
manquent d'une expression différentielle. 

Le mâle et la femelle de deux espèces ou de deux races 
diverses remplissent précisément, dans la plupart des 
cas, des conditions contraires: aux dissemblances des 
deux individus, s'ajoutent les dissemblances de l'une et 
de l'autre race, de Tune et de l'autre espèce, nouvelle 
source de contrastes bien autrement tranchés, bien au- 
trement visibles. Il en résulte, d'abord, que le champ 
des variations possibles s'est accru du double dans le 
produit où les diversités de deux types spécifiques et indi- 
tiduels se heurtent et se rencontrent. Il en résulte ensuite 
que les caractères des représentations variées qui s'y dé- 
ploient ayant, en quelque sorte, pour chacune des espè- 
ces ou chacune des races, une teinte particulière, initient 
les regards aux secrets de leurs rapports et de leurs actions 
mutuelles, et rendent ^nécessairement perceptibles aux 
sens des participations de l'un et de l'autre auteur, qui, 
dansle produit d'auteurs d'une seule et même espèce, se- 
raient latentes ou confuses. 

(1) Voy. plus haut, p. i53 etsuiv. 

(2) T. I, part. 2, 1. Il, ch. i, art. 4, p. 291-292. 



1 88 DE LA PART REUATlVfS DU PERE ET PB LA MÈRE 

La différence est celle d'un plan colorié à un plan qui ne 
l'est pas. 

T Toutefois, bien des parties, dans le croisement des 
espèces, sont-elles encore dans l'ombre. L'être tout entier 
ne se traduit pas aux yeux, et il arrive ainsi trop souvent 
que l'on juge de l'ensemble absolu des représentations 
par le caractère ^un des éléments les plus apparents de 
l'organisation, par celui de la peau, de la couleur, des 
formes ; on juge de l'intérieur par l'extérieur, on juge du 
dynamisme par le mécanisme, du tout par la partie, d'un 
élément par l'autre ; on entre, en un mot, dans le système 
trompeur des fausses inductions que nous avons com- 
battues ( I ). Voilà déjà deux causes manifestes d'erreur* 

Mais , indépendamment de ces difficultés qui portent 
sur le seul fait de la variation, fait sur lequel, on le voit, 
l'apparence est trompeuse, il reste la question de pro-^ 
portion de fréquence de la variation elle-même, proportion 
qui seule détermine la règle : or, sur quoi l'établir ? d'a-« 
près quoi l'estimer? 

On ne peut que la réduire en principe ou en chiffre. 

Pour la réduire en chiffre, il en faut supputer les ter- 
mes numérables et poursuivre ces termes , ou dans le 
croisement d'espèces différentes, ou dans l'accouplement 
d'espèces semblables. 

Dans le dernier cas, une foule d'éléments échappent, 
comme indistincts (2) et faute de caractères, à la numéra- 
tion ; une foule d'autres varient, sur les mêmes points, 
selon les espèces que l'on examine, par rapport à la sphère 
plus ou moins étendue de la sexualité (3) ; une foule 

(1) T. II, p. 98, 99 — p. 146, 147. 
(î) P. 186-187. 

(8) P. 158 et siiiv. 



A LA NATURB DE l'etRE. ^ i89 

d'autres Yarient même selon les individas, selon les gêné-- 
rations, selon les portées (1). 

Dans le cas opposé, nons l'aTons déjà dit, il n'y a point 
de règle (2); on n'en saurait fonder sur le métissage, parce 
que si l'on ne peut conclure, sur tou$ les points^ d'nne es* 
pèee à une autre espèce qu'on ne croise pas, dès qu'on 
Yeat procéder par le croisement, on ne peut plus rien 
induire, absolument rien de fixe ni de général, d'un mé- 
lange à un autre : tout diffère, tout se transforme, et bien 
pins complètement, selon les espèces, les races, les Tariétés 
croisées, selon les sexes, selon les individus, selon les gé- 
nérations, selon les portées, selon les parties même. Nous 
verrons, en effet, que dans le métissage il est des diffé- 
rences dans l'action réciproque des mêmes parties, des 
mêmes caractères, qui tiennent à la nature respective des 
parties et des caractères, et d'autres différences qui tien- 
nent à la nature respective des espèces ou races repré- 
sentées par les deux auteurs. 

Le calcul ne peut donc donner de solution : on ne peut 
recevoir pour telles les évaluations de mots, le plus généra^ 
lementy le pli^ ordinairement ^ le plus fréquemment^ etc., 
évaluations si souvent arbitraires, et ici plus qu'ailleurs : 
car, si l'on ne précise point l'espèce dont on parle, l'ap- 
préciation reste sans aucune valeur, même approximative; 
si l'on précise l'espèce, elle devient sans portée, car elle 
reste toujours plus ou moins limitée à cette seule espèce. 

D'autre part, à défaut de chiffres, quel principe invoquer? 

On n'en saurait extraire qu'un de la règle en elle-même, 
celai de l'énergie de la parité de nature à produire le me^ 

(1) P.1576tsuiv.,p.l69-i70. 
(t) P. 116-117 et suiv. 



190 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA HERE 

dîum, c'est-à-dire la moyenne dans les ressemblances du 
produit aux auteurs, et par suite l'énergie de la disparité 
à produire le contraire. 

Ce principe est, en effet, la Térité commune, qu'en écar- 
tant les mots, et qu'en pressant le sens des propositions 
d'Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, deGiroù, d'Edwards, de 
Maupertuis, on retrouve au fond de toutes. 

Et de fait, le principe de la parité de nature a, selon les 
degrés de l'analogie, dans l'un ou dans l'autre sens, une 
puissance si directe sur le résultat des caractères trans- 
mis, qu'il agît en dedans comme en dehors des limites 
d'identité d'espèce, entre les individus, entre les moindres 
parties, entre les moindres éléments des représentations. 
Ainsi, relativement à ces éléments, les couleurs, par exem- 
ple,8emblent, dansunefouledecas, avoir d'autant moins de 
tendance à se confondre, qu'elles sont d'après Girou plus 
contrastantes entre elles (l); ainsi, relativement aux in- 
dividus, la dissemblance du mâle et de la femelle, au delà 
de certaines limites, a, dans la même espèce^ de tels résul- 
tats que Wolstein donne le nom de bâtards aux pro- 
duits (2) , et que, d'après Séguin, Tidiotie peut s'ensni" 
vre (3) ; ainsi, relativement aux races, on voit souvent le 
mâle et la femelle de deux races, qui présentent trop d'op- 
positions et de contrastes entre elles, ne produire qu'un mé- 
lange disparate et difforme, au lieu d'une harmonique fu- 
sion des caractères (4); ainsi, enfin, s'explique relative- 

(t) De la Génération^ p. 124, 

(9) Ueher dos Paaren und Verpaaren der Menschen und Thiere , 
Pé 18,21. . 

(3) £. Seguin, Trailement moral^ hygiène et éducation des idiots et 
des autres enfants arriérés^ Paris, 1846, 1 yol. in-18, p. 181. 

(4) L. F. Grognier : cours de multiplication $t de perfectionnemerU des 
principaux animaux domestiques, etc. 1 vol. in-8®, $• édit. Lyon, 1841, 
Pi 21-23. 



A LA NATURE DE l'ÉTRE. 191 

ment aux espèces elles-mêmes, l'ensemble des résultats 
qui ont servi de base aux différentes règles que nous 
venons d'exposer. 

Mais, aussi, l'énergie d'un semblable principe achève 
de témoigner de toutes leurs lacunes : on ne peut l'ac- 
cepter sans comprendre aussitôt qu'il doit nécessaire- 
ment rentrer dans une formule bien plus générale qu'el- 
les. Pour serrer au plus près la logique du principe, et 
donner à cette règle ou formule générale toute son éten- 
due, cette règle devrait être rédigée en ces termes : 

U y a d'autant plus de médium ou de moyenne dans 
les représentations, soit entre espèces, races, ou variétés 
croisées, soit entre individus d'une seule et même espèce, 
soit entre les parties des mêmes individus, soit entre les 
éléments des mêmes parties, qu'il j a plus de parité en- 
tre les espèces, races et variétés diverses ; ou qu'il y en 
a plas entre les individus d'espèce semblable; ou qu'il y 
en a plus entre les parties des mêmes individus; ou qu'il 
y en a plus entre les éléments de leurs mêmes parties. 

Et, vice versa, il y a, au contraire, d'autant moins de 
médium dans les représentations, qu'il y a par le fait plus 
de diêparitéj soit entre les espèces, quels que soient les 
auteurs, soit entre les auteurs, quelles que soient les espè- 
ces, soit entre les parties mêmes ou les moindres éléments 
de la nature des deux êtres, quels que soient les espèces 
et les individus que l'on associe. 

Telle serait la règle déduite le plus rigoureusement 
du principe posé. 

Mais voilà, d'une autre part, que pour être plus logi- 
que, elle n'en est pas plus vraie. 

Dans les cas de parité la plus accomplie, dans ceux de 
disparité la plus prononcée, entre les deux facteurs, les ré- 



192 DE LA PART RELATIVE DU PERE ET DE LA MÈRE 

saltats peuvent être en contradiction flagrante avec cette 
règle. On voit, en d'autres termes, dans l'union d'espè- 
ces, de races, de personnes, de parties même les plus con- 
trastantes entre elles, les oppositions se fondre en une 
moyenne des caractères divers : on voit de l'union de par- 
ties, de personnes, de variétés, de races, d'espèces les plus 
semblables, au lieu de la moyenne, surgir dans le pro* 
duit les plus frappants contrastes. 

Pour ne citer ici qu'un exemple entre cent, les deux 
mêmes couleurs les plus opposées, le blanc et le rouge^ ou 
le blanc et le noir^ représentées chacune par un seul des 
auteurs, peuvent, selon les cas, tantôt s'unir ensemble, 
tantôt rester distinctes, dans le règne végétal sur la co- 
rolle des fleurs, dans le règne animal sur le pelage des 
bêtes. 

£t il en est ainsi de tous les autres caractères. Dans les 
circonstances en apparence les plus identiques entre elles, 
ces deux résultats inverses peuvent avoir lieu pour les 
mêmes parties, pour les mêmes éléments, pour les mêmes 
attributs différents ou semblables, et cela dans les pro- 
duits des mêmes espèces, des mêmes individus, ou, ce qui 
est plus fort, dans les divers produits d'une seule portée 
chez les êtres multipares. 

Ce n'est pas tout encore : Quand dans les conditions de 
la parité la mieux déterminée entre les deux facteurs, le 
produit représente un médium ou moyenne de leurs ca- 
ractères, cette moyenne n'est encore, dans une foule de 
cas, ni totale^ ni même générale dans l'être. Il est plu- 
sieurs points, éléments ou parties, oix elle n'existe pas ; 
elle a des lacunes externes ou internes, physiques ou 
morales, apparentes ou cachées, mais qui le plus sou- 
vent se révèlent au parallèle le moins approfondi entre 



A LA NATURE 1>E l'ÊTRE. 193 

la progénitare et les générateurs : nouvelle et dernière 
preuve de Tinsuffisance patente de toute règle ou loi de 
qualité d'action des deux auteurs exclusivement fondée, 
comme les précédentes, sur l'unique principe de Is^ parité 
on de la disparité du père et de la mère, qu'il soit atta- 
ché aux espèces, aux races, ou aux individus. 

S II. Objections apparente» des formules réelles de Thérédité. 

A défaut du médium, résultat, comme on le voit, si 
capricieux et si incomplet d'une loi dont il semble l'ex- 
pression nécessaire, quel est le caractère de ces variations 
qui en prennent la place, et que toutes ces règles tentent 
Tainement d'expliquer? 

Si nous laissons de côté toute explication et toute rai- 
son des faits, pour ne nous occuper que des expressions 
principales qu'ils revêtent, par rapport à la loi dhmi- 
tmalité d'action des deux auteurs^ nous reconnaissons, 
d'ane manière très-distincte, trois formules générales de 
la procréation dans la nature de l'être : 

Dans un premier cas, nous voyons chaque auteur faire, 
en quelque manière, son choix des éléments et des carac- 
tères de Texistence physique et morale du produit, et por- 
ter son action sur un ordre différent d'attributs et d'or- 
ganes, ou même un seul auteur la porter sur l'ensemble 
apparent de la vie ; 

Dans un second cas, nous voyous les auteurs, adoptant 
Ton et l'autre les mêmes éléments, les mêmes caractères de 
l'existence physique et morale du produit, porter leurs ac- 
tions réunies, mais distinctes, sur la même série d'attributs 
et d'organes, ou sur le même ensemble apparent de la vie ; 

Bans un dernier cas, nous ne voyons plus simplement 
une association, mais une telle fusion et, a proprement 

11. 13 



194 DK LA PART RELATIVE DU PERE ET DE LA MÈRE, ETC. 

dire, une telle dissolution des actions réunies de Tun et de 
l'autre auteur sur les mêmes éléments et les mêmes carac- 
tères de l'existence physique ou morale du produit, que 
l'un et l'autre type restent indiscernables, et que, selon 
les points et selon l'étendue où cette fusion se passe, ils 
perdent entièrement leur double caractère, soit dans la 
même série d'attributs et d'organes, soit même dans l'en- 
semble apparent de la vie. 

Nous nommons la première de ces trois formules, for- 
mule d'ÉLECTiow : elle a pour résultat la représentation 
ou l'empreinte exclusive du père ou de la mère sur une 
partie des points ou sur tous les points de l'organisation ; 

Nous nommons la seconde, formule de mêlais ge : elle a 
pour résultat la représentation mixte et simultanée du père 
et de la mère sur une partie des points ou sur tous les 
points de l'organisation ; 

Nous nommons enfin la troisième, formule de combi- 
naison : elle a pour résultat la substitution d'un nouveau 
caractère aux représentations de l'un et de l'autre fac- 
teur, sur une partie des points ou sur tous les points de 
l'organisation. 

Chacune des trois forinules mérite une attention toute 
particulière : on ne peut faire un pas dans rintelligence 
des mille variations de l'hérédité et de Tinnéité sans elles. 

I. Formule d'ÉLECTiON. 

La formule d'ÉLECTioN, si éloignée qu'elle soit de la 
moyenne du rapport ou de la ressemblance de l'être avec 
ses deux parents, puisqu'elle exclut toujours l'action d'un 
des auteurs, quelque part qu'elle se grave, n'est pas seu- 
lement une des plus singulières, mais encore une des plus 
fréquentes expressions de la procréation. 



FORMULE D ELECTION. 195 

l"" Un de nos pins sagaces expérimentatears en porno- 
logie, Sageret, est celui qui semble avoir été le plus vive- 
ment frappé de la généralité de cette expression dans le rè- 
gne végétal où l'hybridation en offre une foule d'exem- 
ples: « La première idée,. lit-on dans cet auteur, est de 
ehereber dans F hybride une ressemblance qui donne on 
terme moyen entre ses deux ascendants, connus ou pré- 
sumés, soit immédiats, soit même à des degrés plus éloi- 
gnés, si Ton veut admettre V atavisme; et l'on est naturel- 
lement porté à croire que cette ressemblance doit être une 
fusion, sinon intégrale, au moins partielle ou apparente, 
ou intime des caractères appartenant aux deux ascendants. 
Cette fusion de caractères, dit-il, peut avoir lieu dans cer- 
tains cas; mais il lui a paru qu'en général les choses ne se 
passaient pas ainsi, et qu'en définitive la ressemblance de 
l'hybride à ses deux ascendants consistait, non dans une 
fasion intime des divers caractères propres à chacun d'eux 
en particulier, mais bien plutôt dans une distribution, 
soit égale, soit inégale de ces mêmes caractères (l). » 

Lecoq tient le même langage et déclare que ses remar- 
ques confirment le même fait : « Au lieu d*obtenir toujours 
an hybride qui tienne le milieu entre le père et la mère, 
on est souvent, dit-il, étonné de trouver des sujets dont tel 
ow tel organe appartient complètement à Vun des ascen- 
dants, sans avoir été modifié par Vautre (2). » 

Toutes les parties delà plante peuvent représenter cette 
action élective du père ou de la mère : nous avons même 
TU Linné et de CandoUe ériger cette action élective en 
système et hasarder sur elle des théories contraires (3^. 

(1) Sageret, Pomologie physiologique. 

(î) De la Fécondation naturelle et artificielle des végétaux, p. 75. 

(3) T. II, p. 72. 



196 DE LA PART RELATIVE DU PERE ET DE LA HÈRE, ETC. 

Elle se caractérise fréquemment dans les feuilles : nous 
avons dit plus haut que, dans les hybrides des Amaryl- 
lidées, Herbert avait remarqué que la tige et le feuillage 
restaient ceux de la mère (1) : Sageret a vu de même des 
hybrides de Pêchers et d'Amandiers porter le feuillage du 
Pêcher (2), des hybrides de Prunier et d'Abricotier naître 
avec le feuillage de l'Abricotier (3); Senff a fait des ob- 
servations analogues (4). 

Cette action élective peut se porter sur les fleurs : Les 
fleurs des hybrides des Amaryllidées sont , d'après Her- 
bert, celles de l'espèce du père; l'hybride du Prunier et 
de l'Abricotier, dont il vient d'être question, avait avec la 
feuille la fleur du dernier arbre. Le croisement des Tuli- 
pes blanches et rouges donne naissance à des variétés de 
Tulipes dont les unes sont rouges, les autres blanches, fait 
qui se reproduit dans Thybridation d'Anémones, de Jacin- 
thes et de Renoncules de ces deux couleurs (5) , mais 
qui est surtout très-fréquent dans TOEillet (6). 

L'ÉLECTioK est aussi ordinaire dans les fruits : Sageret a 
vu des fruits d*hybride de Prunier et d'Abricotier sem- 
blables à la Prune (7); ceux de divers hybrides d'Aman- 
dier et de Pêcher semblables à des Amandes (8). Knight a 
même vu, par une analogie qui rappelle ce qui se passe 
dans le croisement des races chez les animaux (9), I'élec- 

(I) Id., loc. cit, 

(î) Pomologie physiologique, p. 326. 

(3) Notice pomologique, p. 9. 

(4) Burdach, ouv. cit., p. 267. 

(5) Voy. Boraare,Ottv. cit., t. V, p. 406. 

(6) Henii Lecoq, De la Fécondation naturelle et artifideUedes végétaux, 
p. 75. 

(7) Notice pomologique et loc, cit, 

(8) Pomologie physiologique, p. 326, etc. 

(9) Voy, plus haut, t. II, p. 180. 






FORUVLE d'Élection. 197 

TiON exclasiTe du père ou de la mère, selon la nature des 
espèces croisées, envahir en quelque sorte l'hybride tout 
entier : les hybrides provenus de la fécondation du Pom- 
mier de Sibérie, ou de celui d'Angleterre, par le pollen 
d'autres variétés de Pommiers , ressemblaient constam- 
ment à la variété mère (l); la fécondation de la fleur du 
Pécher par celle de l'Amandier a donné, sous ses yeux, 
naissance à des Pêchers (2). 

y L'observation nous montre dans l'animalité, sous une 
foule d'aspects, les mêmes phénomènes. L'élection s'y 
formule de la manière la plus caractéristique dans la 
transmission de la nature des êtres ; il y en a mille exem- 
ples dans les faits qui précèdent. 

L'ÉLECTION s'y révèle d'abord à nos yeux dans le ' 
transport séminal des caractères mèdials et immédiats de 
h sexualité, transport dont elle est, comme on l'a vu plus 
haut (3), la véritable règle. Elle se révèle encore aussi po- 
sitiTemeut, mais sans aucune constance, dans les autres 
attributs de l'organisation. 

Elle y est très-fréquente dans le mécanisme : il n'est 
point d'élément, il n'est point de partie, il n'est point de 
caractère externe ou interne de l'existence physique qui 
ne nous l'aient offerte : 

Le mélange des races ou celui des espèces la met en re* 
hef dans la structure externe chez les animaux . On a même 
remarqué dans plusieurs croisements une apparence d'or- 
dre et de régularité attachée au transport électif des 
parties du mâle ou de la femelle, ordre variable cependant 
selon les individus, les sexes, les portées, les générations. 



(i)Burdach, t.II, p.î61. 

(1) Nouveau buUetin delà Société philomatique, 1820, p. 90. 

(3) Voy, plus haut, t. Il, p. 159 et suiv. et p. 175. 



198 DE LA PART RBLATIVB BU PEU BTDE LAMÈRB, ETC. 

les espèces croisées (1). Tantôt, comme par exemple, dans 
le Mulet, dans le Bardeau, dans le bâtard de l'Ane et du 
Zèbre, etc. , la forme et la taille sont le plus souvent de la 
mère; tantôt, ainsi que chez la plupart des bâtards de 
Chèvre et de Chamois, ou, parmi les oiseaux, du petit 
Tétras et du Coq de bruyère, la taille seule estde la mère, 
et la forme du père (2). Il en est de même des membres 
et des extrémités, de la tète, des oreilles, du mufle, des 
cornes, du bec, des pattes, de la queue, dans beaucoup 
d'autres espèces : 

La plupart des bâtards de Poule et de Faisan ont la tête 
du Faisan ; ceux de Pintade et de Cane, la tête de la Pin- 
tade ; ceux de Zèbre et de Cheval, la tête du Cheval; ceux 
de Cheval et de Vache, la tête de la Vache (3); ceux de 
Chien et de Louve, la tété du Chien ; ceux de Brebis mé- 
rinos et de Bouc, la tête du Bouc : 

Dans le croisement de la race d'Ecosse de Bœufs sans 
cornes et de Vaches à cornes, les produits sont sans cor- 
nes (4) ; dans le mulet de la Pintade et de la Cane, le bec 
est de la Pintade; il est de la Linotte, dans le mulet de la 
Linotte et du Chardonneret : 

Dans les bâtards de Cheval et de Zèbre, d'Ane et de Zè- 
bre, de Chien et de femelle du Benard, les oreilles sont 
du mâle; elles sont de la femelle, dans le produit du 
croisement du Zèbre et de l'Anesse (5). 

La queue chez les bâtards du Faisan et de la Poule, 
des Anas glaucion et querquedula^ de l'Ane et de la Ju- 



(1)T. II, 3e partie, liv. II, chap. i, p. 112-115. 

(î) Burdach, ouv.cit., t. Il, p. 263. 

(3)Grognier, Cours demultiplicafionet de perfectionnement^elc, p. 234. 

(4)7(i., id., p. 91. 

(5) Burdach, loc. cit. 



FORHCLB d'Élection. 199 

lùeùi, de l'Étalon et de TAnesse (l), de la Louve et du 
Chien, de l'Ours et de la Chienne est le plus généra- 
lement semblable à celle du père, et à celle de la mère dans 
le bâtard de la Chèvre et du Bélier (2). 

Les plumes, les poils (3), la laine, les couleurs qui les 
teignent , peuvent être électivement transmis de cette 
manière par l'un ou l'autre auteur (4). La robe des mé- 
tis de Serine et de Chardonneret, des métis de Souris 
blanches et de Souris grises, de Cerfs blancs et de Cerfs 
bmns, ou de Béliers blancs et de Brebis noires, est souvent 
tont à fait d'une seule des deux couleurs (5). Des bâtards 
d'Ours et de Chienne ont le poil de l'Ours (6), et l'on voit 
dans le croisement de Brebis Solonaises et de Béliers Es- 
pagnols, où il faut d'ordinaire quatre générations pour 
porter au degré de perfection naturelle de la race d'Espagne 
la laine des produits , des agneaux dont la laine a de 
prime saut la finesse de la toison du père , phénomène 
çae Chambon trouvait inexplicable (7). 

L'organisation extérieure de l'homme subit la même 
formule; elle se grave, au dehors, dans la conformation, 
dans la proportion, dans la coloration du visage, du corps, 
des membres, des parties ; chacune d'elles peut tenir d'un 
auteur différent : le père peut donner exclusivement la 
forme (8), la mère donner la taille (9); celle-ci le vo- 



(1) Grognier, ouv, cit., p. 82 et Î34. — Burdach, loc. cit, 

(2) Bardach, t. II, p. 264. 

(»)Girou, dcte Génération, p, 125-127. 

(4) Voy, t. I, p. 265 ; t. II, p. 4 et 5, p. 17. 

(5) Voy. plus haut, t. II, p. 6, 7. 

(6) Bechstein, dans Burdach, loc. cit. 

(7) Chambon, Traité de l*éducation des moutons, t. II, p. 275-276. 
(8)'t. I,p. 194-195 ; t. II, p. 24 et 104, 105. 

(9) T. Il, p. 18. 



200 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MÈRE, ETC. 

lume (I) , celui-là la couleur (2) , et vice versa. Il en peut 
être ainsi, comme chez les animaux, de la tète, du buste^ 
des bras, des pieds, des mains, des doigts ou des orteils ; 
ainsi de la chevelure , ainsi de la figure , de rexpression 
des traits, du front, des yeux , du nez, de la bouche, en 
un mot de tous les caractères du physique apparent de 
l'individu. L'élection les atteint tous indifféremment, et 
de la part de l'un (3) comme de l'autre auteur (4). 

Ce phénomène reçoit une nouvelle évidence de la pro- 
pagation des anomalies, qui nous montre, soit le père, 
soit la mère, transmettant dune manière élective au pro- 
duit, non pas simplement la partie ou l'organe, mais la 
difformité, la gibbosité (5) , la claudication (6), ralbinis- 
me (7), le mélanisme (8) , la scissure des lèvres ou du voile 
du palais (9), l'ectrodactylie (10), la polydactylie (11), 
l'hémitérie, enfin, quelle qu'elle soit d'ailleurs, attachée 
à l'organe (12) ou à la fonction. 

L'ÉLEGTioiv se trahit de la même manière, chez l'ani- 
mal et l'homme, dans le transport séminal de tous les ca- 
ractères de la structure interne. Nous avons même ailleurs 
signalé les doctrines exclusives et contraires auxquelles 
l'observation fort ancienne de ce fait a conduit Linné, 
Gleichen, Vicq d'Azir, V. Bomare, Prévost et Dumas, Lal- 

(1) T. I, p. 104, i«5. 

(2) T. I, p. 212-217 ; l. lî, p. 6 et p. 72, 75. 

(3) T. II, 3e part., liv. I, art. 1, S 1. 

(4) T. Il, id., td., art. 2, § 1 

(5) ï. 1, 2e part., p. 309, 310. 

(6) Jd.,id., p. 310, 311. 

(7) T. 1, 2« part., p. 303, 304, 305. 

(8) Id., 2e part., p. 312, 813. 

(9) id., 2«part., p.307, 309. 
(10)/d.,/ac.d^, p. 312,313. 

(11) T. 1, 2* part., liv. II, chap. ii, p. 326. 

(12) T. Il, p. 9 et 10, et 18,19. 



FORMOLE d'Élection. 201 

lemand, etc. (1), en un mot les auteurs qui ont ima- 
giné de faire entre les facteurs un partage prétendu con- 
stant et régulier des tissus, des viscères et dessystèmes san- 
guin, nerveax, lymphatique, osseux, de l'économie 
interne du produit ; mais ces distributions n'ont de vrai 
que le principe du transport électif dont elles faussent la 
formule (2) : dans la réalité, comme nous Pavons dit, il 
n'est point d'appareil, d'organe, de partie, constamment 
affectés à l'unique influence du père ou de la mère ; mais 
chaque appareil, chaque partie, chaque organe, peut se 
trouver transmis par un seul des auteurs : 

Le père peut donner au produit le cerveau ; la mère, 
l'estomac; l'un, le cœur; l'autre, le foie; celle-ci, le pan- 
créas ; celui-là, l'intestin ; le premier, les reins ; la seconde, 
la vessie, etc., et réciproquement. Ce fait très-important 
a été parfaitement saisi par Zacchias qui s'en empare 
comme de la raison organique de cet entrelacement 
quelquefois si bizarre des prédispositions passionnelles ou 
morbides des deux auteurs dans l'être (3). L'autopsie de 
mulets ou de bâtards d'espèces très-disparates, comme 
celles du bœuf et du cheval, éclaire pour ainsi dire ces 
distributions électives des organes d'une nouvelle lu- 
mière : dans la Jumare, issue du croisement d'un Taureau 
avec une Jument, qui fut étudiée et recueillie à l'école 
vétérinaire de Lyon, la nécropsie montra .ce singulier 
mélange des parties intérieures : cette Jumare qui avait le 
front large et bossue, le mufle et l'œil du Taureau, avait le 
nombre des dents incisives du Cheval , six à chaque mâ- 
choire, mais point de crochets ou de dents canines ; la lan - 

(1)T. II, 3' part., p. 72, 75. 

(2) Id., 3« part., p. 75 à 84. 

(3) Pauli Zacchise Quœstionum medico-legalium, lib. I, tit. v,p. 116 
et suiy. 



202 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DB LA HÈRE, ETC. 

gue était semblable à la langue du Bœuf; Testomac, 
conformé comme celui du Cheval, ce qui expliqua pourquoi 
elle ne ruminait pas : la rate avait l'aspect et la consis- 
tance de celle du Taureau ; la vessie n'avait que trois 
pouces de diamètre ; tous les autres viscères, la matrice et 
les muscles, étaient de la Jument ( l ) . 

La même forme de transport est tout aussi commune 
dans la propagation des caractères propres aux états de 
la vie, ou modes physiologiques de l'organisation : la fai- 
blesse ou la force de la constitution, la fécondité, la longé- 
vité, l'obésité, le type du tempérament, les idiosyncrasies 
les plus particulières, découlent très-souvent d'un seul des 
deux auteurs : le Verrat à courtes jambes et la Truie d'Eu- 
rope créent des porcs qui, comme la race paternelle, s'en- 
graissent facilement, et, comme la maternelle, devien- 
nent grands, forts, pouvant aller chercher leur nour- 
riture au dehors (2). La prédisposition à l'hémorragie, chez 
les hommes saignants ou bluters de Tenna, dans le pays 
des Grisons, n'y provient que des femmes (3). On l'a vue, 
dans d'autres cas, n'émaner que des hommes (4); et 
nous lisons dans Planque, que des enfants d'une mère à 
qui les laxatifs les plus légers causaient de fortes purga- 
tions et d'un père qu'on ne pouvait parvenir à purger 
qu'avec de violents drastiques, s'étaient exclusivement 
partagé ces diathèses contraires de leurs parents (5). 

Quant au dynamisme, il n'a point de puissance, il n'a 



(1) Voy. Bomare, Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle, 
t. VII, p. 364,355. 

(2) H. Magne, Considérations générales sur l'amélioration des races, 
p. 32,dans Grognier, oui;, ct^ 

(3) Gazette deshôpi(aux, 2« série, t. VIII, p. 593. 

(4) Piorry, de l'Hérédité dans les maladies^ p. 67. 

(5) Planque, Bibliothèque choisie de médecine, art. idiosyncrasie* 



FOUfCLB D ELSCTION. 203 

point d'instinct, il n'a point d'attribut dont la transmis- 
sion par la Toie élective ne soit très-ordinaire. On en 
reconnaîtra une fonle d'exemples parmi ceux rapportés 
plus haut d'hérédité des modes sensoriels, passionnels» 
intellectaels des êtres : dans la plupart des cas, l'inapti- 
tadeàla distinction des couleurs ou à la distinction des 
notes musicales, anomalies qui sont fréquemment réunies 
dans le même sujet (l],rhéméralopie(2), lamicropbthal- 
mie (3), la surdi-mutité (4), les appétits (5) ou les antipa* 
thies (6) du goût et de l'odorat, les qualités, les vices, les 
passions, les tendances aux divers genres de crimes (7), 
les facultés mentales (8), et jusqu'aux caractères du 
mouvement et de la voix (9), tiennent uniquement au père 
oaàla mère(lO), et n'en passent pas moins, sans mélange, 
de la mère ou du père au produit. 

L'ÉLECTION paraît même, dans quelques cas plus rares, 
se porter, de la part d'un auteur, sur Vensemble des élé- 
ments de l'être, de manière à exclure l'action de l'autre 
antenr, et alors le produit de deux espèces, de deux races, 
ou, dans la même race, de deux individus plus ou moins 
disparates, semble tout entier d'une seule des deux es- 
pèces, d'une seule des deux races, d'un seul des deux pa- 



(1) Earle, On the inhabilHy to distinguish colours, dans American Jour^ 
nol of the médical sciences, april 1845, p. 346, 254. 

(2) T. II, 3«part.,liv.I, p. 20. 

(3) T. 1, 2e part., liv. Il, p. 428, 429. 

(4) T. 1, 2*' part., liv. Il, p. 423 ; — t. II, 3' part., p. 20. 
(5)T, I,p. 388,389. 

(6) id., id.; voy. aussi Planque, Bibliothèque choisie, t. XVI, art. t'dto- 
mcrasie* 

(7) T. I, 2« part., liv. II, p. 462, 476, 496, 546; — t. II, p. 22, 28. 

(8) T. I, 2* part., p. 581, 684; — t. II, 3^ part., p. 25. 

(9) T. I, 2« part., p. 598, 604 ; — t. Il, p. 14, 15, 28. 
(10)T. ll,p. i36àl48. 



204 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA HERE, ETC. 

rents (1), comme si le germe, alors, venait exclusivement 
du mâle ou de la femelle, et que l'un des deux facteurs ne 
servit simplement qu'à développer la vie communiquée 
par l'autre : ainsi, nous avons vu , dans le règne végétal, des 
hybrides de Pêcher et d'Amandier semblables au Pécher ; 
dans le règne animal, des mulets des espèces du Chien et 
du Loup semblables à la Louve, on semblables au Chien ; 
d'autres mulets des espèces du Bouc et de la Brebis sembla* 
blés, à des Agneaux (2). L'hérédité directe, l'hérédité croi- 
sée offrent des cas identiques dans l'espèce humaine; mais 
le phénomène n'est jamais si fréquent, ni si apparent, 
que dans le croisement de races ou d'espèces multipa- 
res; on trouve souvent, alors, dans la même portée, 
des petits semblables au père, d'autres semblables à la 
mère, d'autres enfin qui tiennent des deux à la fois (3) : 
il n'est pas rare de voir, du croisement du Braque et de 
l'Épagneul, naître de petits Épagneuls et de petits Bra- 
ques (4). 

Il se produit des cas encore plus singuliers : une chienne 
de très-grande race du mont Saint-Bernard, successive- 
ment couverte par un chien de chasse et par un chien de 
Terre-Neuve, mit bas, au Muséum, en 1824, jusqu'à onze 
petits, six, de sexe femelle, semblables au chien de chasse, 
et cinq, de sexe mâle, semblables au chien deTerre- Neuve; 
tous si complètement différents entre eux, et si complète- 
ment différents de la mère ^ qu'on n'aurait jamais cru, sans 
l'évidence du fait, qu'ils fussent nés de la même mère et de 



(1) Isid. Geoffroy Saint-Hilaire, Dictionnaire classiqw d'histoire natu- 
reWe,t.X, p. 121. 
(î) T. II, p. 180, 185. 

(3) Isid. Geoffroy Saint-Hilaire, lac. cit. 

(4) Givou, delà Génération, p. 128, 124. 



FORMULE d'Élection. 205 

la mémeport ée ( 1). Une autre chienne, à ce que dit le pro- 
fesseur Grognier, ayant été couverte dans la même journée 
par trois chiens de ra^es différentes , bien caractérisées , 
mit aussi bas, au terme de la gestation, trois petits repré* 
sentant fidèlement les caractères des trois races des 
reproducteurs (2). 

Mais reste la question si, dans les cas de ce genre, I'élec- 
TiON est aussi intégrale qu'elle le semble ; si, par exemple, 
dans le fait que nous venons de citer, les cinq petits Chiens 
mâles, pareils au Chien de Terre-Neuve, étaient de vrais 
Terre-Neuve; si les six petits, pareils au Chien cou- 
rant, étaient de vrais Chiens courants ; ou encore, si 
les Braques et les Épagneuls, nés simultanément du croi- 
sement de ces deux races, dans une même portée , sont 
réellement des Braques et des Épagneuls. 

Pour nous, comme nous l'avons fait pressentir ail- 
leurs (3), nous n'hésitons pas un instant à répondre par la 
négative. On peut être, il est vrai, tenté de supposer que 
la nature procède quelquefois à l'égard des produits d'un 
même couple et d'une même portée comme on la voit 
souvent procéder à l'égard des divers éléments d'un seul 
et même produit; on peut supposer que le père et la 
mère, quand le fruit est multiple, se partagent une 
partie des petits, comme ils se partagent une partie 
des membres, des organes ou des aptitudes de l'être, 
quand le fruit est unique. Mais, si plausible qu'elle 
semble au premier abord, cette explication est inac- 
ceptable : unique ou multiple, dans toutes les espèces où 



(1) Isid. Geoffroy Saint-Hilaire, loc. cit,, et Girou,out?. cit,y p. 188, 189, 

(2) Grognier, Cours de multiplication et de perfectionnement des ani" 
maux domestiques^ p. 289. 

(8) T. Il, 3» part., p. 77, et ch. m, p. 183. 



206 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MERE, ETC. 

les sexes sont distincts, aucun germe n'existe, aucun 
être ne s'engendre qu'à la condition de l'action des deux 
facteurs , et si faible que soit, ou que l'on imagine, la 
part de l'un ou de l'autre à l'animation, il contribue tou- 
jours à l'éclair de la vie, et l'organisation en porte toujours 
la trace; il est vrai seulement qu'elle peut être plus ou 
moins latente dans le produit. 

C'est cet état latent qui en impose ici pour l'absence 
complète de représentation du père ou de la mère, et 
qui donne ainsi lieu de croire à l'élection absolue d'un 
facteur. On ne la préjuge telle qu'en concluant des 
types ou caractères externes aux types ou caractères in- 
ternes du mécanisme et du dynamisme, c'est-à-dire en 
violant les règles positives que nous avons tracées (1), 
et qui prouvent qu'on ne peut, en fait d'hérédité, con- 
clure ni de l'extérieur à Tintérieur de l'être, ni de son 
mécanisme à son dynamisme (2) , lors même que l'élec- 
tion semble le plus complète. Ou les produits n'ont pas 
l'organisme intérieur de l'auteur dont ils ont les cou- 
leurs et les formes , ou les produits n'ont pas le moral de 
l'auteur dont ils ont le physique, et souvent même ils ont 
tout le physique de l'auteur opposé, en puissance : l'au- 
topsie devra prouver le premier fait; l'observation, le se- 
cond ; la filiation, le troisième. Les Chiens prétendus Bra- 
ques, nés de Braques et d'Épagneuls, avec des braques en- 
gendrent des Épagneuls, avec des Épagneuls engendrent 
des Braques (3). Dans l'espèce Chevaline, les métis qui ne 
reçoivent aucun signe extérieur d'amélioration trans- 
mettent à leurs produits le type du noble sang en appa- 

(1) Voy. plus haut, 1. 11, p. 96, 99, et 146, 147, 188. 

(2) Idem, p. 188. 

(3) Girou, ouv, cit„ p, 1Î3, 1Î4. 



w 



FORXULB DE HÉLAMGE. 207 \ 

rence absent de leur organisme (1) ; et réciproquement, 
les métis qui, de prime saut, passent sans progression au 
type supérieur, comme dans l'espèce Ovine les agneaux 
qui ressemblent, dès le premier croisement , à de vrais 
Mérinos, reproduisent la race inférieure dont ils vien-* 
nent (2). 

An fond, il n'y a point d'ÉLECTiow intégrale, c'est-à- 
dire d'action exclusive et unique d'un facteur sur tout 
Tètre. 

IL Formule de mélange. 

La formule de melaiige, au contraire de celle d'É- 
LECTiOK, a pour type l'union des caractères distincts 
des deux parents, soit dans le même attribut, la même 
qualité, ou la même fonction, soit dans la même partie, 
le même appareil, ou le même organe. 

Cette union se produit à différents degrés, mais à 
chacun desquels le mélange est toujours, quelque part 
qu'il se porte, une agrégation simple et sans transfor- 
mation des représentations de l'un et de l'autre facteur. 

1° La plus intime de toutes les agrégations, le plus 
parfait degré de mélange est la fusion, jonction intégrale 
et comme moléculaire qui s'étend aux atomes et aux prin- 
cipes mêmes des caractères mêlés : elle renferme tous les 
cas où, comme les mots le disent, les deux représentations 
se FONDENT dans une moyenne, c'est-à-dire s'unissent, en 
s'atlénuant toutes deux, dans une expression intermé- 
diaire unique. 

Les règnes végétal et animal en offrent, nous l'avons 
dit plus haut (3), une multitude d'exemples. 

(1) Grognier, Cours de multiplication et deperfectionnement, etc, p, 13. 
(2j CbamboD, Traité de Véducation des moutons, t. II, îoc. cit. 
(8)T.n,ch.iii,art. I,p.l79. 



208 DE LA PART RELATIVE DU PÉRB ET DE LA MÈRE, ETC. 

Ces exemples sont communs dans le mélange des cou- 
leurs : d'après Henri Lecoq, les couleurs se mélangent le 
plus fréquemment chez les végétaux, comme si on les réu- 
nissait sur une palette, et il en résulte une teinte moyenne 
et fondue (1) : ainsi le rouge et le blanc donnent souvent 
du rose, comme le Pavot rouge fécondé par le blanc; ainsi 
le blanc et le noir, ou le blanc et le gris du père et de la 
mère, se changent souvent en brun ou en gris moins foncé 
dans les petits des Oies, des Bœufs ou des Chevaux (2), 
comme dans les métis des races Blanche et Noire de 
Tespèce humaine (3). 

Les formes et tous les autres caractères externes oif in- 
ternes de la vie ne nous offrent pas moins decas de fusion. 
On en trouve dans les feuilles, on en trouve dans les 
fleurs, on en trouve jusque dans les saveurs des fruits de 
certaines hybrides (4) : Kœlreuter et Wiegman ont même 
fait la remarque que ces sortes d'hybrides étaient plus 
fréquemment frappées de ^stérilité (5). Dans l'animalité 
où les vétérinaires semblent avoir érigé, très à tort cepen- 
dant, la FUSION en règle, c'est sur elle qu'ils basent une 
partie des lois de l'appareillement (6). Si de fait elle est 
bien moins constante qu'ils ne le pensent, elle est encore 
assez commune pour expliquer la foi qu'ils ont en elle : il 
n'est point d'appareil, point d'organe, point départie, où 
lelle ne se rencontre : le bec ou le museau dans une foule 
de Mulets, les oreilles dans le Bardeau, la queue dans le 



(l) Ouv,cit., p. 22, 23. 
(2)Burd., t. n,p.260. 
(8) T. 1, p. 210. 

(4) Burdach, ouv.ct/., p. 262. 

(5) Dict. miv. d'hist. nat., U VI, p. 726. 

(6) Grog nier, ouv. dt. 



FORMULE DE MÉLANGE. 200 

bâtard du Chien et de la Louve, etc. , etc., tiennent le mi- 
lieu entre les deux espèces (1) 5 et chez l'homme, de même 
que chez les animaux, Maret, Mayer (2), Geoffroy Saint- 
Hilaîre,Bouillaud(3),et autres auteurs, ont pu constater 
ce type intermédiaire entre les deux parents dans le sys- 
tème osseux et tous les autres systèmes de l'organisa- 
tion. 

2° Une espèce moins intime d'agrégation, un degré 
moins parfit et cependant encore très-profond de mé- 
lange, est celui que nous nommerons de dissémination, 
réunion plus grossière, qui comprend tous les cas où les 
caractères transmis des deux auteurs se distribuent pèle- 
mèle et s'agglomèrent par points ou par fragments épara 
dans le même système, dans le même appareil, ou dans le 
même organe, etc. 

La dissémination est ainsi susceptible de prendre plu- 
sieurs aspects : souvent, par exemple, chez les végétaux, 
les couleurs des espèces croisées, au lieu de se fondre, se 
reproduisent surlacorolle de l'hybride, distinctes et sépa- 
rées, en panachures dans la Belle de nuit, les Tulipes, etc., 
en striesdanslaReine-Marguerite,en pointemenls, en bor- 
dures dans certains Dahlias, dans quelques Primevères et 
plusieurs Auricules (4). 

Le croisement des espèces zoologiques nous montre 
dans les couleurs, les formes, les tissus, les parties, des 
modes de mélange analogues ou semblables. Le Mulet 
d'àne et de zèbre a la couleur grise et la raie noire, le long 
de la colonne vertébrale, qui appartiennent au père, et les 

(i) Burdach, ouv. dU, p. 264. 
(ï) Tom. II, p. 80. 

(3) Bouillaud, Exposition raisonnëe sur un cas de nouvelle et singulière 
espèce d:hermaphrodisme,PsinSj 1833, p. 11 etpass. 

(4) H. Lecoq, ouv, cit., p. «2,Î3. 

II. i^ 



210 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MÈRE, ETC. 

raies transversales, surtout aux cuisses, aux jarrets et à la 
tète, qui caractérisent la mère (1). 11 n'est pas rare de 
voir des chevaux, nés de mères communes et d'étalons de 
race, chez lesquels il existe un mélange tellement incohé- 
rent des traits du père et de la mère, qu'ils valent beaucoup 
moins que s'ils étaient de race tout à fait commune; On 
voit de même des Béliers mérinos, alliés à des Brebis com- 
munes, engendrer des produits dont la laine est un tel mé- 
lange de celle du père et de celle de la mère qu'aucun dra- 
pier ne peut l'assortir, ni en faire une étoffe passable (2). 
-D'après Bibbe, le bâtard du Bouc et de la Brebis mérinos 
a la laine du cou, de la poitrine, du dos et des flancs, 
pareille à celle de la mère, tandis que sur le devant de la 
tête, au sacrum, aux cuisses, à la queue, elle est mêlée de 
poils (H). 11 li'estpas, enfin, jusqu'aux panachures et aux 
marbrures des tiges, des feuilles ou des fleurs, dont la gé- 
nération n'offre, chez les animaux et chez l'homme lui- 
même, les correspondances ; très-souvent il arrive aux 
petits nés de parents de couleurs dissemblables, plus par- 
ticulièrement chez les bêtes à cornes, les chevaux, les 
oiseaux, d'être pies ou mouchetés, c'est-à-dire de porter à 
la fois les couleurs du père et de la mère entremêlées par 
plaques ou par points inégaux ou égaux sur la robe. Les 
métis de Faisans ou de Paons blancs, et de Paons ou de 
Faisans communs naissent presque tous variés (4). Un 
mulet de Pigeon noir et de Tourterelle blanche nous offrait 
dernièrement une sorte de damier gravé sur le plumage : 
et nous avons ailleurs vu que notre propre espèce, comme 



(l)Burd., {oc. cH, 

(S) Grognier, ouv, cit., p. 214, 215. 

(3) Burd., ouv, du, t. U, p. 365. 

(4) Voy. Bomare, Dict. d*hist. nat., t, V, p. 252; t. X, p. 71, 



FORMULE DE MÉLANGE. 211 

eelledu bœaf ou comme celle da daim, dans certains croi- 
sements, a ses métis pies: les enfants d'Albinos et de Nègres 
naissent assez souvent tachés de blanc et de noir (1). 

3^ Mais, le plus ordinaire, le plus élémentaire, et ce- 
pendant lè plus curieuic genre de mélange, est le mélange 
au degré de simple agrégation, c'est-à-dire la jonction 
par entrelacement ou juxtaposition, dans la même fonc- 
tion, dans le même appareil, ou dans le même organe, des 
représentations propres à chaque facteur. 

U n'y a ni fusion, ni dissémination, il y a seulement 

smdure des deux caractères. Témoin de la fréquence de 

cegenre-de mélange dans l'hybridation, Sageret nous en 

donne l'idée la plus claire dans la comparaison qu'il fait 

des caractères de différents produits de la fécondation 

. ' d'an Chaté par un Melon Cantaloup brodé, tous deux d'es- 

I ^ 

I pèce franche; il .suppose que le Chaté et le Cantaloup 

I n'aient chacun de remarquables que cinq caractères : 

LE MELON ASCENDANT. LE CHATÉ ASCBMDAIIT. 

' !«> Chair jaune. 1° Chair blanche. 

2« Graines jaunes. * 2* Graines blanches. 
f 3» Broderie. 3" Peau lisse. 

1^ 4» Côtes fortement prononcées. 4° Cotes légèrement prononcées. 

1 5» Saveur douce. 5» Saveur sucrée et très-acide en 

r même temps. 

Le produit présumé des hybrides créés, dit-il, aurait du 
être, au terme moyen : 

1° Chair jaune très-pàle; 2** graines jaunes très-pàles; 
3« broderie légère et clair-semée; 4o côtes légèrement 
prononcées ^ 5"" saveur douce et acide en même temps. 

Mais les produits réels des deux hybrides issus du croi- 

(1) Tom . II, 3* part. , îiv. II, ch . m, p. 1 82. 



212 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MÈRE, ETC. 

sèment du Chaté et da Melou offrirent, au lieu de ces ca- 
ractères : 

PREMIER HYBRIDE. DEUXIEME HYBRIDE. 

lo Ghair jaune. !•> Chdih jaunâtre. 

20 Graines blanches. 2° Graines blanches, 

80 Broderie. 3° Peau lisse. 

40 Côtes as^ez prononcées. 4" Sans côtes. 

5" Saveur acid«. 60 Saveur doue*. 

Résultats dont il a maintes fois obtenu , ou les équiva- 
lents, ou les analogues (1). 

Senff, habile jardinier de Kœnigsberg, en fécondant 
les fleurs du Calville rouge d'été par le pollen de cinq va- 
riétés diverses de pommes, avait, plus anciennement, 
obtenu des bâtards dont plusieurs présentaient des cas 
identiques. La couleur et la forme de la mère s'unissaient 
à la saveur et à la consistance du père dans les mêmes 
fruits. Knight avait aussi obtenu: d'un hybride d'Aman- 
dier et de Pêcher, des fruits dont le péricarpe tenait à la 
fois de la pêche pour la saveur, de l'amande pour l'enve- 
loppe, et dont le noyau avait toutes les qualités d'une 
excellente amande (2). Les fleurs des plantes hybrides sont 
sujettes à offrir le même genre de partage ; et il arrive 
souvent de voir sur les hybrides de l'OEillet blanc et du 
rouge, la corolle, au lieu d'être piquetée de rouge et de 
blanc, porter une moitié blanche et l'autre moitié rouge. 

Des faits analogues se retrouvent partout dans le règne 
animal. Le bAtard de l'Ane et du Zèbre, par exemple, a la 
couleur grise et la raie noire longitudinale de l'Ane, mais 
il a de plus, surtout aux cuisses, à la tète, les raies trans- 
versales si caractéristiques de la robe du Zèbre (3). Le mé- 

(1) Sageret. Pomologie physiologique. 

(î)M. A.^us'is, de la Dégénération et de l'extinctiondes variétés de vé^ 
gétaux, in-8, 1837, p. 43. 
(3) Annales du muséum^ t. IX, p. 225. 



FORMULE DE MÉLANGE. 213 

hoge sans lasion est d'autant plus sensible que les cou- 
leurs des parents contrastent plus entre elles, et, d'après 
Topinion de Girou (1), que Tinsertion des poils est plus 
profonde. Mais ce n'est point uniquement la coloration, 
c'est la conformation, c'est la structure externe ou interne 
des parties 9 ce sont tous les points et tous les attributs de 
l'oi^anisation, tous les caractères du mécanisme ou du 
dynamisme animal, qui peuvent affecter, dans un même 
système, dans un même viscère, dans une même faculté, 
la même agrégation ou représentation juxtaposée des 
forces, ou des éléments propres à chaque facteur. 

La juxtaposition peut être complète au point d'offrir, 
dans les deux règnes, une répétition plus ou moins inté- 
grale des types des deux parents et de dégénérer, dans la 
même faculté ou le même appareil de la progéniture, en 
une duplicité de parties ou de fonctions uniques chez les 
duteurs. Un Chou-Raifort, Brassico-Raphanus ^hyhride 
du Radis noir fécondé par le Chou, portait à la fois quel- 
ques capsules simples, très-peu apparentes, contenant à 
peine une graine, et d'autres capsules plus belles ; mais 
ces dernières, au lieu de présenter une forme intermédiaire 
entre celle du Chou et du Badis, offraient , sur le même 
fruit, deux siliques placées l'une au-dessus de l'autre et 
très-dÎTerses de forme, l'une ressemblant à la silique du 
Chou, l'autre à celle du Badis, et chacuae ne contenant 
qu'une seule graine assez analogue à l'apparence de leur 
silique réciproque (2). Le croisement détermine chez les 
animaux des faits correspondants. Thiébaut de Berneaud 
a vu un nmlat de Chien et de Chat, dont la forme et le 
naturel tenaient du Chat et du Chien ; il avait à la fois, au 

(1) De la Génération, p. 125. 

(2) Sageret, Pomologie physiologique, p. 555. 



I 





21 4 DE LA PART RELATIVE DU PERE ET DE LA MÈRE, ETC. 

lieu d'une voix mixte, la voix des deux espèces : tantôt 
il aboyait et tantôt miaulait (l). Un bâtard d'Ours et de 
Chienne, dont parle Bechstein (2), aboyait et grognait; 
un mulet de Tarin et de Serine, dont il est question dans 
Machado (3), avait le chant du Serin et celui du Tarin, 
etc., etc. Mais le croisement n'est point l'unique circon- 
stance où le mélange substitue, à la simplicité normale des 
caractères, une dualité réelle d'attributs ou d'organes; et • 
nous verrons plus loin, dans d'autres conditions, dans 
d'autres appareils, dans d'autres fonctions, dans d'autres 
facultés, ce curieux phénomène émaner clairement de la 
même formule (4). 

III. Formule de combinaison. 

III. Reste la troisième, et dernière formule, la combï- 
TîAisoN, que les physiologistes ont fait la faute de ne point 
distinguer du mélange et d'identifier à son degré le plus 
intime, la fusion. La méprise ne s'explique qu'en écar- 
tant l'idée des rapports généraux de la genèse des corps 
à la genèse des êtres, et que par l'oubli complet des traits 
différentiels qui, pour l'une comme pour l'autre, séparent 
le MÉLANGE de la combinaison. 

Le MÉLANGE, en chimie, fùt-il le plus parfait, n''est ja- 
mais que l'union ou le rapprochement plus ou moins im- 
médiat d'éléments différents, mais sans transformation 
réelle de leur nature et sans développement de proprié- 
tés nouvelles. Différents métaux, pour se mêler ensemble 
jusqu'à s'amalgamer, le sucre et plusieurs sels pour se 



(1) Grognier, Cours de multiplication. 

(2) Bechstein, Geimeinnntzige Naturgeschichte, 1. 1, p. 702. 

(3) Théorie des ressemhlances, 

(4) Voyez le livre suivant. 



FORMULE DE COMBINAISON.' . 215 

mêler à Teau jusqu'à s'y dissoudre, ne se combinent pas. 

La GOMBIIÏAISON9 au contraire, en chimie, est la com- 
position de principes dissemblables en un nouveau prin- 
cipe, et la métamorphose de leur nature première en une 
autre nature. Le charbon, par exemple, et les gaz hydro- 
gène et azote, isolés, peuvent être impunément mis en con- 
tact avec notre économie; les uns peuvent sans danger être 
introduits dans les voies aériennes, Ji'autre peut l'être 
saixs danger dans les voies digestives, mais de ces trois 
mêmes corps, mis en rapport entre eux dans certaines 
proportions, la combinaison fait un composé terrible, 
Vaddeprussique, le plus foudroyant des poisons. 

L'une et l'autre formule sont tout aussi distinctes dans 
la procréation, cette chimie des êtres ; là, comme dans les 
corps , le mélài^ge de deux représentations, le mélange 
au degré le plus rapproché de l'unité possible, garde tou- 
jours pour type de ne point transmettre l'essence des ca- 
tactères unis; là, comme dans les corps, la coMBiNAisoif 
de deux représentations a pour résultat d'effacer à la fois 
les deux caractères et de leur substituer un caractère nou- 
veau. Elle est, en un mot, dans la procréation, partout 
ou les représentations des deux auteurs, au lieu de se ré- 
fléchii» dans leur association, s'annulent mutuellement et se 
(Rangent en unetroisièmequinetientniderunnidel'autre. 

Nous donnerons une idée exacte de Timportance et de 
la fécondité de cette formule, en disant qu'elle est aussi 
active dans la génération , que les deux autres formules 
d'ÉLECTioN et de mélange réunies, et qu'elle prend à la 
composition des corps organisés une aussi vaste part qu'à 
la composition des corps inorganiques ;.elle joue, en un 
mot, dans les règnes minéral, végétal, animal, un seul et 
même rôle, celui de présider aux transmutations, celui 



i 



216 DE LA PART RELATIVE DO PÈRE ET DE LA MÈRE, ETC.- 

d'être l'instrument de la diversité, l'agent des renonvel- 
lements et des métamorphoses. 

*i sa nature réelle et différentielle, si connue des chi- 
mistes, semble, ainsi que sa loi, s'être dérobée aux phy- 
siologistes, il n'en est pas ainsi de ses phénomènes : po- 
mologistes, horticulteurs, zoologistes, tous sont restés 
saisis devant ses résultats. Jlais comment ne pas les voir? 
ils jaillissent de toutes parts et sous mille formes aux 
yeux, dans l'un et l'autre règne, les uns développés par 
la fécondation régulière des espèces, les autres par le* 
croisement des espèces, des races, ou des variétés, tous, 
au fond, sous l'unique et constant caractère de la diversité 
et de la nouveauté spontanée des produits. 

A quelle autre formule rattacher, par exemple , dans 
l'hybridation, ces modifications soudaines dontKœlreuter, 
Williams Herbert, Knight, Sageret, Pu\is, nous rendent 
témoignage? Tous s'accordent à dire que, nombre de 
fois les plantes issues des croisements engendrent des 
produits très-différents des plantes auxquelles elles sont 
dues, par le port de la plante, la forme , la nuance 
des feuilles, la couleur, le nombre et Parrangemeut 
des fleurs, la configuration, la qualité des fruits (f). 
Le bleu, le rouge, et le jaune, ces couleurs priiûitives 
qui donnent, en se combinant, du brun sur lai pa-* 
lette, en donnent également en se combinant dans la 
même corolle (2). Les Rosiers-thé, les Rosiers-noisette (3), 
beaucoup de Camélias (4), etc., diffèrent des Camélias^ 



(1) Puyis, de la Dégénération et de Vextinction des variétés des végétaux^ 
p. 46, 47. 

(2) H. Lecoq, ouv, cit., p. 22. 

(3) Pu vis, Mémoire cité, loc. cit. 
14) H, Lecoq, ouv, cit., p. 91 . 



FORMULE DE COMBINAISON. 217 

diffèrent des Rosiers au croisement desquels ils doivent 
leur naissance, phénomène dont Duchène, dans le siècle 
dernier, comme Girou, dans le nôtre, n'ont trouvé d'autre 
explication que Valavisme, ou la resséinblance des pro- 
duits différents des auteurs immédiats aux auteurs anté- 
rieurs (I). 

A quelle autre formule rattacher pareillement, dans 
la ffoondation des espèces par elles-mêmes , ces faits 
analogues qui, dans le même règne, surprennent tous les 
y$nx; à quelle autre rapporter la force inépuisable de 
transformation et de variation incessante des types, dont 
la sémination développe les merveilles ? force si grande, 
en elle, qu'elle semble égale à celle de multiplier; si con- 
stante, ^qu'on a vu ks agronomistes, les frères Pu vis, en 
France, Gallesio, en Italie, Humphrey-Davy, en Angle- 
terre, etc. , émettre le principe que tout individu, qui ré- 
Bulte d'un germe spécial fécondé, diffère toujours, en un 
grand nombre de points, de ceux dont les germes pro- 
viennent (2), des sujets même produits en même temps 
que lui par la graine provenant d'un même individu ; 
qu'enfiu, il représente toujours un nouvel être doué de 
propriétés qui n'appartiennent qu'à lui (3). 

On est allé plus loin: un des plus célèbres pomologistes 
modernes, Yan Mous, a prétendu que les arbres fruitiers ne 
rendaient point leur espèce ; que jamais, par exemple, les 
plantes sorties desgraines du genre Poiriern'avaientde res- 
semblance appréciable ni avec leur père, ni avec leur mère ; 
qu'ils ne reproduisaient ni caractères des arbres, ni 
caractères des fruits dont ils étaient provenus, et que dix 

(1) Voy, plus haut, 1. 11, p. 53. 

(2) Puvis, de la Dégénération et de l'extinction des variétés de végé^ 
tOMy p. 6. 

(3)id., id.,p.95. 



[ 



218 DÉ LA PART RELATIVE DU PERE ET DE LA MÈRE 9 ETC. 

pépins <f une poire donnaient dix poiriers et dix fruits' 
différents (1). Tout en rejetant cette thèse extrême et com- 
battue par Knight, par Sageret (2), par Puvis (3), par 
Poiteau (4), il n'en reste pas moins vrai que nous devons 
au semis, c'est-à-dire, par le fait, à la combinaison vitale 
des caractères, tout ce que nous possédons en variétés de 
plantes, en variétés de fleurs, en variétés de fruits; et 
pour ne parler ici que des derniers, et encore seulement 
des variétés durables^ nous trouvons dans l'histoire des 
jalons qui permeltent de se faire une idée de l'incroyable 
puissance de multiplication et de rénovation de cette ma- 
gique formule. Pline comptaitdeson temps vingt-neuf va- 
riétés de Pommes, onze de Prunes, quatre de Pêches, huit 
de Cerises, quarante-trois de Poires, en toute espèce de 
fruits moins de cent variétés, dont une partie nouvelle^. 
OUivier de Serre cite déjà, pour son temps, soixante-une 
variétés de Poires, à peine cinquante de Pommes, en tout 
à peu près deux cents variétés de fruits. Maintenant les 
catalogues de nos pépiniéristes en renferment jusqu'à 
dix-sept cents principales, toutes évidemment nées de la' 
sémination, progrès prodigieux qui s'accroît tous les 
jours (5) ; quant à celui des variétés momentanées, déve- 
loppées par la même puissance dans les fruits, et surtout 
dans les fleurs, les Renoncules , les Tulipes, les Jacinthes, 
les OEillets , les Dahlias, les Rosiers, les Camélias, etc. , ar- 
bustes, arbrisseaux, plantes, il est incalculable. 



(1) A. Poireau, Théorie Van Mons ou Notice historique sur les moyens 
qu*emploie M. Van Mons pour obtenir d'excellents fruits de semis^ in-8,. 
1834, p. 17, not., et p. 21,32. 

(2) Notice pomologique, p. 18. 
{%) Mémoire cité, 

(4) Mémoire citéy p. 17. 

(5) Puvis, Mémoire cité, 2« part., p. 34. 



k 



FOaMULE DE G0UBIT9AIS0N. 219 

Qoe dire, enfin, de tons les faits du même ordre dont 
le règne animal nous a présenté, sous les types spécifique 
et individuel, cette foule de phénomènes qui nous ont 
obligé de poursuivre la loi de leur formation première (1)? 
Leslongs développements où nous sommes entré plus haut 
81» cette matière, nous dispensent de revenir sur ces phé- 
nomènes et sur leur principe : nous ajouterons seulement 
qoe, de toute évidence, la coMBiKAisoif est, ici comme là, le 
procédé intime ou mode propre d'action par lequel ilopère. 

Telles sont, quant à la loi de qualité d'action ou de dis- 
tributioa des représentations du père et de la mère , les 
formules empiriques essentiellement distinctes, et vrai- 
ment générales de la procréation: Télection, le mé- 
UNGE, la COMBINAISON, résumcut toutes les autres. On 
ne peut dire d'elles, que, l'une est particulière au croise- 
ment des espèces , l'autre au croisement des races , l'au- 
tre au rapprochement d'individus de races et d'espèces 
semblables. Il n'est point de croisement chez les ani- 
maux , point d'hybridation chez les végétaux , point 
de fécondation dans l'un et l'autre règne, où toutes 
les trois ne laissent à la fois leur empreinte; toutes trois 
coexistent, à différents degrés, dans tout individu ; nous 
dirons plus encore : il n'est point de partie , d'élément, 
de fonction, de faculté de l'être, qui ne puisse en offrir, 
qui n'en offre souvent la réunion : vue dans son ensemble, 
l'organisation n'est, à proprement dire, que leur assem- 
blage : elle n'est qu'un composé d'ÉLECTiows, de mélan- 
ges et de combiwaisojVS des divers caractères des deux gé- 
nérateurs 'y c'est à cette conclusion que ramènera toujours 
toute analyse exacte de la nature de l'être. 

(l)Tom.I, a*' partie, liv. I, chap. i et ii. 



220 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MÈRE, ETC. 

Mais cette conclusion, au lieu de simplifier, complique 
le problème. 

Ne voilà-t-il pas trois formules, au lieu de Tunique for- 
mule que semble comporter le principe de la loi d'ani- 
\ersalité d'action des deux facteurs; trois formules, dont 
deux au moins, rÉLECTiON et la combinaison , semblent en 
opposition radicale avec elle, c'est-à-dire avec le mélange 
général des représentations et le médium constant de 
tous les caractères du père et de la mère, seule expres- 
sion qui nous ait paru être en harmonie avec la logique de 
cette loi (1) ? Gomment concilier avec cette logique les au- 
tres expressions ou formules empiriques en contradic- 
tion apparente avec elle? Ou les formules sont fausses, et 
nous avons reconnu qu'elles sont trè?-réelles; ou ellessem- 
blent entraîner la ruine du principe de cette première loi. 

ARTICLE n. 

De Tinconséquence apparente de la loi à* égalité d'action de l'un et de 
l'autre auteurs avec les caractères de la nature physique et morale du 
produit. 

Les contradictions apparentes de la loi d^égalité d'ac- 
tion du père et de la mère avec des résultats empiriques 
d'un autre ordre, que développe aussi la procréation, sont 
tout aussi frappantes : 

Du principe de la loi d'ègalW^ d* action ^ il semble, 
avons-nous dit (2), rationnel d'induire que les repré- 
sentations du mâle et de la femelle doivent être égales 
entre elles ; or, elles ne le sont pas : au lieu de cette 
idéale égalité des deux représentations, on retrouve par- 
tout des inégalités réelles d'expression entre les deux 



(1) T.U, p. 177-178. 

(2) T. 11,1. II, ch. III, p. 177. 



FORMULES DE PRÉPONDÉRANCE. 221 

auteurs^ et si, dégagé de toat esprit de système, l'on 
dierche à ramener à des faits généraux les variations sans 
nombre de leur influenec, on est nécessairement conduit 
à reconnaître, qu*à l'égard de la loi de quantité d'action, 
comme à Tégard de celle de qualité d'action du père et 
de la mère, la génération affecte trois formules. 

Ces ttois formules sont : 

1» La prépondérance d'expression du père ; 

2^ La prépondérance d'expression de la mère ; 

3*» L'équilibre apparent des deux expressions. 

Mais il n'en est point de ces secondes formules ainsi que 
des premières qui s'étaient plus ou moins soustraites à 
l'analyse méthodique des auteurs, et qu'il nous a fallu à 
la fois distinguer, démontrer, définir; les trois expres- 
sions empiriques de la loi de quantité d'action du père et 
de la mère ont été parfaitement dégagées l'une de l'au- 
tre, et sont toutes les trois également familières aux ob- 
senrateurs; nous avons même vu, plus haut, chacune 
d'elles devenir le principe d'un système opposé, et les 
zoelogist^ divisés d'opinion entre les trois systèmes 
dont elles étaient la base (1). 

11 est vrai que nous avons vivement combattu toutes 
les propositions exclusives déduites de ces prétendues rè- 
gles ou lois contradictoires (2) ; mais en les renversant 
les unes par les autres, mais en les rejetant, en tant que 
•règles ou lois, nous nous sommes gardé de rejeter les faits 
sur lesquels elles se fonrlent,^et d'en nier les formules. 

Sous les avons reconnues (3) ; nous les reconnaissons 
très-positivement. 



(1) T. II, 3* partie, 1. II, ch. ii, art. 1, p. 100-108. 

(î) Idem, idem, îoc. cit., art. 2, p. 109-136 et 136-177. 

(3) T.II, îoc. ca., p. 110. 



222 DB LA PART RJELATIvE DU PÈRE ET DE LA MÈRE, ETG . 

Or, de ces trois formules, il n'en est qu'une d'accord 
avec le principe d'égalité d'action du père et de la mère : 
c'est celle de Téquilibre des représentations de l'un et 
de l'autre facteur , les deux autres formules témoignent, 
en sens inverse, d'une inégalité rebelle à ce principe, et 
l'objection, ici, a d'autant plusde force qu'on ne saurait ré- 
duire ni à des accidents, ni à des exceptions, les résultats 
contraires : ils sont d'abord les règles du transport sémi- 
nal, des caractères médiats de la sexualité prépondérants 
dans l'un ou l'autre des deux sexes (I); ensuite, ils ont au- 
tant départ que la formule opposée au transport de tous 
les caractères libres ou indépendants de la sexualité (2), 
quelle qu'en soit la nature ; ils affectent même, dans les 
appareillements et dans les croisements les mieuxentén- 
dus de certaines races ou de certaines espèces (3), telles 
que celles du Mouton, du Bœuf, du Cheval, une sorte 
de constance et de régularité qui en a imposé pour la rè- 
gle elle-même (4); enfin, ils se retrouvent dans les trois 
formules de la loi de qualité d'action des deux auteurs , 
auxquelles celles de la loi de quantité d'action du père et 
de la mère se combinent sans cesse; l'expérience, en effet, 
établit, comme un fait presque général, que ni dans VÉt 
LECTioiy, ni dans le mélange, ni dans la combinaison, 
les parts de l'un et de l'autre facteur ne sont égales. 

Comment faire rentrer ces inégalités dans l'égalité sup- 
posée delà loi? comment concilier toutes ces formules 
entre elles? comment, enfin, réduire tant de contradic- 
tions aux principes des deux lois que nous avons po^ 

{i) T.ll, 1. ir,ch. II, p. 157-158. 
(«) T. II. 

(3) Grognier, ouv. cit., ch. xv, p. 84. 

(4) Idem, loc. cit,, p. 85. 



FORMULES. DB PRÉPONDÉRANCE. 223 

sées? car, pour les résumer toutes en deux questions : 
lo S'il y a réellement universalité d'aceiondes deux au- 
teurs , pourquoi l'action du père et celle de la mère ne 
se portent-elles pas, toutes deux et toujours, sur tous les 
éléments et facultés de l'être? Au lieu de Télection et 
delà COMBINAISON, pourquoi n'y a-t-il point un mé- 
lange à la fois constant et général des représentations 
de l'un et de l'autre facteur? 

T S'il y a réellement égalité d'action du père et de la 
mère, pourquoi les deux auteurs n'ont- ils pas toujours 
nne participation égale aux caractères de la nature phy- 
«que et morale du produit? Pourquoi, dans le mélange. 
et même dans I'election et la combinaison des repré- 
sentations du père et de la mère, au lieu d'une conti- 
nuelle prépondérance de l'un ou de l'autre générateur, 
n'y a-t-il point toujours et partout équilibre? 

CHAPITRE QUATRIÈME. 

DE LA RÉDUCTION DES FORMULES EMPIRIQUES DE LA GÉNÉRATION AUX 
PRINCIPES DES DEUX LOIS PRÉCÉDEMMENT POSÉES. 

Frappé de ces perpétuelles discordances des faits, et de 
cette absence apparente de règle, jusqu'à désespérer qu'il 
en existe une ; « Quelle loi, s'est écrié un naturaliste, 
quelle loi peut embrasser toutes ces variations? (1) » 

Nous répondons : les lois que nous avons posées. 

Mais alors, dira-t-on, comment ces variations peuvent- 
dles se produire, et si elles se produisent, quelle en est 
la raison? 

La raison en est claire : les contradictions entre les va- 

(1) Isidore Geoffroy Sain t-Hil aire, Dictionnaire classique d'histoire 
natvirelle, t. X, p. lîl. 



224 DE LA PART RELATIVE DU PÈRE ET DE LA MÈRE, ETC. 

nations et les lois précédentes de la génération ne sont 
nnllement réelles ; si elles étaient réelles, il n'y aurait 
point de lois. Mais l'explication de ce fait, si simple en , 
soi, n'en est pas moins complexe, et dans l'ordre des idées 
antérieures aux doctrines émises dans cet ouvrage, l'im- 
possibilité, si franchement avouée par l'auteur précédent, 
de saisir les rapports de ces interminables variations en- 
tre elles, et d'en rattacher les formules empiriques à une 
règle quelconque, n'était ni chimérique, ni exagérée ; 
elle était véritable, telle qu'il la disait, et tenait à trois 
causes : 

La première de ces causes, la plus féconde de toutes en 
erreurs, était celle à laquelle il faut revenir sans cesse 
dans toutes les questions qui touchent à cette matière : la 
substitution d'une seule et même loi de la procréation 
aux deux lois parallèles dont elle est le principe (1), con- 
fusion qui amenait celle des expressions propres à cha- « 
cune d'eUes, c'est-à-dire des formules propres à I'innéité 
et des formules propres à I'hérédité-; 

La seconde cause était le défaut d'analyse et de dis- 
tinction des lois de qualité et de quantité d'action du 
père et de la mère ; 

La troisième, conséquence logique des deux autres, 
l'omission des rapports et des combinaisons possibles de 
toutes ces lois dans toutes les formules. 

Mais si, au lieu de tomber dans l'un de ces écueils, on 
tient compte à la fois de tous ces éléments nécessaires du 
problème, on ne tarde pas à voir que, loin d'être en dis- 
cordance réelle avec les lois que nous avons posées, que 
loin même d'en être desexcepticns, ces diverses formules 

(1) T.I, Conclusion de la première partie, p. 80-96; — et seconde 
partie, p. 607-623. 



\ 



RÉDUCTION DES FORMULES, ETC. 225 

soat dans une concordance parfaite avec ces lois, et n'en 
représentent que de simples corollaires. 

ARTICLE I. 

De la réduction des formules empiriques d'ÉLECTiON, de mélange, et de 
coMBmAisoN, au principe de la loi d*unix)ersalité d'action des deux 
auteurs. 

On n'a jusqu'à présent procédé à la recherche des rè- 
gles inconnues de toutes ces formules, qu'en raisonnant 
toujours dans l'hypothèse d'une seule et unique loi de la 
reproduction des êtres : l'hypothèse était fausse ; la pro- 
CBÉATiow n'est point, de sa nature, une loi uniforme : 
elle se subdivise, comme nous l'avons dit, en deux lois 

Ê' lordiales incessamment actives dans la génération : 
e de I'hérédité, ou de la reproduction des êtres sous 
pire du principe du semblable ; l'autre de I'iknéité, A 
ou de la reproduction des êtres sous l'empire du principe I 

du DIVERS (1). 

La première question est donc de reconnaître auquel 
des deux principes ces formules appartiennent par leurs 
caractères ; or leurs caractères nous démontrent d'abord 
et positivement qu'elles n'appartiennent point toutes trois 
au même principe. 

Deux de ces trois formules, I'élection et le mélange, 
rentrent seules, de leur nature, dans le système des lois 
de Thérédité : dans toutes deux, en effet, en quelque 
proportion et de quelque manière que l'un et l'autre au- 
teur disjoignent ou réunissent leurs participations, on 
reconnaitl'action duprincipedu semblable, car c'est ^ dans 
Us deux cas y un caractère semblable au père ou à la mère{2) , 

(1) Voy, 1. 1, !»• part., 1. II, p. 80 à 94, et l* part., p. 607 à 623. 

(2) T. II, liv. II, p. 193-194. 

II. i5 



\ 

\ 



228 RÉDUCTION DES FORMULES A LA LOI 

snr toates les parties de Torganisation ; la facnlté qu'ils 
ont de contribuer tous deux à tous les éléments et tous les 
attributs de la nature physique et morale du produit, 
pour que tous deux transmettent, il faut que tous deux 
possèdent; la condition de la loi d'universalité d'action 
des deux auteurs, ou de participation du père et de la mère 
aux mêmes caractères de la progéniture, est donc que les 
auteurs aient tous deux les mêmes forces, tous deux les 
mêmes organes, tous deux les mêmes parties qu'ils pro- 
pagent à l'ùtre ; c'est la condition de parité générale d'or- 
ganisation ou d'analogie spécifique des parents. . 

Les conditions de rapport d'expression organique delà 
même loi avec I'hérédité ou Tinnéité varient complè- 
tement selon celle de ces lois à laquelle elle s'applique. 

I. Condition de VQ\pvess\on simultanée de la loi de rHÉRÉDiTÉ et de la loi 
^^universalité d'action des deux auteurs. — Raison de la formule de 

MELANGE. ' 

S'il est vrai qu'il n'y ait d'universalité d'action des deux 
auteurs que dans les circonstances de participation simul- 
tanée du père et de la mère aux mêmes caractères de l'être, 
hypothèse dans laquellenous avons raisonné(l),laformule 
de MÉLANGE est, de toute évidence, l'unique expres- 
sion commune aux deux lois d'universalité d^action des 
deux auteurs et d'imitation séminale de la vie. Dans la 
même hypothèse, le concours d'expression organique des 
deux lois n'a d* autre condition que celle de la même 
formule. 

Cette condition, qu'est-elle? 11 faut, pour la connaître, 
remonter au principe dont dépend la formule et rentrer 
dans l'essence de cette formule elle-même : 

(1) T. II. 1. U, ch. HT, p. 177. 



229 

Nous Pavons définie : Vunion des caractères distincts 
des deux parents dans la même partie ou la même faculté 
de la progéniture, etc. (1); 

Elle consiste donc, par le fait, dans une double expres- 
sion du SEMBLABLE, daus uuc doublc empreinte séminale 
de la loi de l'hérédité naturelle de la vie , puisque, sur le 
même point ou attribut de l'être , elle répète à la fois et 
le père et la mère. 

La révélation de sa condition propre d'incarnation dans 
l'être, partant celle des deux lois de Vhérédité et de Vuni- 
versalité d'action des deux auteurs, est tout entière dans 
cette double répétition : pour se mêler ensemble dans le 
transport séminal , pour composer ensemble y dans un 
même produit, un même système, une même partie , un 
même organe, il faut que les caractères émanés des deux 
êtres obéissent à une force de tendance antérieure , qui, 
si elle est propre à ces caractères, a sa condition dans leur 
nature même. 

Cette condition est celle de la similitude des caractères 
unis : c'est, pour tous les organes, pour toutes les fonc- 
tions où le MELAKGE s'opèrc sous l'empire exclusif des lois 
dont nous parlons, c'est la condition de parité personnelle 
d'organisation ou d'analogie individuelle entre les deux 
parents. 

Si le principe est vrai, il nous donne la raison, non- 
seulement du MELAiYGE , mais encore des trois modes ou 
degrés du mélaiige (2) ; let juxtaposition jIsl dissémination ^ 
la fusion , doivent répondre à autant de degrés divers 
d'analogie entre les caractères du père et de la mère, toutes 



(1) T. II, p. 207. 

(2) Idem, p. 207-214. 



n 



228 RÉDUCTION DES FORMULES A LA LOI 

sar toutes les parties de Torganisation ; la faculté qu'ils 
ont de contribuer tous deux à tous les éléments et tous les 
attributs de la nature physique et morale du produit, 
pour que tous deux transmettent, il faut que tous deux 
possèdent; la condition de la loi d'universalité d'action 
des deux auteurs, ou de participation du père et de la mère 
aux mêmes caractères de la progéniture, est donc que les 
auteurs aient tous deux les mêmes forces, tous deux les 
mêmes organes, tous deux les mêmes parties qu'ils pro- 
pagent à l'être ; c'est la condition de parité générale d'or- 
ganisation ou d'analogie spécifique des parents. 

Les conditions de rapport d'expression organique de la 
même loi avec I'hérédité ou Tinnéité varient complè- 
tement selon celle de ces lois à laquelle elle s'applique. 

I. Condition de Texpression simultanée de la loi de rHSRÉDiTÉ et de la loi 
^^universalité d'action des deux auteurs. — Raison de la formule de 

HÉLANGB. ' 

S'il est vrai qu'il n'y ait d'universalité d'action des deux 
auteurs que dans les circonstances de participation simul- 
tanée du père et de la mère aux mêmes caractères de l'être, 
hypothèse dans laquelle nous avons raisonné (1), la formule 
de MELANGE est, de toute évidence, l'unique expres- 
sion commune aux deux lois d'universalité d'action des 
deux auteurs et dHmitation séminale de la vie. Dans la 
même hypothèse, le concours d'expression organique des 
deux lois n'a d'autre condition que celle de la même 
formule. 

Cette condition, qu'est-elle? Il faut, pour la connaître, 
remonter au principe dont dépend la formule et rentrer 
dans l'essence de cette formule elle-même : 

(1) T. II. 1. Il, ch. iiî, p. 177. 



d'universalité d'action des deux auteurs. 229 

Nous rayons définie : Vunion des caractères distincts 
des deux parents dans la même partie ou la même faculté 
de la progéniture, etc. (1); 

Elle consiste donc, par le fait, dans une double expres- 
sion du SEMBLABLE, daus uue double empreinte séminale 
de la loi de l'hérédité naturelle de la vie , puisque, sur le 
même point ou attribut de l'être , elle répète à la fois et 
le père et la mère. 

La révélation de sa condition propre d'incarnation dans 
l'être, partant celle des deux lois de Vhérédité et de l'îint- 
versalilé d^action des deux auteurs, est tout entière dans 
cette double répétition : pour se mêler ensemble dans le 
transport séminal , pour composer ensemble y dans un 
même produit, un même système» une même partie , un 
même organe, il faut que les caractères émanés des deux 
êtres obéissent à une force de tendance antérieure , qui, 
si elle est propre à ces caractères, a sa condition dans leur 
nature même. 

Cette condition est celle de la similitude des caractères 
unis : c'est, pour tous les organes, pour toutes les fonc- 
tions où le MELAifGE s'opère sous l'empire exclusif des lois 
dont nous parlons, c'est la condition de parité personnelle 
d'organisation ou d'analogie individuelle entre les deux 
parents. 

Si le principe est vrai, il nous donne la raison, non- 
seulement du MÉLAiYGE , mais encore des trois modes ou 
degrés du melaiige (2) ; iBLJxixtaposition^ la dissémination^ 
la fusion , doivent répondre à autant de degrés divers 
d'analogie entre les caractères du père et de la mère, toutes 



(1) t. II, p. 207. 
(î)ïdem, p. 207-214. 



230 RÉDUCTION DES FORMULES A LA LOI 

les fois du moins que le mélange ne dépend qae de la seule 
nature de ces caractères. 

L'expérience, en effet , nous montre toute la part que 
l'analogie prend à la formation de l'être : elle est évidem- 
ment une des circonstances les plus généralement , les 
plus énergiquement actives sur le produit : elle l'est et le 
doit être ; il serait inconcevable que le rapport du sem* 
blable au semblable demeurât sans effet organique dans 
une fonction dont la loi première est la loi du semblable, 
et précisément dans les circonstances où cette loi, c'est- 
à-dire l'hérédité , opère. Mais œlte contradiction n'est 
point dans la nature : la force qui, par elle-même et in- 
dépendamment de la sexualité, établit en rapport naturel 
les espèces et les individus, l'analogie, ne s'arrête point 
devant la dernière : elle se continue d'une extrémité à 
l'autre extrémité de la génération et s'y montre, à chaque 
phase, comme force générale et coordinatrice du rappro- 
chement des sexes et des phénomènes organiques qui 
le suivent : 

r L'analogie est la condition première de l'attrait 
sexuel et de l'acte où il tend , la copulation : 

La copulation veut l'uniformité de l'organisation , 
Videntité d'espèce; la plupart des croisements des espèces 
végétales ou animales ne tiennent qu'à notre industrie . 
ou qu'à notre violence. Parmi ces innombrables espèces 
de végétaux qui couvrent notre globe, la science ne compte 
pas une centaine d'hybrides formés spontanément (1) ; 
parmi les animaux, les espèces du Loup et du Benard ne 
se mêlent à l'espèce du Chien, l'espèce du Chien ne se mêle 
à l'espèce du Chat, l'espèce du Cheval ne se mêle à l'espèce 

(1) Dict. univ. d'Hist. natur., T. VI, art. hybridation. 



D UNIVERSALITÉ D* ACTION DES DEOX AUTEURS. 231 

de l'Ane, l'espèce du Chardonneret à l'espèce duSerin, etc., 
que dans l'isolement complet de leur espèce, qu'après de 
longues luttes et qu'avec répugnance. La règle générale 
est la répulsion des sexes d'espèces diverses, et elle s'ap- 
plique même aux espèces dont les sexes n'ont pas d'accou- 
plement : les poissons mâles ne suivent pas d'autres pois- 
sons femelles que ceux de leur espèce et ne fécondent 
jamais les œufs d'autres poissons (l) ; 

2" L'analogie est la condition première de la fécon-- 
dation : 

Des obstacles mécaniques, tels que ceux des formes et 
des dimensions des granules poUiniques , dimensions et 
formes fixes pour chaque genre de plantes et , selon 
Brongniart, adaptées aux méats intercellulaires de ces 
mêmes genres , s'opposent, d'après lui, à la pénétration 
de ces granules dans l'ovule et déterminent ainsi l'impos- 
sibilité ]de l'hybridation entre la plupart des plantes qui 
nesont point congénères : les uns sont globuleux, avec un 
diamètre de 1 /456 à 1 /700 de millimètre ; les autres, ellip- 
soïdes ou cylindroïdes avec des diamètres de 1/46 de lar- 
geur sur 1 /350 de longueur à 1 /456 de largeur sur 1 /700 
de longueur (2). 

Des obstacles dynamiques produisent les mêmes effets 
chez les animaux : 

L'aversion des espèces différentes à s'unir s'étend à 
leurs semences : vainement Spallanzani a-t-il rapproché, 
de toutes les manières possibles, des spermes et des œufs 
deTritonsetde Grenouilles, de Tritons et deCrapauds, de 
Grenouilles et de Rainettes; il n'a pu obtenir de féconda- 



it) Haller, Elément, physiolog,, t. VIII, p. 16. 
(2) H. Lecoq, ouv, cit., p. 38. 



232 RÉDUCTION DES FORMULES A LA LOI 

lion. Des spermes et des œufs de poissons fort différents 
se trouvent dans une même eau et ne s'y mêlent pas (1). 
Il semble, comme dit Burdach ('2), que chaque semence soit 
attirée d'une manière spécifique par les œufs de la même 
espèce qu'elle. 

3° Il est donc naturel que ce principe d'attraction de 
Vanalogie se poursuive, dans le même acte de la reproduc- 
tion, des substances séminales, véhicules organiques des 
caractères physiques et moraux des auteurs, jusqu'à l'as- 
semblage même de ces caractères , et qu'il préside à la 
composition vitale des éléments de l'être qui en sont le 
produit. 

L'induction n'est pas exclusivement logique : l'obser- 
vation nous montre tout un ordre de cas où la distribution 
des représentations du père et de la mère se règle sur ce 
principe. Ainsi s'expliquent, pour nous, les faits cités plus 
haut de l'action très-réelle de la parité et de la disparité 
entre les deux facteurs sur la désharmonie ou l'harmonie 
de la répartition dans l'être des caractères unis (3). Ainsi 
se justifient même, à certains égards, les propositions des 
auteurs qui décernent à Vanalogie une sorte d'omnipo- 
tence sur le caractère des représentations entre espèces 
différentes et espèces semblables (4). Il n'y a d'erroné 
dans leur opinion que ce qu'ils y ont mis d'exclusif, en ne 
voyant que l'analogie et en laissant de côté toute autre 
circonstance , toute autre influence qu'elle ; système in- 
compatible avec l'expérience et la raison des faits , qui 
veulent qu'on tienne un compte égal de toutes les causes 



(1) Dictionnaire des sciences médicales, t. XXVI II, p. 65. 

(2) Ouv.cit., t. IT, p. 289. 

(3) T. II, 1. 11, ch.in, p. 189-491. 

(4) hlem, loc. cit., p. 180-181-186. 



I 

ï 



D^UNIVERSAUTÉ d' ACTION DES DEUX AUTEURS. 233 

et de toutes les condilions qui peuvent déterminer des effets 
identiques ou des effets contraires. 

Hais, en ne considérant mentalement, en quelque sorte, 
comme nous Tenons de le faire, entre tant de conditions 
possibles qu'une condition, entre tant d'expressions pos- 
sibles qu'wne expression de la génération, celle de l'har- 
monie de concours de la loi de l'hérédité et de la loi de 
mutuelle participation du père et de la mère à la nature 
de l'être, on ne peut procéder à cette double recherche 
que par voie d'analyse , et l'analyse conduit nécessaire- 
ment l'esprit à ces conclusions : 

Les lois d'hérédité et de participation universelle de 
Ton et de l'autre facteur à l'organisation n'ont d'autre 
expression simultanée dans Têtre que le mélange sMinal 
des représentations physiques ou morales du père et de la 
mère^ ni de condition commune que la condition delà 
même formule : Vexistence de semblables entre les deux 
parents. 

Par ses conditions, comme par sa nature , le m£lai«ge 
rentre donc dans l'essence de la loi première dont il pro- 
cède : double incarnation de I'heredité ou de I'imita- 
TiON KATUKELLE dans la vie , chaque fois qu'il n'obéit 
qu'à son propre principe, il tient entre les espèces, entre 
les individus, entre les éléments , organes , fonctions, at- 
tributs, caractères, au principe harmonique de Vanalogie; 
il se proportionne à l'uniformité, complète ou incomplète, 
partielle ou générale, des représentations de l'un et de 
l'autre facteur, et s'opère sous l'empire de la force d'at- 
traction spontanée des semblables. 



234 



REDUCTION OEg FORMULES A LA LOI 



II. Condition de l'expression simultanée de Idiloï de TiNNÉiTÉet de la loi 
d'^univêrsalité d'action du père et de la mère, — Raison de la formule 

de COMBINAISON. 



En raisonnant toujours dans la même hypothèse, dans 
celle où la loi d'universalité d'action des deux facteurs 
entraîne nécessairement la participation simultanée du 
père et de la mère aux mêmes éléments de la Tie, la com- 
binaison reste l'unique formule qui paisse être l'expres- 
sion commune des deux lois de I'iknéité et de Vuniversa- 
lité d'action des deux auteurs sur la nature de l'être: 
c'est la seule où se rencontrent les caractères qui sont 
propres à chacune d'elles : pour l'une, la réunion des in- 
fluences de l'un et de l'autre facteur ; pour l'autre, la 
transition des caractères unis à un autre caractère. 

Dans la même hypothèse, le concours d'expression or- 
ganique des deux lois n'a nécessairement d'autre condi- 
tion que celle de la même formule, celle de la formule 

de COMBINAISON. 

Cette condition, qu'est-elle? Il faut, pour la trouver, 
procéder comme plus haut , pour trouver la nature de 
celle du mélange, remonter au principe dont dépend la 
formule, et rentrer dans l'essence de la formule elle-même. 

L'essence de la formule de combinaison est la méta- 
morphose des caractères unis en un autre caractère (1); 
le principe qu'elle traduit est le principe du divers (2). 

Mais la diversité et la combinaison qui l'engendre 
sans cesse ne sont point exclusifs à la vie organique ; le 
monde inorganique les reproduit sous mille formes dans 
ses mille phénomènes, et nous avons déjà insisté sur cet 



(1) T. 11. 

(2) T. Il, p. 29.6. 



d'universalité d'action des deux auteurs. 235 

ordre visible de rapport de la chimie des corps à la chi- 
mie des êtres (1). 

Dans un tel enchaînement de l'un et de l'autre règne, 
on peut interroger, jusqu'à certain point, l'un des règnes 
sur les faits correspondants de l'autre, la combinaison 
des corps inorganiques sur la combinaison des corps 
organisés. 

Quelle est la'condition de la combinaison des corps 
inorganiques ? 

Les chimistes lui donnent le nom d' affinité, terme 
qui n'est guère, au fond, que l'expression du fait même, 
un mot mis à la place de la raison latente par laquelle les 
corps tendent à se combiner. Toutefois, si à défaut de la 
canse qui échappe, on analyse les circonstances où elle 
agit, nous voyons que d'abord I'affinité n'existe qu'en- 
tre atomes ou parties de corps hétérogènes : la première 
circonstance de son développement est la diversité^ mais 
elle n'est point l'unique ; toutes les diversités ne se combi- 
nent point : les seules qui se combinent sont celles qui 
ont^ensemble certains rapports voulus, certaines propor- 
tions, certaines concordances. 

L'affinité a donc en soi deux éléments : la différence 
des corps et l'harmonie de ces différences entre elles ; ou, 
ponr|tout dire d'un mot, la combinaison des corps inor- 
ganiques a pour condition, sous le nom d'AFFiNiTS, la 
diversité harmonique des corps. 

Maintenant, jusqu'à quel point les conditions auxquel- 
les le phénomène se passe dans la composition des corps 
inorganiques^ sont-elles distinctes de celles qui prési- 

(») T. II, p. 214-215. 



236 RÉDUCTION DES FORMULES A LA LOI 

dent à la même nature de phénomènes dans la compo- 
sition des corps organisés ? 

Aux différences près, différences, il est vrai, très-pro- 
fondes, qui tiennent à la nature si disparate des règnes, 
tout tend à nous montrer qu'elles sont identiques : la 
COMBINAISON vitalc des caractères doit tenir au même 
principe et se développer aux mêmes conditions. 

r II est clair, premièrement, que les caractères du père 
et de la mère combinés dans le produit ne peuvent être 
analogues; l'induction, en effet, ne nous dit-elle pas que, 
pour qu'ils se rapprochent de manière à subir la transfor- 
mation nécessaire à l'action et à l'expression de la di- 
versité ou de l'iNNÉiTÉ NATURELLE dans l'être, il faut 
qu'ils ne soient point dans les conditions propres à re- 
cevoir l'empreinte du principe du semblable, c'est-à- 
dire dans celles de Vanalogie^ où la loi du semblable, 
I'hérédité agit : s'ils étaient analogues, ils subiraient l'ac- 
tion de l'analogie , ils rentreraient dans la formule de 
MÉLANGE et, comme nous l'avons vu , ils se dissémi-- 
fieraient, ils se juxtaposeraient, ils se fondraient^ ils se 
représenteraient, d'une manière ou d'une autre, dans le 
corps du produit, mais sans donner naissance à de nouveaux 
caractères ; ils ne formeraient point de combinaison. 

Or, s'ils ne sont semblables, il faut qu'ils soient di- 
vers ; donc ces éléments ou ces caractères combinés dans 
le produit doivent être dissemblables entre ses deux au- 
teurs. 

2° Il est tout aussi clair que ces éléments dissembla- 
blés du père et de la mère doivent être harmoniques en- 
tre eux, puisqu'ils se combinent dans le transport sé- 
minal, c'est-à-dire, puisque l'attraction va chez eux 
jusqu'à son terme extrême. 



D DNIVERSALITÉ d' ACTION DES DEUX AUTEURS. 237 

L'indactioD, en on mot, nous dit positivement qae la 
COMBINAISON \itale des caractères, dans la chimie des 
êtres, se développe au milieu des mêmes circonstances 
qae la combinaison dans la chimie des corps : là, comme 
dans les corps, les diversités correspondantes s'attirent ; 
là, comme dans les corps, elles s'harmonisent jusqu'à 
s'identifier ensemble, jusqu'à subir ensemble la même 
métamorphose : nous sommes évidemment en présence 
de la même nature de phénomène, de la même nature de 
force, de la même natore de loi, et la base est la même : 
Toute combinaison physiologique est due à une véritable 
affinité vitale^ et ce mystérieux appel à l'hymen des par- 
ties ou des caractères hétérogènes des êtres, sous les ty- 
pes spécifique et individuel du transport séminal, a dans 
tous les organes, dans toutes les fonctions, dans tous les 
éléments du produit qu'il compose, la condition unique 
de la diversité harmonique des auteurs. 

L'expérience ne laisse point le plus léger doute que 
celte condition ne soit la véritable. 

Toute une série de faits vient nous le confirmer : l'a/p- 
nité réclame dans la génération une part égale à celle 
de Vanalogie et cette part est immense : comme Vana- 
logie^ on peut dire, qu'en un sens, elle la meut tout 
entière; comme Vanalogie^ elle est dans toutes ses phases 
et dans tous ses instincts : 

Elle aussi en anime l'impulsidn première, l'attrait 
sexuel, l'amour; V affinité fondée sur la diversité harmo- 
nique des sexes en est le premier mobile ; la règle est 
qu'il n'existe qu'entre sexes opposés, loi si puissante, 
qu'elle parle à l'instinct erotique jusque dans les écarts 
organiques de la vie et que toute tendance à la similitude 
dçs parties génitales éveille la répulsion, même entre sexes 



238 RÉDUCTION DES FORMULES A LA LQI 

contraires. Hunter fait la remarque que le taureau ne 
s'approche point d'une vache hermaphrodite , telle faci- 
lité que l'hermaphroditisme laisse à l'accouplement (1). 
Benauldin rapporte un fait encore plus singulier : un 
homme hermaphrodite, à mamelles de femme, avait, au 
plus haut point, la passion des femmes et toutes les ha- 
bitudes de l'homme à leur égard, à l'exception d'une in- 
surmontable répugnance à leur toucher le sein (2). La 
même règle est encore, qu'entre sexes opposés, toutes les 
autres différences harmoniques s'attirent : les différences 
d'âge (3), de tempérament , de goûts , de facultés, de 
mœurs, de caractère et surtout de famille (4); la loi de 
l'amour est l'accord des contrastes. 

L' affinité j aussi, agit profondément sur la féconda- 
tion ; il semble même que ce soit à l'action intime qu'elle 
exerce sur elle, que la répulsion instinctive des sembla- 
bles dans Térotisme réponde : du moins est-il prouvé 
que la copulation a besoin de certains rapports de diffé- 
rences entre les deux auteurs pour n'être pas inféconde. 

Les embrassements d'époux trop uniformes entre eux, 
si bien constitués qu'ils soient chacun à part, sont sou- 
vent infertiles ; la fécondation est d'autant plus assurée 
dans une même espèce, qu'il y a 'plus d'intervalle entre 
les tempéraments, ou l'état actuel du mâle et celui de la 
femelle. C'est pour cette raison:que la plupart des accou- 
plements consanguins ne réussissent pas, ou réussissent 



(1) Hunier, Olseivations on certain parts of the animal œconomy , 
p. 49. 

(2) Dictionnaire dis sciences wddicaUs, t. XXX, p. 378. 

(3) Burdach, Traité de physioUgie, t. V, p. 50. 

(4) Frank, System der medicinischen polizei , 1. 1, p.440-454; — Gro- 
gnier, Cours démultiplication, etc., p. 217;--Girou, de la Génération, 
p. i04. 



D^GNIVEUSALITÉ d' ACTION DES DEUX AUTEURS. 239 

mal ( f). On a cru remarquer que, dans les familles même 
exemptes en apparence de vice essentiel, la consangui- 
nité affaiblissait, au bout de quelques générations, la force 
génératrice et les végétaux ne semblent pas exempts de 
celte cause d'impuissance (2). 

La loi dont elle provient se justifie jusque sous le type 
spécifique de la procréation et reçoit du croisement 
des genres et des espèces une sanction curieuse : il est 
bien démontré maintenant qu'on ne saurait déterminer 
d'avance jusqu'à quel point il faut que les espèces ani- 
males ou les végétales soient analogues entre elles pour 
procréer ensemble; l'expérience, dit Burdach, décide 
seule à cet égard (3) ; nous voyons en effet, et des mé- 
langes à^espèces^ et des mélanges de genres que toute 
théorie exclusivement fondée sur l'analogie déclarerait 
impossibles et qui sont très-réels : les croisements des 
espèce? de l'Ane ou du Cheval avec celle du Bœuf, du 
Cerf avec la Vache, de l'Ours avec la Chienne, de la 
Chienne avec le Bouc, du Chien avec la Chatte, et une in- 
finité d'autres , sont de ce nombre. 

Nous voyons, au contraire, des mélanges d'espèces 
et des mélanges de genres que la même théorie jugerait 
praticables, parce que les espèces ou les genres se tou- 
chent, et qui ne le sont pas, ou qui le sont à peine (4). 
Sagereta vu le Navet fécondé par le Chou produire une 
hjbride qui a porté graine, et il n*a obtenu du NicoHana 
undulataj croisé avec le Tabacum^ qu'une hybride stérile. 
D'après le même auteur, qui s'est occupé d'une manière 



(1) Girou, de la Génération, loc. cit. 
(î) Grognier, loc. cit. 

(3) Traité de physiologie, t. Il, p. 184. 

(4) H. Lecoq, ouv. cité, passim. 



240 RÉDUCTION DES FORMULES A LA LOI 

spéciale de rhybridation des cucurbitacées , le Pepo 
potiron^ le Pepo citrullus^ le Pepo moschatus^ le Pepo 
malabaricus^ etc., et toutes leurs Tariétés, quoique ex- 
térieurement si Yoisines entre elles, ne se mêlent pas en- 
semble et sont sans influence de fécondation les unes sur 
les autres (1). Il arrive de même, chez les animaux, 
que des espèces aussi voisines les unes des autres, le Cha- 
cal et le Chien, le Bœuf et le Buffle, le Lièvre et le Lapin, 
résistent à toutes les tentatives de croisement (2). 

Qui pourrait méconnaître dans ces bizarreries dont la 
raison est si complètement étrangère à VanalogiCy des 
effets de cette force que Gartner et Bardach ont nommée, 
comme nous, affimté sexuelle? 

Elle n'intervient ainsi dans la fécondation, qu'en por- 
tant son action sur le jeu réciproque des substances se- 
minales de l'un et de l'autre facteur. 

Mais en se continuant jusqu'à cette limite, Vaffiniii 
révèle, comme Vanàlogie^ qu'elle s'étend plus loin; 
comme Vanalogie, elle s'étend, en effet, des substances 
séminales du père et de la mère, jusqu'aux expressions des 
caractères physiques ou moraux qu'elles transportent , 
puisque les caractères les plus disparates, puisque les at- 
tributs les plus opposés, puisque les éléments en appa- 
rence les plus incompatibles ensemble, n'en arrivent pas 
moins, par la fécondation, à un degré d'alliance et d'u- 
nion plus intime que la fusion elle-même, en s'identifiant 
dans la nature de l'être qu'ils concourent à former : 

Vafjinité seule, dans la chimie des êtres, peut être 
l'origine et donner la raison de phénomènes dont seule 



(1) H. Lecoq, ouv. cité, p. i28. 

(2) Diction, pittor, d'hist, nat., art. Bœuf. 



d'universalité d'action des deux auteurs. 241 

dans la chimie des corps elle donne la raison et peut-être 
Torigine : dans un cas comme dans l'autre, cm conjonc- 
tions poussées jusqu'à la plus complète assimilation des 
principes dissemblables procèdent d'une même cause, 
représentent un même fait, se rendent par un même mot ; 
toutes, si variées qu'elles soient, rentrent dans la for- 
mole de COMBINAISON. 

Nous n'avons point, pour nous, d'autre explication des 
phénomènes de ce genre que nous avons cités (1), phé- 
nomènes dont l'étude de la génération offre, dans tous les. 
prodoits, des exemples sans nombre. Les mutations de 
formes, les mutations de couleurs, les mutations de 
strocture organique des parties, les mutations d'instincts, 
de qualités, de forces, de facultés des êtres, toutes les mé- 
tamorphoses des caractères physiques ou moraux des au- 
teurs dans la progéniture, ont pour principe la loi de 
l'iNNÉiTÉ ; elles ont pour élément, les éléments de l'un 
et de l'autre facteur ; elles ont pour agent l'affinité ou 
force qui naît des différences harmoniques des corps ou 
de celles des êtres et, pour caractère essentiel, celui de la 
COMBINAISON, formule sous laquelle cette force se révèle 
dans la composition du monde inorganique et s'incarne 
dans la vie. 

Ainsi Yanàlogie^ ainsi VaffinUè^ se marient à chaque 
phase de la génération, comme deux conditions jumel- 
les de cette loi, également puissantes, également fécon- 
des, également nécessaires et cependant inverses, de tous 
ses phénomènes : 

Bédoite à elle seule, la condition , pourtant indispensable 
en soi, de Fanalogie entre les deux facteurs, au delà de 



(4) T. I, part. II, liv. I, chap. 1 et 2.— T. Il, p. 21 4 à 219. 
II.* 16 



242 KÉDCGTION DBS F0B1IULE8 A LA LOI 

certaines limites, est frappée d'impuissance et paralyse 
tout dans la procréation : la composition harmoniq[ae du 
produit, la fécondation , la copulation , Tattrait sexuel 
Ini-méme ; 

Réduite à elle seule, la condition, pourtant indispensa* 
ble en soi, de la diversité entre les deux facteurs, aa 
delà de certaines limites, est à son tour frappée dans la 
procréation de la même impuissance ; elle, aussi, met ob- 
stacle à l'attrait sexuel, à la copulation, à la fécondation, 
à la composition harmonique du produit. 

Isolée, en un mot, aucune d'elles ne su£St à la forma- 
tion de l'être, et cette insuffisance est une nouvelle forme 
de consécration des principes établis dans notre premier 
volume (1) : 

La procréation, y avons-nous dit, obéit à deux lois : 
à la loi du divers ou de I'inineité, et à Fherëdite ou loi 

du SEMBLABLE. 

Si ces principes sont vrais , comme I'hérédité n'est 
point seule à agir dans la génération, la condition de la 
production du semblable, celle de Vanalogie entre les 
deux facteurs n'y peut être seule remplie, ounepeat 
seule, par elle-même , suffire au complément de l'action 
génératrice : 

Si ces principes sont vrais, la même logique dit que la 
loi d'miïÉiTE n'étant point l'unique loi de la génération, 
la condition de la production du divers, celle de l'oppo- 
sition entre les deux facteurs, ne peut être seule remplie, 
ou ne peut, par elle-même, suffire au complément de l'ac- 
tion génératrice ; 

La génération doit réclamer leur concours. 

(1) T. I, 2» part., conclusion, p. 608-623. - ' 



d'universalité d'action DBS DBCX ACTEURS. 243 

C'est précisément ce que l'expérienoe répète : Pour 
frodoire le semblable et le diyi^rs dans les èlres, il faut 
queje divers et le semblable coexistent entre'les deux 
facteurs, et comme chacun des deux caractères a sa loi, 
son système d'énergiCy chacun d'eux a aussi son moyeu 
exclusif d'expression, sa formule; chaque formule, enfin, 
a^condition propre à la loi qu'elle traduit et à la formule 
même: 

Formule de la loi de I'héredité, le mélaivge, avons* 
nons vu, lient entre les espèces, entre les individus, 
entre les parties elles-mêmes et leurs caractères, à la 
conditioiv de l'uniformité ou de I'analogir entre les 
deux facteurs; expression de la loi du semblable dans la 
vie, il dérive de la force d'attraction des semblables. 

Formule de la loi de I'innéité dans l'être, la combi- 
naison, à son tour, rentre aussi par ses conditions, comme 
par sa nature, dans l'essence de la loi première dont elle 
procède: 

Symbole de Taction de la diversité séminale dans la 
Tie, elle tient entre les espèces, entre les individus, entre 
les parties elles-mêmes et leurs caractères, sous toutes 
les formes possibles et sur tous les points de l'être où son 
action ne se complique point d'influence étrangère à son 
propre principe, elle tient, disons-nous, à la diversité de 
Ton et de l'autre facteur, et dérive partout de I'affinité 
ou force d'attraction des contraires. 

S II. De la dérogation naturelle des auteurs aux conditions posées. 

Voilà donc deux formules, sur trois, de ramenées au 
principe de la loi d'universalité d'action des deux fac- 
ieurs : la première, le mélange, démontrée rexpressîon 
simultanée de cette loi et de l'hérédité ; la seconde, la 



244 RjSDUGTlON D£S FORMULES A LA LOI ^ 

COMBINAISON, démontréc rexpression commune de cette 
même loi et de I'innéité dans la nature physique et mo- 
rale du produit. 

Une seule et dernière formule, Félection, demeure, 
en apparence, rebelle au même principe. 

Qu'est-elie dans son essence, et de quelle loi procède- 
t-elle dans la génération ? 

Nous l'avons déjà dit ; il est clair qu'elle procède .de 
I'héiiédité(I); mais, toujours exclusive delà représenta- 
tion de l'un des deux auteurs, elle diffère du mélange 
en ce qu'elle ne réfléchit que le père ou que la mère, et 
n'est jamais, ainsi, une expression dow6îe, mai^ une ex- 
pression simple de la loi du semblable. 

D'où cette simplicité d'expression vient-elle? Si noas 
voulons le connaître, reportons- nous d'abord à l'axiome 
établi : il n'y a point de loi inconditionnelle (2) ; rap- 
pelons-nous ensuite les conditions de la loi d'universalité 
d'actiorcdes deux auteurs (3), et celles de leurs rapports 
avec l'exécution simultanée des lois de Théreditë ou de 
I'innéité dans l'organisation ; demandons-nous enfin si 
ces cQûdilions, nécessaires et contraires entre les deux 
auteurs, sont de nature à toujours être toutes et partout 
complètement remplies ? 

1. Iinpossil;>ilité de rexécution constante et générale des 
conditions posées. 

lo La condition spéciale au principe de la règle d'uni- 
versalitè d'action des deux parents ^ celle de parité de tous 
les éléments de l'organisation du père et de la mère, est- 
elle, dans tous les cas, d'une exécution possible entre les 

0) T. II, p. S25. 

(2) /dem,p. 227. 

(3) Idem, p. 228 et siilv. 



d'universalité d'action des decx acteurs. 245 

deux êtres? Les deux aatears, d'espèce différente ou setn- 
hlable, ont-ils, en d'autres termes, constamment et tons 
deux, la même nature de forces , la même nature d'or- 
ganes? 

H est clair, tout d'abord, que cette condition ne se ren- 
contre pas dans toutes les alliances entre générateurs 
d'espèces et quelquefois de races dissemblables : dans 
cette circonstance, on voit le plus souvent le représen- 
tant de l'une des' deux espèces ou de l'une des deux races 
avoir ou des parties, ou des facultés, ou des caractères 
que le représentant de l'autre espèce ou de l'autre race 
n'a point. 

Tel est, pour les races, le cas du croisement des dif- 
férentes races de Bœufs ou de Chèvres sans cornes avec 
les races cornues de ces mêmes espèces; des Chiens à 
quatre avec les chiens à six doigts aux pattes de der- 
rière; des Poules sans croupion et sans huppe avec celles 
àhappeetà croupion, etc., etc. ;telssont, pour les espèces^ 
les cas analogues du croisement des espèces du Coq et de 
la Cane (1), delà Chèvre et du Chien (2), ou de plusieurs 
Bominants avec les Solipèdes : de la Vache avec le Cheval, 
aTecrAne(3), ouleCerf (4); del'Anesse avec le Taureau, 
comme aussi du Taureau avec la Jument (5); mélanges 
où mie espèce à estomac unique et destituée de cornes 
8*allie à une espèce armée de cornes et munie de quatre 
estomacs, etc., etc. 

Il est tout aussi clair que la même condition n'est point 
rigonreusement ni constamment remplie dans les accou- 

(0 Hofacker, ouv, cit., p. 90 ; — Burdach, owr. cit., t. II, p. Î6*. 

(2) Voy. plus haut, t. II, p. 115. 

(3) L. Grogmer, ouv. cit., p. 83. 

{*) Hofacker, ouv. cit., p. 90;— Burd., ouv. cit,, p. 184. 
(5J L. Grognier, ouv. dt., p. 83. 



246 REDUCTION DES FORUrLES A 'LA LOI 

plements où le père et la mère sont d'espèce semblable. 

Il existe d'abord, entre eux, des différences qui tien- 
nent exclusivement à la sexualité ; le plus généralement, 
dans les espèces où les sexes sont séparés, l'un des auteurs 
possède des parties, des organes, ou des attributs que 
l'autre ne possède pas : Premièrement les organes ou les 
caractères immédiats du sexe même (I) ; secondement les 
annexes ou organes accessoires que nous avons nommés 
caractères médiats de la sexualité, diversité de nombre 
ou de nature des parties dont nous avons plus haut cité 
une foule d'exemples (2). 

Il existe, ensuite, entre les deux facteurs d'une seule et 
même espèce, d'autres différences qui portent même sur 
les caractères libres ou indépendants de la sexualité (3) ; 
les unes physiologiques, normales, nécessaires, distîncti- 
ves des personnes et, en quelque manière, constitutives 
de l'individualité même ; les autres, anormales et acci- 
dentelles, qui frappent un des auteurs d'une empreinte 
étrangère, en un ou plusieurs points, au type de son es- 
pèce; comme l'ectromélie, l'ectrodactylie , la polydac- 
tylie, la chromatopseudopsie, etc. (4); singularités le plus 
souvent exclusives au père ou à la mère. 

Il est donc évident que, sous une foule d'aspects, la 
condition spéciale au principe de la loi d'universalité d'ac- 
tion des deux auteurs^ celle de la parité d'organisation, 
reste sans exécution possible de la part de l'un ou de 
l'autre sexe. 

2** En est-il autrement de la condition apparente de 



(1) Voy. plus haut, t. Il, p. 126, et p. 155 et suiv. 

(2) T. II, p. 156 à 162, et suiv. 

(3) Jdew, p. 156. 

(4) T. ï, part. 2, liv. Il, ch. i, art. 4, p. 29l,etEuiv. 



d'oNIVERSAUTÉ d'action DBS DEUX AUTEURS. 247 

rapport de cette loi à la loi de l'hérédité dans l'être^ de 
celle de la formule de mélange, en un mot, de la condi*- 
tion de Vanalogie ? 

Si les deux auteurs, d'espèce différente ou de même es- 
pèce, ne peuvent t(m$ ni toujours avoir les mêmes par- 
lies, ni les mêmes facultés, ont-ils tous et toujours sinon 
semblables, du moins analogues entre elles, celles qu'ils 
ont l'un et l'autre ? 

Non ; dans beaucoup de cas, il existe entre les mêmes 
parties des deux auteurs des différences qui, comme les 
précédentes, peuvent être relatives aux espèces^ aux sexes j 
^ aux individus. 

Avons-nous jbesoin de dire combien les mimes organes, 
combien les mêmes fonctions, changent de caractère en- 
tre auteurs de races ou d'espèces diverses? Ces sortes de 
différences ne s'étendent^elles pas à tous les éléments de 
Torganisation, etne forment-elles pas la très-grande part de 
celles qui distinguent les races ou les espèces entre elles, 
Tioiessedu Cheval, |la Truie du Sanglier, le Loup de la 
Chienne, la Poule du Faisan, le Coq de la Cane, la Serine 
du Chardonneret, et tous les animaux d'espèces qui se 
loélent ensemble? 

Nous ne rappellerons pas non plus les différences du 
même genre qui existent, dans une même espèce^ entre les 
mêmes parties, ou les mêmes attributs des sexes différents 
Nous avons plus haut longuement insisté sur cet ordre de 
iaits d'un si grand intérêt pour Fiatelligence des lois 
particahères de la génération (I). 

Nous ne saurions, enfin, énumérer les autres différences 
da même ordre, qui tiennent exclusivement aux indivis 

(l)T.II,p.l56àl62etsuiv. 



248 RÉDUCTION DES FORMULES A LA LOI 

dus ; elles sont de celles qui distinguent et qui personni- 
fient les individus. 

Il en existe autant qu'il peut exister d'êtres. 

Un grand nombre d'éléments du père et de la mère, 
dans un grand nombre de cas, ne peuvent donc satis- 
faire à la condition de la formule de melaiïge, à V analogie. 

3^ Mais alors, semble t-il, quand les mimes organes ou 
les mêmes attributs sont ainsi disparates entre les deux 
auteurs, et que, par le défaut de V analogie^ le melaiïge 
est impossible entre leurs caractères, làcouBiifAisoN doit 
toujours se produire, car la condition spéciale de cette 
formule, celle de diversité entre les deux facteurs, se 
trouve toujours accomplie. 

Non ; la diversité n'est pas Vafflnité. Vaffiniié seule suf- 
fit à développer l'attraction des contraires, et comme 
nous l'avons dit (l), toutes les différences ne se conibi- 
nent pas; la nature n'admet à la conibinaison que les 
diversités harmoniques entre elles, et toutes ne le sont 
pas : comme il est des natures de sons très-différents qui 
ne peuvent s'unir sans blesser notre oreille, parce qu'ils 
violent les lois de l'accord musical, il y a des natures d'é- 
léments, d'attributs, de caractères des êtres qui, bien que 
dissemblables, ne peuvent non plus se mettre en rapport 
harmonique, parce qu'ils blessent les lois rhythmiques de 
la vie qui ne peut ni agir ni exister sans rhythme, sous 
peine de cesser d'être et d'agir comme un ordre. 

La question décisive, pour la combinaison des repré- 
sentations organiques des auteurs, n'est donc point uni- 
quement celle de leurs dissemblances, mais surtout la 
question de possibilité de leur combinaison rbythmique 

(1) T. II, p. 235. 



d'universalité d'action 'DES DEUX AITTEURS. 249 

dans le produit. 11 est vrai que cette question de possi- 
bilité ne pouvant être posée relativement à la force créa- 
trice de l'homme, mais relativement à celle de la nature, 
Texpérience seule peut nous révéler ce qui, pour la der- 
nière, est ou n'est pas en mesure, dans cette gammeincon- 
nue des notes de la vie ; mais il est aussi vrai que l'expé- 
rience instruit très-positivement que toutes les dissem- 
blances, soit entre les caractères des espèces, soit entre 
ceux des individus, n'ont point de consonnance néces- 
saire ni même toutes d'accord possible entre elles. 

Il n'existedonc pas, non plus, d'exécution absolue ni con- 
siante des conditionsspécialesdela combinaison ; un grand 
nombre d'éléments ou de représentations dissemblables 
des auteurs sont en désharmonie. 

Pour nous résumer, il peut se présenter, il se présente 
même, de toute nécessité, trois cas réfractaires aux con- 
ditions posées: 

1^ Un des deux auteurs possède des éléments ou des 
attributs que l'autre auteur n'a pas ; 

2^ Chacun des deux auteurs a les mêmes éléments ou 
les mêmes attributs, mais ces mêmes attributs ou ces 
mêmes éléments ne sont point analogues ; 

3» Les mêmes éléments, ou les mêmes attributs du père 
et de la mère, quoique très-différents, ne sont point Aar- 
niùniques. 

Quelle voie suit la nature pour ramener chacun de 
ces trois cas à l'ordre ? 

II. Raison de Télbction et retour de cette formule au principe de la loi 
d'universalUé d'action des deux facteurs* 

Pour mieux nous rendre compte de ce que la nature 
peut faire dans ces trois cas , examinons d'abord ce 
qu'elle ne peut pas faire. 



250 RBDUGTIOIf IMSS FORMULÉS A I4 LOI 

r Elle ne peut appliquer au premier des trois cas la 
formule de mélange : le mélaivge n'est possible, dans 
la génération, que pour les éléments que les deux auteurs 
transmettent, et le père et la mère ne peuvent tous deucc 
transmettre un élément que Vun des deux auteurs n'a 
point ; 

Dans la même circonstance, et par la même raison, la 
GOMBiiTAiso]^ est impraticable : on ne combine point nn 
élément nmgti^ (1). 

T Dans le deuxième cas , du moment où le vice de 
Vandlogie est poussé jusqu'au point de l'exclusion réci- 
proque des mêmes éléments du père et de la mère, la 
nature n'a point la ressource du mélaugë dont la con- 
dition manque : elle ne peut point fondre, ne peut dissi^ 
miner, ne pent juxtaposer (2) des représentations qui 
hurlent, en quelque sorte, de s'accoupler ensemble. 

3^ Enfin, si ce deuxième cas se complique du troisième,, 
si le défaut radical d'harmonie Tient se joindre au défaut 
radical de Vanalogie entre les caractères , la nature qui 
n'a pas la ressource du mélange, n'a pas davantage celle 

de la COMBINAISON. 

Si, dans ces circonstances, la génération était limitée 
à ces deux seules formules , elle serait, à tout moment, 
dans l'alternative de l'impuissance ou de la monstruosité j 
car il ne faut pas croire que ces circonstances soient pu- 
rement idéales et forgées à plaisir ; elles sont on ne peut 
plus positives et réelles : elles se représentent toutes, à 
différents degrés, et sous diverses formes, dans tout ac- 
couplement : la génération y rencontre toujours et néces- 
sairement des caractères uniques et, comme tels, exclusifs 

(1) T. ir, 3« part., p. 215. 

(2) T. ll,id., p. 207-Î14. 



D UNIVERSALITÉ D* ACTION DES DEUX AUTEURS. 251 

à tin seul des aotears (1); des caractères communs au père 
et à la mère, mais opposés entre eux et inconciliables (2); 
des caractères aussi communs à tous les deux, mais dis- 
harmoniques et irréductibles à un seul caractère. 
^ Or, il est évident que si tous les éléments uniques, dù^ 
semblables ou désharmoniques des générateurs, devaient 
être ainsi frappés de stérilité par l'inaptitude des formules 
deifCLANGE et de combinaison à les reproduire, l'infécon- 
dité de ces deux formules paralyserait, sur une foule de 
points, la répétition séminale de la vie ; la composition 
de l'être serait pleine de lacunes ; il n'y aurait même plus 
de génération sexuelle; car, à moins de revenir à l'her- 
maphrodisme, c'est-à-dire de changer en loi l'anomalie, 
chacun des deux sexes serait dans l'impuissance de la re- 
production de ses propres organes. 

Par quelle voie la nature sort-elle, dans les trois cas, 
de la difficulté! 

La logique nous indique que , dans cette triple im- 
passe, une seule issue lui reste : celle de I'option entre les 
représentations incompatibles entre elles. 

C'est le parti qu'elle suit ; chaque fois qu'elle est placéQ, 
dans la génération , entre des caractères qu'elle ne peut 
ni MELER ni combiner ensemble , parce qu'ils sont wnt- 
ques^ ou trop dissemblables, ou trop désharmoniques , la 
nature se comporte comme un individu qui, condamné à 
faire son choix entre deux choses inconciliables entre 
elles, se décide pour l'une à l'exclusion de Vautre. De 

là l'ÉLECTION. 

Telle en est l'origine, en tant qu'elle ne dépende que 
des seuls caractères. 

Cl) T. I, p. 319 et T. H, p. 159 et suiv. 
(î) T. Iï,p.l56.etsuiv. 



252 RÉDUCTION DES FORUULES A LA LOI 

Veut-on avoir la preuve que c'est réellement dans 
ces conditions qu'intervient cette formule : interrogeons 
les faits et voyons rapidement dans quelles circonstances 
générales riLECTiON tend à se produire? 

D'après la foule d'exemples que nous avons cités, ces 
circonstances sont celles de l'accouplement : 

r Entre générateurs d'espèces très-dissemblables {\); 

2o Entre générateurs de races très^dissemblables de la 
même espèce (2); 

S'' Entre générateurs tris-dissemblables de la même 
race (3) ; 

C'est-à-dire, par le fait, les trois circonstances où se 
trouvent à la fois et le mieux réunies et le plus pronon- 
cées les trois conditions que nous avons indiquées comme 
devant entraîner rÉLECTiow séminale : celle de carac- 
tères uniques ou exclusifs à un seul des auteurs; celle 
d'extrême différence des caractères communs à chacun des 
auteurs ; celle de désharmonie des mêmes caractères entre 
les deux auteurs. 

Nous rencontrons ici la lumière et la preuve de faits 
incontestables : 

Ce sont, premièrement, les anomalies, qui, dans le 
très-grand nombre des générations, ont cela de particu- 
lier qu'elles n'appartiennent qu'au père ou qu'à la mère. 
Quelle est leur formule générale de transport? Celle de 
I'election : un seul des deux parents est ou ectromèle (4), 



(1) T. I, liv. II, part. 2, ch. i, p. 211 et suiv.; — t. II, liv. II, ch. m, 
p. 195 à 202. 

(2j Richard, ouv. cif., p. 107; — Grognier, ouv. cU», p. 214.— Foy. 
aussi 1. 1, p. 211-214 ; — t. II, p. 203-204. 

(3) T. II, p. 203-204. 

(4) T. I, part. 2, liv. II, ch. i, art. 4, p. 330. 



M 



' i 



d'onivsrsalité d* action des deux acteurs. 253 

ou ectrodactyle (I), ou polydactyle (2) ; un seul est al- 
binos, un seul mélanos (3), un seul akianops (4), un seul 
sourd- muet (5), un seul microphtbalmique (6), etc. ; les 
enfants naissent tous électivement exempts ou élective- 
ment affectés du même vice, selon celui des parents qui 
transmet la partie ou la faculté d'où vient l'hémité- 
rie (7). 

Ce sont ensuite une foule de caractères pcopres, dans le 
grand nombre des êtres , à l'ordre normal lui-même : 
ainsi, les attributs médiats ou immédiats de la sexualité, 
qu'une série d'exemples tirés des principales classes zoo- 
logiques nous a montrés soumis au transport électif (8) ; 
ainsi, encore, toutes les particularités , ou les diversités 
pbysiologiques qui , dans la même espèce, personnifient 
les êtres» et qui toutes^ plus ou moins, sont, comme non» 
Favons dit , de nature à rentrer ou dans l'une ou dans 
l'autre des trois conditions précédemment fixées : d'être 
uniques , opposées^ ou radicalement désharmoniques entre 
elles. 

Quelque part qu'elles se trouvent, l'iLEcrioN dans 
le transport séminal est la règle : et, pour nous résumer, 
elle l'est toutes les fois que la génération manque des con- 
ditions essentielles du mélakge (9) , ou qu'elle manque 
de celles de la combinaison (10). 



(1) T. I, part. î,liv. II, ch. I, art. 4, p. 311-312. 
(î) Id., id., p. 325 à 326. 

(3) Même article, p. 303-304 et 314-315. 

(4) T. î, part. 2, p. 407-409. 

(5) T. I, part. 2, p. 423. 

(6) Idem^ môme partie, p. 428. 

(7) T. II, p. 200-203. 

(8) T. II, p. 139 et suiv. ; — 175-197. 

(9) Idem, p. 229-230. 

(10) Idem, p. 235-237. r 



rs 



254 RË0OGT1ON DES FORMOLES A LA LOI 

L'ÉLECTION , il est \rai , peut reconnaître encore une 
raison dernière et qui semblerait même en opposition 
avec ce qu'on vient de lire. 

Cette raison s'applique à deux circonstances : la pre- 
mière relative au mélange, la seconde, à la gohsi- 

NAISON : 

r Dans un grand nombre de cas où les mêmes ca- 
ractères du père et de la mère sont ou semblent analogues, 
et où , d'après la règle précédente , le mélange devrait 
seul se produire, I'élection intervient : nombre de fois, 
par exemple, les pieds, les mains, etc., chez l'homme, les 
pattes et le bec, etc., chez les animaux, tiennent du père 
et de la mère dans certains produits , et d'un seul des 
auteurs dans une autre partie des produits du même 
couple ; 

2** Dans un grand nombre d'autres cas où les mêmes 
caractères du père et de la mère, quoique très-différenls, 
sont cependant de nature à se combiner ensemble, comme 
l'expérience dans des cas identiques en a donné la preuve, 
il n'y a cependant point de combinaison, et, comme dans 
k premier cas, I'élection prend sa place : ainsi, le même 
couple de Serins ou de Pigeons qui aura des petits de 
couleur Isabelle , ou de toute autre couleur étrangère à 
la robe de l'un ou de l'autre parent , donnera d'autres 
petits dont la robe sera exclusivement celle du père ou 
de la mère; ainsi , le même Nègre et la même femme 
Blanche ont des enfants mulâtres, d'autres enfants blancs, 
d'autres enfants noirs, etc. (1). 

Ces deux objections sont de la même nature qu'une 
objection inverse dont nous n'avons rien dit : 

(1) T. I, part. 2, liv. TI, p. 211 à 214.^ 



B^DmyitRSALlTÈ d' ACTION DES DEUX AUTEURS. 255 

3"* Dans un grand nombre de cas où les mêmes carac- 
tères du père et de^la mère, au lieu d'être analogtMs , 
se trouvent dissemblables , et où , par cette raison , la 
formule d'ÉLECTiON devrait intervenir, c'est le mélange 
qui s'observe. 

Toutes ces contradictions apparentes ne tiennent qu'à 
l'action réciproque des différentes lois de la génération 
les unes sur les autres : nous ne les indiquons même 
sommairement ici que pour en renvoyer Texplication 
plus loin, au lieu où nous traitons de la combinaison de 
toutes les lois entre elles (1). 

Hais l'explication, fût-elle le plus complète, des rai- 
sons pour lesquelles I'elegtion se produit, ne change 
point l'essence de I'élection elle-même ; elle reste tou- 
jours une exception , du moins apparente , à la règle 
i'unmrsalité d'action des deux facteurs , ou il reste à 
prouver en quoi et pourquoi elle y est réductible. 

Nous le ferons en peu de mots. 

Wélectiow, de soi, n'est irréductible au principe de la 
règle à'univevsalité d'action des deux facteurs^ que dans 
UBe hypothèse où nous avons d'abord cru devoir nous 
placer (2), pour une plus complète intelligence des faits ; 
cette hypothèse est celle où le concours réciproque du 
père et de la mère à la composition de tous les éléments 
et de tous les caractères possibles de la vie, fut partout et 
toujours, l'indispensable et seule expression de cette règle, 
et c'est ce qui n'est pas. 

Cette réciprocité générale d'influence en est bien l'ex- 
pression la plus absolue , mais elle n'en est nullement 
l'expression nécessaire. 

0) T. Il, part. 3, liv, II,* ch. m, p. 177,.et ch. iv, p. 228, 234. 

(î) Vo^ Tarticle suivant : De la combinaison des formules entre elles. 



256 RÉDUCTION DES FORMULES A LA LOI 

Une telle application de la règle est parfaitement dis- 
tincte de son principe. 

Le principe de îa règle d'universalité d'action des deux 
auteurs n'est , comme nous l'avons dit , que la faculté 
commune à chaque auteur d'agir sur tous les points et 
sur toutes les forces organiques du produit ; la règle est 
générale, en ce sens qu'elle s'entend de tous les caractères 
départis à l'espèce, et qu'elle s'y applique : en vertu de 
celte loi, il n'est point de système, il n'est point d'ap- 
pareil , d'organe , de fonction , d'attribut de la vie , 
que l'un comme l'autre auteur ne soit apte à trans- 
mettre (1). 

Mais ni l'expérience, ni la logique elle-même ne per- 
mettent d'en induire que le père et la mère doivent, par- 
tout et toujours^ transmettre, tous deux ensemble, tous 
les éléments et tous les caractères de tous les produits : 
Vuniversalité d'action des deux facteurs ne peut pas se 
traduire la participation simultanée de tous les facteurs 
des deux sexes à toutes les parties et tous les attributs de 
Vorganisation de tout être quHls engendrent. 

Nous n'avons pas besoin , après ce qu'on vient de lire (2) , 
de rappeler à quel point cette interprétation rendrait la 
règle absurde ; car, pour ne parler que des seuls ca- 
ractères de la sexualité, en admettant, ce que nous prou- 
verons plus loin, que la père et la mère soient tous deux 
également aptes à les transmettre, n'est-il pas évident 
que, dans l'état normal, ils ne pourront agir tous les deux 
à la fois , sur les mêmes éléments de la sexualité d'un 
seul et même produit, dans toutes les espèces où les sexes 



(1) t. II, part. 3, liv. II, p. JB4 et 99. 

(2) Idem, p. 250-251. 



D UNIVERSALITÉ d' ACTION DES DEUX AUTEURS. 257 

sont distincts. Ce que nous disons du sexe, nous le répé- 
terions, si nous ne l'avions dit (l), de tous les éléments 
individuels des êtres , pour tous les caractères exclusifs 
aux auteurs, ou qui, de leur nature, ne peuvent exister, 
ni se concilier ensemble dans un seul et même être. 

Mais l'interprétation est radicalement fausse : la cir- 
constance de la simultanéité d^action des deux parents^ 
condition essentielle des formules de melainge et de 
COMBINAISON, uc l'cst nullement de la règle d'universalité 
d'action des deux auteurs. Cette règle, tout en recevant 
sa pleine exécution de l'une et de l'autre formule, admet 
d'autres expressions : 

La faculté donnée au père et à la mère laisse à l'un et à 
l'autre, selon les circonstances , la latitude d'agir ou de 
n'agir pas ; par conséquent, d'agir ou de n'agir pas en- 
semble et, dans ce cas, d'agir l'un à défaut de l'autre. 

Au lieu d'être mutuelle ou simultanée, l'action de l'un 
et de l'autre peut donc être et doit même , dans une foule 
de cas analogues à ceux dont nous axons parlé, être suc- 
cessive ou alternative, sans que la faculté commune aux 
deux auteurs en soit moins réelle, en soit moins générale, 
et sans que la règle souffre une atteinte de principe, car 
V alternative et la succession sont dans la règle elle-même. 
Or, qu'est-ce qu^une semblable marche dans l'action du 
père et dans celle de la mère sur les éléments de Texistence 
physique etmoraleduproduit?c'estrÉLECTiON elle-même. 
C'est par cette même voie que nous avons montrée comme 
la seule encore ouverte à la nature, pour ne pas inter- 
rompre le travail ébauché de la génération , lorsque les 
deux formules organiques de mélasge et de combinaison 



(l)T.Il, p. 246. 

n. 17 



258 RÉDUCTION DES FORMULES A LA LC a 

font tontes deux défaut à l'œuvre de la yI^ 
ture revient, dans les mêmes circonstances ^ ^ ^ 
de la règle A'universalité d'action des deux a»» 
L'ÉLECTION rentre donc aussi réellement,.^ 
mement que la gombiinaison et le mélang 
règle et, bien loin de recevoir aucune ex* . 
cune des trois formules, toutes les trois en 
nous l'avons dit, autant de corollaires. 

ARTICLE H. 



< 



De la réduction des formules empiriques de la prépo 
ou de la mère au principe de la loi d'égalité d'act 
Taulre facteur. 



Les contradictions apparentes des formul * "— .: 
ration avec V égalité d'action des deux aute ^^- > 
sibles qu'elles semblent, ne sont pas pk ''"-^*.'- \ .^ 
même temps que cette loi ressort spontaném * *ie ji . , 
analytique et synthétique des faits, elle se 
même, en quelque manière, et puise dans s ^^it 
raison positive de toutes les exceptions '^ * r». 
subir. ■ *^ 



Nous sommes entré déjà (1) dans des dt'^^^jr ^ * * 
i. N^ ^^ ^* «l'A*-* 

de nature à beaucoup faciliter notre tâche ^^«tet, \ ^** 



malgré nos explications, des points qui pei^'t^r.jj^ , *^' *'* 
obscurs ou vulnérables. <^ ^ j^^ * V^^U- 



Pour plus de clarté dans l'élucidation dc^ ^ 






la question, revenons, en peu de mots, ^Nit^. 
établis. ^'^l'H^^W 

Ces principes sont : 

(1) T. II, 2«part., liv. II, ch. u, p. 115 à 117. 



d'universalité d'action des deux auteurs. 259 

U L'illégitimité de toutes les conclusions déduites du 
métissage, ou de l'hybridation des espèces ou des races, 
sur la quantité d'action des deux facteurs (I); 

2o L'impuissance des deux sexes sur tous les caractères 
libres ou indépendanls de la sexualité (2) ; 

3° Le transport à la seule individualité du principe 
d'action sur ces mêmes caractères (3) ; 

4' La déduction de la loi d'égalité d'action des varia- 
tions sans fin des quantités d'action du père et de la 
mère sur la nature physique et morale du produit (4). 

Ce dernier point est celui sur lequel se rassemblent 
toutes les objections. 

Elles peuvent se résumer dans les deux suivantes : 

La première, déjà exprimée : si la loi est bien réellement 
l'égalité d'action du père et de la mère, pourquoi les deux 
auteurs n'ont-ils pas toujours une participation égale 
aux caractères de la nature physique et morale du pro- 
duit (5)? 

La seconde, étroitement liée à la première : 

Dans l'hypothèse de la légitimité d'une proposition 
où la loi se conclut de l'exception permanente à la loi 
dle-mème, quelle raison donner de ces exceptions, de quel- 
que part qu'elles viennent? car en transportant des«5pèc^5, 
des raceSy et des sexes eux-mêmes aux individus, le prin- 
cipe effectif des proportions d'action du père et de la 
mère, nous avons rencontré les mêmes vicissitudes et 
reconnu qu'elles étaient entre les individus ce que, dans 



(1)T. ll,liv. ÏI, ch.ii, p. 117 à 1Î2 et 135. 
(î) T. II, id., ch. II, p. 126 à 136. 

(3) Idem, loc, cit., p. 125. 

(4) Idem, loc, cit,, p. 176. 

(5) T. Il, liv. II, ch. III, p. 222, 228. 



l 






260 RÉDUCTION DES FORMULES A LA LOI 

le croisement, elles sont entre les races ou les espèces elles- 
mêmes (1). mais sans rien dire, au fond, de la nature des 
causes plus ou moins identiques dont ces interminables 
variations dépendent. 

Ces objections se résolvent plus facilement encore que 
celles, bien plus complexes, des formules antérieures (2), 
et par le même principe : qu'i7 n'y a point de loi incon- 
ditionnelle (3). 

§ ï. — Des conditions de la loi d'égalité d'action du père et de la mère. 

Comme la loi précédente d'universalité d'action des 
deux auteurs, la loi d'égalité d'^action des deux auteurs a 
ses conditions dont les systématiques n'oift tenu nul 
compte; ces conditions peuvent toutes se résumer en une . 
celle de Véquilibre^ entre le père et la mère, de toutes les 
circonstances où la loi s'accomplit. 

Abstraction faite de la qualité d'action, Idiquantité d'ac- 
tion du père et de la mère sur la nature physique et morale 
du produit n'est, entre les auteurs d'une seule et même 
espèce, qu'une simple question de force séminale, une 
lutte individuelle de toutes les circonstances de la géné- 
ration qui peuvent exercer une influence sur elle. 

Toutes ces circonstances rentrent dans les trois sui- 
vantes : 

L'énergie naturelle de l'organisation ; 

L'énergie de développement et d'état de la vie; 

L'énergie d'action et d'exaltation momentanées de 
Tètre. 



(1)T. II, Separt. liv. Il, p. 124. 

(2^ Id., 2«part., ch. iv, art. 1, p. 2?5 et suiv. 

(S) Idem, p. 227. 



d'universalité d'action des deux acteurs. 261 

1^ L'énergie naturelle de Torgaiiisation comprend 
toutes les forces et tous les éléments départis à l'espèce 
et à la personne : c'est celle de la vigueur de la constitu- 
tion, du tempérament, de tous les caractères du méca- 
nisme ou du dynamisme de l'être, qui de l'être trans- 
pire dans le fluide séminal ; elle est la première, elle est 
la principale des influences actives sur la progéniture. 

On peut poser en fait que, dans toutes les races et dans 
tontes les espèces, toutes chances égales d'ailleurs, la pré- 
pondérance partielle ou générale dans la combinaisoin, 
rÉLECTioN, ou le M£LAiHG£ dcs représentations, appar- 
tiendra toujours à celui des auteurs dont la force géné- 
rale ou partielle d'organisation l'emporte. Celte règle est 
applicable et au règne végétal et au règne animal : elle 
est vraie, d'après Lafont Pouloti, de l'espèce du cheval (1) ; 
d'après Magne (2), Grognier (3), Girou (4), de toutes 
les espèces et races domestiques, et elle est consacrée, 
pour l'homme, d'après une foule d'autorités anciennes et 
d'écrivains modei;ne8 : Empédocle paraît être le premier 
des auteurs qui Tait promulguée; Hippocratc (5) et Ga- 
lien (6) la répètent tous deux, en la modifiant chacun à 
son point de vue (7) ; c'est aussi l'opinion de Sinibaldi (8) ; 
c'est celle de Buffon, de Demangeon (9), de Roussel, etc., 
tous d'accord pour soumettre à la prépondérance d'éner- 



(1) Lafont-Pouloti, Nouveau régime pour les haras, p. 122. 

(2) Magne, dans Grognier, oui;, cit,, introd., p. xxviii. 

(3) Grognier, ouv. cit., p. 235. 

[h) Girou, de la Génération, p. 129, 204, 205, 223, 2î4, 229. 
{5> De Geniturd et de naturâ pueri, sect. 3. 
{^) De Semine, lib. II, cap. ii, class. 1. 

(7) Hippocratc, en y ajoutant Tinfluence de la surabondance du sper- 
me; Galien, en y joignant celle du sang menstruel. 

(8) Sinibaldi, Geneanthropeiœ, liv. V, Tract. 1, p. 625. 

(9) Demangeon, ouv, cit., p. 439. 



262 RÉDUCTION DES FORMULES A. LA LOI 

gie du principe sémiDal d'un des sexes la supériorité de 
sa représentation dans le nouvel être. D'après le dernier 
auteur, chacun des deux principes a sa manière d*êtte, 
sa force, son génie (l). « Si, dit-il, la liqueur séminale de 
la femme devient le principe dominant^ les fonctions gé- 
nérales du nouvel individu seront déterminées par son 
impulsion, en laissant subsister,'ju8qu'à un certain point, 
l'action particulière des parties séminales du mâle dans 
les organes où elles sont entrées pour quelque chose : au 
contraire, si la liqueur séminale du mâle a la principale 
influence, c'est elle qui donnera le caractère général aux 
organes du fœtus, sans effacer tout à fait les impressions 
particulières que quelques molécules séminales de la 
femme pourront leur avoir données. » 

2° Nul doute, en effet, que cette disproportion naturelle 
d'énergie des forces génitales, qui a son origine dans la 
disproportion naturelle d'énergie des organisations, ne 
puisse décider de la prépondérance du père ou de la mère ; 
mais ce serait une erreur de croire que cet état natif des 
facultés séminales des auteurs soit l'unique circonstance 
qui préside à la mesure des représentations ; tous les 
rapports qu'il tend à établir entre elles peuvent être bou- 
leversés par la seconde circonstance dont nous avons 
parlé, Vénergie de développement et d^élat de la vie, c'est- 
à-dire de Vâge et de la santé des deux individus. 

L'AGE peut par lui-même rompre entre les deux au- 
teurs toutes les proportions constitutionnelles des puis- 
sances génitales ; quelles qu'elles soient , il existe, à la 
puberté, chez tout individu, un premier intervalle où 
elles n'ont pas encore atteint leur terme^extrême, et un 

{\) Roussel, Système physique et moral de la femme, %« part., p. 191 



D CmVKRSALlTÉ D* ACTION DES DEUX AUTEURS. 263 

seeond interyalle où elles l'ont franchi : entre ces deux 
intervalles de leur déyeloppement, elles sont en quelque 
sorte à leur apogée et ces trois périodes, ayant ainsi 
chacune leur degré d* énergie, et ne se rencontrant pas 
tonjoars au même point, chez le père et la mère, sont de 
nature à donner, selon le caractère de leur cor- 
respondance, la supériorité de représentation à l'être 
constitué pour être le plus faible et l'infériorité à l'être 
constitué pour être le plus fort (1): les produits d'un 
vieux mâle et d'une jeune femelle ressemblent d'autant 
moins au père qu'il est plus décrépit et que la mère est 
pins vigoureuse, et ceux d'une vieille femelle et d'un 
jeune mâle ressemblent d'autant moins à la mère qu'elle 
est plus vieille et qu'il est plus vigoureux (2). C'est un 
fait que Girou de Buzareingues a mis complètement hors 
de doute (3). 

La nature même s'oppose, en ce qui dépend d'elle, 
à la génération dans ces conditions de disproportion 
d'âge entre les deux auteurs, soit par l'ayersion in- 
stinctive qu'elle éveille , de la part du plus jeune , 
qoand l'inégalité d'âge est très - prononcée , comme 
dans Tespèce humaine ; soit par les différences que , 
dans d'autres espèces, elle met entre l'époque du rut, 
selon les âges : ainsi le rut des vieux Cerfs arrive dès 
la seconde moitié de septembre, celui des Cerfs de moyen 
âge dans la première quinzaine d'octobre, et celui des 
jeunes vers la fin de ce dernier mois, de manière qu'il 
n'y a que les sexes de même âge qui s'accouplent ensem- 
ble. Le même phénomène s'observe chez certains oiseaux, 

(1) Lafont-Pouloti, ouv. cit., p. 122. —Groguier, ouv, cU.j p. 235. 

(2) Girou, ouv, cit., p. 133. 

(3) Idem, ouv. cit., p. 226-230. 



264 BÉDUGTION DES FORMULES A LA LOI 

le Faisan, par exemple, et chez certains Poissons, tels 
que les Cyprinus Gibelio et Brama (l). 

La santé, par elle-même, a la même influence : la vi- 
gueur relative de son état actuel, entre les deux auteurs, 
peut changer à la fois dans la génération les proportions 
des forces respectives de la vie, les proportions des forces 
respectives des âges du père et de la mère, ce On ne sait 
pas assez, dit Grognier, jusqu'à quel point Tétat dans le- 
quel se trouvent les reproducteurs, au moment de la 
copulation, influe sur les produits, quelles que soient 
d'ailleurs les qualités physiques et morales qui les dis- 
tinguent ; il est prouvé, en effet, qu'indépendamment des 
qualités dont ils sont doués, Véiat actuel de santé ^ de 
bien-être^ de gaieté^ dans lequel ils se trouvent au temps 
de la monte, exerce sur les produits une grande in- 
fluence. C'est là une condition à laquelle les éleveurs et 
les maîtres de haras n'attachent pas une assez grande 
importance.»!! recommande donc, par cette raison, d'ap- 
porter la plus grande douceur dans le traitement de tous 
les animaux à l'époque de la monte et de ne point livrer 
les reproducteurs à la copulation avant l'acclimatement, 
parce qu'un animal transplanté reste dans une situation 
pénible, aussi longtemps qu'il n'est pas accoutumé aux 
circonstances nouvelles qui lui sont imposées (2j. Tous 
les physiologistes et les pathologistes tiennent le même 
langage, et Girou de Buzareingues, dans les applications 
des règles qu'il a tracées, ne manque point de faire jouer 
un rôle capital au même ordre d'influences, sur la confor- 
mation et le sexe du produit (3). 

(l)Burd.,t. lï, p. Î35. 

(2) Cours de multiplication et de perfectionnement des principaux ant- 
maux domestiques, p. 229, 249, 250. 
{%)Dela Génération, ch. ix, art.ii, g 1 et 2, p. 226, 286 et 805. 



d'universalité d'action des decx auteurs. 265 
3"^ Mais il est d'autres états plos accidentels et plus 
transitoires, soas Tinflaence desquels s'exerce le coït, et 
des faits positifs démontrent que ces états, si passagers 
qu'ils soient, ont un empire énorme sur la prépondérance 
des représentations de Tun ou de l'autre facteur. 

Tons ont leur origine dans la dernière des trois cir~ 
constances générales dont nous ayons parlé, dans Vénergie 
inaction et d'exaltation momentanées de l'être, à l'instant 
du coït. Cette exaltation s'entend de l'une et de l'autre 
sphère de l'existence : elle est physiologique , elle est 
psychologique ; la première développe l'épanouissement 
de tontes les puissances vitales^ la seconde celui de toutes 
les puissances mentales de l'organisation. 

Nous n'avons pas ici à nous appesantir sur l'importance 
de cet état d'exaltation, dans la reproduction séminale de 
la vie : la nature nous l'indique par la loi qu'elle s'impose 
de le développer et par les mille aspects sous lesquels 
eUe le montre. Il n'y a point de règne, point d'espèce, 
point d'êtres où la fécondation s'accomplisse sans trans- 
port: la température du végétal s'élève (1) ; la fleur s'é- 
panonit, exhale ses parfums et prend, en quelque sorte, 
du mouvement et de l'àme (2) ; la robe du reptile, le 



(1) Cet accroissement de chaleur, observé par Lamark et Bory de 
Saint-Vincent, contredit par Raspail {Nouveau système de physiologie 
végétale, t. Il, p. 218), et d'après Burdach, confirmé par Gœppert, n'est 
nulle part plus sensible que dans Y Arum cordifolium : la spathe de cet 
Amm fit monter le thermomètre de 21 degrés qu'il indiquait à l'air libre, 
iosqu'à 45 degrés. 

(2) Outre leurs différents modes de déhiscence, les anthères d'un grand 
i^ombre de plantes, du Lis superbe^ de la Tulipe, de V Amaryllis formo- 
fittima, de plusieurs Pancratium, du Butome ombelle^ des Rues, des 
Capucines, des Dictâmes, des Kalmia^ de la Belladone, des Renoncula^ 
<!*», etc., manifestent encore des mouvements très-sensibles. — H. Lecoq, 
Ottt. cit., p. 3 et 4. — Voyez aussi dans V Histoire de l'Académie des Scten- 



266 RÉDUCTION DES FORMULES A LA LOI 

plumage de l'oiseau (l), le pelage du mammifère, l'écaillé 
du poisson, fleurissent, pour ainsi dire, comme la corolle 
des plantes, reçoivent de nouvelles teintes, ou de nou- 
velles parties (2) , ou brillent tout àcoup de plus vives cou- 
leurs; toutes les fonctions se développent,toutes les facultés 
s'érigent jusqu'à l'extase et puisent dans cet élan au delà 
d'elles-mêmes une force surnaturelle, car elle est supé- 
rieure aux conditions les plus essentielles de la vie. 

Les Coléoptères et les Hémiptères sont imperturbables 
dans leur accouplement ; les Phalènes restent unis, même 
lorsqu'on les transperce ensemble d'une épingle; le 
Scarabée nasicorne se laisse mettre en pièces plutôt que 
de quitter sa femelle (3). Les Limaçons sont comme tota- 
lement insensibles (4) ; la Grenouillé en chaleur avale 
impunément l'acide arsénieux à une dose mortelle en 
tout autre moment (5) et demeure indifférente aux pi- 
qûres, aux brûlures (6), à l'arrachement des membres (7), 
à l'ablation de la tête, sans interrompre la ponte ni la 

ceSj 1787, p. 468, les observations de Desfontaines, et Burdach, owt?. 
cit.f t. lï, p. 13-17. — Voyez aussi Virey, de la Physiologie dans ses rap- 
ports avec la philosophie, p. 231-222. 

(1) Le mâle du Loxia Oryx, de brun grisâtre qu'il est, ainsi que sa fe- 
melle, dans tout autre temps de l*année, devient d'un rouge foncé, avec 
le ventre et la gorge du noir le plus brillant : le ventre du Bouvreuil et 
duLinot de vigne devient écarlate, etc., les caroncules faciales du Fai- ' 
san, du Dindon, du petit Tétras, sont d'un rouge de feu. 

(2) Les écailles de quelques espèces de Cyprins {Cyprinus erythroph- 
thalmus et Brama) se couvrent d'excroissances pointues ; les nageoires 
d'autres espèces, de taches noires ; — les mâles des Salamandres (exi- 
gua et platycauda) acquièrent, à cette époque, une membrane nata- 
toire, tachetée de noir, entre les doigts des pattes de derrière ; il pousse 
au Faisan des plumes vertes aux oreilles, etc. Voy. Burd., locjiit. 

(3) Swanmierdam, Bibel der Natur, p. 126. 

(4) Haller, Elément physiol, t. VIII, p. 265. 

(6) Gehlen, Journal fuer die chemie, t. VII, p. 280. 

(6) Spallanzani, Expériences sur la génération^ p. 288. 

(7) Naturgeschichte des Frœsche, p. 5. 



d'universalité d'action des deux aoteubs. 267 

fécondation (1) ; le Crapaud accouplé, se laisse enlever les 
cliairs et couper les cuisses (2), sans se détacher de la fe- 
melle qu'il embrasse et, mutilé de ses pattes antérieures, 
la ressaisit de ses moignons sanglants (3) ; au plus haut 
paroxysme de cet état d'orgasme, le Coq de bruyère perd 
l'ouïe et la vue et, insensible au bruit du fusil du chas- 
seur, reste, après comme avant le coup qui Ta manqué, 
les deux ailes pendantes, la queue étalée, tout le corps 
frémissant sur la branche isolée où il se tient perché, en 
répétant encore ce bizarre cri d'amour que les Allemands 
nomment falzen, parce qu'il ressemble au bruit d'une 
faux qu'on aiguise (4). Dans le même état de rut, des 
Chiens souffrent sans se plaindre les coups les plus vio- 
lents; des Cerfs et des Renards, le poumon et le cœur 
trayersés par la balle ou la lame du couteau, la peau et la 
trachée- artère détachées jusqu'à la poitrine, gardent* la 
^e et le mouvement (5), etc ; en un mot, le transport de 
toutes les puissances, l'érection de l'organisation tout 

(1) Spallanzani, loc. cit., p. 2S9. 

(2) Idem, loc. cit.j p. 86. — Expériences répétées par le professeur 
Magendie, au collège de France. 

(3)Id., Zoc.ciY., p. 85. 

(4) Valmont-Bomare, ouv, cit,, t. IV, p. 66. 

(5) Un cerf en rut, qui avait eu le cœur traversé d'une balle et reçu un 
coup de couteau au défaut de Tépaule, se remit sur ses jambes et courut 

' encore une centaine de pas ; un second cerf, dans le même état, blessé 
d'un coup de feu dans le corps, de trois coups de couteau au défaut de 
l'épaule, d'un autre à travers le cœur, la peau enlevée, la trachée-artère 
détachée depuis le col jusqu'à la poitrine, relevait encore la tète et regar- 
dait autour de lui, et après la mort, on détermina de violentes convul- 
sions dans tous les membres en touchant aux testicules {Magazin fur 
àkmueste Entdekungen, t. VI, p. 78). Un troisième cerf en rut, à ce que 
rapporte Wildingen, le ventricule droit du cœur traversé par un coup 
de feu, et la tête par deux autres, se releva tout à coup, après être resté 
irois quarts d'heure immobile, et courut encore l'espace de quatre mille 
^'(Neujahrsgeschenk fuer Jagdhliehaber, 1794, p. 16. — DansBur- 
dach, trad. par Jourdan, t. II, p. 44.) 



268 BÉDUGTION DES FORMULES A LA LOI 

entière jusqu'à l'anesthésie à tout ce qui n'est pas la vo- 
lupté elle-même est, en quelque manière, la condition 
normale de Tètre, dans cet acte. 

C'est une sorte de crise ou d'orage qui se forme à l'ap- 
proche électrique des deux êtres qui s'attirent, et qui a 
besoin de la tension de l'atmosphère des deux existences, 
pour émettre l'éclair conducteur de la vie. 

Par ce qu'un tel état a d'extraordinaire et de général 
dans l'animalité, à la seule différence des degrés dans les 
êtres, on peut pressentir tout ce qu'il a d'influence. 

Il est vraisemblable qu'il est le complément indispen- 
sable à la perfection du coït et de l'œuvre prodigieuse 
qui s'y accomplit, le renouvellement de la création par 
la créature ; s'il l'est, il l'est de la part de l'un et de 
l'autre auteur : « Cette courte aliénation dans laquelle 
leur âme semble, pour un moment, passer tout entière 
dans le nouvel être qui en doit résulter, et les circon- 
stances physiques qui la précèdent^ sont peut-être, dit 
Boussel, une condition nécessaire, un acte propre à im- 
primer le sceau de la vie à l'ouvrage de la génération : 
comme un corps qu'on électrise, les molécules de la se- 
mence, reçoivent peut-être par là des propriétés qu'elles 
n'avaient pas encore (1). >» A quoi, demande Girou de 
Buzareingues, servirait l'état de chaleur de la mère, si 
les formations reproductives étaient complètes, indépen- 
damment de cet état (2)? 

Deux ordres de faits démontrent qu'elles ne le sont 
pas sans lui, ou du moins qu'elles n'ont pas, sans lui, la 
perfection dont elles sont susceptibles: 

Le premier est la rareté de la fécondation dans toutes 

(1) Roussel, Système physique et moral de la femme. 

(2) De la Générât ioriy p. 116. 



D* UNIVERSALITÉ d' ACTION DES DEUX AUTEURS. 269 

les circonstances où le coït s'affranchit de cet état né- 
cessaire ; 

L'obserration parait en être fort ancienne. Aetius est 
allé jusqu'à affirmer que tout coït contraint, chez la 
femme, est stérile. Sinibaldi répète que la fécondation est 
du moins plus rare et plus difficile dans cette circon- 
stance, ou si la femme se livre à l'acte dans les larmes (1). 
Quoiqu'il n'existe point, pour ainsi dire, d'état physio- 
logique ou pathologique des femmes que la brutalité de 
l'homme ait respecté, et qu'il n'en soit aucun où la co- 
pulation ne puisse être féconde, malgré l'absence de toute 
participation d'àme, comme la conception malgré la répu- 
gnance la plus prononcée de la femme pour l'homme, 
dansladouleur,dansleviol,dansrivresse,danslesommeil, 
dans le somnambulisme, dans la syncope même (2), n'en 
laisse point de doute , la proposition d' Aetius modifiée par 
Sinibaldi n'en reçoit point d'atteinte ; elle a pour elle le 
fait le plus général, et des observations directes la con- 
finnent : les filles publiques, chez qui le transport erotique 
n'est qu'exceptionnel, sont le plus généralement inaptes 
à concevoir ; Parent-Duchatelet ne porte pas au delà de 
iringt et un enfants le nombre des naissances annuelles, 
à.Paris, sur mille prostituées ; encore semblerait-il, d'a- 
près le même auteur, que le nombre si restreint des filles 
qui conçoivent appartienne surtout à celles dont la na- 
ture reste accidentellement ou volontairement dans les 
circonstances physiologiques et psychologiques de l'ac- 
te (3). Il en est de même, chez les animaux, de toutes les 

[\)S>\mhdi]ô\,Geneanthropeiœ, lib. Vï, tract, ii, ch. xr, p. 750. 

(2) Osiander, Handhuch der Enthindungskunstf t. II, p. 285. 

(3) Parenl-Duchatelet, de la Prostitution dans la ville de Paris, t. f, 
p. 230 et suiv. 11 y a toutefois, chez les prostituées, beaucoup plus de 
conceptions qu'il n'y a de naissances, parce que, d'après Fauteur lui- 



270 RÉDUCTION DES FORMULES A LA LOI 

causes qui tendent à les abolir ; quoiqu'une copulation 
forcée puisse être féconde chez eux, comme chez» l'homme, 
elle Test bien moins sûrement qu'un coït volontaire. 

C'est, dans l'espèce équestre, la raison générale de l'in- 
fertilité de la monte à la main, contre laquelle se sont 
élevés tant d'hippiatres, de Newcastle (1) , de SoUey- 
sel (2), G. S. Winter (3), Garsault (4) et, de nos jou^rs, 
Hartmann et Huzard père et fils ; les liens et le garrot 
produisent sur la jument l'effet du métier et de l'habitude 
sur la fille publique; ils éteignent la chaleur, l'infécondité 
suit : /{ n'est pas rare de voir, disait Huzard fils, la moitié 
des juments saillies de cette manière tumultiieusej anor- 
maie même, ne pas retenir. 

Le second ordre de faits est l'action qu'exercent très- 
manifestement les degrés relatifs de Torgasme erotique 
du père et de la mère sur la proportion de leurs représen- 
tations dans le mécanisme et le dynamisme du produit. 

Pour juger de l'influence des inégalités de participation 
de Tun et de l'autre auteur à cette extase physique et 
morale du coït, il suflBt d'un rappel aux principes qui 
précèdent. 

Nous avons établi que le mécanisme et le dynamisme de 
l'être, c'est-à-dire les deux sphères de l'existence vitale 

même, plusieurs avortent par le fait du métier ou de manœuvres crimi- 
nelles. 

(i) De Newcastle, Méthode et invention nouvelle de dresser Us chevaux^ 
trad. par Solleysel, in-4, Paris, 1677, cli. x, § 16, 17, 18. 

(î) De Solleysel, le Parfait mareschal, etc. 

(3) G. S. Winter, Traité pour faire race de chevaux, etc., traduit de la 
langue allemande en la latine, italienne et française, 1772, in-fol. 

(4) M. F. A. de Garsault^ le Nouveau parfait mareschal ou la connais- 
sance générale et universelle du cheval, deuxième édition, Paris, 1746, 
Sl« traité. Toutefois, en convenant des inconvénients de la monte à la 
main, de Gersaiilt ne va pas, comme les auteurs précédents et suivants, 
jusqu'à la proscrire. 



d'universalité d action des deux auteurs. 271 

qu'exalte le coït sont, en principe, appelées à se reproduire 
tontes denx, sons tons lenrs types, dans tous leurs élé- 
ments, dans tous leurs caractères (1). 

Nous avons établi qu'elles Tétaient tontes deux dans la 
proportion de leur énergie de nature et de développement 
entre les deux êtres (2). 

Nous avons établi, enfin, qu'elles nel'étaient, quelle que 
Mt leur puissance, que sous l'empire d'un état momentané 
d'orgasme et d'exaltation contagieuse de toutes les forces 
delà vie. 

Il ne peut donc se faire que rien de ce qui altère, d'une 
part, la proportion des forces physiologiques et psycho- 
logiques entre les deux auteurs, de l'autre, celle du 
transport organique auquel l'acte exige qu'ils s'élèvent, 
soit inactif sur la proportion respective des représentations 
du père et de la mère; il ne peut pas se faire que rien de 
ce qui enlèi^e ou ajoute au degré de cette exaltation, que 
rien de ce qui enlèTC ou de ce qui ajoute à l'intensité re- 
lative des caractères et des forces dont la vie leçoit l'ex- 
pression, puisse être indifférent à la physionomie, à la 
fidélité, et à la profondeur des participations compara- 
tives de l'un et de l'autre facteur. 

La logique, sur ce point, est en parfait accord avec 
l'expérience et la tradition. 

Le plus ou le moins de langueur, le plus ou le moins 
d'énergie de la participation, soit physique, soit morale, 
des deux sexes au coït, a été de tout temps regardée com- 
mean principe des inégalités de leur répétition dans l'être 
qu'ils engendrent. C'est une des opinions les plus accré- 
ditées parmi les anciens : Empédocle, Hippocrate, Aris- 

(I) T. I, «• pan., liv. II, ch. I et ii. 
(2)T.II,p. 56l,?64. 



L.^ 



272 REDUCTION DES FORMULES A LA LOI 

tote,etc., l'ont admise. Pline (1), Alexandre de Tralles(2). 
EdonNeufas (3), Fien (4), Sinibaldi (5), etc., etc., font 
même jouer le principal rôle à la disproportion dn con- 
cours cérébral des deux auteurs à l'acte : le premier, 
adoptant une idée d'Aristote, Ta jusqu'à rapporter à la 
mobilité de l'imagination de l'homme dans le coït la 
raison chimérique de la dissemblance entre les produits 
et les producteurs, dissemblance selon lui, plus commune 
chez les hommes qu'elle ne l'est chez les bétes; les antres, 
contre toute logique, appliquent la même doctrine à la 
théorie des contrastes si fréquents qu'offrent ayec leurs 
parents les fils des gens d'esprit et ceux des imbéci- 
les ; et ne s'aperçoivent pas que, dans leur hypothèse, 
si les hommes d'esprit peuvent, par distraction, on, 
comme ils le prétendent, par une abstraction mentale 
dans le coït (6), faire des imbéciles, les sots, en apportant 
toute leur attention à se reproduire, ne peuvent faire que 
des imbéciles parfaits. 

Sans suivre les anciens jusque dans ces errements, 
les physiologistes et les observateurs modernes ont re- 
connu la vérité du fait qui en est la racine, c'est-à-dire 
l'influence des degrés d'énergie de l'un et de l'autre au- 
teur sur la génération, et par suite celle de toutes les 
circonstances physiques ou morales où le coït a sur- 
pris les deux êtres : Hufeland (7), Spurzheim (8), Gi- 

(l) Histor, nat., lib, VII, cap. xii. 
(î) Prim. lib., Problem. XXVllI. 

(3) Theatr. ingen. hum., lib. I, p. 334, 335. 

(4) De virihus imaginationis, p. 221 à 223 et 336. 

(6) Sinibaldi, Geneanthropeiœ, lib. VIII, tract. I, p. 885. 

(6) Tous répètent à Tenvi cette absurde hypothèse. II semble, à les lire, 
que les âmes d'élite choisissent ce moment pour traiter les plus hautes 
questions politiques, ou philosophiques, et s*occu perd 'affaires. 

(7) Hufeland, la Macrobiotique ou Vàrt de prolonger la vie, p. 283. 

(8) Spurzheim, Essai sur l'éducation,, p. 21 . 



D ÉGALITÉ d'action DES DEUX AUTEURS. 273 

rou (I), Hofacker(2), Burdach (3), s'accordent sur cet 
empire de l'état comparatif de force et d'excitation mo- 
mentanées delà yie entre les deux sexes. 

Les deux sexes, dit Girou, sont plus ou moins prédis- 
posés à la reproduction par les excitations des sens, de 
l'imagination, de la vie extérieure, en un mot, ou par 
l'exubérance de la vie intérieure, et chaque sexe se repro- 
duit spécialement sons les influences de la vie prédomi- 
nante à l'époque de l'accouplement (4). Burdach, comme 
lai, décerne la prépondérance à celui des deux sexes qui 
déploie le plus d'énergie, tant sous le rapport physique 
que sous le rapport de l'imagination dans l'acte, et le pré- 
cédent auteur s'empare de ce principe pour faire varier 
l'effet de l'énergie supérieure, selon que l'exaltation do- 
minante provient des sens, ou de l'exercice, de l'alimenta- 
tion et du tempérament (5). Les vétérinaires confirment 
la même loi,- tout cheval qui se montre, dit Lafont-Pou- 
loti, paresseux à la monte^ fait perdre du temps aux ca- 
vales et ne procrée que des individus faibles et mal 
constitués; il faut s'en défaire (6). La nature, par d'autres 
voies, suit le même procédé d'élimination, elle éveille 
entre les mâles des espèces polygynes une jalousie et une 
rivalité terribles qui amènent toujours des luttes achar- 
nées où le plus faible est vaincu et où le vainqueur seul 
règne sur le troupeau des femelles conquises; il en est ainsi 
chezleCombattant, le Coq, le Petit Tétras, l'Outarde, etc., 
parmi les oiseaux ; chez le Bélier, le Bouquetin, le Cha- 

(l)Out?. cit., p. 118. 

(2) Ueher die Eigenschaften, etc., p. 101. 

{t)Ouv. de., t. II, p. 279. 

(4) Ue la Génération, îoc. cit. 

(5) Même ouvrage, p. 210 et 226-230.^ 

(6) Dictionnaire des sciences médicales, t. XXX, p. 378. 

II. 18 



274 REDUCTION DES FORMULES A LA LOI 

mois, le Cerf, le Taureau, le Loup, le Phoque, le Lièvre, 
le Lapin, le Chat, le Putois, l'Écureuil, la Taupe, chez les 
Mammifères. Les générateurs faihles sont de cette manière 
exclus de la génération (1). 

Mais comme la quantité momentanée de force et d'exal- 
tation du père et de la mère, dans la copulation, est un 
élément presque incommensurable entre les deux facteurs, 
on peut demander, non pas quelles raisons, mais quels 
faits il existe à l'appui de la réalité et de la profondeur 
de cet ordre d'influences ; on peut demander comment 
se démontre l'action qu'exercent sur le physique et le 
moral du produit non-seulement l'énergie relative des 
deux facteurs dans leur accouplement, mais encore la na- 
ture de la disposition instantanée de corps on d'âme qui 
vient s'y joindre? 

Toutes les preuves reposent sur la comparaison des qua- 
lités physiques ou morales du produit dans des circon- 
stances de la génération diamétralement contraires : ainsi 
l'état mutuel d'amour ou à' aversion entre les deux fac- 
teurs. 

Par une sorte d'accord , sanglante critique des 
mœurs ou des institutions, un grand nombre d'auteurs 
semblent s'être entendus pour faire du mariage et du con- 
cubinage les types naturels de ces états extrêmes : 

Une tradition populaire, dit Roussel, veut que les en->- 
fants illégitimes aient plus d'esprit et de sagacité que les 
autres, etc. (2). Ce n'est pas simplement une tradition, 
c'est une opinion développée et regardée par plusieurs 
écrivains comme un fait positif et prouvé par l'histoire. 



(1) Burdach, Traité d$ physiologie, t. II, p. 66. 

(S, Système physique et moral de la femme^ p. 195, 196. 



D'iGALITÉ d'action DES DEUX AOTEUBS. 275 

Cardan (l), Vanini (2), Pontus Heuterus (3) et, plus tard, 
LeCamus (4), Virey (5), Demangeoa (6), Grimaud et Mar- 
tin Saint-Ange (7), ont adopté cette thèse, en se fondant, 
les ans sur l'expérience directe, les autres sur le nombre 
et le rang des bâtards, parmi les hommes célèbres. Il sem- 
ble, en vérité, à les lire, qu'il suffise de naître hors ma- 
riage pour recevoir en naissant tons les dons de la figure 
ettous ceux du génie. Vanini, sur ce point, pousse la con- 
viction jusqu'à l'enthousiasme, jusqu'à regretter de n'être 
pas un enfant de l'amour : 

> utinam ! dit-il avec une licence que le latin seul peut 
« rendre, ô utinam! (hoc erat somnium), extra legitimum 
« ac connubialem thorum essem procreatus : ità enim 
« progenitores mei in venerem incaluissent ardentius, ac 
" cumulatim affatimque generosa semina contulissent ë 
«^ quibus ego formœ blanditiem et elegantiam, robustas 
« corporis vires, mentemque innubilam consecutus fuis- 
« sem ! At quia conjugatorivn sum soboles, bis orbatus 
< sum bonis : sanèpater meus, etc., etc. (8). » La raison 
qu'il en donne est qu'il n'a point encore vu d'enfant na- 
turel qui ne fût de la plus remarquable vigueur de corps 
oa d'âme et, au cynisme près du temps et du langage, 
son explication de ce fait digne de remarque, dans ce 



WDeSubtilitate. 

{i]De admirandis naturœ regiiiœ deœque mortalium arcanis, lib. III, 
dialog. XLVIII, De tactuet titiUatione, p. 320, 321. 

{l)Traetatu8 de libéra hominis nativitate seu de liberis natura* 
I9mi. 

[k) Médecine de Vesprit, 1. 1, p. 310. 

(6) ire de perfectionner Vhomme, t. II, p. 95. 

(6) dupouvoir de Vimagination, p. 537. 

(7) Physiologie delà génération^ p. 250. 

(8) Otttï. cit., loc. cî*.— Suivent les détails des circonstances où il ima- 
gine a\oir été engendré par ses parents. 



276 RÉDUCTION DBS FORMULES A LA LOI 

qu'il a de réel, est la même qu'en proposent tous les au- 
tres auteurs, sans en excepter les physiologistes de ces 
dernières années (1) : tous, d'une commune voix, le rap- 
portent, comme lui, à une exaltation plus intense et 
plus chaude de toutes les forces physiques et morales de la 
vie , chez le père et la mère, à Tinstant du coil] tous disent 
avec lui , avec Le Camus , Roussel , Grimaud , Martin 
Saint- Ange, etc., que les fruits d'un amour où l'esprit et 
les sens sont au plus haut degré possible d'éréthisme, doi- 
vent porter une empreinte du transport erotique des fa- 
cultés du corps et de l'àme déployées pour communi - 
quer l'être; au lieu, pour nous servir de leurs expres- 
sions, que les enfants qui proviennent des embrassements 
langoureux d'un amour indolent, parce qu'il est licite et 
plein de sécurité, se ressentent de l'inertie d'àme et de 
la nonchalance avec laquelle ils ont été conçus (2). 

D'autres auteurs, par une contradiction curieuse, s'em- 
parent du même principe, c'est-à-dire de ce même empire 
des circonstances et des dispositions momentanées de 
l'acte, pour rejeter, les uns l'explication du fait, les au- 
tres le fait lui-même. 

« D'où vient, dit Sinibald, que la très -grande partie 
des enfants naturels apportent à la vie des mœurs si dé- 



(1) Il suffit de comparer leurs explications et celle de Vanini qui s'ex- 
prime en ces termes : « Gujus mihi ratio ea \idetur esse, quod omnia 
large et effusè ex paternis lurabis ac visceribus sunt consecuti, nec io 
furtivo illo ac clandestino concubitu, parce, jejunè, tenuiter, sed affluen- 
ter natursemunera illis infusa sunt. Cum enim uterque avide se expiera 
libldine gestiat ac prodigaliter in amplexus atque oscula proruat, totîs- 
que viribus acprofusè in propagande sobole incumbat,/t^ ut omnia quœ 
in conceptu necessaria sunt cumulatè perficiantury nec quicquamin 
hoc negotio desideretur, etc. » — Op. etloc. «7., p. 320. 

(2) Grimaud et Martin-Saint- Ange, ouv, cit,, p. 250. Voy, aussi Le Ca- 
mus et Roussel; aux papsoges indiqués. 



D EGALITE D* ACTION DES DEUX ACTEURS. 277 

prayées? Éyidemment de ce qae le coït illicite où ils ont 
puisé Fètre s'accompagne de crainte, de sentiment de la 
faute, de remords de conscience, d'anxiété d'esprit : cet 
état de désordre passe dans le sang et la semence, et ne 
peut engendrer qu'une race désordonnée (l). >» 

Burdach, de nos jours, en partageant l'idée des auteurs 
précédents sur la grande influence des circonstances phy- 
sicpes et morales qui président à 1^ génération, émet une 
opinion analogue, pour le fond, à cette de Sinibald. Il 
couyient, il est vrai, que les enfants de l'amour ont plus 
d'esprit, de beauté et de santé que les autres, mais c'est 
pour ajouter qu'il ne faut point, par un euphémisme ab- 
surde, réserver surtout cette épithète aux enfants natu- 
rels, car l'expérience, dit-il, établit le contraire à l'égard 
des derniers (2). 

Si l'on est, des deux parts, d*accord sur le principe, 
l'action des circonstances et des dispositions physiques et 
morales du père et de la mère à l'instant du coït, on ne 
Test point, comme on le voit, sur la nature des faits qu'on 
choisit des deux parts pour en donner la preuve. Nous 



(1) « Undè in semine et sanguine exoitatus tumultus tumultuosam 
« quoque effingit progeniem. » Sinibaldi, ouv. eit,, p. 835. 

(8) Ouv. cit., t. II, p. 258. — On s'est appuyé pour soutenir la même 
thèse sur les enfants trouvés qui dans l'opinion de beaucoup de person- 
nes sont natureUement plus disposés aux vices que les autres enfants. 
Nous ignorons si les comptes rendus de l'administration de la justice 
criminelle prouvent cette assertion ; mais le fait, fût-il vrai, n'a pas toute 
}a portée qu*on lui a supposée. L'abandon d'un enfant témoigne en gé- 
néral d'une dégradation trop grande des deux parents pour qu'on puisse 
tenir compte ,de l'amour qu'ils s'inspirent, et il est bien plus simple de 
rapporter les vicieuses inclinations des fruits de semblables unions à 
rhérédité du mauvais naturel de leurs pères et mères^ qu'aux circon- 
^Dces où ils ont été conçus. D'autre part, il est malheureusement 
prouvé qu'un très-grand nombre d'enfants trouvés sont des enfants lé- 
guimcs. Foy. sur ce sujet Tanneguy Duchâtel, De la Charité, i vol. in-8. 






278 RÉDUCTION DES FOBMULES A LA LOI 

sommes, sur ce point, entre deux thèses contraires : la- 
quelle des deux admettre ? 

L'une et l'autre sont vraies, l'une et l'autre sont fausses 
dans certaines limites. 

Premièrement, il faut faire dans la constitution et dans 
le naturel des enfants légitimes ou illégitimes^ la part du 
naturel et de la constitution du père et de IS mère dont 
l'organisation reste plus ou moins active sur celle du pro- 
duit, quels que soient les états et les circonstances où die 
se transmette ; or, cette part eu elle-même est indétermi- 
nable : elle exigerait une statistique exacte et le tableau 
comparé du signalement physique et moral des auteurs 
des deux catégories. 

Ce n'est nullement, ensuite, la légitimité ni Pill^iti- 
mité des naissances en elles-mêmes qui décident la ques- 
tion : la réalité de l'empire de l'attraction et de la répal- 
sion sympathiques des parents sur le produit admise, c'est 
l'état d'aversion ou d'amour réciproque du père et delà 
mère, qu'ils soient illégalement ou légalement unis. 

Or, dans l'état des mœurs de nos jours, chez les peuples 
les plus civilisés, non-seulement dans les villes, mais en- 
core et surtout au milieu des campagnes, on ne peut, 
sans fermer les yeux à la lumière, nier que le mariage 
soit, dans la grande et très-grande majorité des cas, autre 
chose qu'une affaire où l'intérêt a pris la place de l'attrac- 
tion et de la sympathie mutuelle des deux personnes. Au 
lieu d'un nœud vital qui confonde deux âmes, ce n'est 
qu'un lacs d'argent serré sur deux fortunes. Si large que 
l'on fasse la part des exceptions où l'affection mutuelle 
des époux ratifie le contrat des familles, ou se développe 
par le lieu si puissant des enfants, un grand nombre des 
derniers n'en est pas moins placé, quant aux circon- 



d'égalité d'action des deux auteurs. 279 

stances et aux dispositions les pins essentielles de Tacte 
où ils puisent l'être, sotis l'inflaence des plus vicieuses 
conditions, pour la santé, l'esprit, la beauté, ces présents 
du ciel et de la vie, qui engendrent l'amour et qui nais- 
sent de lui : * quand les parens ont de l'aversion l'un 
« pour l'autre, ils produisent, dit Burdach, des formes 
« désagréables ; leurs enfants sont moins vifs, ils sont 
« moins dispos. » 

Dans le même état des mœurs, il est incontestable qu'un 
très-grand nombre d'enfants naturels sont conçus sous 
d'aussi malheureuses constellations et sont on ne peut 
plus improprement nommés les enfants de V amour; la dé- 
pravation et le goût de la débauche sont les tristes étoiles 
qui, la plupart du temps, président à leur naissance, si- 
nistres influences, qui pénètrent de toutes parts leur orga- 
nisation et y gravent partout leur déplorable empreinte, 
car la débauche et la dépravation n'engendrent le plus 
généralement que des êtres faibles de corps et faibles 
d'esprit. 

Enfin, d'autres enfants naturels, en grand nombre, qui 
échappent à l'empire de toutes ces circonstances, rentrent 
tous, plus ou moins, dans les mêmes conditions de gêné- 
Tation que les légitimes. . 

Si nous éliminons ainsi les deux extrêmes des opinions 
contraires, il ne reste de prouvé que le fait général sur 
lequel elles s'accordent : l'empire des circonstances et des 
dispositions physiques et morales du père et de la mère ' 
dans la copulation ; que la formalité légale ait consacré 
ou n'ait point consacré l'union des deux auteurs, ce qu'il 
y a de réellement actif dans les deux cas, sur le caractère 
de la vie qu'elle éveille, c'est, dans le coït même et indé- 
pendamment de la natui'e des auteurs, les états relatifs de 



r 



280 RÉDUCTION DES FORMULES A LA LOI 

folrce, de santé, d'âge, d'exaltation, d'aversion ou d'amour 
réciproque qu'ils s'inspirent. 

Mais il existe de ce fait une autre démonstration plus 
décisive encore et qui sera présentée plus loin(l) dans 
cet ouvrage ; nous verrons que non-seulement l'empire 
des cir4X)nstances et des dispositions momentanées de Pun 
ou de l'autre facteur influe sur l'énergie comparative des 
deux représentations, mais qu'il va quelquefois jusqu'à 
reproduire dans la progéniture les états de la vie du père 
ou de la mère à l'instant du coït. 

§ II. — De la dérogation naturelle des auteurs aux conditions posées. 

Si maintenant, de l'analyse des circonstances actives 
dans la génération sur la nature de l'être, on se reporte 
un moment aux conditions premières de leur équilibre 
entre les deux auteurs, on conçoit aussitôt tout ce que le 
principe de l'égalité d'influence des deux sexes sur l'orga- 
nisation de la progéniture, laisse de place et crée de néces- 
sité à l'accidentel. 

D'après ce qu'on vient de lire, cet équilibre exige entre 
les deux parents : l'égalité de puissance de l'organisation ; 
l'égalité d'âge et de santé de la vie; l'égalité d'action et 
d'exaltation de toutes les forces de l'être dans la copulation. 

Ces trois conditions sont-elles, dans tous les cas, d'une 
exécution possible entre les deux êtres? le père et la mère, 
d'espèce différente ou d'espèce semblable, les accomplis- 
sent-ils toutes d'une manière absolue^ constante et géné- 
rale dans leurs accouplements? 



(1) Voir à la partie suivante, au point où nous traitons de la répétition 
séminale des états momentanés de la vie. 



d'égalité d'action DBS DBOX AUTEURS. 281 

I. — Impossibilité de rexécution constante et générale des conditions 
posées. 

r Rien de plas simple, à ce qa'il semble, dans une 
même race, dans une même espèce, que d'assortir les 
âges; mais Page ne répond point toujours, chez les au- 
teurs, à une même époque de la puberté et, tout en te- 
nant compte des données générales qui fixent la moyenne 
de son développement à un âge marqué pour chaque es- 
pèce ou race, il n'en est pas moins vrai que, dans ces li- 
mites mêmes, il se rencontre encore beaucoup d'individus 
chez lesquels, au même âge, la puberté avance, et un 
grand nombre d'autres chez lesquels elle retarde. L'as- 
sortiment des âges n'est donc pas exempt de toute diifi- 
calté, et, réduit à lui seul, le chiffre des années expose à 
des méprises (i). 

2^ n n'est pas non plus si simple qu'on l'imagine d'as- 
sortir les états de vie et de santé des deux générateurs ; on 
n'atteint point ce but en accouplant deux êtres qui se 
portent bien, ni même en ajoutant à cette précaution celle 
d'unir des tempéraments qui se ressemblent ; les tempé- 
raments en apparence égaux ont des nuances infinies (2), 
et telle influence qu'ils aient ou puissent avoir sur le ca- 
ractère général de la vie, la bonne ou la mauvaise santé 
des deux auteurs peut dépendre chez eux de causes très- 
différentes ; la santé, d'autre part, n'est qu'un état relatif, 
partiel, intermittent, et non point un état absolu, con- 
tinu, ni intégral de l'être (3). Tels rapports qu'on sup- 

(1) Voy. l'Union affricole, n. 182. — Gustave de Baêlen, ouv. cit., p. 9. 
— Lafont-Pouloti, (wv. cit., p. il5. 
(t) Voy. tome I, 2« part., liv. I, p. 112-120. 
(8) Idem, part, ii. Ut. I, p. 116, 116. 




282 RÉDUCTION DES FORMULES A LA LOI 

pose OU cyai poissent exister entre les types qu'elle affecte 
chez deux individus, on ne peut jamais répondre, qu'à 
un moment donné, de leur analogie et, pour ce moment 
même, que d'une manière plus ou moins approximative, 
parce qu'il n'existe pas d'identité possible, sur tous les 
points de l'être, entre les modes fonctionnels d'oi^anisa- 
tions essentiellement distinctes et toujours plus ou moins 
dissemblables entre elles. 

3<> L'appareillement des forces organiques de la vie, 
entre les deux auteurs, est une condition qui souffre 
peut-être encore plus d'obstacles à remplir. Hous ne par- 
lonspas ici des obstacles qui peuvent tenir à ce qu'ily a de 
latent et d'incommensurable dans les énergies comparées 
des deux êtres; nous parlons de ceux qui tiennent aux 
inégalités patentes et constantes de puissance organique 
des deux générateurs. 

Entre générateurs d'une seule et même race, d'une 
seule et même espèce, les inégalités proviennent néces- 
sairement de la nature des sexes ou de la nature des 
individm. 

Les inégalités de puissance organique particulières aux 
sexes appartiennent à la classe des caractères médiats de 
la sexualité ; elles se rapportent à ceux de ces caractères 
qui sont attachés à la prépondérance, chez le mâle ou la 
femelle, d'une série d'éléments ou d'attributs de la vie 
communs à tous les deux. Variables à l'infini (1), selon 
les diverses classes du règne animal et , dans chaque 
classe, selon les genres et les espèces, il n'est point de par- 
tie du mécanisme ou du dynamisme des êtres où les faits 
ne nous montrent qu'elles soient applicables ; elles le sont 
à la taille, à toutes les proportions en largeur, en gros- 

(1) Tora.II, 3« partie, p. 157, 



d'égalité d* action des deux acteurs. 283 
seur, en longaenr dé la tête, du corps, des membres ou 
des organes (1) ; elles le sont encore au développement re- 
latif de toutes les facultés et de tous les instincts : 

Tantôt les palpes, comme chez les Arachnides^ tantôt 
les antennes ou les pinces, comme dans le Homard^ la 
Langouste et les autres espèces du genre Aslacus; ouïes 
pattes de devant, comme chez d'autres Cni5(acé« ; ou 
celles de derrière, comme chez les Cimbex et les Hydro- 
philes; ou les ailes, comme chez les Papillons^ V Abeille et 
une foule d'oiseaux ; ou les huppes, comme chez plu- 
sieurs Ardea, ou les cornes, comme chez le Rhinocéros, 
le Renne^ le Bouquetin, le Chamois^ sont plus volumi- 
nenses et plus fortes chez les mâles ; dans d'autres genres 
et espèces, les pattes, comme chez les SpheXy ou les an- 
tennes, comme dans le Cancer gammarus, ou les serres et 
les ailes, comme chez les Rapaces^ ou les forces électri- 
ques, comme chez la Torpille j V Anguille de Surinham (2), 
OQ les instincts et les facultés des femelles, comme chez 
le Cheval, le Chien, le Chat et le Renard, dépassent en 
développement et en force ceux des mâles. Dans notre es- 
pèce même, ainsi que dans la grande partie des mammi- 
fères, le pôle cérébral (3) et la capacité des principaux 
viscères, le cœur, les poumons, le foie, l'estomac, la vessie, 
le système osseux, le système musculaire, le système vas- 
colaire, le système cutané, prédominent chez l'homme, 
avec toutes les forces qui leur correspondent : la force 
respiratoire, la force circulatoire, la force digestive, l'ir- 
ritabilité, la puissance physique, la puissance motrice, la 



(1) Id.j id., loc. cit, 

(2) Virey, Histoire des mœurs des animaux, t, I. 

(8) Idem, De la Physiologie dans ses rapports avec la philosophie, 
p.87,9i. 



284 RÉDUCTION DES FORMULES A LA LOI 

puissance vocale, la puissance mentale; tandis que le 
tissu cellulaire, le tissu adipeux, le système lymphatiqnç, 
le système génital (l), le système nerveux de la vie inté- 
rieure (2), la sensibilité, Tinstinct, sous toutes les formes, 
l'emportent chez la femme. 

En transpirant ainsi, tantôt dans l'un, tantôt dans 
l'autre des systèmes de l'organisation, la sexualité inves- 
tit tour à tour le mâle et la femelle d'une prépondé- 
rance qui, dans une même espèce, va d'un des sexes à 
l'autre, selon les parties, ou, pour les mêmes parties, d'un 
des sexes à l'autre, selon les espèces : le mâle est donc tou- 
jours plus fort que la femelle, à tel ou tel égard, et la fe- 
melle que le mâle, à tel autre égard. 

Les inégalités de puissance organique qui dépendent 
uniquement des individus sont encore plus diverses, plus 
nombreuses, plus mobiles; elles ne sont plus seulement 
variables selon les sexes, ni selon les espèces, mais, dans 
les mêmes sexes et les mêmes espèces, variables selon les 
êtres et sujettes à se porter indifféremment, du mâle à la 
femelle, sur tous les caractères libres ou indépendants de 
la sexualité (3). Or, comme il n'y a point de ressemblance 
de forme, si parfaite qu'elle puisse être, qui soit tout à 
la fois absolue et totale entre deux personnes ni qui 
puisse s'élever jusqu'à l'identité extérieure des deux 
êtres (/i), il n'y a point non plus, il n'y a jamais, entre 
deux individus, de ressemblance de force qui soit sur tous 
les points complète et générale, ni qui puisse s'élever 
jusqu'à l'identité intégrale et réelle des puissances des 
deux êtres ; l'énergie permanente des forces radicales 

(1) Virey, auv, cte.,p. 87, 91. 

(3) Burdach, ouv, cit., tom. I, p. 384, 885. ^ 
(8) Voy. plus haut, t. II, p. 66-175. 

(4) Tom. I, p, 119, ISO et p. 572, 578. 




d'ÉGAUTÉ d'action des deux ALTEIRS. 285 

diffère nécessairement et plus ou moins entre eux, comme 
entre tous les sujets, comme, chez le même sujet, diffère 
la proportion des forces agissantes dans les divers 
organes (I). 

L'on et l'autre facteurs ont donc tous deux, en dehors 
des caractères médiats de la sexualité, la supériorité ou 
rinfériorité de puissance organique sur un point ou sur 
Taulre. 

4* Mais dans Thypolhèse même d'une parfaite harmo- 
nie et d'une égalité parfaite entre tous les deux des forces 
de deux êtres, il reste une circonstance tout aussi décisive 
sur la prépondérance du père ou de la mère et qui, de sa 
nature, échappe à l'équilibre : c'est celle des états momen- 
tanés de la vie, à l'instant du coït. 

Considérons-nous, dans chaque individu, les deux 
ordres de puissance que le coït exalte, l'activité vitaJcj 
l'activité mentale, nous voyons qu'elles sont rarement 
en harmonie, dans l'état le plus calme et le plus na- 
turel; elles manquent donc, dans tout être, de la pre- 
mière condition pour s'élever chez lui au même degré 
d'extase ; 

Les considérons-nous chez deux individus différents, il 
devient plus difficile encore qu'elles s'équilibrent entre 
elles ; 

Les considérons-nous, enfin, dans le coït, c'est à-dire 
dans l'orgasme le plus convulsif et le plus profond de la 
vie, nous devons nécessairement retrouver entre elles les 
mêmes disproportions dans chaque individu et, à plus 
forte raison , entre les deux sexes (2) . 

Il peut arriver et c'est d'expérience que, de la 

(1) Tom. ï, part. 2, liv. I, ch. I, p. 182-120. 

(2) Girou, Ouv. cit., p. 118. 



286 liDDcneii ms FOunjLBs a la loi 

part de chaque sexe, le coït s'accomplisse sous la prépon- 
dérance de Fone on de Tantre forme d'actiyité de Fètre; 
il peut arriver que le mobile n'en soit point, chez le père 
et la mère, de la même natare ; que le premier soit placé 
i^oos Tempire da physique, la seconde sous celui du mo- 
ral de l'amour : dans tous les cas, enfin, le prindpe en 
action f ùt-il le plus semblable entre les deux êtres, il peut 
exister dans Fexaltation et l'épanouissement des forces re- 
productives les plus extrêmes contrastes ; ces forces peu- 
vent, pour Finstant, sous une forme ou sous Fautre, chez' 
le père ou la mère, être dans Finertie et elles y sont 
souvent, surtout dans l'un des sexes : la femelle peut 
ne faire que recevoir le mâle et la femme, par exem- 
ple, selon une énergique expression de Grimaud et de 
Martin Saint-Ange, ne pas aller au delà du pati hoini- 
nem (1); ces forces, enfin, sont-elles érigées des deux 
parts, elles peuvent présenter, sous une forme ou sous 
Fautre, dans leur déploiement, des disproportions fla- 
grantes d'énergie. 

L'égalité complète de concours séminal et de participa- 
tion dynamique des auteurs à la copulation est donc une 
circonstance qui, plus que toutes les autres, échappe a 
l'absolu et se soustrait toujours, dans un degré quel- 
conque, à la loi d'équilibre : bien loin d'être constante 
ni d'être générale, elle n'est qu'exceptionnelle. 

Quant à la réunion simultanée, chez deux individus 
distincts, de toutes les circonstances qu'on vient d'énu- 
mérer, on peut poser en fait qu'elle touche à l'impossible 
et qu'elle n'existe pas dans un seul cas donné; les 
générateurs s'en écartent toujours sur un point ou sur 

(1) Ouv.dt.^hc. cit. 



D'ÉGALITi D^ ACTION DES DEUX AUTEURS. 287 

l'autre, et n'évitent même pas de s'en écarter : les pas- 
sions, les caprices, les intérêts bouleyersent ici toutes les 
r^les ; la jeanesse ouvre les bras à la décrépitude, la 
force à la langueur, l'amour à l'aversion, la fleur de la 
santé à la maladie, et ce dégoûtant hymen de toutes les 
répulsions et des plus énergiques antipathies de corps et 
d'âme entre les êtres est, dans l'ordre social, le déplo- 
rable fait qui se met, à tout moment, à la place de la loi 
des rapports harmoniques de l'ordre naturel. 

II. — Raison des deux formules de Vinégaliti d^acUon des deux 

facteurs et retour de ces formules au principe de la loi 

d'égalité d'action du père et de la mère. 

Ainsi donc l'équilibre, hors duquel il n'est point d'har- 
monie possible entre le principe absolu de la loi d'égalité 
taction du père et de la mère et son expression dans la 
progéniture, se rompt, de mille manières, dans les circon- 
stances de la génération , entre les deux auteurs : les 
forces des deux sexes ne peuvent jamais être et ne sont, 
par le fait^ jamais égales entre elles : de toute nécessité, 
les circonstances d'âge ou d'état de la vie, ou d'énergie 
relative de l'organisation, ou de disposition et d'exalta- 
tion momentanées de l'être dans l'acte du coït, diffèrent 
entre les parents, et il n'est aucune de ces dérogations 
aux conditions posées qui n'ait ses conséquences, surtout 
la d^nière. 

Tout est actif en elle, et la diversité des participations 
et la diversité même de leur nature ; chaque sexeserepro- 
doit spécialement sous l'empire de la vie prédominante 
dans l'accouplement (l)et, si instantanées que soient les 
additions ou les soustractions spontanées de puissance 

(1) De la Génération, p. 118. —Girou dit même ailleurs, dans un ordre 



288 RÉDUCTION DES FORMULES A LA LOI 

entre les deux auteurs, dès qu'elles coïncident avec le 
moment même de l'incarnation des forces et de leurs 
types dans un nouvel être, il faut nécessairement qu'il en 
porte Tempreinte ; il faut que les états et que les degrés 
momentanés d'orgasme ou d'inertie de la vie, qui peuvent 
si complètement changer dans le coït toutes .les propor- 
tions naturelles des forces appelées à se reproduire ( I), se 
réfléchissent dans l'état et dans le degré des représenta- 
tions. 

Selon le degré dans lequel chaque espèce, chaque race, 
chaque sexe, chaque individu, satisfait, en un mot, ou ne 
satisfait pas à la condition ahsolue d^êquilibre de toutes 
les circonstances où l'acte s'accomplit, il y a égalité ou 
inégalité variable à Tinfini des participations du père 
et de la mère : 

L'équilibre supposé parfait et général entre toutes les 
énergies respectives des deux êtres, tous les caractères de 
la nature physique et morale du produit dériveront égale- 
ment, dans leurs ressemblances et leurs dissemblances, 
des deux générateurs : les parts de l'un et de l'autre à 
chacune des formules d'ÉLECxioN, de melaivge et de cçm- 
BiWAisoN, seront toujours égales ; . 

L'équilibre supposé total, mais imparfait, entre les éner- 
gies unies des mêmes auteurs, tous les caractères de la 
nature physique et morale du produit participeront plus, 
dans leurs ressemblances et leurs dissemblances, de celui 
des auteurs dont la force l'emporte : il prédominera dans 

d'idées et de distinclion que nous n'admettons pas entre la qualité d'ac- 
tion des deux sexes •• « Le mâle et la femelle qui se reproduisent Tun sous 
« les influences de la vie intérieure^ Tauire sous celles de la vie extérieure^ 
« concourent Tun et l'autre à renverser Tordre ordinaire de la trans- 
« mission des formes. » 
(1) Voy. plus haut, p. 274 -280. 



D ÉGALITÉ d'action DES DEUX ACTEURS. 289 

toates les formules cI'elegtion, de hélakge et de com- 
binaison. 

Véquilibre^ enfin, supposé partiel^ et, à divers degrés, 
par fait j imparfait^ nul, entre les deux énergies, l'être, se- 
lon la nature de chaque élément et le degré de chaque 
force entre ses deux auteurs, portera sur tous les points 
de la forme physique et de la forme morale de son exis- 
tence, l'empreinte des caractères que chacune des trois 
circonstances doit produire : 

Sur les points identiques à ceux où, chez le père et la 
mère, existait un parfait équilibre, régnera l'égalité des 
participations de l'un et de l'autre facteurs à chacune des 
formules ; sur les points identiques à ceux où l'équilibre 
était imparfait, prédominera la part du père ou de la mère 
à ces mêmes formules ; sur les points identiques à ceux 
oùla puissance du père ou de la mère aura naturellement 
ou accidentellement fait défaut absolu au concours sé- 
minal , se représentera seule dans la faculté, dans la par- 
tie, ou dans l'organe du produit, l'action du seul auteur 
actif dans l'impuissance ou l'inertie de l'autre. 

)** — Rapport des conditions essentielles de la loi d'égalité cl*action du 
père et de lamère avec les origines des théories contraires. 

Ces principes nous mettent sur la trace des causes d'une 
foule d'opinions contradictoires entre elles et rebelles à 
la loi que nous établissons. 

Beyenons en peu de mots sur ces hérésies, qui toutes 
ont pour base une prétendue loi dé prépondérance par^ 
tielle ou totale de l'un ou de l'autre auteur : 

Leur seul rapprochementest plein de révélations, et re- 
place, pour ainsi dire, delui-méme, sur la voie de la vérité. 

S'agil^il de la forme ? Nous avons vu Bomare et Lafont- 

Ponloti (1) s'accorder à donner la prépondérance sur ce 

(1) Nouveau régime pour les Haras, sect. 2, p. il, et 4' part., p. S60. 
n. 19 



290 RÉDUCTION ]>ES FOBMULES A LA LOI 

pointa la mère ; Vicq-d'Azyr et Grognier (1), la transpor- 
ter au père ; noas voyons Sinclair (2) attribuer la même 
prépondérance au mâle sur la taille, sur le poids et le vo- 
lume du corps ; Valmont-Bomare , Lafont - Pouloti (3), 
Gardini (4) , Grognier (5) , la rendre à la femelle sur la 
taille, sur le poids, sur le irolume du corps ; Sinclair, la 
restituer au premier des deux sexes sur les membres et 
sur les extrémités; Vicq-d'Azyr, Lafont-Pouloti , Gro- 
gnier, etc., en investir Taulre sexe sur les membres et 
sur les extrémités; Vicq-d'Azyr et divers agronomes, dé- 
cerner à Fauteur masculin la prééminence sur l'organi- 
sation intérieure du produit; Girou, la rapporter à l'au- 
teur féminin sur l'organisation intérieure du produit ; le 
même écrivain doter positivement le principe paternel 
d'une supériorité de représentation sur tous les éléments 
de la vie intellectuelle (6) ; sur les mêmes éléments de la 
vie intellectuelle, Buffon, fabricius, Burdach, Baillar- 
ger, etc. (7), doter d'une semblable supériorité de repré- 
sentation le principe maternel, etc., etc. On a, en un 
mot, alternativement enlevé et donné à chacun des deux 
sexes la prépondérance, comme on leur a aussi enlevé et 
donné l'action exclusive sur chacane des parties, chacun 
des caractères (8) et, par suite, sur l'ensemble de l'orga- 
nisation : car, d'organe en organe, de principe en prin- 
cipe, la contradiction a fait le tour de l'être. 

(1) Cours de multiplication et d'amélioration des espèces domestiques, 
ch. XV, p. «34. 
(ï) Agriculture pratique etraisonnée, 1. 1, p. 196. 

(3) Ouv.cit.,ip.%\. 

(4) Die ionnaire d'hippiatrique et â^équitation. Paris, 1845, p. 635. 

(5) Oui;. ciÏ., loc, dt. 

(6) Philosophie physiologique, ch. xviii, p. 310. 

(7) Recherches statistiques sur l'hérédité delà folie, (Bulletin de VAcad. 
royale de médecine, t. Xll, p. 76«.) 

(8) Voy. plus haut, t. II, liv. Il, p. 78-79. 



I>*iGALITÉ D^ACmOH MS IHEDX AiniOH. 291 

La contradictioa est, chesE d'aotres aateort, tmabée, 
de prime sant^ aa nom de l'expérieiiee et de Tobserya- 
tion, jusqu'à ce terme extrême : Garsault (1), Buffioa (2), 
Sinclair (3) et plusieurs agronomes anglais (4) ont admis, 
comme Grognier (5), la prépondérance fixe ^ générale du 
maie, particulièrement démontrée, d'après eux, dans les 
espèces du Gheyal, dn fiœuf et de la Brebis ; Picbard (6), 
Uathiea (7) , etc., etc., ont admis, au contraire, une 
prépondérance générale et fixe de la mère, spécialement 
prouvée, d'après le dernier, dans les espèces du Gheval, 
da Bœuf, de la Brebis. 

On ne s'est point borné là : on en est arrivé à faire sur 
cette question, et sans j prendre garde, les pus du eper- 
malisme^ les autres de Vovisme ; car nous ne saurions 
voir que des expressions de l'un ou de l'autre système 
dans ces conclusions diamétralement inverses auxquelles 
ont abouti les opinions contraires, pour les mêmes espèces, 
en faisant dériver exclusivement la race des deux sexes 
opposés. 

Écho d'une opinion qui a longtemps régné en hi(q)iatrie, 
Garsault, par exemple, traitant de respèce|du Cheval, dit 
que l'on peut, pour la monte, choisir la cavale de qudique 
pavs que ce soit, parce qu'elle n'est que la dépositaire de 
la race de l'étalon (8). Lafont-Pouloti, qui combat cepen- 
dant ce que cette proposition lui semble avoir d'extrême, 

(1) Le nouveau parfait Mareschal, etc., ch. iv. 

(2) Histoire naturelle, t. VI, p. 276-Î77. 

(3) Ouv. cit., loç, cit. 

(4) Mém, ouv., p. 196. 

(5) Cours sur la multiplication, etc., p,.234. 

(6) Manuel des Haras, p . 71 . 

Çl) De la femme au point de vue des appareils générateurs et ner- 
veux, etc. 
(8) Garsault, ouv. cit., %• traité, chap. iv. 



292 RÉDUCTION DES FORMULES A LA LOI 

n'en formule pas moins le même principe en ces termes : 
« D'après tous les faits recueillis et les expériences faites, 
« il résulte que le mâle est le vrai modèle de son es- 
« pèce » (1). « On aura beau vouloir, dit au contraire 
Pichard, compter les races parles mâles y elles n'existent 
^ue dans les juments indigènes : les mâles, comme dans 
l'espèce humaine, établissent la différence des familles, 
mais les femelles font le noyau des races (2). » Et, géné- 
ralisant cette proposition, un récent écrivain écrit qu'à 
la femelle serait dévolu le soin de conserver tous les ty- 
pes sortis des mains du Créateur ; que c'est elle , en un 
mot, qui serait conservatrice du type de la race (3). 

Ni l'une ni l'autre thèses ne se distinguent d'abord par 
la nouveauté : la première a été, comme nous l'avons vu, 
l'opinion dominante dans le Brahmanisme (4) et chez les 
Égyptiens (5) ; la seconde, chez les Lydiens et les peupla- 
des germaines (6). Toutes les deux se retrouvent explici- 
tement au nombre des opinions discutées dans le Manàva- 
dharma-sastra ou lois de Manon (7); toutes les deux, 
enfin, font partie intégrante des doctrines connues, l'une 
sous le nom d'ovisme, l'autre de spermatisme, et dont la 
fausseté est , comme l'ancienneté , si clairement démon- 
trée qu'elle ne se discute pour ainsi dire plus (8). 

Aussi ne s'agit-il plus ici pour nous de leur vérité, mais 
de leur origine et de leur raison. 

(1) Ow), cit., 1« section, p. ÎO. 

(2) Ouv. cit., ch.iii,p. 71. 

(3) Mathieu, De la femme au point de vue des appareils générateurs et 
nerveux, etc. 

(4) Voy. 1. 1, p. 361. 
(6) Idem, p. 369. 

(6) T. I, le part., Jiv. 11, ch. n, p. 868. 

(7) T. II, 3« part., liv. II, ch. i, p. 67-78 et p. 103. 

(8) T. II, Joe. ctf., p. 76-78. 



d'égalité d'action des deux auteurs. 293 

Pour remonter aux sources d'assertions si contraires au 
principe de la loi d'égalité d'action et si essentiellement 
incompatibles entre elles, il faut commencer par faire la 
part des faits et la part des systèmes : car, dans la recher- 
che de la loi inconnue de quantité d'action du père et de 
la mère, on est éiridenmient tombé dans deux écueils : les 
uns ont prétendu, nous ne dirons pas résoudre, mais 
trancher la question à coups de systèmes et tomber stir la 
loi, d'emblée, d'autorité; les autres ont prétendu empor-' 
ter la question à coups d'expériences instituées par eux- 
mêmes ou bornées à un nombre de cas déterminés ; d'au- 
tres ont trouTé moyen de combiner les écarts de l'une et 
de l'autre méthodes. 

Le \ice de la Toie purement systématiqi^ a nécessaire- 
ment été d'entraîner autant de solutions différentes qu'il 
y a eu de systèmes différents qui l'ont abordée : la cause 
de ses erreurs est dans les systèmes mêmes. 

Les causes des erreurs de la Toie empirique sont d'un 
tout autre ordre : toutes les objections qu'elle oppose à 
la loi d'égalité d'action du père et de la mère se résolvent 
en faits, et l'on conçoit très-bien que des esprits exacts, 
oobliant un instant le champ trop circonscrit de leurs 
obseryations ou de leurs expériences , aient cru , en se 
rendant à leurs conclusions, se rendre à la raison même. 
Hais il ne suffit pas de répondre : ce sont des faits ; indé- 
pendamment du nombre et de la nature des faits, il faut 
savoir comment on a procédé pour obtenir les faits sur 
lesquels on s'appuie. Or, c'est précisément ce point qui 
nous explique toutes les objections empiriques à la loi 
que nous avons formulée. 

Ces objections tiennent : ou à l'oubli de l'une ou de 
l'autre des conditions précédemment posées, ou à la faute 



294 ftioCCTlOIi DES FORMULES A JLA tOI 

d'avoir expârim^ité par le métissago et rhjbridation, ou 
aux deux lautes ensemble. 

£a pari du premier ordre de causes à cet amas de 
contradictious qu'on a mis à la place de la loi Téritable^ a 
élé immense : ou n'a, pour ainsi dire, qu'à ouvrir les yeux 
pour voir que Ton procède comme si les circonstances 
quelconques où Ton opère étaient indifférentes et comme 
si la loi, quelle qu'elle fût, devait être incondiiionnelle^ 
car il n'est aucune de ses conditions les pins essentielles 
que ToQ n'ait violée. 

n est clair qu'on conclut indistinctement, et en sens 
opposé, de tous les résiCltats, sans tenir compte d'elles. 

On ne tient, en effet, dans les observations ou dans les 
condosions que Ton base sur elles , aucune espèce de 
compte des degrés d'énergie purement individuelle des 
organisations : et nous avons, plus haut, vu que cet élé- 
ment, qu'on ne fait presque jamais entrer dans la balance 
des actions respectives du père et de la mère, peut, dans 
les mêmes espèces, amener les résultats les plus contra- 
dictoires. 

On n'a pas plus égard, dans les observations ou dans 
les conclusions que l'on base sur elles, à la diversité iîes 
états de santé et de développement de la vie chez les gé- 
nérateurs : tous les hippiâtres et les vétérinaires, quoi- 
que d'accord sur l'oubli complet de cette partie des lois de 
l'aj^areiUement, même dans les Haras^ où se marient les 
âges (1) et les états de santé actuelle (2) les plus divers, 
n'en concluent pas moins mais en sens opposé, comme si 
toutes les règles avaient été suivies : seconde cause du 
contraste des faits et des doctrines. 

(!) Picbard, Manuel des Haras, p. 1Î4-IÎ5.— Lafont-Pouîoti, ouv, ctï., 
pasiim et p. 132, p. 288. - Grognier, ouv. dt,^ p. 206-îiO, — Gustave 
de Baêlen, ouv. cit,, p. 12. 

(2) Buffon, Histoire naturelle du cheval, p. 276. 



d'égalité d^ action des deux adteurs. 205 

A-t-on da moins égard, dans les observations et dans 
les conclosions que Ton base sur elles, aux degrés reia- 
tife de paissance erotique et d'exaltation momentanée de 
Ton et de l'autre facteurs? s'occupe*tH»n d'établir entre 
leurs attractions, entre leurs actions, une sorte d'équili* 
bre? On peut répondre : jamais. 

Il serait fort difficile, sans doute, d'y parvenir d'une 
manière absolue : mais on ne le tente même pas, et Ton 
met de côté toutes les conditions propres à y réussir. La 
seule circonstance dont on se préoccupe jusqu'à certain 
point est l'état de chaleur, plus particulièrement de la 
part de la femelle, et souvent sans porter d'attention aux 
périodes de cet état lui-même, périodes si actives sur son 
intensité (1). On réduit tout à Pacte de l'accouplement et, 
dans l'accouplement, tout au machinaUsme. On traite 
l'animal comme s'il n avait besoin ni de spontanéité, ni 
de choix, ni de force, ni de disposition quelconque pour 
l'accomplir, au mépris de toutes les règles qui ont de 
l'influence non-seulement sur la part des représentations 
du père et de la mère, mais sur la nature même des qua- 
lités physiques et morales du produit. On supprime 
d'abord les antipathies et les sympathies de l'un ou de 
l'autre facteur, contre l'ei^périence qui, dans une foule 
de cas, montre chez ces animaux, comme préliminaire 
aux rapports sexuels, une élection d'êtres (2) : dans les 
espèces Équestre et Bovine, par exemple, ces sortes de 
préférences ou de répugnances vont jusqu'à déranger l'or- 
dre de reproduction que l'on se propose. * Telle Vache, 
dit Baëlen, ne permettra jamais les approches de tel Tau- 
reau , tandis que tel Taureau s'épuisera avec elle et en 

(1) Lafont-Pouloti, ouv. cit., p. 136. -- Grognier, ouv. ciL, p. Î60. 
(î) V. Bomare, Dictionnaire d'histoire naturelle,T. I, p. 51S. 



296 REDUCTION DES FORMULES A LA LOI 

dédaignera d'autres, sMl est en liberté : on en a tu , même 
dans la monte à la main, témoigner une ardeur particu- 
lière pour certaines Yaches et ne remplir leurs fonctions 
qu'à regret, et comme malgré eux, iris-à-Tis d'autres Va- 
ches. Félix Villeroy cite un très-beau Taureau^desa basse- 
cour qui, lorsqu'on lui offrait une Vache maigre et crottée, 
faisait demi-tour en dépit des efforts des assistants, et ga- 
gnait rapidement la porte del'étable (1), » Les mêmes pré- 
dilections sexuelles chez les Chevaux vont jusqu'à une es- 
pèce de monogamie : on voit des étalons qui s'éprennent 
d'une jument (2) et négligent toutes les autres. Hartmann 
parle d'un Cheval entier qui, dans l'espace de seize heures, 
saillit vingt fois la même poulinière. Huzard fils a vu, 
dans un haras parqué de Hongrie, un autre mâle épuisé 
par l'excès de ses saillies sur la même femelle : il le vit en 
fonctions et apprit du gardien que, depuis le matin, l'éta- 
lon en était à son seizième saut (3). Il n'est pas jusqu'aux 
Chiens, aux Coqs et aux Pigeons qui ne présentent les 
mêmes faits (4). 

Comme si ce n'était pas assez de négliger dans les ac- 
couplements toutes ces circonstances, si actives cependant 
non-seulement sur la part des auteurs au produit, mais 
sur le fait de la fécondation elle-même (5), on pousse le 



(1) Gustave de Baëlen, Traité familier de la reproduction chez les 
espèces Chevaline et Bovine, ch. xviii, Bruxelles, 1845, ch. i, p. 11-12. 

(2) Lafont-Pouloti, oMt;. cit.,p. 187. 

(3) Grognier, ouv, cit., p. 272. 

(4) Le pigeon, mâle ou femelle, se sépare souvent du pigeon avec le- 
quel on cherche à l'assortir, s'il ne lui convient pas. J'ai vu fuir une fe- 
melle que j'avais accouplée à un très-beau pigeon qui avait le plumage 
et la forme d'une corneille, quoiqu'elle eût pondu des œufs. Quant aux 
aversions et aux prédilections des coqs pour certaines poules, rien de 
plus ordinaire dans les basses-cours. 

(5) Beaucoup d'étalons ou de juments ne sont iuféconds que selon les 



^ 



d'égalité d'action des deux auteurs. 297 

mépris des règles jusqu'à se mettre, de la part des deux 
sexes, dans des conditions de dégoût et d'impuissance, et 
jusqu'à recourir aux moyens les plus propres à rendre 
l'acte et l'agent odieux aux deux auteurs : on emploie la 
violence. 

On l'emploie à l'égard des femelles : le système de la 
monte en main, que l'on préfère, chez l'espèce Chevaline, 
n'est qu'un procédé de force et de contrainte appliqué à 
la copulation et qui, pour la femelle, pour la fécondation, 
pour la progéniture, a nécessairement toutes les consé- 
quences du plus vicieux état momentané dans l'acte (1). 

Winter va jusqu'à dire que « la jument, une fois saillie 
de cette manière, doit l'être ainsi toujours parce qu'elle 
ne deviendra jamais amoureuse, mais plutôt ennemie 
des étalons , parce qu'elle conserve quelque chose en 
sa mémoire du premier assaut violent qu'elle a éprou- 
vé (2). » Ce système n'est pas moins le plus généralement 
en vigueur de nos jours, ou du moins en France (3). 

Mais on ne supprime pas seulement la liberté; on ne tient 
parfois nul compte , chez la femelle, de l'état de cha- 
leur lui-même : des hippiâtres instruits, s'emparant d'ex- 
périences, faites en Angleterre et ailleurs, qui démontrent 
que» dans l'espèce Équestre, comme dansTespèce Humai- 
ne (4), la violence réunie à l'absence de chaleur ou de dis- 
étalons ou selon les juments : «J'ai tu maintes fois, dit Lafont-Pouloti, 
« une cavale être inféconde avec un, deux, trois étalons, et devenir 
a pleine d*un quatrième, cela dépendant des rapports physiques qui sont 
« entre les individus. » Ouv. cit., p. 130. 
(1} Voyez plus haut, p. 265-280. 

(2) Georges-Simon Winter, Traité pour faire race de chevaux y etc. 

(3) Les Allemands ont heureusement substitué à ce procédé un pro- 
cédé qui réunit aux seuls avantages delà monte en main tous les avan- 
tages de la monte en liberté. 

(4) Voy. plus haut, p. 269-270. 



r 



298 EÉBOGXION DBS FOEMUUS A LA LOI 

position, n'est point une condition indispensable poar qjae 
la conception s'opère ; des hippiàtres, dis- je, ont donné le 
conseil de n'aToir point toujours égard à ce déCaut de cha- 
leur de la femelle, ni à la résistance naturelle qui le sait, 
et de la soumettre alors de vive force au coït (i). 

On est moins circonspect encore envers les mâles : on 
les traite comme étant également et toujours disposés à 
couvrir, parce que, dans la plupart des espèces domesti- 
ques, la périodicité du rut chez les mâles est beaucoup 
moins marquée : de là cet incroyable abus de la saillie 
poussé à un excès contre lequel réclament tous les vété- 
rinaires, et qui a entraîné cette monte singulière que nous 
ne saurions mieux nommer que la monte au bâton. Win- 
ter l'avait d'abord inventée pour les ânes : la recette in- 
faillible pour forcer, d'après lui , « l'àue récalcitrant à 
« remplir son devoir est de lui administrer de bons coups 
« de bâton et de continuer cet exercice jusqu'à ce que 
« l'envie lui prenne d'étalonner ; et quand le baudet aura 
<* fait son saut et qu'une heure après on lui représentera 
« la jument, qu'il refusera de faire ce qu'onsouhaite, alors 
« il faudra recourir au susdit remède et n'épai^ner 
« point le bâton (2). » 'Très-malheureuseinent la recette 
a trouvé dans les emportements, l'erreur, l'avidité des 
hommes de la campagne, toutes les dispositions poui' la 
croire infaillible, et, du dos du baudet éreinté par le saut, 
le bâton est passé sur le dos de toute bète rebelle à Térec- 
tioD, et plus spécialement sur le dos des Taureaux. On 
mène au malheureux Taureau banal du lieu toutes les 
Vaches d'une commune: épuisé d'une saillie qui ne s'in- 

(1) Pichard, Manuel des Haras, p. 131. — Grognier reconnaît que 
dans ces cas, les produits sont inférieurs, ouv, cit., p. Î6l. 

(2) Georges-Sinion Winter, ouv. cit. 



d'égalité d'action des deux auteurs. 299 

terrompt pas, le pauvre animal, brisé, haletant, n'en pou- 
Tant plus, se refuse-t-il à la tâche, ou plutôt ses organes 
s'y dérobent-ils pour lui? force lui est de surmonter vite 
sa répugnance et'de réduire, tant bien que mal, les orça- 
nes au devoir; on lui montre le bâton. 

Qu'attendre, dit Grognier, d'une saillie de ce genre, et 
faut- il s'étonner de l'extrême chétiveté du bélail français ( 1 )? 

Faut-il s'étonner, dirons-nous, à notre tour, que la loi 
véritable de quantité d'action du père et de la mère se 
soit dérobée aux investigations d'esprits qui n'ont point 
fait la part de cet oubli si général des règles, dans les ob- 
servations ou les expériences auxquelles ils la demandent? 

L'oubli devait avoir et, de fait, il a eu d'autant plus 
d'influence qu'on y a joint la faute de poursuivre la solu- 
tion du problème par la voie de l'hybridation et du mé- 
tissage. 

Nous avons déjà dit, plus haut (2), en quoi cette faute 
énorme consistait. Tout croisement n'est qu'une lutte 
des espèces ou des races que représentent les sexes; mais 
il nous reste encore à expliquer comment ce système de 
recherches a tant contribué à ce ramas d'opinions et de 
contradictions qu'on a substitué au principe de la loi 
d'égalité d'action de l'un et de l'autre facteurs. 

C'est qu'en réalité, dès que l'hybridation et le métis- 
sage ne sont qu'une autre forme de la lutte génitale dont 
nous avons parlé (3), à la seule différence que les races ou 
les espèces croisées prennent la place des individus^ toutes 
les conditions de la loi d'égalité d'action des deux auteurs 
qui, dans la même espèce, ne sont applicables qu'aux in- 

(1) Grognier, ouv. cit,, p. 286. 

(«) T. II, p* 113-115, li7-iai, 134-136. 

(3) Idemj p. 260 et suîv. 



fN 



300 REDCGTION DES FORMULES A LA LOI 

dividus, s'appliquent, dans tout croisement, aux espèces 
et aux races que représentent les sexes. 

En d'autres termes, les trois conditions essentielles 
d'énergie naturelle de Vorganisatioriy d'énergie de déve- 
loppement et à'état de la \ie, d'énergie d'action et d^exal- 
taiion momentanée de l'être (1), au lieu d'être identiques 
entre les individus, doivent être, dans tout croisement, 
identiques entre les races ou les espèces croisées. 

Il n'est pas, en effet, une de ces circonstances qui n'ait 
sur les espèces ou les races croisées toute l'influence qu'elle 
a, dans une même espèce, sur les individus. 

Ainsi, par exemple, les trois mêmes circonstances sup- 
posées identiques entre les individus, c'est-à-dire les fac- 
teurs qui représentent les races ou les espèces en lutte 
étant de même force, de même âge, de même santé^ dans 
le même état de chaleur et de transport erotique, les 
quantités d'action du père et de la mère n'en seront ni 
plus semblables, ni plus égales entre elles. 

Même dans ces conditions, la prépondérance appartien- 
dra toujours , abstraction faite du sexe, à celui des deux 
types dont l'organisation a le plus d'énergie , ou à celui 
des deux dont la formation est la plus ancienne ; ou à ce- 
lui des deux dont l'état de santé et de rusticité est le plus 
parfait ; ou à celui des deux dont la force génitale a natu- 
rellement le plus d'exaltation et le plus de puissance. 

Tous ces points sont prouvés par l'expérience. Il est 
d'expérience que lorsque l'on croise deux espèces ou deux 
races, la race ou Tespèce de la constitution la plus éner- 
gique prédomine toujours dans les descendants (2). Il est 

(1) Voy. plus haut, p. 260-280. 

(2) Maçne, dans Grognier, ouv. cit., introduction, ch. xxvii. — Bur- 
dach, Traité de physiologie^ t. II, p. S61-263. — Girou, ottv. c»«., p. 807. 



d'£6AL1TÉ d'action DES DEUX AUTEURS. 301 

d'expéfience que, dans le règne végétal, dans le règne 
animal, lorsqu'on mêle deux races, l'une d'origine nou- 
velle, l'autre de vieille origine, la première s'efface et la 
seconde persiste , presque exclusivement , dans tous les 
produits (1). 

Il est d'expérience encore que, dans le croisement, la 
supériorité d'énergie sexuelle qui dérive du type a la 
même influence. 

La règle est, en un mot, que, dans le métissage ou 
rhybridation, le type le plus ardent, le plus ancien, le 
plus stable, le plus vigoureux, le mieux constitué, qu'il 
soit représenté par un sexe ou par l'autre, soit celui qui 
remporte. 

Là est l'explication de tous les faits de ce genre dont 
nous avons traité plus haut dans cet ouvrage (2) ; là est 
aussi la source des principes erronés et contradictoires 
qu'on en a déduits. 

D'une part, en commettant la faute de procéder par le 
croisement des races ou celui des espèces (3) , toutes les 
conditions de l'égalité d'action du père et de la mère, de 
délicates qu'elles sont dans les limites mêmes de l'unité 
d'espèce (4), deviennent impraticables, et, par la même 
raison, la prépondérance plus ou moins générale et plus 
ou moins complète d'un des types sur l'autre est iné- 
vitable. 

D'une autre part, on peut dire qu'en procédant ainsi, 
on s'est autorisé purement et simplement de tous les faits 
produits sans tenir compte des règles ni s'enquérir des 



(1) Grognier, ouv. cit., loc, cit., et p. 255. — Girou, ouv. ciL, loc. cit. 
(î) T. ll,liv.ll,p. ilj.113. 
13] Même tome, p. 12S et suiv. 
(*) Voy. plus hauf, p. 280-287. 



302 RÉDUCTION DES FORKULES A LA LOI 

causes de Tinégalité d'action qu'on observait. Il en est 
résulté qu'on a pris pour les lois de la participation do 
père et de la mère toutes les disproportions de représen- 
tation qui n'avaient d'origine que la violation des condi- 
tions prescrites dans la lutte des races ou des espèces 
entre elles, 

A cette cause d'erreurs et à toutes celles déjà signalées^ 
telles que celles de ne pas même renverser les expériences, 
ou de ne pas suivre les générations, etc. (1), s'en sont 
ajoutées deux qui ont achevé de mettre le désordre à son 
comble et de fourvoyer les meilleurs esprits. 

2" — De la confusion des caractères libres avec les caractères médiats ou 
dépendants de la sexualité, dans Testimation de la part relative d'sit- 
tion des deux auteurs. 

La première a été de n'avoir point pris garde, dans 
cette prétendue balance dçs actions du père et de la mère, 
diuxcaraclères médiats de la sexualité^ caractères si divers 
entre les deux sexes, même d'espèce semblable, et qui, 
pour apprécier d'une manière juste la participation de 
l'un et de l'autre, exigent qu'on ait d'abord égard, dans 
toute comparaison, au sexe du produit (2). 

En perdant de vue cette considération, on s'expose à 
trouver autant de formes distinctes de prépoiidérance-du 
mâle ou de la femelle qu'on rencontre d'espèces et de ca- 
ractères médiats de la sexualité. 

Une foule d'opinions sur l'inégalité d'action des deux 
auteurs n'a point d'autre origine. Nous en citerons ici 
un exemple curieux. Il a beaucoup été question et l'on 
a même tiré mille inductions de la préférence marquée 
que, dans l'espèce Équestre, les Arabes professent pour 

(1) T. II, p. 117. 

(2) T. Il, p. 163-164. 



d'égalité D*ACTI0II des deux AUTEVftS. 303 

Bne noble eitractîon da côté des femelles, sur une noble 
extraction da c6té paternel. Le fait est très>réel ; la pré- 
férence est juste y mais TeipUcation qu'on en donne ne 
Test pas. Nous entendons parler ici des théories qui se 
sont emparées de l'opinion des Arabes comme d'une 
preure empirique et traditionnelle de la prépondérance 
de l'action de la mère sur l'action du père dans la géné- 
ration. Bien de plus faux que le fait, et nous ajouterons, 
rien de plus éloigné de l'idée des Arabes; la base Térita- 
ble de leur opinion tient au rapport intime de la Tie du 
désert et de leur système de guerre avec toute une série 
de dispositions et de facultés natives qui, dans les races 
équestres d'Orient, sont plus marquées^el plus éminentes 
dacôté des femelles. Un privilège commun, chez ces ra- 
ces, aux juments, est de posséder autant et peut-être plus 
de vigueur que les étalons (1); elles ont sur ces derniers^ 
aux yeux des Arabes, bien d'autres avantages : indépen- 
damment des miracles de voltige auxquels le cheval arabe 
doit savoir se dresser, il doit savoir encore supporter la 
faim, supporter la soif et l'inclémence de Tair ; pouvoir, 
sans peine , rester bridé et sellé la nuit comme le jour ; 
faire, pendant plusieurs jours, vingt-cinq à trente lieues 
toutes les vingt-quatre heures, avec quelques livres d'orge 
et un peu de paille hachée pour toute nourriture, etc. Or, 
c'est sur les femelles que réussit le" mieux celte rude édu- 
cation, et elles sont encore préférables pour la guerre, 
parce que leur hennissement, moins bruyant et plus rare, 
ne décèle pas l'Arabe embusqué (2). 

L'opinion des Arabes et la prédilection qu'ils ont pour 
les juments et pour l'extraction du côté maternel, n'ont 

(1) Grognier, ouv. cit., p. 17. 

(2) Iiem,f ouv, cit., p. 25. 



304 RÉDUCTION DES FORMULES A LA LOI 

donc, comme on le voit, rien de systématiqae ; elles tien- 
nent uniquement aux services plus grands que les ju- 
ments leur rendent et à Festime plus haute qu'ils font, 
par cette raison, de la transmission des qualités des mères 
que de celles des pères, dans l'espèce Chevaline. 

C'est par une raison analogue, qu'en France, dans le 
Haut-Poitou, la naissance d'une mule excite plus de joie 
que celle d'un mulet : avec autant de force, elle a plus de 
douceur, plus d'élégance et de docilité que lui ; elle a 
moins souvent que lui T impuissante fantaisie de se repro- 
duire ; enfin son prix de vente est d'un tiers supérieur à 
celui du mulet (1). 

Dans l'un et l'autre cas, la préférence donnée à la fe- 
melle n'indique aucune prépondérance réelle de la femelle 
sur la progéniture, mais doit son origine aux caractères 
médiats de la sexualité. 

L'explication s'applique à toutes les opinions de ce 
genre qui ont une base réelle dans les faits. 

3' — De la confusion de la part relative du père et de la mère avec Tac- 
tion du nombre et Faction du climat. 

La seconde cause de méprise dont nous parlions plus 
haut, sur la part relative d'action des deux auteurs a été 
l'erreur bien plus généralement commise de rapporter à 
l'un ou à l'autre sexe, pour lui attribuer la prépondérance, 
des forces en principe étrangères ou du moins communes 
à tous les deux. On a, en d'autres termes, arbitrairement 
mêlé à l'influence du père ou à celle de la mère, les puis- 
sants éléments du nombre et du climat, 

(1) Grognier, ouv. cit., p, 77. 



d'égalité d'action des deux acteurs. 305 

Avant de nous engager plus ayant sur ce point, nous 
fonnulerons d'abord deux principes capitaux dans cette 
discassion : 

Le premier principe est que : toutes les autres chances 
supposées égales entre deux races croisées, quel que soit le 
sexe qui les personnifie dans la génération, la race repré- 
sentée par LE PLUS GRAI9D If OMBRE doit dominer d'abord 
et bientôt absorber la race représentée par le plus petit 

HOMBRE ; 

Le deuxième principe est que : toutes les autres chances 
supposées les mêmes, nous ne disons pas entre deux 
KPÈCES, ni entre deux variétés premières, d'une même 
ESPÈCE (1), mais entre deux races croisées, et quel que soit 
le sexe qui les personnifie dans la génération, la race, à 
nombre égaU qui garde l'avantage de lutter sur le sol dont 
elle est le produit, qui représente, en un mot, le climat 
HTDiGENE, doit d'abord dominer et bientôt absorber la 
race qui représente le climat exotique. 

L'un et l'autre principes sont d'une telle évidence , 
après les développements où nous sommes entré sur la 
loi de quantité d'action des deux auteurs, qu'ils se passe- 
raient de preuves. 

A. Il est clair, en effet, que les deux sexes ayant tous 
deux la même part à la nature physique et morale du pro- 
duit (2), s'il arrive que l'on mêle, en nombre égal, les 
sexes mâle ou femelle d'une race aux sexes femelle ou 
mâle d'une autre race supposée de la même énergie^ de 
la même ancienneté, de la même rusticité, de la même 
puissance de constitution et de reproduction, sur un sol 
dont elles sont toutes deux originaires, ou bien auquel 

(1) Foy . 1. 1, p. 60 et f. II, p. 308, note 2. 

(2)^Tom. Il,ch.ii,p.l09-176etchap.iii,art.2, p. 258-324. 

II. 20 



306 ftÉDCCnO!! DBS FOKXULES A LA LOI 

elles sont tontes deax étrangères, les représentations de 
diaeime des deox races, tant qne ces conditions de la 
Intte resteront les mêmes, se feront équilibre dans Pen- 
semble et la succession des produits. 

S'il arrive, au contraire, dans les mêmes circonstances, 
querontransporteàrnnedesdeux races en lutteFaYantage 
du nombre, il est tout aussi clair que, par les mêmes raisons, 
la supériorité du nombre entraînera du côté de cette race la 
supériorité des représentations. La réTolution ne sera point 
subite : les caractères des deux races représentées par des 
sexes contraires, se balanceront encore dans la première 
génération qui sniyra la rupture d'équilibre; mais les 
produits issus de cette génération, métis intermédiaires 
entre les deux races, et réduits à chercber les mâles des fe- 
melles et les femelles des mâles dan^ la race du grand 
nombre, engendreront des fils qui seront aux trois quarts 
de cette dernière race, et qui seront seulement au quart 
de la première; leurs enfants, après eux, n'en seront qu'au 
seizième; leurs petits-enfants, au trente-deuxième ; leurs 
arrière-enfants , au soixante-deuxième ; et ces derniers 
vestiges, suivant une réduction croissante et continue, 
devront nécessairement finir par n'être plus, au bout 
d'un petit nombre de générations, que des quantités infi- 
nitésimales, dont l'assimilation depuis longtemps com- 
plète à la race du grand nombre ne trabira nulle part les 
traces imaginaires. 

G'estd'après ces principes qu'on a, comme on l'a dit ail- 
leurs (1), construit l'écbelle de la dégradation par le croi- 
sement des races blancbe et noire, dans l'espèce humaine. 

Mais, en fait, l'absorption de la race inférieure dans la 

(I) T. T, part. II, L. H» ch. i, p. 110-311. 



D ÉGAUTÉ D'ACTiON DES DEUX AUTEURS. 307 

race sopérieare en nombre est ou da moins peut être 
bien aatrement rapide que ne l'indiquent les chiffres, 
par l'exeëllente raison que la condition d'identitéparfaite, 
pour l^Eine et Tantre race, de toutes les circonstances où 
la lutte s'accomplit, n'est jamais, entre deux races, qu'one 
pare hypothèse. A la disproportion du nombre se joint 
toojoars la supériorité de puissance relative d'organisa- 
tion, ou de constitution, ou de reproduction, ou d'an- 
cienneté de Tune des deux races sur l'autre, et il peut 
arriver, dans de telles circonstances, que Fassimilation 
soit quelquefois complète dès la quatrième et même dès 
la troisième génération. 

Nous en avons la preuve dans la rapidité do re- 
tour des mulets ou des biUards d'espèces à l'une des 
espèces qui leur ont donné l'être, lorsqu'on se place 
envers eux dans les mêmes conditions, en mêlant, 
dans le système précédemment tracé, le bfttard à l'es- 
pèce du père ou de la mère : les hybrides du Nico- 
tiana rustica et du Nicotiana paniculata, constamment 
fécondées, pendant un certain nombre de générations, 
par le Nicotiana paniculata^ donnaient à Kœlreuter des 
plantes qui, de plus en plus, ressemblaient et bientôt 
finissaient par revenir à la dernière espèce (1). Le bâ- 
tard de Faisan et de Poule domestique, accouplé au 
Faisan, reproduit des Faisans (2) ; le produit de la Mule, 
fécondé par le Cheval, incline à revenir à l'espèce du 
Cheval (3); le Bison ou Bœuf à bosse, accouplé à l'espèce 
du Bœuf ordinaire, perd sabo^se dès la troisième généra- 

(1) Yay. Actes âe VÂtaàémie de St-Pétershourg pour 1775 et Journal de 
physique, totn. XXI, p. 285, et tom. XXIII, p. 100. — ?oy. aussi Fart' 
ie(2tmjjr,t.III, p. 51. 

(2) V. Bomare. — Dictionnaire d'histoire naturelle, t. IV, p. 81. 

(3) Grognier, oui?, cit.^ p. 81-83. 



398 RÉDUCTION DES FORMULES A LA LOI 

tion (1); la même rapidité de transformation par le croise- 
ment s'observe non-seulement entre les races, mais encore 
entre les yariétés premières (2) : il paraît qu'il suffît de 
quatre générations constamment croisées, d'après le même 
système, pour faire passer le Nègre au Blanc, le Blanc au 
Noir (3). Il a suffi de trois, en Amérique, pour Toir des 
mulâtres rentrer dans celle des deux races à laquelle ils 
s'allient (4). Les Hindous, eux-mêmes, malgré le rigorisme 
de leur esprit de caste, admettent, par la même voie, l'as- 
similation du Soùdrâ au Brahmane,^ et la réduction da 
Brahmane au Soùdrâ, au bout de la septième génération ; 
nous trouvons , en effet, dans le Manava-Dharma-Sas- 
tra ces curieuses stances : 

« Si la fille d'une Soùdrâ et d'un Brahmane met au 
« monde une fille qui s'unit de même à un Brahmane et 
« ainsi de suitej la basse classe remontera au rang le 
^ plus distingué, à la septièjde génération. 

« Un Soùdrâ peut aussi s'élever à la condition de 
« Brahmane et le fils d'un Brahmane et d'une Soùdrâ 
« descendre à celle de Soùdrâ par une succession de ma- 
« riages ; l'a même chose peut avoir lieu pour la lignée 
«■ d'un Kchatriya et pour celle d'un Vaisya (5). » 

Ainsi, treize cents ans avant l'ère chrétienne, les Hin- 
dous appliquaient à la dégradation et à ranoblissement 
des races ou des castes de l'espèce humaine les principes 
qu'aujourd'hui les agronomes appliquent à l'améliora- 
tion des races de Chevaux, de Bœufs et de Brebis. 

(1) Bomare, oui?, cit., t. I, p. 511. 

(2) Voy, tome I, part. I, p. 69 , la distinction que nous établis- 
sons et que nous justifierons ailleurs, entre les races ou variétés premiè- 
res, et les races secondes. 

(8) Bomare, oui?, cit., t. IX, p. 197-198. 

(4) Dictionnaire des sciences médicales, t. XXXIV, p. 5Î2. 

(») Manava-Dharma-Sastra, liv. X, stances 64-65, p. 4*^ 



m^ 



D*ÉGALIT£ d'action DES DEUX AUTEURS. 309 

En saiTant, en effet, envers les races diverses de ces 
animaux, ce système qui dénote» de la part des Hindous, 
une expérience aussi consommée de Faction de l'hérédité, 
on arrive fatalement aux mêmes résultats, ù la réduction 
de races inférieures aux races supérieures, ou vice versa. 
On voit, tous les jours , dans les espèces du Bœuf, du 
Cheval, de la Brebis, etc., le métis de mâle noble et de 
femelle conmiune, la métisse anoblie de la même origine, 
qui se reproduisent successivement dans la ligne mater' 
nelUj ramener les produits à la race inférieure ; on voit, 
tous les jours, dans les mêmes espèces, le métis de mâle 
noble et de mère commune, la métisse anoblie de la même 
origine, qui se reproduisent successivement dans la 
ligne paternelle , élever les produits à la race supé- 
rieure. 

La combinaison inverse nous conduit, sous une forme 
opposée, aux mêmes conséquences : 

Les métis et métisses de ces mêmes espèces, nés d'un 
père commun et d'une mère noble, qui viennent à s'allier 
saccessivement dans la ligne paternelle, abaissent le pro- 
duit à la race vulgaire. Les métis et métisses de la même 
origine, qui viennent à s'allier successivement dans la 
ligne maternelle, élèvent le produit à la race la plus 
noble. 

Dans ces quatre circonstances, l'effet est infaillible ; il 
n'y a d'incertain que le degré de pureté de l'assimilation 
et la quotité des générations qu'il faut pour le pro- 
duire (1) ; dans ces quatre circonstances, le principe de 
l'effet obtenu est le même et se réduit toujours au premier 
principe (2) : que le petit nombre, qu'il soit représenté par 

()} Voy. plus haut, pag. 306-308. 
(2) Idem, loc. cit. y p. 306. 



^ 



910 RÉDUCTION DES FORMULES A LA LOI 

un sexe ou par Vautre dans la génération, s'assimile au 
grand nombre. 

B. La démonstration du deuxième principe est tout 
aussi formelle : la race qui représente le climat indigène 
doit, quel que soit le sexe qui la personnifie, et dans les 
conditions précédemment fixées (I), dominer et bientôt 
finir par absorber la race qui représente le climat exo- 
tique. 

En formulant cette règle, nous avons tout d'abord pris 
soin de ne retendre qu'aux races proprement dites, ou 
variétés secondes, et d'en excepter les espèces et les va- 
riétés premières. Nous expliquerons ailleurs en quoi et 
pourquoi cette règle, si juste qu'elle soit, leur est inappli- 
cable. II ne s'agit ici que de donner la preuve de la règle 
elle-même, dans les limites où nous la circonscrivons. 

Dans ces limites, elle est, disons-nous, exclusive aux 
races ou variétés d'origine seconde. Quelle est cette ori- 
gine seconde dont nous parlons ? On peut la rapporter, 
d'une manière générale, à l'action du climat ; car c'est 
dans tous les cas de dépaysement, ou de substitution 
d'un climat exotique au climat indigène, que les variétés 
secondes, ou races proprement dites, prennent la plupart 
naissance. Elles ne sont, en d'autres termes, que des mé- 
tamorphoses du type primordial des espèces ou des va- 
riétés premières^ qui succèdent au changement des mi- 
lieux pour lesquels les êtres étaient nés, et procèdent des 
agents inhérents aux milieux où on les transporte; les 
airs, les lieux, les eaux, l'électricité, le calorique, la lu- 
mière, l'alimentation, sont les agents directs de ces méta- 
morphoses; toutes consistent dans une assimilation gra* 
duelle et transmise des divers caractères du olimat d'ori- 
(1) Voy. plus hau^ p. 305. 



d'égalité d'action des deux acteitbs. 311 

gine à des caractères exclusivement dus au climat 
étranger. 

La force qui produit cette réyolutiou ne participe 
pint seulement du génie, mais de l'immuabilité des 
agents qui Topèrent ; stable comme le climat, uniforme 
comme lui, elle tend à se maintenir et, par la même 
raison, à s'exercer toujours de la même manière. 

Cette double tendance se traduit, en effet, par la per- 
sistance, sous le même climat, des modifications consti- 
tutives des races ou variétés secondes, une fois qu'elles 
sont produites,et par la réduction, sous la même influence, 
des au),res races exotiques de la même espèce à la race 
indigène : . 

a. L'assimilation peut être immédiate , c'est-à-dire 
s'exercer, sans l'intervention de la race indigène, sur les 
types les plus purs de la race exotique, par l'action 
unique et directe du climat. S'il n'en était ainsi, les 
différentes races propres à chaque espèce pourraient 
tontes, transplantées dans un pays quelconque, garder 
leurs caractères, quelle qu'en fût l'origine. Les races 
Arabe, Barbe, Turque , Persane, Anglaise, Espagnole , 
Normande, Limousine, Navarraise, de l'espèce du Cheval, 
par exemple, pourraient se naturaliser et se perpétuer, 
toujours semblables à elles-mêmes, sur le même sol ; idée 
longtemps en vogue en Angleterre, en France, et dont 
Preseau de Dompierre fut l'ardent interprète. Mais des 
observations nombreuses et plausibles, non-seulement 
sur les races de l'espèce Équestre, mais sur celles des 
espèces Bovine, 0\ine, Canine, etc., démontrent le con- 
traire. Des Chevaux et des Juments de sang oriental n'oçt 
laissé en France, où on ne les avait pas cependant més- 
alliés, que des Chevaux français, et cela dès la secondej 



L 



312 RÉDUCTION DES FORMULES A LA LOI 

OU, aa plus tard, dès la troisième génération (1). Des 
étalons et des juments du même sang n'ont jamais réussi 
à reproduire un cheval Arabe en Angleterre ; le premier 
produit est déjà modifié dans le sens de la race An- 
glaise (2). Les étalons et les juments de pur sang Anglais 
ne donnent de même naissance, en France et en Prusse, 
qu'à des Cheyaux déjà inférieurs ou qui tendent à échan- 
ger leur type contre le type ordinaire (3). Des familles 
de Chevaux Normands ou Limousins, transplantées en 
Bretagne ou en Champagne^ n'y ont d'autre postérité que 
des Chevaux Bretons ou des Chevaux Champenois; en- 
core ne sont-ils pas les plus beaux de ces races (4) ; 
Même action de l'unique influence du climat sur 
l'espèce Bovine. Les Yaches etTaurerftix de la pure race 
Suisse, transportés dans les plaines de la Lombardie , 
prennent, au bout d'un petit nombre de générations et 
sans mélange avec les races du pays, tous les caractères 
de la race Lombarde (5) ; mêmes résultats de la même 
influence chez les Chiens : en quatre générations , les 
races de Chiens d'Europe sont, à la Côte-d'Or, ramenés 
aux caractères de la race native ; leurs oreilles deviennent 
longues et droites comme celles du Renard ; ils cessent 
d'aboyer et ne font plus entendre qu'une sorte de hurle- 
ment ou de glapissement (6) ; mêmes résultats encore de 
la même influence sur l'espèce Ovine, malgré l'assertion 

(1) Buffon, Histoire naturelle, t. VI, Le cheval, p. 288. — Valm. Bo- 
mare, ouv. cit., t. III, p. 261. — Grognier, ouv. et/., § III, p. XXXIV, et 
p. 220. 

(2) Jh. de Turenne, Haras et remontes, p. 24. 
(8) Pichard, Manuel des Haras, p. 51-55. 

(4) Grognier, ouv, cit,,p. 220-221. 

(5) Huzard, Mémoire cit„ p. 6. 

(6) New collection of voyages and travcls, London, 1745. Vol. U, 
p. 712, dans Wiseman, ont;, cit., 1. 1, p. 143-144. 



É4 



D*ÉGAL1TÉ d'action DES DEUX AUTEURS. 313 

contraire d'un certain nombre de naturalistes qui avaient 
soutenu que les races particulières de Moutons conser- 
y&ient leurs traits distinctifs sous l'action d'un climat 
différent de celui dont elles sont indigènes : les Moutons, 
en Guinée, se couvrentd'un poil brun clair ou noir comme 
les Chiens, et ne trahissent leur espèce, aux yeux de 
l'étranger, qu'à leurs bêlements ( I ) ; les Moutons à grosse 
qaeue des Kirghis, que Pallas croyait invariables, per- 
dent leur grosse queue dans les herbages secs et amers 
des steppes de la Sibérie; ils la perdent même dans les 
pâturages d'Orenbourg, au bout de peu de générations (2) . 
Quant aux races de moutons Dishley ou Longwoods, si 
on les enlève aux terrains gras, humides et marécageux, 
où elles se développent dans toute leur beauté, elles se dé- 
pouillent bientôt de tous leurs caractères pour revenir 
aux types ordinaires du pays (3). 

S'il est des exceptions, comme de fait il en est à 
ces métamorphoses, ou à d'autres analogues cau- 
sées par l'action IMMÉDIATE du climat, ces exceptions 
tiennent : ou au peu de différence entre les deux climats 
de la race indigène et de la race exotique ; ou à l'annu- 
lation artificielle des différences de l'un et de l'autre 
dimats ; ou au trop petit nombre de générations qui se 
sont succédé sous le ciel étranger (4). 

6. L'assimilation de la race exotique k la race indigène 
peut être médiate, c'est-à-dire se produire par le con- 
cours direct de la race indigène à l'aôtion du climat sur 
la race exotique. Cette métamorphose, à Taide du croise- 

(1) Smith, Mew voyage to Guinea. London, 1745, p. 147. 

(2) Prichard, Histoire naturelle de l'homme^ 1. 1, p. 59-60. 
(î) Grognier, ouv, cit,, p. 141. 

(4) Parmi ces exceptions, on peut ranger, entre autres, la race merine 
deNazet de la Saxe, ainsi que la race équestre anglaise. 



3i4 RÉDUCTION DES FORUCLES A LA LOI 

menty se fait rapidement dans les conditions que nous 
avons posées (i), c'est-à-dire lorsque, à part Tinfluence 
du climat, toutes les autres chances sont égales et sembla- 
bles entre la race locale et la race étrangère; la seconde 
est, en très-peu de générations, réduite à la première. 

L'effet est plus sensible et plus probant encore dans 
la méthode inverse où Ton a pour but, comme on Ta 
tous les jours, la transformation, par la voie séminale, 
d'une race indigène en une race exotique : ce qui se passe, 
alors, révèle tout ce qu'il y a de force essentielle dans Fac- 
tion du climat, et la démonstration est d'autant plus claire 
que l'action du climat est ici, non-seulement distincte de 
celle du nombre (2), mais en opposition absolue avec die. 
L'étalon, en effet, capable de continuer dans sa patrie une 
race établie, ne l'est pas de fonder par le croisement, 
dans une autre contrée, la race qu'il représente. Son in- 
fluence, si grande qu'elle soit sur le produit, ne saurait, 
à elle seule , prévaloir contre celle des tendances lo- 
cales (3). Le type étranger ne se maintient contre elles 
qu'à la condition que la génération soit continuellement 
opérée par la race qu'il caractérise, c'est-à-dire qu'en 
mettant la puissance du nombre en lutte incessante avec 
celle du climat. 

Mais telle est, alors même, la puissance du clinaat, 
qu'on se dispute encore sur la limite réelle où elle est 
vaincue et définitivement remplacée dans le produit 
par le type étranger. On dit qu'en certains cas il a 
suffi seulement de trois générations (4); d'après les expé- 

(1) Voy. plus haut, page 305. 
(%) Voy, p. S06. 

(3) Grognier, ouv, cit., p. 226. 

(4) Grogaier, ouv. cit., p. 218. 






D ÉGALITÉ d'action DES DEUX AUTEURS. 315 

riences de leors prédécesseurs, Gilbert et ses eontempo- 
rains avancèrent, comme une vérité incontestable, que la 
tendance des produits vers leurs ascendants ne remonte 
jamais quatre degrés, et qu'on peut employer sans incon- 
Ténient à la reproduction les béliers du quatrième, s'ils 
présentent d'ailleurs les qualités requises. C'était une 
opinion généralemen.t admise jusqu'en 1800 et que de 
Lasteyrie partageait encore en 1 802 ( 1 ) . D'après Burdacfa, 
il faut six générations, sans interruption, de fécondation 
par la race la plus noble, pour l'assimilation complète 
des deux races, dans l'espèce Ovine et l'espèce Cheva- 
line(2). D'habiles éleveurs pensent quil en faut douze, 
avant que les métis puissent être assimilés pour la repro- 
duction à des béliers purs, fussent-ils en apparence abso- 
lument semblables à la race exotique (3). Morel de Vindé, 
dans un mémoire lu à l'Académie des sciences en 1808, 
va plus loin, et déclare, comme un fait dès cette époque 
universellement reconnu, que jamais métis, dans l'espèce 
Ovine, fùt^il à la vingtième génération, ne peut arriver 
à être un vrai Mérinos pur et que, si parfait qu'il soit en 
apparence, s'il vient à servir d'étalon, il fera reculer pro- 
gressivement le perfectionnement déjà obtenu dans 
les troupeaux métis, ou abâtardira la race pure elle- 
même (4). C'est le langage qu'Elysée Lefebvre tient de nos 
jours, en recommandant de ne point allier entre eux les 
métis de bètes fines et de bètes communes, en raison de 
la tendance constante qu'ils c^onservent à redescendre 
sans cesse vers le type inférieur, danger qui ne s'évite 



(i) Chambon,TratV^ de Véducation des moutons, i, II, p. Î78. 

(2) Traité de physiologie, t. II, p. 256. 

(3) Grognier, ouv, cit., p. Î28-229. 

(4) Chambon, ouv, cU,^ t. II, p. 279. 



316 RÉDUCTION DES FORMULES A LA LOI 

qa'en renouYelant sans cesse les étalons de pur sang sur 
qui l'on peut compter (I). 

Huzard fils soutient que la nature des espèces et des ca- 
ractères, et celle des influences sous Tempire desquelles le 
métissage se fait, rendent le précepte vrai ou le rendent 
erroné (2); et que, dans lès espèces Ovine et Chevaline, il 
y a lieu de se passer, à un certain degré de métissage bien 
suivi, des étalons purs de la race exotique, pour y substi- 
tuer leurs derniers métis mâles (3). Mais des observations 
de Girou de Buzareingues militent contre l'extension de 
ce principe, si fondé qu'il puisse paraître et prouvent, 
qu*à l'égard de ces espèces mêmes, il faut tenir compte de 
la nature des races (4). Grognier s'en tient à dire qu'on 
ne sait pas encore par quelle succession de métissage on 
peut transporter dans une race les caractères d'une 
autre, au point d^^e transmissibles (5). 

Ce qui s'élève au-dessus de ces incertitudes, ce qui, 
pour tous, échappe à toute contestation, c'est le fait 
même dont toutes ces hypothèses ne peuvent ni limiter 
l'empire , ni flier la durée; c'est la tendance, sensible ou 
noHf dans les races perfectionnées par le crot^emen^, a re- 
descendre AU POINT D'eu ELLES SONT PARTIES (6), C'CSt- 

à-dire, en un mot, l'action du climat ; action si puissante, 
que, laissée à elle-même, aux seules conditions d'égalité 
de force et de nombre entre deux races , elle a prompte- 
ment réduit à la race indigène toute race exotique : action 
si élastique et si persistante que, dans les conditions 

(1) Maison rustique du XlV^siècle, t. II. Paris, 1837, p. 520. 

(2) Mémoire cité, p. 11 et 12. 

(3) Idem, p. 26-27. 

(4) De la génération, p. ZOl, note 45. 

(5) Ouv. cit., p. 225 et 230. 

(6) Idem, loc, cit. 



d'égalité d action des deux auteurs. 317 

mêmes où l'égalité dés chances n'existe plas, où elle lutte 
à la fois contre l'hygiène et le nombre, écrasée ou plutôt 
absorbée un instant par ces forces supérieures, non-seu* 
lement elle subsiste, malgré les apparences de la plus par- 
faite assimilation de la race indigène à ]a race exotique, 
mais, refoulée plutôt qu'elle n'est anéantie, et puisant de 
nouvelles forces dans sa compression, elle redouble d'é- 
nergie au, plus extrême degré de sa métamorphose (1), 
et revient sur elle-même : la race perfectionnée perd, 
sans cause apparente, les caractères d'emprunt de la 
race eœotiqm^ et reproduit tous ceux de la race indigène. 

Que l'action du climat soit donc immédiate ou qu'elle 
soit MEDIATE, la première partie de la règle que nous vou- 
lons établir est prouvée : dans Fun et l'autre cas, il est in- 
contestable que, dans les circonstances d'égalité parfaite 
de toutes les chances de lutte, à part celle du climat, la 
race qui représente le climat indigène doit d'abord domi- 
ner, et bientôt absorber la race qui représente le climat 
exotique. 

Un seul point du débat demeure en question, celui 
de l'indépendance réelle où nous disons que Tinfluence 
propre du climat est du sexe. 

Cette indépendance, pour nous si positive, et pourtant 
demeurée jusqu'ici si obscure, par le vice d'analyse 
qu'on retrouve, à chaque pas, dans toutes ces questions, 
cette indépendance où Taction du sexe est de l'action 
du climat ressort , dans sa vérité et sa simplicité, de 
deux ordres de preuves : le premier applicable à l'action 
IMMEDIATE, Ic sccoud à l'actiou MEDIATE du climat : 

(1) Ces retours spontanés de la race perfectionnée par un long mé- 
tissage à la race indigène sont surtout remarquables dans Tespèce du 
Cheval, foy. Ûrognier, ouv, cit., p. 230. 



318 RÉDUCTION DES FORMULES A LA LOI 

La preuve qae l'influence particulière au sexe est 
essentiellement distincte de l'influence immédiate du 
climat, c'est que la dernière s'exerce indifféremment sur 
le sexe mâle et sur le sexe femelle de la ràceexotique. Les 
deux sexes importés subisseûtjl'un comme l'autre, le tra- 
yail préalable de Tacclimatation; les deux sexes importés 
subissent, Tun comme l'auti'e, dans leur postérité, la 
même forme ultérieure de dégénérescenôej ca^ tous decix, 
restés purs dé toute mésalliance, reviennent , plus ou 
moins vite, dans leurs descendants, à la race du pays (1) ,- 

La preuve que l'influence particulière au sexe est essen- 
tiellement distincte de l'influence médiate du climat, c'est 
que la dernière s'exerce sur la race étrangère par le sexe 
mâle ou par le sexe femelle de la race indigène, et qu'elle 
s'exerce même, en deux voies opposées, sur chacun des 
deux sexes d'une race identique, selon qu'ils représen- 
tent la race exotique ou la race indigène : 

Vient-on à transporter des Taureaux de la pure race de 
Suisse en Lombardie, pour les accoupler à des Vaches 
Lombardes? les métis reviennent vite à la race Lombarde, 
c'est-à-dire indigène , si l'on discontinue l'action de 
l'étalon Suisse (2). 

Eenverse-t-on l'expérience en ce qui touche au sexe , 
transporte-t-on de Suisse en Ldmbardie des Vathes de la 
même race Suisse, au lieu de Taureaux, pour accoupler 
ces Yaches à des Taureaux Lombards? le même fait se pro- 
duit : les métis sont ramenés, en peu de générations, à la 
race Lombarde (3). 

Eenverse-t-on rexpérience, en ce qui touche au pays? 

(1) Foî/. plus haut, p. 311-313. 

(S) Huzard, De quelques questions relatives au métissage dans les ra- 
ces des animaux domestiques, p. 6. 
(3) Idem, Mém, ct7., p. 9-11. 



d'égalité d'action des deux auteubs. 319 

c'est-ànlire, an lieu de transporter, coDsme plus haut, les 
vaches ou les taureaux de la pure race boyine de Suisse 
en Lombardie, ¥ient*on à transporter de Lombardie en 
Suisse des taureaux ou des vaches de la race Lombarde, 
pour les accoupler aux taureaux et aux vaches des 
montagnes des Grisons? comme c^est toujours, de fait, 
en pareille circonstance, le climat qui agit par Tinter- 
médiaire de la race et du sexe qui le représente, l'effet, 
sons d'autres formes, sera toujours le même : les pro- 
duits de ces mélanges, laissés dans le pays à raction du 
régime et du climat delà Suisse, leviendront par les deux 
sexes au type Suisse, c'est-à-dire à la race indigène. 

D'après le même principe, un habitant des Alpes ou 
des Pyrénées qui prend femme en Bretagne ou en Nor- 
mandie, et qui se fixe dans le pays où il se marie, aura 
pour descendants, dans un cas des Normands,dans l'autre 
des Bretons ; un Picard peut devenir la souche delimou- 
8ins,le Champenois d'Alsaciens, l'Alsacien de Provençaux. 

n en sera de même, si l'émigration est du fait de la 
femme, en quelque lieu qu'elle aille et de quelque lieu 
qa'elle vienne, du moment qu'elle remplit les mêmes con- 
ditions, c'est-à-dire qu'elle épouse un Breton, un Picard, 
ou un Alsacien, ou un Champenois, ou un Provençal, ou 
tout autre indigène du pays qu'elle adopte : sa postérité 
reviendra à la race de l'homme dont elle accepte l'alliance 
et la patrie. 

C'est en ce sens, et non dans le sens paradoxal qu'on lui 
a prêté (1), qu'il faut entendre le mot si vrai d'Etienne 
Pasquier : « La Gaule fait des Gaulois. » 

La rapidité de la transformation, par l'un ou par 

(1) Mathieu, De la femme au point de vue des appareils générateurs 
et nerveux. 



320 RÉDUCTION DES FORMULES A LA LOI 

Fautre sexe, est même surprenante ; nous avons été saisi, 
pour notre part, de Yoir des métis d'Anglais et de 
Français, élevés en Angleterre, n'avoir, pour ainsi dire, 
presque rien de Français, et cela dès la première génè- ' 
ration. % 

Le second point de la règle, qui restait à prouver, reçoit 
ainsi des faits une démonstration qui nous semble sans 
réplique : l'action propre au climî^t est à la fois distincte 
et indépendante de Tinfluence propre à la sexualité et, 
dans les conditions précédemment posées (I), l'assimila- 
tion immédiate ou médiate de la race exotique à la race 
indigène s'opère également par le sexe femelle, ou par le 
sexe mâle de la race indigène, sur le sexe femelle et sur le 
sexe mâle de la race exotique. 

Maintenant que nous avons ainsi dégagé l'influence du 
père et celle de la mère des deux forces distinctes du nom- 
bre et du climat, nous n'avons pas besoin de longs déve- 
loppements pour faire toucher au doigt les erreurs engen- 
drées par la perpétuelle confusion de ces forces avec l'action 
du mâle ou celle de la femelle sur la nature physique et 
morale du produit : 

Par la prépondérance que, dans la lutte des races, le 
nombre et le climat donnent à toute race pour laquelle ils 
combattent, on peut juger de celle que, dans la lutte des 
sexes, ils transportent au sexe qui les représente : 

U est de pleine évidence que, dans tout parallèle de 
l'énergie du père et de celle de la mère fondé sur le croi- 
sement, le sexe, quel qu'il soit, avec l'action duquel on 
confond l'action du nombre ou du climat^ doit partout et 
toujours emporter la balance. 

Dans la lutte des races, le concours des deux forces est 

(1) Tom. ir,p. 305. 



D ÉGALITÉ d'action DES DEUX AUTEURS. 321 

irrésistible ; toute race qui a contre elle, dans la généra-^ 
tion, le nombre et le climat, disparaît comme si le sol s'en* 
tr'ouvrait sous ses pas. Voilà pourquoi tant d'invasions for- 
midables, tant d'immigrations de races et de nations di^ 
verses, mais inférieures ennombre à la population qu'elles 
avaient envahie, ont pu successivement passer sur un 
pays, l'inonder un instant, s'y établir même et, malgré 
les croisements les plus multipliés, n'y point laisser de 
traces (l), à moins d'appartenir à des variétés pre- 
mières proprement dites, ou à des races d'une force ^ 
d'une rusticité , d'une ancienneté , de beaucoup supé- 
rieares. 

Hais un pareil concours n'admet guère d'équivoque ; 
les causes sont trop claires, elles sont trop palpables, pour 
que Pidée vienne à des esprits sagaces de mettre id l'ac- 
tion de l'un ou de l'autre sexe à la place de celle des forces 
rénnies du nombre et du climat. 

11 n'en est pas ainsi lorsque les deux puissances sont 
disjointes et que le nombre est du côté d'un sexe, le cli^ 
mt, du côté de l'autre; la confusion devient possible, 
en divers sens. 

C'est précisément dans cette position que le système gé- 
néral de perfectionnement des races par le croisement 
place l'observateur, et c'est aux illusions d'un pareil point 
de vae que tiennent les méprises dont nous voulons 
parler, 

le système universellement préféré pour la transfor- 



(1) Vérité pressentie , mais trop confusément énoncée par W. Ed- 
wards qui n*a point, selon nous, tenu suffisamment compte ded 
exceptioDS que la règle comporte. Vovez Edwards : sur les caractères 
f^siologiques des races humaines considérées dans leurs rapports avec 
f histoire. Paris, 18Î9. 

II. ' 2i 



322 RÉDUCTION DE FORMULES A LA LOI. 

mation d'ane raee indigène en une race exotique consiste 
dans cette méthode : 

r Prendre le mâle pour agent de l'amélioration et, 
dans ce but, n'importer que les seuls étalons de la race 
exotique, pour les accoupler aux femelles choisies de la 
race indigène ; 

2^ Réserver les sevlesmétisseSy on produits femellesde ce 
premier croisement, pour la reproduction, etles accoupler, 
comme liNirs mères, aux mâles purs de la race exotique ; 

3^ Procéder, en tout point, de la même manière, à 
l'égard des produits de ce second mélange, des produits du 
troisième et du quatrième, et indéfiniment, jusqu'à l'iden- 
tification apparente de la race indigène à la race étrangère. 

On reconnaît ici le système dont nous avons précédem- 
ment parlé , en traitant de l'action médiate du cU~ 
maf (1), et il n'est pas besoin d'une profonde analyse 
pour reconnaître encore la vérité de ce que nous en avons 
dit : que, dans cette méthode, la puissance du nombre est 
en opposition avec celle du climat : 

La femelle y représente à la fois le climat et la race indi- 
gène : elle n'est pas exportée; elle reste sur le sol oublie a 
pris naissance et sous les influences constantes du climat 
où sa race s'est formée ; 

Le mâle y représente, au contraire, le grand nombre et 
la race exotique : la race exotique^ puisqu'il est le seul 
sexe qu'on emprunte à cette race; le grand nombre j puis- 
qu'à chaque génération, un nombre toujours croissant de 
représentants, ou, si l'on aime mieux, d'unités organiques 
de la race du mâle, lutte contre des fractions de plus en plus 
petites et qui bientôt deviennent infinitésimales de l'unité 

(1) Tome XI, p. 313-317. 



d'égalité d'action des dkox ai}tei}rs. 323 
première de celle delà femelle (i). Après s'être trooTée une 
contre deux dès la seconde génération, elle est progres- 
sivement une contre trois, contre quatre, contre cinq, 
contre six, etc., selon le nombre des générations qui 
saiyent. 

Une telle combinaison ne peut manquer d'avoir lesdeux 
conséquences en apparence contraires et pourtant néces- 
saires qu'elle doit entraîner, à la condition' de la stricte 
observance de toutes ces pratiques et de Tégalité parfaite 
de toutes les chances, hors la chance du nom6r^ et celle du 
elimaty entre les deux races en lutte : 

La race exotique, c'est-à-dire du grand nombre^ dont 
le père est le type, absorbe rapidement la race du petit 
wmbre, c'est-à-dire indigène, dont le type est la mire; 
et, de ce point de vue, des auteurs n'allant pas au delà 
da fait, ont dit : le mâle a, par lui-même, la prépondé- 
rance ; le mâle donne la race (2). 

Mais, au moindre mépris des prescriptions tracées, mais 
au moindre recours, et parfois (3) sans recours à des mâles 
mètiSj pour la reproduction de la race régénérée et depuis 
longtemps déjà semblable à celle du père, on voit, comme 
éfoqués par une force magique, resi^usciter les formes et 
les caractères du type en apparence aboli de la mère; et, 
de cet autre point de vue, d'autres auteurs, à leur tour, 
n'allant pas non plus au delà du fait, ont dit : la femelle^ 
par elle-même, a la prépondérance ; la femelle donne la 
TQce (4). 
Ni les uns ni les autres n'ont su se soustraire à l'illu^ 



(1) Voyez plus haut, tome II, p. 306* 
(î) Voyez plus haut, tome II, p. 291-292. 
(3) Grognier, ouv, ctï., p. S31. 
^4) Voyez plus hftut, tome II, p. 292* 



324 RÉDUCTION DBS FORMULES A LA LOI 

sioD, et voir que tout résultait ici du rôle que lès seies 
sont appelés à jouer dans cette combinaison, et nullement 
derénergie spéciale à chaque sexe : 

Ou a fait abstraction, dans une théorie, de l'action du 
grand nombre^ et l'on a rapporté cette action du grand 
nombre à la force du père ; 

Ou a fait abstraction, dans l'autre théorie, de l'action 
ducitmal, et Ton a rapporté cette action du climat à la 
force de la mère. 

Mais, en réalité, dans le premier cas, la prépondérance 
de la race exotique ne tient aucunement à ce qu'elle re- 
présente le principe paternel^ mais uniquement à ce que, 
dans cette combinaison , le principe paternel représente 
le grand nombre ; et, réciproquement, dans le deuxième 
cas, la résurrection de la race indigène ne tient aucune- 
ment à ce qu'elle représente le principe maternel^ mais 
uniquement à ce que, dans la combinaison, le principe 
maternel représente le cltma( (1). 

Tous les doutes tomberaient, s'il en pouvait rester, en 
voyant, comme plus haut (2), des combinaisons opposées, 
c'est-à-dire où le type du père est celui du climaty et où 
le type de la mère est celui du grand nombre^ amener 
précisément des résultats inverses. Car, contrairement à 
ce qu'ont écrit divers auteurs (3), la représentation exclu- 
sive du climat^ et nous ajouterons la représentation ex- 
clusive du grand nombre^ ne sont le privilège permanent 
d* aucun 8e;^e, mais, selon la nature de la combinaison, 
passent Indifféremment l'ime du côté du père, l'autre du 
côté de la mère, on toutes deux du côté d'un senl et 



(1) Tome H, p. 321-323. 
(S) Tome II, p. 318-319. 
(!) Pichard Ouv. cit.,passîm. — Matthieu, otiv. cit. 



d'égalité b' action des dbcx acteurs. 325 

jnéme sexe; et comme nous l'ayons vu ( i) , suivant celui des 
sexes auquel elles appartiennent, selon que leur puissance 
s'ajoute à celle des mâles ou à celle des femelleêj ou se 
diyise entre eux, elles transportent avec elles, au père on 
à la mère, une prépondérance ou force supérieure d'assi- 
milation qui ne procède, en fait, ni d'un sexe ni de l'au- 
tre, et qu'on n'en a pas moins jusqu'ici confondue avec 
l'énergie propre de l'un ou de l'autre facteur. 

$ lY. — Récapitulation et réduction finale de toutes les objections pré- 
cédentes au principe d*égalité d' action du père et de la mère. 

L'intelligence exacte des faits dont on s'empare, pour 
combattre la loi d'egaliié d^action du mâle et de la femelle, 
transforme, comme on le voit, les objections en preuves 
de la loi qu'on attaque; tous, en la confirmant, rentrent 
dans son principe, et l'analyse nous donne jusqu'à la 
théorie des doctrines contraires. Nous l'aTons démontré, 
ces dissidences ont pris naissance dans l'oubli de la cou* 
dition essentielle de la loi d^égalité d'action du père et de 
la mère : l'équilibre absolu^ entre les deux facteurs, de 
toutes les circonstances où la lutte s'accomplit. 

a, A la faute de conclure du fait particulier au fait 
général, la plupart des auteurs ont joint le tort plus grave 
défaire abstraction des circonstances diverses, contraires 
oafaYorables au principe de la loi, où lé fait s'est produit ; 

h. Les uns, en renfermant la lutte des deux auteurs 
dans les limites de Fidentité d'espèce , n'ont tenu nul 
compte, ni de l'énergie relative d'organisation, ni de 
Vénergie relative d'âge et d'état de la vie, ni de l'é- 

(M Voyez plus haut, p. 320-321. 



326 RÉDUCTION DES FORMULES A LA LOI 

nei^gie relative d'action et d'exaltation des deux indi-- 
vidus (1); 

c. Les autres, en procédant par le mëtissage, ou Thy- 
bridation, ont d'abord oublié que, dans tout croisement, 
ce ne sont point les sexes, à proprement parler, mais 
seulement les espèces ou les races qui luttent, et ils n'ont 
pas eu plus d'égard, dans le croisement et dans ses ré- 
sultats, à l'inégalité de toutes les circonstances où la lutte 
s'établit : ils n'ont eu d'égard, ni à la différence de force 
naturelle et de rusticité, ni à la différence d'ancienneté re- 
lative, ni à la différence d'énergie erotique des espèces ou 
des races organiques mêlées ; 

d. Ils ont également omis la distinction si fondamen- 
tale, dès qu'on veut faire la part d'action des deux sexes, 
entre les caractères libres et les caractères médiats et im- 
médiats de la sexualité ; 

e. Enfin, par un vice absolu d'analyse, ils ont commis 
la faute d'une confusion perpétuelle de l'action du père 
et de la mère avec l'action du nombre et l'action du 
climat. 

Ainsi se sont produites toutes les exceptions dont on a 
cru pouvoir s'armer contre la règle. 

Les inégalités apparentes d'influence de l'action an père 
et de celle de la mère n'ont point d'autre origine. La loi d'é- 
galité exige réquUibre de toutes les circonstances où luttent 
les deux sexes et« dans des cas sans nombre, il n'est point 
d'équilibre. De toute nécessité, ce défaut d'équilibre doit 
donc, dans les mêmes cas et par le principe même de la 
loi, se traduire en inégalité d'expression des auteurs. 

£n plaçant, au contraire, dans toutes les conditions 

(1) Voyex plus haut, p. 260-S80. 



d'égalité d'action des deux auteubs. 327 

preierites d'équilibre ^ deux sexes d'une même espèce et 
d'nne même race, plus on considère, plus on généralise, 
plason analyse l'action des deux sexes, plus on voit s'ef- 
/acer, comme nous Favons dit, les traces accidentelles 
de tonte prépondérance d'un des sexes sur l'autre^ plus on 
on Toit reparaître, en dehors des caractères médiats et inv* 
médiats de la sexualité, cette moyenne générale des repré* 
sentations du père et de la mère constatée par Girou chez 
les animaux (1) et si positivement reconnue par Bufibn 
chez l'espèce humaine que, dans une disposition naturelle 
à étendre la loi dont elle procède aux autres espèces, il 
tenait justement pour suspecte, à l'égard de l'espèce du 
Cheyal, les démentis formels que' semblait lui donner 
Texpérience elle-même (2), 

Son instinct, sur ce point, ne l'avait pastrompé(3). 

Partout, en effet, et dans l'espèce Equestre comme dans 
tontes les autres, sitôtque l'égalité des chances est rétablie, 
se traduit à la fois à l'esprit et aux yeux, dans la succes- 
sion des générations, et sous les mille formes des évolu- 
tions organiques de la vie, l'unique et véritable principe 

(1) De la Génération, p. 212. 

[î) «Au reste, écrivait-il, ces observations que Ton a faites sur les 
< produits des juments et qui semblent concourir toutes à prouver que, 
« dans les chevaux, le mâle influe beaucoup plus que la femelle sur la 
a progéniture, ne me paraissent pas encore suffisantes pour établir ce 
« fait d'une manière indubitable et irrévocable. Il ne serait pas iropos- 
«sible que ces observations subsistassent et qu'en même temps et en 
« général les juments contribuassent autant que les chevaux au produit 
« delà génération, etc., etc.» Histoire naturelle, t. Il, p. 276-277. 

(3) L'exception apparente ne tient en effet, comme il le pressentait, 
qu'à la violation de toutes les conditions d'égalité des chances dans la 
lutte des sexes, à l'infériorité presque générale où se trouve la femelle 
(consulter à ce sujet Buffon, loc. cit. — Lafont-Pouloti, ouv, cit., p. 122. 
— Grognier, ouv. cit., p. 196. — Robineau de Bougon, Mém. cit., p. 88- 
93-94, etc., etc.), et principalement à la confusion perpétuellement faite 
de l'aclion du nombre avec celle du père. 



328 RÉDUCTION DES FORMULES A LA LOI 

qui résolve toutes les exceptions^ le seul, qui non-seok- 
ment renverse mais explique toutes ]es objections, le seul, 
enfin, qui reste et qui plane au-dessus de cet amas confus 
de contradictions et d'hypothèses sans nombre sur la pré- 
pondérance du père ou de la mère, le principe de la loi 
d'égalité d'action des deux générateurs sur la progéniture. 

Pour nous résumer : 

Végalité d'action des deux générateurs ne peut être une 
loi inconditionnelle; 

Elle sous-entend toujours, entre les deux parents, et 
veut, pour l'absolu de son expression, l'équilibre absolu 
de toutes les circonstances où la loi s'accomplit. 

Les circonstances les plus directement puissantes sur 
l'œuvre merveilleuse à laquelle elle préside, tenant à 
Vénergie d'organisation^ d'état et d'action du père et delà 
mère, celui des deux auteurs qui doit à la nature, à l'âge, 
ou au moment, le privilège d'une force et d'une exaltation 
supérieures, a sur l'autre l'avantage d'une plus grande 
part aux diverses formules constitutives de l'être , c'est- 
à-dire au HÉLAIÏGE, à l'ÉLECTION OU à la COMBINAISON de 

tous les caractères émanés des parents; 

Comme ces circonstances sont, dans la même espèce, 
sujettes à varier entre les individus, selon les personnes, 
les périodes de la vie, la santé du moment et les disposi- 
tions physiques et morales les plus fugitives de l'embras- 
sement des sexes, il doit découler de ce principe même, 
dans la part relative d'action des deux sexes, selon les 
auteurs, dans la part relative d'action des mêmes auteurs 
selon les portées, et même très-souvent, dans la même 
portée selon les produits, des oppositions, des contra- 
dictions, des différences sans nombre ; 

Comme les mêmes circonstances^ entre racé'^ on espèces 



D*ÉGALITi d'action DBS- DBin AUTEUBS. 329 

diver$e$, sont sujettes aux mêmes yariations, de là, par le 
même principe, dans la part relative d'action des deux 
seies, selon les espèces ou les races croisées ; dans la part 
relative d'action des mêmes sexes, entre les mêmes races 
ou les mêmes espèces, selon les croisements, selon les in- 
diyidas, selon les portées, selon les produits, des opposi* 
iioDS/des contradictions, des différences sans nombre. 

Il arrive, en un mot, que la prépondérance du mâle ou 
de la femelle, que Vinégalité et la variété de leurs repré- 
sentations dans la progéniture, conséquences nécessaires' 
des imperfections ou de la rupture , entre les deux au- 
teurs, de la condition absolue d'équilibre^ se développent, 
en fait, du principe de la loi d'égalité d'action du père et 
de la mère sur la nature physique et morale du produit. 

ARTICLE m. 

De l'influence réciproque des lois de qualité et de quantité d*action des 
deux auteurs ou de la combinaison des formules entre elles. 

§ 1. — De la coordination naturelle des lois de la procréation et de 

la nécessité de leur combinaison pour Tintelligence 

des faits qui en dérivent. 

La voie analytique est indispensable pour la recherche 
et la découverte des lois, surtout quand il s'agit de ces lois 
si complexes de l'être et de la vie qui, à moins d'être saisies 
dans leurs premiers principes et dans leurs éléments les 
plus rndimentaires, restent confuses, obscures et indéter- 
minables. 

Mais, par la raison même que l'analyse conduit à la 
constatation de plusieurs ordres de faits, de plusieurs or- 
dres de causes ou de principes d'action des divers phéno- 
mènes, que, presque nulle part, on ne trouve une loi, 



330 GommXisoN de toutes 

mais des lois en présence, il est une limite où la voie d'a- 
nalyse devient insuffisante et où la voie contraire, la mé- 
thode synthétique, doit la remplacer. Cette limite est 
celle où il ne s'agit plus de saisir les principes ni les ca- 
ractères distinctifs des lois, mais de se rendre compte de 
leurs relations et de leur part réciproque aux effets 
qu'elles produisent : on s'aperçoit alors, qu'elles sont en 
concours, qu'elles forment un système, une force d'en- 
semble, qui s'exprime en actions et en réactions de la 
nature de l'une sur la nature de l'autre, d'où dérivent 
toujours des faits composés^ résultats mixtes de la coordi- 
nation et de la combinaison de lois diverses entre elles. 

L'interprétation de cet ordre de faits est dans l'intelli- 
gence des coordinations et des combinaisons mêmes qui 
les engendrent , et il en est ici des lois naturelles comme 
des lois civiles; la condition première pour dénouer les 
nœuds de ces complications est de comparer l'espcit , de 
grouper les principes, ^de coordonner les dispositions et 
d'étudier l'action simultanée des lois diverses dont elles 
procèdent. 

Suivre la marche contraire, voir chaque loi en elle- 
même, et indépendamment de ses connexions avec les au- 
tres lois, c'est prendre le parti, quand l'effet se complique, 
de ne plus rien comprendre; or la plupart des faits vi- 
taux sont composés. 

Ce défaut de synthèse n'a peut-être pas moins égaré 
les esprits que le défaut d'analyse dans le labyrinthe des 
inextricables questions qui nous occupent. 

Les lois d'iNNÉiTÉ et d'HÉRÉDiTÉ, par exemple , sont 
toutes deux clairement démontrées; eh bien, séparons- 
les Tune de l'autre, en idée, et mettons-les, chacune à 
part et tour à tour, en présence des faits de la génération ' 



LES FORMULES ENTRE ELLES. 331 

nne partie de ces faits s'éclaire, mais une autre partie 
reste obscure, si obscure que l'ombre s'épaissit et reyient 
jusqu'à celle qu'on croyait éclairée, et chacune de ces 
lois si simples, cependant, reste inintelligible. Nous ne 
supposons pas ici, nous racontons : c'est ainsi, qu'en 
effet, on avait procédé (l). 

Remettons, au contraire, les deux lois en présence, 
comme elles sont en concours, devant les mêmes faits; les 
mêmes lois aussitôt se renvoient la lumière. 

Nous ne supposons pas encore , nous prouvons ; car 
Dons avons donné (2) et nous donnerons plus loin , en 
traitant de la marche de I'innéité et de I'hérédité (3) 
des preuves sans réplique, que l'énigme jusqu'ici si indé- 
chiffrable de la procréation n'a point d'autre théorie. 

Vraies des lois primordiales de I'innéité et de I'héré- 
DrrÉ, ces réflexions le sont des lois secondaires A'univer- 
iolitè et à'igaliti d'action des deux auteurs : 

Nous avons commencé par analyser les principes de 
ces lois (4) ; nous en avons analysé les conditions (5) ; 
noDS en avons analysé les formules (6) ; nous avons donné 
même la raison théorique propre à chacune d'elles (7) ; 
les deux lois sont réelles, les conditions précises, les for- 
mules exactes, les raisons véritables ; elles s'accommodent 
même à l'interprétation d'un grand nombre de faits, et 
cependant il reste un nombre considérable de faits qui 
leur échappent. 

(1) Voyez tome I, passim, et p. 923. 

(î) Tome I, loc. dt., et tome II, p. 33-35, 223-225 et 242-243. 

(8) Voyez plus loin iv partie, loc, cit, 

(4) Tome II, iii« partie, chap. 3, p. 177-178 et 228-228. 

(5) Tome II, iii« partie, p. 227-258 et 260-289. 

(6) Tome II, p. 174-220. 

(7) Tome II, p. 228-258 et 287-289. 



332 COMBINAISON DE TOUTES 

Un simple rapprochement entre les cas de ce genre et 
les conditions des formules des deux lois d'universalité et 
d'égalité d'action des deux auteurs, telles que nous les 
avons plus haut exposées, le fera bien comprendre. 

Daus le principe de la loi d'universalité d'action des 
deux auteurs, celles de ces formules qui lui appartiennent, 
l'ÉLECTiON, le MÉLANGE et la COMBINAISON, out, commc 
nous l'ayons dit, pour condition spéciale ou raison d'exis- 
tence : 

La COMBINAISON, la diversité harmonique des auteurs 
ou des caractères (1); 

Le MÉLANGE, la parité ou l'analogie naturelle des au- 
teurs ou des caractères (2) ; 

L'ÉLECTION, la rencontre d'attributs exclusifs à un seu 
des deux sexesj ou la discordance et la désharmonie radi- 
cales des auteurs ou des caractères (3). 

Dans le principe de la loi d'égalité d'action du père e 
de la mère, Téquilibre de leur participation a pour con- 
dition celui des circonstances où la lutte s'accomplit (4) ; 
la PRÉPONDÉRANCE du pèrc ou de la mère a pour condi- 
tion la rupture , en faveur de l'un ou de l'autre auteur ^ 
des divers éléments de cet équilibre (5). 

Rien de plus simple, à ce qu'il semble, ces principes 
posés, que de tracer d'avance l'échelle de proportion de 
influences du père et de celles de la mère, en appliquant 
la règle de ces conditions aux cas qu'on examine. 

C'est ce que nous avons dû commencer par faire pour 



(1) Tome H, p. 234-243. 
(«) Tome II, p. 228-233. 

(3) Tome II, p. 249-258. 

(4) Tome II, p. 260-280. 

(5) Tpme II, p. 287-289. 



LES FORMULES ENTBB ELLES. 333 

donner la preuve des conditions spéciales aui formules 
des deux lois, vues isolément pour chacune des deux 
lois et isoUment pour chacune des formules (1) , et nous 
ne pensons pas que, dans de pareilles limites, il puisse 
rester de doute sur leur évidence ; tons les faits sont d'ac- 
cord pour les confirmer. 

Mais il n'est pas moins vrai qu'en partant des principes 
mêmes que ces faits démontrent et qu'en se renfermant 
àans ces mimes limites, soit pour interpréter, soit pour 
prévoir l'action de chacun des deux sexes sur la nature 
physique ou morale d'un produit, on se trouve en pré- 
sence des contradictions les plus inopinées, et que l'ex- 
périence semble souffler sur toutes ces règles comme sur 
des chimères. 

C'est ici qu'en effet on voit intervenir ces résultats 
bizarres dont nous avons déjà parlé dans cet ouvrage (2). 

r Trois cas, tous trois contraires, du moins en appa- 
rence, aux règles indiquées, peuvent se produire dans le 
déYcloppement des formules de la loi d'universalité d'ac- 
lion des deux auteurs : 

a. Dans des circonstances où, en conformité des pré- 
cédentes règles et de l'expérience elle- même, toutes les 
conditions sont celles du melakge, c'est-à-dire dans 
celles où les caractères qui se correspondent chez le père 
et la mère sont analogues entre eux et de nature à se 
mêler dans l'organisation du futur produit, an lieu du 
MÉLANGE, c'est la gombihaisoih, ou, chose plus étrange, 
rÉLECTioN qui s'observe ; 

i. Dans* des circonstances où, d'après les mêmes rè- 



(1) Tome II, p. «25 et suiv. 
(î) Tome n, p. 254-S55. 



334 COMBINAISON DE TOUTES 

gles et la même eipérience^ les conditions sont celles de 
la GOMBiNAisoif , e'esi-à-dire dans celles où les diversités 
du père et de la mère» qaoiqne trop contrastantes pour 
se mélanger, sont et se sont montrées mille fois, dans ces 
mêmes cas, harmoniques entre elles, il n'y aura point de 
COMBINAISON : le MÉLANGE OU l'ÉLECTiON cu prendra la 
place; 

c. Dans d'autres circonstances où, d'après les mêmes 
règles et la même expérience, toutes les conditions sont 
celles de I'elegtion, c'est-à-dire dans celles où les ca- 
ractères sont ou particuliers à un seul des auteurs, ou si 
disparates qu'ils semblent et qu'ils se soient montrés, 
nombre de fois, incompatibles ensemble, au lieu de 
l'ÉLECTioN , et, contre toute attente, ce sera le melaiïge 
ou la COMBINAISON qu'ou verra survenir. 

L'observation fournit de chacun des trois cas une foule 
d'exemples. On en trouve dans le transport de tous les 
éléments de l'être, de tous les attributs de sa nature phy- 
sique, de sa nature morale. 

Ils s'y produisent mêpae sous les variations les plus 
singulières : les caractères les plus semblables des mêmes 
parties , les mêmes parties elles-mêmes, s'excluent, se 
MELENT ou sc COMBINENT daus la géuératiou, selon la 
seule nature des races ou des espèces, sans que rien des 
règles précéden>tes Vexplique. 

U n'y a pas plus de différence, par exemple, entre l'o- 
reille du Zèbre et l'oreille du Cheval , qu'entre celle du 
Cheval et celle de l'Anesse , et cependant l'oreille est ex- 
clusivement du Cheval dans le produit du premier croise- 
ment; elleest intermédiaire entre leCheval et l'Anessedans 
le produit de l'autre. Il n'y a pas plus de différence entre 
la queue de TAne et de la Jument, qu'entre la queue de 



LES FORIICLES ENTRE ELLES. 335 

la Louve et la queue du Chien, et cependant la queue 
est mixte dans les bâtards des deux dernières espèces^ et 
tient exclasivement du père dans le Mulet. 

Mais les couleurs font mieux ressortir les mêmes con* 
trastes: 

Les mêmes couleurs s'isolent, se combinent ou se 
Mi^ANGENT par Phybridatiou, selon les espèces de fleurs : 
le rouge et le blanc, qui se fondent en rose dans le Pavot, 
se mélangent en stries dans la Reine-Marguerite, en bor- 
dure dans le Primevère, en panachures dans la Tulipe ( I ), 
et s'isolent souvent tout à fait dans l'OEillet qui, d'au- 
tres fois, présente toutes ces variations de coloration sur 
les fleurs d'une même tige. 

Nous retrouvons les mêmes accidents d'expression dans 
la transmission des couleurs animales; prenons l'exemple 
decelledu blanc et du notr. Le blancet le noir se changent 
en jris dans les Oies, dans les Bœufs, danslesChevauxdont 
le père et la mère sont l'un de la première, l'autre, de la 
seconde de ces deux couleurs ; dans des cas analogues, 
chez l'espèce Ovine, les petits, en général, sont tout blancs 
ou tout noirs (2). On observe, au contraire, dans l'espèce 
da Pigeon, tous les genres de mélange et de combinai- 
soiir des deux mêmes couleurs, etc. Les faons des Cerfs 
hlancs et bruns ne sont point mouchetés, mais tout blancs 
oa tout bruns (3). Les métis de Faisan' frianc et de Faisan 
commun sont toujours panachés (4). 

Ce n'est point tout encore : tous ces cas difl'érents peu- 
vent se rencontrer, pour les mêmes caractères, nous ne 



(1) H. Lecoq, ouv, ctt., p. 23. 

(S) Burdach, tome U, p. 261. 

(3) Burdacb, îoc* cU. 

Ô) V. Bomare, DicL d*hist. nat., art. Faisan. 



336 COMBINAISON DE TOCTËS 

disons point seulement dans xxnemême espèce^ ni dans une 
même race^ mais dans les différents produits d'un même 
couple, maisdansles diflférents produits à'unemêmeportée; 
nous ne faisons que rappeler ici les exemples des différents 
mélanges du blanc et du noir dans les croisements des 
deux variétés blanche et noire de l'espèce humaine (i)^ et 
l'exemple non moins singulier du mélange du noir et du 
gris dans les petits d'un Corbeau et d'une Corneille man- 
telée (2). 

Enfin, chose plus digne encore de remarque et de na- 
ture à paraître bien extraordinaire , tous ces cas différents 
peuvent même apparaître , pour les mêmes caractères ou 
pour d^analogues , dans un même produit : les deux mêmes 
couleurs qui, dans une partie, \ont s'exclure , c'est-à- 
dire l'une se produire seule , au détriment de l'autre , 
dans une autre partie \ont se mélanger, dans d'autres 
se COMBINER intimement entre elles. Ce fait, qui se trahit 
ici par la^coloration, et qui s'y manifeste surtout chez les 
oiseaux, s'obserye, dans les autres classes, pour tous les 
caractères. 

2» Des cas également contraires, en apparence, aux 
règles indiquées, peuvent aussi se produire dans le déve- 
loppement des formules de la loi d'égalité d'action du 
pèreel delà mère : 

a. Dans les circonstances où l'estimation des forces 
réciproques du père et de la mère, et l'équilibre de toutes 
les circonstancesactivessur lagénération, donnent, d'après 
les règles précédentes, le droit de s'attendre à une égalité 
plus ou moins absolue des représentations , sur un grand 
nombre de points , au lieu de I'égalité, il y a prépon- 

(i) Tome II, p. 182-184. 

(2) Burdach, Traité de physiologie, tome II, p. 265. 



LES FORMULES ENTRE ELLES. 337 

di&XRCE des représentations de l'un ou de l'autre fao- 
teur. 

6. Dans les circonstances où la prépondérance d'un 
des sexes sur l'autre est le plus prononcée entre les deux 
auteurs, où il y a rupture marquée de l'équilibre , au 
lieu de la prépondérance générale des représentations de 
Fauteur le plus fort sur l'auteur le plus faible, en viola- 
tion des règles on voit prévaloir , non-seulement dans 
le MELANGE ou la COMBINAISON, mais dans l'élection 
même, et sur plusieurs points, T influence du plus fai- 
ble sur celle du plus fort ; des systèmes, des organes, des 
caractères communs en principe à tous deux , ou ex- 
clusifs même au premier des deux sexes , se gravent 
dans le produit à son unique empreinte. C'est ainsi 
qu'il arrive souvent, d'après Girou, que la femelle 
d'une race inférieure en force à la race du mâle n'en 
propage pas moins sa couleur exclusive à différents pro- 
puits (1). 

§ II. — De la combiaaison de toutes les formules des lois de qualité et 
de guan^f M d'action des deux auteurs. 

Apparentes ou réelles , à 'quoi peuvent tenir ces con- 
tradictions des faits avec les lois à^ universalité et d'égaliii 
d'action des deux auteurs et avec les conditions des formu- 
les empiriques de la génération, telles que nous les avons 
nous-mêmes exposées? A ce que nous n'avons fait jus- 
qu'à présent agir les deux lois qti isolées , et qu'en une 
foule de cas , de la nature de ceux dont nous venous de 
parler, les deux lois réagissent ensemble Tune sur l'au- 
tre et, se combinant entre elles, transforment les faits 

(1) De la Génération^ p. 917. 
H. 22 



338 COMBINAISON DE TOUTES 

simples en faits composés : au lieu de dériver de Taction 
exclusive de Tune ou de l'autre loi, ils sont des résultan- 
tes de l'action réciproque des deux lois sur elles-mê- 
mes et , comme nous l'avons dit , l'interprétation de 
cet otdre de faits n'est que dans l'intelligence des coor- 
dinations et des combinaisons des lois qui les engen- 
drent. 

Examinons donc les coordinations et les combinaisons 
possibles entre les deux lois d'universalité et d'égalité 
d'action des deux facteurs. 

Nous sonnnes forcé de revenir ici sur leurs principes 
ou sur la condition absolue d'expression propre à chacune 
d'elles. 

La condition de la loi d'universalité d'action des deux 
auteurs est, avons-nous dit, celle de parité d'organisation 
ou d'uniformité naturelle des deux êtres ^ 

La condition de la loi d'égalité d'action, entre les mê- 
mes auteurs, est, avons-nous dit, celle d'équilibre des for- 
ces^ ou d'identité naturelle des puissances actives des deux 
êtres. 

Si maintenant nous reportons notre intelligence sur les 
chances de rencontre et de concours entre elles, il suffit de 
rapprocher les conditions de l'une de celles de l'autre pour 
voir qu'elles sont susceptibles de quatre ordres de rap- 
ports généraux, chez les êtres : 

I. Il peut y avoir parité de nature et inégalité de force 
entre les deux auteurs ^ 

IL II peut 7 avoir, entre les mêmes auteurs, disparité 
de nature, égalité de force ; 

m. Il peut y avoir égalité de force et parité de nature; 

IV. Il peut y avoir disparité de nature, inégalité de 
force. 



LES FORMULES ENTRE ELLES. 339 

Gomme on le doit comprendre, à chacune de ces quatre 
combinaisons autant de résultats différents correspon- 
dants, résultats qu'il suffit d'un retour aux principes éta- 
blis des deux lois d'universalité et à^égalité d'action des 
deai auteurs pour prévoir et déduire. 

Il n'est d'abord aucune de ces combinaisons où les lois 
primordiales de I'innéite et de l'HÉRéDiTÉ ne puissent 
interyenir et où elles n'interviennent: V Si c'est l'iN- 
K£iT£, dont la coMBiHAisoN est à la fois l'unique et 
l'immense formule et dont la force intime, l'affinité, s'é- 
veille dans la chimie des êtres comme dans celle des 
corps, aux modifications les plus insaisissables des élé- 
ments de la vie, voici les résultats logiques qu'elle doit 
avoir : 

Dans ceux des quatre cas comme dans tous les cas où 
elle intervient, il y a combiivaison vitale des attri- 
buts ou des éléments, quels qu'ils soient, des deux êtres ; 
mais : 

I. Dans le premier cas, l'auteur prépondérant exerce 
une influence relativement plus grande sur la combinai- 
son et prend une part plus grande à la composition du 
nouveau caractère; 

n. Dans le deuxième cas, la participation au nouveau 
caractère est , au contraire, égale entre les deux fac- 
teurs; 

III. Elle est encore égale entre eux dans le troisième ; 

TV. Et, d^ns le quatrième, comme dans le premier, re- 
devient inégale et plus ou moins grande, du côté du fac- 
teur dont l'énergie l'emporte. 

2o Que se passe-t-il, au contraire, dans tous ceux des 
mêmes cas que I'héredite est appelée à régir? 



340 COMBINAISON DE TOUTES 

Voici, toujours d'après les précédentes règles et la com- 
binaison des principes des mêmes lois, quelles modifica- 
tions subissent ses formules : 

I. Sur tous les points de l'être où les caractères naturels 
sont semblables et les forces inégales entre les deux au- 
teurs, deux formules sont possibles, selon le plus ou le 
moins d'inégalité des deux énergies : 

A un faible degré de différence entre elles, la formule 
de MELANGE, a\ei^ prépondérance des représentations de 
la force supérieure ; 

À un très-haut degré de différence entre elles, I'élec- 
TiON pure et simple, ou représentation exclusive dans l'être 
du système, de l'organe, de la fonction ou de la faculté 
du facteur qui l'emporte. 

n y en a mille preuves : le mâle qui appartient à une 
race plus forte que celle de la femelle, telle analogie qui 
puisse exister entre leurs caractères, n'est pas moins sou- 
vent le seul à transmettre sa forme, sa couleur, ou tout 
autre attribut aux produits des deux sexes : l'un ou l'au- 
tre facteur transmet seul, ou la tête, ou le tronc, ou les 
membres, ou les pieds, ou les mains, ou toute autre par- 
tie, du seul fait qu'il a la force supérieure : l'inégalité des 
forces a, dans ce cas, l'effet de la disparité profonde des 
caractères : 

II. Sur tous les points de l'être où les caractères se 
trouvent dissemblables et les forces égales entre les deux 
auteurs, les deux mêmes formules sont encore possibles, 
c'est-à-dire l'élection, ou le mélange au degré de jux- 
taposition^ de dissémination ou de fusion^ selon le plus 
ou le moins d'identité des forces et de disparité des élé- 
ments divers. 



LES FORMULES ENTRE ELLES. 341 

€'est à cet ordre de causes qae nous rapportons les faits 
analogues à celui si curieux du nègre de Berlin, mari 
d'une femme blanche, dont les filles étaient noires et les 
garçons blancs : dans beaucoup d'autres de ce genre et 
sans d'autre raison appréciable queceHe dont nous parlons 
ici, le produit représente une répartition exacte ou, pour 
mieux dire, une mosaïque ^iyante des caractères les plus 
divers des deux auteurs ; phénomène curieux dont le croi- 
sementdes espèces, dans les règnes végétal et animal, nous 
a donné tant d'exemples, depuis celui des Hybrides des 
variétés de Melon, ou de l'hybride du Chou et du Radis 
noir, jusqu'à ceux des Mulets de Tarin et de Serine» de 
Chat et de Chien, d'Ours et de Chienne, de Taureau et 
de Jument qui nous ont présenté , dans l'ensemble et 
parfois dans une seule partie de la nature du produit, le 
tableau d'agrégations si extraordinaires. ^ 

m. Sur tous les points de l'être où les caractères 
sont semblables et les forces égales entre les auteurs, il y 
a uÉLANCrE égal, au degré de fusion^ de dissémination 
on de juxtaposition ^ des représentations du père et de 
la mère , selon le plus ou le moins de perfection des 
deux conditions , réunies; ce qui peut entraîner, dans 
quelques circonstances, la reproduction plus ou moins in- 
t^rale par chacun des deux sexes d'organes pairs et sem- 
blables. 

Nous ne regardons pas du moins comme impossible^ 
que plusieurs monstruosités, de celles qui sont étrangère^ 
à la duplicité des germes, la polydactylie, la polymélie, 
n'aient cette origine. 

lY. Enfin, sur les points de l'être où les caractères se 
trouTent dissemblables et les forces inégales entre les deux 
facteurs, les combinaisons possibles dans ces cas \ariant 



3i2 COUBINAISON DE TOUTES 

à l'infini, les formules applicables à ces combinaisons de- 
vront Tarier comme elles ; seulement, quelle que soit celle 
des formules qui l'emporte, et soit qu'il existe plus de dif- 
férence entre la nature des forces qu'entre celle des carac- 
tères, ou plus de différence entre celle des caractères 
qu'entre celle des forces, soit qu'il y ait, en un mot, éi-ko- 
rioii ou MÉLAiiGE, il j aura partout inégalité constante 
et générale des représentations exclusives ou communes à 
chacun des auteurs. 

Ainsi donc, qu'il existe disparité de nature, égalité de 
force; ou inégalité de force, parité de nature; ou parité 
de nature et égalité de force; ou tout à la fois inégalité de 
force, disparité de nature ; il n'existe, de fait, aucun 
cas où les lois primordiales de I'ihnéité et de I'héré- 
DiTÉ , et les lois de qualité et de quantité d'action des 
deux auteurs n'agissent conformément à leur principe 
même. 

Mais, sous peine de ne rien comprendre à l'action et à 
l'expression de ces lois dans les êtres, il faut avoir sans 
cesse présent à l'esprit, qu'il n'existe pas une des quatre 
combinaisons possibles de ces lois qui puisse, en au- 
cun cas, être ni permanente ni générale entre deux fac- 
teurs ; 

Il ne se Toit point deux individus dont tous les carac- 
tères soient semblables^ en même temps que toutes les for> 
ces égales ; il faudrait admettre une identité des indivi- 
dus qui n'existe pas ; 

Il ne se voit point davantage deux êtres dont toutes 
les forces vitales soient égales et tous les caractères na- 
turels dissemblables ; il n'y aurait point d'espèce, car 
Tuniformité d'organisation est un de ses caractères; 



LES FORMULES ENTRE ELLES. 343 

II ne saurait non plas exister à la fois, entre deax indi-^ 
Tidas, de parité absolue de tous les caractères et d'inéga- 
lité complète de toutesles forces ; il n'y aurait plus d'an- 
tagoniane de sexe, dont la base est toujours une difté^ 
rence d'organes ; 

n ne saurait enfin exister à la fois, entre deux indivi- 
dus, une inégalité de toutes les forces et une disparité gé- 
nérale de tous les caractères de l'être ; 

n n'y aurait plus de génération possible. 

La réalité n'offre rien de semblable et nous ramène ici 
à des propositions déjà établies : 

Dans l'ordre naturel de la procréation , ni la pa- 
rité, ni la disparité ne sont universelles entre les deux 
facteurs: elles sont top tes deux partielles et relatives , 
rone, à une série d'organes ou de facultés, l'autre, à une 
autre série de facultés ou d'organes du père et de la 
mère; 

Dans l'ordre naturel de la procréation, ni l'égalité, ni 
l'inégalité des forces ne peuvent être non plus universelles 
entre les deux facteurs : toutes deux sont aussi partielles 
et relatives, l'une à telle énergie ou à tel système, l'autre 
à tel autre système ou telle autre énergie du père et de 
la mère ; 

Dans l'ordre naturel de la procréation , ni l'égalité, 
ni l'inégalité partielles des deux forces ne sont même 
constantes entre les deux facteurs : toutes deux sont 
temporaires et, dans les mêmes systèmes et les mô- 
mes énergies, sujettes aux variations de l'état et du mo-^ 
ment. 

Ce n'est jamais, en un mot, que pour certains points, 
que pour certains caractères, et qu'à de certain^ moments 



344 COMBINAISON DE TOUTES 

de l'activité des êtres, et non pour tous les points, pour 
tous les caractères, ni pour tous les moments possibles de 
leur vie, que chacune des précédentes combinaisons existe 
dans le concours des sexes et entraine avec elle le déve- 
loppement exclusif de la formule qui s'y lie. 

Deux conséquences découlent de ce fait capital, tontes 
deux essentielles pour l'élucidation et l'intelligence de 
faits autrement obscurs et incompréhensibles de la pro- 
création : 

L'une est qu'il n'y a point d'hymen, entre deux êtres, 
qu'il n'y a même point de génération où le parallèle des 
deux générateurs, en portant à la fois sur tous les carac- 
tères du père et de la mère, ne doive rencontrer, entre les 
deux auteurs, la réunion de toutes les combinaisons que 
nous venons de décrire : toutes, nécessairement, doivent 
COEXISTER et se représenter simultanément, à différents 
degrés et en différents points, comme disséminées entre 
les éléments de la nature physique et morale des deux 
sexes; 

La seconde conséquence, c'est, qu'en thèse générale, et 
par cette raison même, il ne faut ni chercher ni espérer 
trouver, dans aucun produit, l'expression exclusive 
d' AUCUNE des formules qui peuvent dériver de ces com- 
binaisons : mais ces combinaisons, comme nous venons 
de le dire, étant toutes et toujours plus ou moins com- 
plètement REUNIES dans le concours du père et de la 
mère, on doit toujours s'attendre à une reunion et 
comme à une sorte de répartition égale ou inégale^ entre 
les différents points de l'organisme du produit, des dt- 
verses formules propres à chacune d'elles. 

Nous revenons, ainsi, à cette conclusion première (1) 

(i) Tome II, part. 3, chap. m, p. 219. 



LBS FORMULES ENTRE BUES. 345 

et dernière, comme à la résultante la plus rigoareosement 
exacte du concours de toutes les formules, et de toutes les 
règles et de toutes les lois : 

Vue dans son ensemble, Toi^anisation n'est, à propre* 
ment dire, Texpression absolue d*aucune loi, d'aucune 
r^le, ni d'aucune formule» mais I'assemblage mvani et 
karmmique de toutes : elle n'est, dans tout être, quel 
qu'il soit, qui procède de l'union sexuelle, qu'un composé 
variable d'iLECTions, de mélauges et de coMBiiiAisoifs 
des divers caractères des deux générateurs. 

CHAPITRE CINQUIÈME. 

ft£ l'influence des lois de la procréation scr la sexualité de la 

PROGÉNITURE. 

A la question de la part d'influence relative du père et 
de la mère sur la nature physique et morale du produit 
soccèdeune autre question, l'une des plus agitées, Tune 
des plus obscures, Tune des plus curieuses que l'hérédité 
nous appelle à débattre ; ce problème qui n'est guère 
qu'one seconde forme de celui dout nous venons d'offrir 
la solution, et sur lequel les lois que nous venons d* éta- 
blir jettent, à ce qu'il nous semble, une complète lu- 
mière, est l'énigme de l'action des deux générateurs sur 
la sexualité de la progéniture. 

Quel rapport y a-t-il entre les deux modes d'être de la 
sexualité et les lois précédentes de la procréation? 



346 DE l'action des lois de la procréation 

ARTICLE I. 

Des différents systèmes sur la part des auteurs au sexe du produit. 

Les parents agissent-ils ou n'agissent-ils pas, par Tacte 
et dans l'instant de la fécondation, sur le sexe normal de 
l'être qu'ils engendrent? est-il mâle ou femelle du fait 
de ses auteùfs ? 

Nous nous retrouvons ici, comme plus haut, en pré- 
sence de deux doctrines contraires : une première qui 
rejette, une seconde qui admet l'action déterjninante du 
père et de la mère sur la sexualité normale du produit. 



§1. ■— Systèmes négatifs de Taction déterminante du père et de la mère 
sur la nature du sexe. 



La doctrine négative de l'influence des auteurs sur le 
sexe du produit renferme plusieurs systèmes, non-seule- 
ment très-distincts, mais très-opposés sur la théorie de la 
détermiînatioii de la sexualité. 

1** Dans un premier groupe rentrent tous les sys- 
tèmes qui rattachent, en principe, la détermination défi- 
nitive du sexe à des circonstances postérieures à Tacts de 
la fécondation. 

De ce nombre est d'abord la théorie de Vindétermina- 
tion primordiale des sexes soutenue par Ackermann. D'a- 
près cette hypothèse , l'embryon ne serait ni màle ni 
femelle : le sexe primitivement nul dans le nouvel être, 
au lieu de remonter à l'origine même de la conception, ré- 
sulterait plus tard du degré d'abondance de l'embryotro- 
phe : il deviendrait femelle, lorsque la proportion de 
l'embryotrophe , relativement trop forte pour celle de 



SDR LE SEXE DU PRODUIT. ' 347 

roxjgène, s'opposerait à sa complète coagulation ; il de- 
Tiendrait mâle, quand l'excès d'oxygène rendrait ce 
même embryotrophe pins dur et plus solide (1).' 

Vient, ensuite, le système professé par Tiedemann (2) 
et adopté par d'autres illustres physiologistes, de la fémi- 
ninitè originelle du sexe dans tous les embryons. Dans cet 
wdre d'idées, le sexe masculin n'est qu'une émanation 
et qu'une ampliation physique ultérieure du sexe con- 
traire. 

Une troisième hypothèse, aussi incompatible que les 
deux précédentes avec toute action du père et de la mère 
sur le sexe du produit, est la théorie de Vhermaphrodisme 
initial des germes ou de la réunion des principes des deux 
sexep dans tous les embryons, doctrine soutenue par 
Knox (3) et, dans ces derniers temps, appuyée par We- 
bcr (4). 

Le sexe définitif du produit dépendrait, selon ce pre- 
mier auteur^ de la prédominance d'un des sexes sur 
l'antre : mais leur dualité, selon le second auteur, laisse^ 
ndt toujours des traces dans les organes eux-mêmes. 

2® D'autre part, sans admettre aucune de ces idées, et 
sans croire que le sexe dépende de circonstances posté- 
rieures à l'acte de la fécondation, une doctrine dernière, 
tout en reconnaissant qu'il a son origine dans la concep- 
tion même, nie qu'il se détermine par aucune influence 
du père ni de la mère, et le soustrait à l'empire des forces 
individuelles de la génération : c'est la théorie des causes 
impersonnelles de la sexualité. 

(1) Ackerniann, Infantis androgyni historia, p. 58. — Burdach, Phy- 
siologie, t. II, p. 271. — {%) Tiedemann, Anatomie derkopflosm miss- 
géburten, p. 80-88. — (3) Froriep, Notisen, t. XXIX, p. 53. — Burdach, 
loc. cU, — (4] E. H. Wfcber, Zusàtze zui- Ithre vonBaue und denver^ 
richtungen der Geschlecksorgane^ Leîp7ig, 1846. 



348 DE L^ ACTION DES LOIS DE LA PROCRÉATION 



i IT. — Systèmes affîrmatifs de Taction déterminante du père et de !a 
mère sur la nature du sexe. I 



£n opposition avec tons ces systèmes, des antears, en 
grand nombre, se rallient au principe de l'actioii indiYi- 
duelle da père et de la mère sur la sexualité, mais ne sont 
nullement d'accord sur la nature des causes qui la déter- 
minent. 

Gomme les précédentes , toutes les doctrines comprises 
dans cette catégorie portent Tempreinte profonde des di- 
Terses théories de la génération. 

P Le spermatisme antique qui attribuait au mâle 
toute la réalité de la procréation, devait nécessaireçient 
en faire dériver le sexe, avec tous les principes et tous 
les attributs de la nature physique et morale du produit : 
le mâle a donc été dépositaire des sexes, comme il Tétait 
des germes. L'expression la plus nette et la plus absolue 
de cette théorie de la sexualité est le système d'Àristote 
aux yeux de qui la femelle n'est qu'un mâle inachevé , 
une sorte de monstre dont la génération est accidentelle 
et due à un défaut d'énergie séminale du père dans le 
coït (1). C'est la doctrine que Ton retrouve soutenue chea 
les Arabes parle célèbre Ibn-Roschd ou Averrhoës et, 
chose plus curieuse, chez les pères de l'Église, par saint 
Thomas d'Âquin, dont le langage (2) offre à peine une 
modification de celui d'Aristote. 



(1) De Generatione anknaliutn, IV, 3. — Et HisL animal.,, IV, 8. 
— (t) Voici ses expressions : fœmina per respectum ad naturam particu- 
larem^esta^tguid âeficiens et occasUmatum^ quia'yirtus activa, quœ est 
insémine maris, intendit producere simile perfectum secundum mascu- 
linum sexum ; sed quod fœmina generatur hoc est propter urtutis acti- 
tivœ débilitatem, velpropteraliquammateri» indispositionem, veletiam 



SUE LE SEXE DU PRODUIT. 349 

Dans un autre ordre d'idées qui remonte, en principe, 
à la même théorie, le testicule droit a été regardé comme 
l'organe sécréteur de la semence mâle, le testicule gau- 
che comme l'organe sécréteur de la semence femelle. 
Cette hypothèse, qui se perd dans la nuit des temps, et 
dont Plutarque fait honneur à Parménide, a eu pour in- 
terprète, en France, Michel Procope Couteau (l) dans le 
siècle dernier, et compte même de nos jours, chose ex- 
traordinaire , des partisans parmi des médecins in- 
struits (2). Elle a donné naissance à une application aussi 
ancienne qu'elle du principe qu'elle pose, à l'art de pro- 
créer les sexes à volonté : la méthode consiste dans la 
ligature du testicule gauche pour engendrer des mâles, 
et dans la ligature du testicule droit pour produire des 
femelles ; précepte de Démocrite, d'Hippocrate, de Pline, 
de Columelle, de Didyme, et de plusieurs autres auteurs 
de Tantiquité (3), desquels il s'est transmis jusqu'à notre 
époque chez les agriculteurs et les yétérinaires (4). 

2^ L'ovisme, à son tour, Tenant à transporter au prin- 
cipe féminin, dans la génération, l'origine physique et 
morale de l'être, a dû logiquement lui transporter aussi 
l'origine des deux sexes : on est allé plus loin, et voulant, 
itontprix, trouver dans les organes la raison matérielle 
de cette hypothétique détermination du sexe par la fe- 
melle, on a eu recours à des conceptions bizarres : les uns, 
comme nous le voyons chez Graaf , ont supposé une divi- 
sion de la cavité utérine en sept régions distinctes : trois 



propter aliquam transmutationeni ab extrinseco, etc. ■— (1) L'art d« 
faire des garçons, par M***, Montpellier, 1 vol. in-12. — (2) Velpeau, 
Traité élémentaire deVartdes accouchements y t. I, p. 223. — (3) J.-B. 
Poita, Magiœ naturalisa lib. II, cap. xxi. — (4) Lafont-Pouloti, ouv, cU.^ 
p. Î21. 



350 DE l'action des lois de la procréation 

latérales droites exclusivement vouées à la formation des 
individus mâles ; trois latérales gauches, à celle des fe- 
melles ; une centrale, à celle des hermaphrodites (1) : les 
autres ont prétendu faire jouer aux ovaires le rôle que 
les spermatistes avaient, dès Forigine, fait jouer aux tes- 
ticules : dans ce second système, soutenu d'abord par 
Henke (2) et plus tard par Millot(3), l'ovaire droit est 
devenu l'organe de dépôt des embryons mâles, l'ovaire 
gauche, celui des embryons femelles et, selon la position 
de la femme dans le coït, selon celui des côtés fécondés 
par le sperme, la femme devient mère de filles ou de 
garçons. Quelques auteurs insistent sur la nécessité d'u- 
nir les deux méthodes et tiennent à la fois et à la ligature 
d'un des testicules, et à la position à donner aux fe- 
melles dans la copulation (4). 

Hufelfind et Sinclair, si éloignés d'ailleurs de se rallier 
à l'ovisme d'une manière absolue, n'en rapportent pas 
moins aux femelles le principe de la sexualité.; le premier, 
par la raison que, chez les Poissons, les œufs fécondés 
avec la même laitance donnent naissance à des mâles 
comme à des femelles (l); le second, parce que les fem- 
mes engendrent, selon lui , les unes plus de filles, les au- 
tres plus de garçons, et qu'on n'observerait rien de sem- 
blable chez les hommes. 

3^ Un troisième système, également opposé à l'idée 
d'une action exclusive du père et à celle d'une action ex- 

(1) Reg. de Graaf, de Mulierum organis generationi inservientibuSt 
édit. de Leyde, 1777, p. 234. — Et Manjçet, Bibliotheca anatomicaj 
1. 1, p. 599. — (2) Vœllig entdecktes Geheimniss der natur in Erzun- 
gung des menschen, Brunswick, 1786, in-8. — (3) Uart de procréer les 
sexes à volonté, ou système complet de génération, Paris, 1800, in-8. — 
(4) J.-B. Porta, ouv. cit., c. xxi. — Vanini, op. cit., 252. — (i) Journal 
der praktischen Heilkunde, 1820, cap. i. 



SUE LE SEXE DU PRODUIT. 35 1 

elusive de la mère sur la sexualité, les admet, en prin- 
cipe, tous deux à la produire et la fait dériver du concours 
des deux sexes; elle est mâle ou femelle selon que la fe- 
melle ou que le mâle domine dans la formation de l'être. 

Mais ici se rencontrent encore des opinions contra- 
dictoires entre elles, deux surtout dans lesquelles peuvent 
se résumer et se fondre les autres : 

L'une de ces doctrines investit chaque sexe de la faculté 
d'engendrer les deux sexes : elle décerne, en un mot, au 
père et à la mère le don de procréer l'un comme l'autre 
des mâles, l'un comme l'autre des femelles ; 

En investissant le mâle et la femelle du privilège d'agir 
sur la sexualité, l'autre doctrine n'attribue à chacun des 
deux sexes , d'autre faculté que celle de reproduire le sien. 

A. La première théorie est celle que professait l'école 
Hippocratique dans l'antiquité et que Girou de Buzarein- 
gaes a ressuscitée, sous une forme nouvelle, à l'époque 
moderne. 

Le fait que beaucoup de femmes qui n'ont eu que des 
filles d'un premier mari ont des garçons d'un second, ce- 
lui que beaucoup d'hommes qui n'ont eu que des filles 
d'une première femme ont des fils d'une seconde, ou des 
filles s'ils ont eu des fils de la première ; les ressemblances 
croisées de la fille avec le père, du fils avec la mère; tous 
ces faits, très-réels et très-ordinaires, semblaient à Hippo- 
erate, ou du moins aux auteurs de différents traités publiés 
sons son nom, la preuve d'une puissance inhérente à cha- 
. que sexe d'engendrer les deux sexes et, pour se l'expliquer, 
ils imaginaient dans chacun deux semences : une semence 
mâle, une semence femelle (1). 

(1) Hippocrate, De Geniturâ ex interpretatione FcesUf Francofurti, 



35 i DE L* ACTION DES LOIS DE LA PROCRÉATION 

plus faibles , oa des féminines , naissance à des fe< 
melies. 

Dans la lutte des deux semences de nature contraire, le 
sexe est déterminé par la nature de celle dont la Tigueur 
et la profusion l'emportent : 

Si la semence faible ou féminine domine ainsi la se- 
mence forte ou masculine du père et delà mère, il naît une 
fille ; si c'est la forte qui prend le dessus sur la faible, il 
naît un garçon (l). 

La théorie du de Naiurâ pueri, sur l'uniformité ou la 
diversité de sexe chez les jumeaux, est en pleine concor- 
dance avec cette théorie et justifie Tidée qu'elles sont bien 
Tune et l'autre d'un seul et même auteur : 

« Chez la femme, chez l'homme, chez tout individu de 
toute espèce animale, la semence a, dit-il, tantôt plus de 
faiblesse, tantôt plus d'énergie et l'éjaculation ne s'en 
fait pas d'un seul jet, mais d'un second, d'un troisième: 
ilest impossible que celle du premier jet et celle du dernier 
aient la même vigueur ; quel que soit le côté de la pa- 
trice où pénètre la semence la plus épaisse et la plus vi- 
goureuse, il s'y engendre un mâle ; quel que soit le côté 
où se porte la plus fluide et la moins énergique, il y naît 
uûe femelle : si la plus vigoureuse arrive aux deux côtéSy 
deux mâles se procréent ; si c'est la plus débile, se pro- 
créent deux femelles (2).» 

Le traité de diœtâ offre de la formation et du sexe de 
jumeaux une raison analogue et donne aux mêmes prin- 
cipes d'autres développements : les deux côtés ou lobes 
supposés de la matrice sont-ils tous deux béants à son 

(1) DeGenitura, loc. cit. — (2) Hipp., DeNaturâpueri, scct. m. 



SUR LE SEXE DU PftODI}|T. 355 

orifice, au moment du coït, et sécrètent-ils tons deux en 
abondance. une semence énergique, il se forme des jn- 
meaax; la semence sécrétée par les deux côîé$ est-elle 
mascaline, les jumeaux sont mâles; est-cllc féminine, 
les jameaux sont femeUes; 

Le concours des semences masculines des deux sexes 
à la formation de Tètrc n engendre pas senlement des 
màles, mais des hommes doués de la beauté de l'esprit 
et de la vigueur du corps, si le \ice du régime ne nuit point 
à Fessor de leur développement ; 

Le concours de la semence masculine du père et de la se- 
mence féminine de la mère , quand toutefois la semence 
masculine garde la prépondérance , produit encore des 
mâles, mais d'une beauté moindre que les hommes qui 
précèdent ; 

Enfin, le concours des semences masculines de la mère 
et féminines du père où la première domine, produit des 
androgjnes ou hommes efféminés (1). 

Des siècles avant l'auteur dont nous allons parler, l'A- 
rabe Ibn-Sina, autrement Avicenne, fondait sur ces doc- 
trines, soutenues du grand nom d'Hippocrate, une théorie 
des signes caractéristiques des hommes et des femmes 
aptes à produire des màles, et des hommes et des femmes 
aples à faire des femelles : 

VAlhanim, dit-il, ou l'homme prédestiné à procréer 
des màles, est d'une grande force physique; il joint à la 
souplesse la fermeté des chairs ; il a le sperme épais, abon- 
dant, les testicules gros, les veines apparentes, un très- 
énergique appétit vénérien; il ne ressent point de fatigue 

(i)Hipp., DeDiœtûyWvA. 



356 DE l'agtio;< des lois de la procréation 
da coït ; il est suj«t à des poUations spontanées, et sa se- 
mence s'écoule du testicule droit, le premier développé à 
son adolescence (1). 

Les traits systématiques dans le portrait de la femme 
propre à créer des mâles se rapportent à ceux-là ; tout, 
évidemment, s'y base sur l'idée que la femme douée du 
don d'émettre, de préférence, la semence virile, doit of- 
frir, dans son sexe, les caractères les plus analogues pos- 
sibles à la virilité. Aussi l'auteur arabe défend-il d'écou- 
ter ceux qui disent que la femme, pour être apte à procréer 
des mâles, doit manquer de l'énergie du fluide séminal; 
elle doit, au contraire, avoir la semence épaisse ; elle doit 
être jeun,e, de coloration et de formes régulières, n^accuser 
ni mollesse, ni pesanteur de corps, avoir les yeux tournés 
légèrement vers le brun, les veines extérieures, les sens et 
les mouvements en parfaite harmonie, le naturel heureux, 
l'esprit gai, la digestion bonne, le ventre exempt de l'ha- 
bitude de la constipation, exempt de celle du relâche- 
ment; le col de la matrice en opposition directe avec 
la vulve, les menstrues précoces, mais ni fluides , ni 
crues, ni aqueuses, ni brûlées, et la conception prompte, 
par la force et l'ardeur du tempérament, le peu de dé- 
veloppement de graisse et le peu d'humidité de son 
utérus. 

Nous ne rappelons ces traits des tableaux d'Avicenne 
qu'en raison des rapports qu'ils présentent avec ceux des 
tableaux de Girou qui leur correspondent. 

Quoique très-différente sur des points essentiels de 
celle d'Hippocrate, la théorie de l'auteur de la Généra- 



(1) Confér. avec Hippocr., liv. IV, 4, 31, dans E.|LiUré, ouv, cit„ 
p. 313. 



SUR LE SEXE DD PRODUIT. 357 

iion n'en repose pas moins sur le même principe, celai de 
la facaité qu'il décerne à chaque sexe d'engendrer les 
deax sexes. 

La nouveauté des bases de cette autre théorie, les ob- 
senrations dont elle s'autorise, le crédit que des expé- 
riences curieuses lui ont donné, tout en impose ici l'ex- 
position sommaire. 

Sans tout individu, quel que soit son sexe, Girou dis- 
tingae deux vie& : 

La première est la vie qu'il nomme extérieure; le pou- 
mon en est le centre; le système nerveux de la vie ani- 
male et le système musculaire en sont les instruments ; le 
mouvement, la volonté et l'intelligence en sont les attri- 
buts; 

La seconde vie est celle qu'il nomme intérieure ; le foie 
en est le foyer ; le tissu cellulaire, le système digestif, le 
grand sympathique et tout le système nerveux de la vie 
organique en sont les appareils; la sensibilité interne, le 
sentiment, T assimilation, la végétation, en sont les puis- 
sances. 

Chacune de ces deux vies est douée de la faculté de se 
reproduire ; chacune d'elles a dans l'être, quel que soit 
son sexe, ses organes exclusifs de reproduction; cha- 
cane en détermine elle-même la naissance et reçoit de leur 
développement un surcroit d'énergie. 

L'ovaire et la matrice chez le sexe féminin, le testicule, 
les vésicules séminales, les prostates chez le sexe masculin, 
forment Tappareil spécial de reproduction de la vie in- 
térieure r 

Le pénis et les glandes de Gowper, chez le mâle, le cli- 
toris et le tissu érectile du vagin, chez la femelle, forment 



3o8 DE l'action des lois de la PROGBÉATION 

l'appareil spécial de reproduction de la vie extérieure (l). 

Ces deux systèmes d'organes sont tous deux sécrétoires 
et concourent à fournir par leurs sécrétions, chaoun en ce 
qui le concerne, les éléments vitaux des représi^i^tions 
électriques latentes dans le sperme et l'ovule. 

Chacune des deux vies, chez le père et la mère, tend à 
régénérer, dans la formation 4le Fêtre, les organes du sexe 
qui la représente et qui émane d'elle ; et, réciproquement, 
ces organes doivent tendre à l'y reproduire. 

En tendant à reproduire la vie dont ils ressortent, les 
organes sexuels de la vie intérieure, le testicule et l'ovaire, 
deviennent positifs dans le développement de la sexualité; 
ils inclinent à transmettre, le testicule le sexe mâle,d'o- 
vaire le sexe femelle, aux principes du germe. 

Les organes sexuels de la vie extérieure^ le pénis et le 
clitoris, au contraire, sont tous deux négatifs dans le dé- 
veloppement de la sexualité et tendent, le pénis chez le 
mâle, à laisser prévaloir le sexe femelle et, chez la femelle, 
le clitoris, à laisser prévaloir le sexe mâle dans les repré- 
scrutations. 

Par ce double système de forces et d'organes, chacmi 
des deux sexes peut donc déterminer la procréation de 
l'un et de l'autre sexe (2). Toutefois, la tendance de cha- 
que sexe à produire des mâles ou des femelles dépend de 
celle des deux vies qui prédomine dans l'être ; ces deux 
vies ne sont point également réparties entre les deux sexes ; 
la vie extérieure est en plus chez le mâle, en moins chez la 
femelle; la vie intérieure en plus chez la femelle, et en 
moins chez le mâle. Chaque sexe incline ainsi, dans l'or* 



(1) De la Génération, chap. v, vi, vu et vin, pa^tm. — {î) DelaGé' 
nération, p. S, 98, 201, S15. 



SUR LE SEXE DU PRODUIT. 359 

dre naturel, à reproduire en excès la \ie qui lui est propre, 
à reprodoire en défaut celle de Tautre seie. 

Mais ces proportions ordinaires des deux vies peuTent 
offrir dans l'être, selon les individus, selon les circon- 
stances, des variations qui tiennent, tantôt à sa nature, et 
tantôt à l'état de son organisation. Ces variations sont 
telles, qae l'on, comme l'autre sexe, peut se trouver placé 
soas la prépondérance de la vie extérieure^ sous la pré- 
pondérance de la vie intérieure. 

Sous la prépondérance de la vie intérieure et des or- 
ganes sexuels qui lui correspondent (le testicule, l'ovaire), 
le sexe mâle tend à engendrer des mâles, le sexe femelle, 
des femelles ; 

SoQs la prépondérance de la vie extérieure et des or- 
ganes sexuels qui lui correspondent (le péni^^, le clitoris), 
le sexe mâle tend à produire des femelles, le sexe femelle, 
des mâles ; 

Enfin, dans tous les cas, la détermination définitive du 
sexe dépend de celle qui prévaut de la vie intérieure du 
père et de la mère, lorsqu'elles ne tendent point à produire 
an même sexe (1). 

Hais Girou ne limite point aux deux générateurs l'ac- 
tioa déterminante sur le sexe du produit; il l'étend aux 
aïeux : chacun des ascendants combinés dans un être est 
représenté plus ou moins puissamment, mais tpujours 
eomplétement , dans les formations reproductrices de 
Fètre; d'où il suit que les formes, sous Tinfluence des- 
epidles se fait la reproduction, doivent rappeler les formes 
latentes, même sexuelles, avec lesquelles elles ont une 
étroite connexion, et qui ont autrefois fait partie du même 

(1) Ouv. cit., p. Î9t. 



1 



360 DE l'action des lois de la procréation 

tout. Cette reproduction du sexe des ascendants du père 
ou de la mère n'est, en un mot, pour lui, qu'une simplecon- 
séquence de la loi de reproduction des formes des aïeux 
disparues pendant une ou deux générations (l). 

Ce n'est point tout encore : rapprochant de ces idées 
sur la sexualité les considérations qui le portent à regar- 
der le foie comme le foyer de la Vie intérieure, le poumon 
comme celui de la ^ie extérieure, Girou pose en principe : 

Que les affections du foie, chez le mâle et la femelle, al- 
térant la puissance de reproduction de la y\e intérieure, 
altèrent chez le mâle la reproduction des mâles, chez la 
femelle la reproduction des femelles ; 

Et que les affections du poumon, diminuant, chez Tun 
et chez l'autre sexe, la régénération de la vie extérieure, 
nuisent dans le sexe mâle à la faculté de procréer des fe- 
melles, dans le sexe femelle, à la faculté de procréer des 
mâles. 

Telle est la théorie dont Girou de Buzareîngues fait à 
Fart d'engendrer les sexes à volonté une application fort 
étudiée et dont on peut ainsi résumer les préceptes : 

Dèsire-t'On des mâles? 

La femelle à choisir doit être ou jeune, ou vieille, épui- 
sée au moment du coït par le part ou par l'allaitement, 
être plutôt maigre que grasse, ressembler à son père, avoir 
le front large, et n'entrer en chaleur que par l'excitation 
de la présence du mâle et non par l'influence d'une lai^e 
nourriture; 

Le mâle doit être dans son parfait développement, ni 
trop jeune, ni trop vieux, d'une grande force musculaire, 
en bel état de santé, ressembler à son père de forme et de 

(1) Ouv, cit., p. 201 . — Voyez plus baut, p. 351. 



SUR LE SEXS DU PRODUIT. 361 

coidear, avoir le front étroit et les testicules gros relative- 
ment à la verge. 
Désire-Uon des femelles? 

La femelle doit être dans la viguear de l'âge, en bel 
état de santé, remise des fatigues du part et de Tallaiie- 
ment, et de la gestation, et de l'exercice ; ressembler à sa 
mère ; avoir le bassin large et le front'étroit, et n'entrer 
en chaleur que par l'effet direct du tempérament et de 
la nourriture ; 

Le mâle doit, au contraire, être sous l'influence de 
l'excitation des sens et non de l'abondance de la nour- 
riture ; être très-jeune ou vieux, fatigué d'une ou deux 
saillies antérieures avec d'autres femelles ; ressembler à sa 
mère, avoir le front large et la verge grande relativement 
aux testicules. 

L'auteur va plus loin et, à l'aide des préceptes déduits 
de sa tbéorie, il propose les moyens non-seulement d'ob- 
tenir à volonté plus de mâles ou plus de femelles, mais 
eacore d'obtenir que ces productions, au sexe en quelque 
sorte prédéterminé, ressemblent, à volonté^ au père ou à 
la mère (1). 

B. L'autrç groupe de doctrines repousse également 
les deux derniers systèmes ; selon ces doctrines, la ma- 
tière séminale a une manière d'être et des qualités rela- 
tives au sexe de chaque individu, comme elle en a qui se 
rapportent à son espèce ; la semence de l'homme n'est 
propre qu'à produire un autre homme; la semence de la 
femme qu'à produire une autre femme ; chaque sexe, en 
tin mot, n'a que le don exclusif de transmettre son sexe et 
le produit est femelle ou mâle selon celui dont l'ascendant 
l'emporte. 

(1) Ouv, cit., chap. IX. 



362 DE L ACTION D£S LOIS DE LA PROCRÉATION 

Mais la prépondérance dn père on de la mère, dans la 
génération, peut être de bien des sortes, et Ton n'est 
point d'accord sur l'espèce de celle qui décide du sexe. 

D'après une opinion très-accréditée, le sexe dépend de 
rénergie supérieure de la vie, c'est-à-dire du degré rela- 
tif de vigueur du père et de la mère. Celui dont la puis- 
sance d'organisation naturelle domine, détermine le sexe. 
Les hommes robustes, dit-on, engendrent plus de garçons 
avec des femmes faibles, les hommes faibles, plus de filles 
avec des femmes plus fortes et plus développées qu'eux et, 
dans les circonstances contraires, on voit le contraire. Des 
observations répétées de Girou (1 ) offrent à l'appui de celte 
thèse de nombreux arguments; de ses expériences sur les 
plantes dioïques il semble ressortir que les plantes faibles 
fournissent plus de femelles, les plantes fortes plus de 
mâles ; le résultat des mêmes expériences est le même chez 
les animaux ; chez les Gallinacés d'une même espèce et 
d'une même race, chez les espèces Équestre et Ovine, par- 
tout et presque toujours, il a vu l'ascendant dont la force 
prédomine donner le sexe aux produits (2). Girou se croit 
même en droit, d'après la théorie et les faits qu'il expose, 
d'établir en principe que l'énergie motrice est la force 
spéciale dont la prépondérance donne naissance aux mâ- 
les ; l'énergie sensitive^ la force spéciale dont la prépon- 
dérance engendre les femelles (3) . 

Dans l'opinion d'Oken (4), la cause déterminante delà 



(1) C. D. Delaunay, Nouveau système sur la génération de l'homme et 
celle de Voiseau, Paris, 1726, p. 26. — Roussel, Système physique et 
n^ral de la femme, p. 189-191. — (2) Demangeon, Anthropogénèse^ 
p. 66-67, 74, 292. — Burdach, ouv. cit., t. II, p. 275. — (3) Ouv. cit., 
ch. VII, p. 118-195 et p. 204. - (4) Ouv, dt,, p. 85, 92, 193, 309 et suiv. 
— Oken, Die ZHgung^ p. 138. — Burdach, ouv. cit., p. 275. 



SUR LE SBXB DU PRODUIT. 363 

natare da sexe dans la génération n'est ni le degré relatif 
de là Tîgaenr da père et de celle de la mère, ni le degré 
relatif de l'énergie sensitive et de l'énergie motrice j mais 
le degré de développement et de force comparative des 
deux sexualités ; l'homme aux traits féminins, joint à nne 
femme douée de toute la perfection des attributs de son 
sexe, engendre surtout des filles; Thomme dont le type 
est mâle, uni à une femme d'une apparence virile, engen- 
dre des garçons (1). On cite une jument du haras de 
Rodez, la Fatime y qui, douée du système musculaire 
le plus prononcé, de 1807 à 1812, mit bas jusqu'à cinq 
mâles (2). 

Mais de toutes les opinions qui se rattachent au prin- 
cipe de ce groupe de doctrines, la plus ancienne peut-être 
et la plus générale est celle qui tient moins de compte de 
l'énergie respective des forces naturelles dont chacune 
fait dépendre le sexe du produit, que du degré d'action et 
d'exaltation que le père et la mère déploient dans l'acte 
même. On peut poser en fait que toutes les doctrines qui 
croient à l'influence du mâle et de la femelle sur la sexua- 
lité admettent également l'empire des circonstances mo- 
mentanées sur elle : la foi générale est que celui des auteurs 
dont le transport erotique s'élève au plus haut point de 
puissance et d'extase des facultés physiques ou morales de 
la vie, transmet son sexe à l'être (3). On est allé plus loin 
et, avant Hippocrate, on prétendait déjà trouver dans 
rémission des matières séminales, la mesure et l'expression 
proportionnelle des forces respectives déployées par le 
père et la mère dans la génération : le Manava-Dbarma- 

(t) Wolstein^ Ueber dos Paaren und Verpaaren des menschm, p. tl.— 
(S) Girou, ouv. cit., p. 148. ^ (8) Schneegass, Uébw di$ Eruugung, 
p. 184. 



364 DE l'action des lois de la procréation 

Sastra dit teitaellement : « Un enfant mâle est engendré, 
« si la semence de l'homme est en plus grande quantité; 
H lorsque le contraire a lieu, c'est une fille ; nne égale 
« coopération produit un eunuqae (l). « Les écrivains 
modernes ne croient plus qu*aux proportions purement 
dynamiques et, comme le dit Burdacb, les quantités ici 
sont incommensurables. 

Des différents systèmes que nous venons d'exposer, il 
n'en est aucun qui n'ajoute à l'action de la cause qu'il 
suppose immédiate et réelle de la sexualité, le concours 
d'influences accessoires, pour les uns, principales pour les 
autres. Ces influences sont celles du régime, de l'âge, des 
saisons de l'année, du climat, de la race, des lieux, et de 
l'état de la fortune publique. 

1^ La plupart des auteurs qui croient à l'action des 
causes individuelles sur le sexe du produit, attachent au 
régime du père et de la mère une importance extrême. 
L'hypothèse que le régime froid, aqueux, émollient, dans 
le boire et le manger, profite de préférence à la santé des 
femmes, le régime chaud et sec à la santé des hommes, 
inspire à Hippocrate le précepte qu'il donne de varier le 
caractère de l'alimentation, selon celui des sexes qu'on 
désire obtenir; d'adopter, dans le but d'engendrer des 
femelles, une nourriture aqueuse; dans le but d'avoir 
des mâles, une nourriture chaude (2). Dioscoride y joi- 
gnait l'usage de certains breuvages, de certains animaux 
et de certaines plantes (3) ; Avicenne celui des divers sti- 
mulants des organes génitaux (4). Nous retrouvons dans 
Cardan, dans Pierre Bailly, dans Hurat, dans Yenette, la 



(1) ManavaDharma-Sastra, liv. III, § 49. — (2) De viclus rationê, 
lib. I, sect. IV.— (3) Voy, sur ce sujet J.-B. Porta, Phytognomonica^ lib. lUf 
ap. xLiv et XLV, — (4; SinibaUii, Geneantht^eiœj p. 847-853. 



SUR LE SEXE DU PRODUIT. 365 

même théorie et le même précepte. Ils conseillent encore, 
pour procréer des mâles, l'exercice sans fatigue, la so- 
briété, la modération dans l'usage du coït (1). Hœsch 
insiste de plus sur la nécessité de débiliter la femme (2). 
Giroa a combiné très-méthodiquement ces différents pré- 
ceptes. Son système de régime est de préparer l'auteur 
du sexe qu'on désire à la copulation par une large 
nourriture, et par l'éloignement de la fatigue musculaire 
et de celle du coït ; de soumettre, au contraire, à une 
nourriture excitante, et de rompre, par l'exercice et la 
répétition de la saillie, l'auteur du sexe opposé ; procédé 
que Huzard dissuade, dans l'intérêt des races et de la 
santé des individus, les agronomes de suivre (3). 

T* Dans l'esprit d'un grand nombre de physiologistes, 
les périodes de la Tie ont encore plus d'empire ; l'âge des 
parents devient la cause prépondérante, la cause décisive 
du sexe du produit (4) ; mais les opinions se divisent, 
entre eux, sur le point de savoir si c'est l'âge relatif du 
père et de la mère, ou l'âge absolu qui a cette influence ; 
cette seconde thèse est celle des anciens et se basait sur 
ce fait parfaitement connu d'eux, et soigneusement re- 
cueilli par Avicenne (5), que, dans l'extrême jeunesse et 
dans la vieillesse, les hommes, en général, n'engendrent 
({ue des filles et n'eugendrent guère de mâles qu^à 
leur maturité ; plusieurs modernes aussi soutiennent avec 
Zacchias (6) la même opinion ; ils l'ont appuyée d'obser- 

(1) Cardan, De Sublilitaie, lib. Xlï, p. 219. — P. Bailly, ouv. ciU, 
p.613. — Venette, ouv. cit., l. H, p. 209. — (2) Hœsch, Versuch einer 
nmen Zeugungsiheorie, p. 121. — (3) Girou, De la Génération^ \\ 147, 
159, 226, 230. — Huzard, Des Haras domestiques, p. 186. — Heusinger, 
Zeitschrift, t. II, p. 446. — (4) Girou, dwt;. cit. —- Quetelet, sur l'Homme 
elle développement de ses facultés, l. Il, p. 57. — Muller, Manuel dephy- 
Hotogie, l. n, p. 759. — (5) De Animal., lib. XVIH. — (6) P. Zacchias, 
Quœstiùnes médico-légales j lib. I, tit. v, quîesl. 3. 



368 DE l'action des lois de la procréation 

» la procréation des fils, et les nuits impaires, à celle des 
« filles; en conséquence, celui qui désire un fils doit 
'< s'approcher de sa femme dans la saison favorable et 
« pendant ces nuits paires, » Toutefois, le code proscrit 
les rapports sexuels, la nuit de la nouvelle lune, la hui- 
tième, celle de la pleine lune, et la quatorzième, même 
lorsque ces nuits tombent dans la saison favorable (1). 

Hésiode donne des conseils analogues aux Grecs : les 
dixième, seizième et vingtième jours du mois sont les 
jours d'élection pour produire des garçons; Ils ne 
conviennent point, non plus que le sixième, pour engen- 
drer des filles ; il n'indique comme propre à leur géné- 
ration que le quatorzième jour (2). Hippocrate, ou plutôt 
l'auteur du livre ancien de la Superfétation, indique 
comme propice, pour obtenir des mâles, le moment de 
la cessation absolue des règles, et pour procréer des 
femelles, le moment où les règles, qui ont beaucoup 
coulé, ne sont pas disparues (3). Avicenne n'accorde 
point à l'époque menstruelle une moins grande impor- 
tance : pour lui, du premier au cinquième jour des rè- 
gles, du huitième au onzième, la femme qui conçoit, 
conçoit un garçon; du cinquième au huitième, elle con- 
çoit une fille ; au delà du onzième jour, un Hermaphro- 
dite (4). Venette aussi croyait tenir de l'expérience que, 
si les femmes qui ont des règles modérées viennent à 
concevoir après leur écoulement, elles donnent, pour 
l'ordinaire, naissance à des garçons; que, si elles ont, au 
contraire, des règles abondantes et qu'elles conçoivent 
avant ou sitôt qu'elles finissent , elles font toujours des 

(\) Même ouvrage, loc. dt., st. 45, 46, 47, 48etliv. IV, st. 40 et 47.— 
(2) Sinibaldi, Geneanihropeiœf p. 853. — (8} De Superfetatione, sect. ni. 
— (4) Liq. III, fen. ai, tract. I, cap. xii. 



SUR LE SBXB DU PRODUIT. 369 

filles (I). Il n'est pas cependant allé si loin que Bailly 
qm, plein de foi dans l'empire des constellations snr la 
sexualité, soutient l'opinion « qn'one heure pins tôt ou 
plus tard sert à faire fils on fille (2). » 

\i notre époque même , où l'on a constaté l'inflnence 
positive de l'époque menstruelle sur la fécondation, il se 
trouve des auteurs qui, comme Osiander, admettent une 
relation entre ses périodes et le sexe du produit ; ce der- 
nier écrivain prétend, en effet, qu'il s'engendre plus de 
filles dans les premiers quinze jours qui succèdent aux 
règles et durant la pleine lune ; plus de garçons, au con- 
traire, durant la nouvelle lune et la dernière quinzaine 
de la menstruation. Yenette, quant à la lune, émet l'idée 
inverse. 

2o Les époques de l'année, selon d'autres auteurs , au* 
raient également sur le sexe du produit une influence 
marquée ; cette opinion se retrouve dans l'antique divi- 
sion en signes mâles ou femelles des signes du Zodiaque 
au nombre des signes mâles les astrologues comptaient 
le Bélier, les Gémeaux, le Lion, la Balance, le Sagittaire, 
le Verseau ; dans les signes femelles, ils rangeaient le Tau- 
reau, le Cancer, la Vierge, le Scorpion, le Capricorne, les 
Poissons (3). 

L'idée qui fait le fond de cette opinion n'est pas aban- 
donnée complètement des modernes. Dans les expériences 
de Hauz, sur les végétaux dioïques , le sexe féminin do- 
minait au milieu de l'hiver; la diœcie masculine, au mi- 
lien de l'été ; la dichogamie androgynique, au commen- 



(1) D$ la Génération de Vhomme^ 1. 1, p. âll. ^ (2) Paradoxes phy 
nologiques, p. 623. — (3) Sinibaldi, Geneanthropeiy p. S^6. 
II. 24 



370 DE l'action DBS LOIS DE LA PROCREATION 

cément du printemps; la dichogamie, gjnandriqne» à la 
fin de l'autoome ; l'hermaidirodisme homogamique, au 
commencement et à la fin de l'été ( i ). 

Chez les animaux, Thiver, selon Yirey, est favorable à 
la génération des filles, l'été, à celle des mâleis (2). Les 
recherches de Bailly et de Biecke tendraient à prouver le 
contraire : suivant le premier, dont les calculs n'embras- 
sent pas moins d'une série de cent années des actes de 
naissance, en France, il naîtrait plus de garçons en hiver 
qu'au mois de mars et qu'au mois de juillet (3) ; suivant 
le second, dont les observations se restreignent à Wurtem- 
berg, et encore à une courte période de cinq années, les 
mois de mai, d'octobre, de novembre et de décembre, 
furent ceux où se procréèrent le plus d'enfants mâles ; 
ceux de janvier, février, mars, avril et août , les mois 
où il y en eut le moins d'engendrés (4). En opposition 
avec tous ces calculs, Fourier nie l'influence des époques 
de l'année (5) ; d'autres croient à une action de l'année 
elle-même : comme il y a des années qui donnent incom- 
parablement plus de naissances, comme il s'en trouve 
même où, dans l'espèce humaine (6) et chez les animaux, 
particulièrement dans l'espèce Bovine (7) , les naissances 
multiples sont en plus grand nombre, on a cru remarquer 
quHl est de même des années où les femelles ne font pres- 
que que des femelles, d'autres années, que des mâles (8). 



(l)Sprengel, Neue entdeckungen, t. III, p. 34?.; dans Burdach, t. II, 
p. f 71 . — (î) L'art de perfectionner l'homme^ 1. 1, p. 87. — (3) Annales 
des sciences naturelles, t. V, p. 47. —(4) Hofacker, ouv. dt., p. 157. — 
Burdach, ouv. cit,, t. II, p. ISO. ^{h) Annales des sciences naturelles, t. Y, 
p. 26. — (6) Dictionnaire des sciences médicales, t. XIX, p. 388. — Stark, 
Archiv fuer die Gebùrtschuelfe, 1. 1, cap. i, p. 186. — (7) Sinclair, TJl- 
griculture pratique et raisonnée, tome I, p. 197. — (8) Pierre Bailly, 
Paradoxes physiologiques, pages 633-624. 



SUR LE SBXS DU PRODUIT. 371 

Nous verrons plas bas que la remarque est Traie^ dans 
certaines limites de temps et de lienx. 

S"" Lafôi dans Tinflaence desclimatssurle sexe n'est pas 
moins répandue, n*est pas moins recalée ; cette influence 
serait particulièrement due, dans l'idée des anciens, aux 
deux actions contraires du Nord et du Midi sur Fénergie 
sexuelle. Ils étendaient aux vents cet empire des climats : 
le climat et les vents du Midi, énervant les facultés vita- 
les, frappaient, dans leur esprit, du même attiédissement 
et de la même langueur, la masculinité dont la vigueur 
est le type, et ne lui laissaient que la force d'engendrer 
des femelles ; les mâles, au contraire, naissaient à Tàpre 
haleine delà froide et tonique température du Nord. Pline, 
Golumelle, Jillien, se passent, ponr ainsi dire, de la main à 
la main, cette doctrine empruntée aux écrits d' Aristote ( 1 ), 
qui la devait lui-même à des traditions en vogue, à son 
époque, parmi les bergers Grecs. Nos anciens agronomes 
étaient tousplusounioinsimbusde lamémecrojance ; tons 
les gens de la campagne pensent encore aujourd'hui que, 
si Ton conduit aux mâles les Vaches ou les Brebis quand 
le vent du Nord souffle et dans une saison plutôt sèche et 
froide que chaude et humide, le part fournit plus de 
mâles que si la conception a lieu sous l'influence d'un état 
opposé de l'atmosphère (2). Venette , Virey , Deman- 
geon (3), etc., ont cru à cette action opposée des climats 
du Nord et du Midi sur la sexualité, et admettent qu'il 
nait plus de femelles au Midi, plus de mâles au Nord. 



(1] Aristote, de Générât, animiU., lib. II, cap. ii. — Et de Histor. 
anim., lib. VI, cap. xix. — (ï) Velpeau, Traité élémentaire de Vart des 
aecoucJiements, t. I, p. M5. — (3) Venette, ottv. cit., t. Il, p. «13. — Vi- 
rey, Dictionn, des seienc. méd., t. XIV, p. 489. — Demangcon; Anthro- 
pogénésey p. 1C8. 



372 DE L ACTION DES LOIS DE LA PROCRÉATION 

Oa cite, en effet, des calculs à Tappui de l'opinion qu'il 
nait plus de femmes que d'hommes dans les pays chauds ; 
on dit que la proportion des hommes à celle des femmes 
est de 1 : 1,10 à la Nouvelle-Hollande; de l : 1,16 au 
Caire ; de l : 1 ,'20 à Quito, au Japon, aux Indes-Orien- 
tales; de 1 : 1 ,25 au Mexique et dans le centre de l'Asie, 
et de 1 : 1 ,40 en Amérique, parmi les Guarines (1). Mais 
d'après de Potter, il ne naît point plus de filles que de gar- 
çons en Orient (2) ; d'après les documents fournis par de 
Humboldt, sur la proportion des naissances des deux sexes, 
dans r Amérique Méridionale, il naîtrait cent garçons 
pour cent quatre-vingt-dix-sept filles ; mais, comme le 
dit Burdach, toutes ces évaluations manquent de préci- 
sion et, faute de recensement et de tables des naissances 
régulièrement dressées, restent toutes plus ou moins ap- 
proximatives. 

En Europe, au contraire, où ces deux conditions d'une 
statistique exacte se trouvent réunies, les calculs sur ce 
point méritent plus de confiance. Les recherches du capi- 
taine Bicker, qui embrassent plus de 70,000,000 d'obser- 
vations, donnent sur l'intervention supposée des climats, 
dans la proportion des naissances des deux sexes, les 
résultats qui suivent : la proportion des naissances des 
filles serait à celle des garçons, en Russie, comme 100 à 
108,9; à 107,71 dans le Milanais; à 107,7 dans le 
Mecklembourg; à 106,44 dans les Pays-Bas ; à 106,27 
dans le Brandebourg et la Poméranie; à 106,18 dans 
le royaume de Sicile; à 106,10 dans l'empire Autri- 
chien; à 106,5 en Saxe et en Silésie; à 103,86 en 



(1) Dictionnaire des sciences naturelles, t. XIV, p. 582. — (2) Philo- 
soph, transact, t. XLIX, p. 1, p. 96. 



SUR LB S£XE DU PBODUIT. 373 

Westphalie et dans les proTinces Rhénanes; à 106,69 
dans le Wurtemberg; à 105,38 en Bohème; à 104,75 
dans la Grande-Bretagne; à 104,62 dans le royaume 
de Suède (1). 

Bardach croit que ces chiffres ne permettent point de 
méconnaître l'infloence du climat (2) ; cependant les cal- 
eals auxquels on s'est li^ré pour apprécier, en France, 
cette influence sur la proportion des naissances, ne l'ont 
point confirmée: de 1817 à 1845,1a supériorité du nombre 
des garçons ne s'y est point montrée plus grande dans le 
nord qu'elle n'est dans le midi (3). Benoiston de Château- 
neuf afSrme, qu'aussitôt que les observations se généra- 
lisent, il devient manifeste que la nature suit d'autres lois. 

Une loi Téritable, car elle est à la fois constante et 
générale, semble du moins dominer toutes les anomalies 
et fixer, au milieu de tous les accidents, les rapports des 
naissances de l'un et de l'autre sexe, lorsqu'on fait abs- 
traction des cas particuliers et que la statistique opère 
sur de grands nombres (4) : que Ton multiplie le nombre 
des naissances d'une faible population, en additionnant 
celles d'an grand nombre d'années, ou que l'on embrasse 
de grandes populations, en se restreignant à de plus 
courtes périodes, le résultat est le même (5) : les nais- 
sances des fiUes sont à celles des garçons dans la propor- 
tion moyenne de 100, 105 ou 106,00; elles sont moindres 
d'un seizième (6). 



(1) A. Qaetelet, sur V Homme et le développemetU de ses facultés ou Es- 
sai de physique sociale^ Paris, 1S35, t. I, p. 43-44. ^ (3) Traité de phy^ 
siologie^ traduit par Jourdan, 1. 11^ p. 274. — (3) Annuaire du bureau des 
longitudes de 1838, p. 16). — .<4) Sussmich, Gœttliche ordnung in den 
^erœnderungen des menschlichen geschlecht8,L 2, p. 241. — Burdach, 
Ux.cit. — (5) Burdach, locdt, — Quetelet, ouv. cit., loc. cit, — (6) An^ 
mniredu bureau des longitudes, 1844, p. 187. 



374 DE L ACTION DES LOIS DE LA PROCRÉATION 

Mais, en le régissant, cette loi ne détruit point le fait 
des variations plus on moins étendues de la proportion 
normale des naissances des deux sexes. 

6** Si Ton en croit Bicker , c'est dans le sang^ dans la race 
des populations que résideraient les forces ou les causes, 
quelles qu'elles soient, de la plus grande partie de ces va- 
riations; Burdach ne doute point de la réalité de cette in- 
fluence des races et leur attribue une part de l'action 
apparente des climats (1 ) ; chez les animaux, il est, d'après 
Girou, dans une même espèce, des races où les mâles, 
d'autres où les femelles naissent en plus grand nombre : 
ainsi, chez laraceÂntennaise du Mouton, le sexe masculin 
domine dans les produits. Les étalons des contrées méri- 
dionales font, d'après le même auteur, naître plus de 
femelles que de mâles, lorsqu'ils sont alliés à des femelles 
de pays septentrionaux : sur 1 12 étalons, dont 12 seule- 
ment arabes, le rapport des femelles aux mâles a été : 
Parmi les productions non arabes :: 1,000 : 993. 
Parmi les productions arabes :: 1,000 : 888. 
Dans leurs premières alliances avec les brebis Fran- 
çaises, les Mérinos donnèrent des résultats semblables; 
on en a vu de semblables dans l'espèce humaine: des 
recherches historiques de Girou, il résulte que les hommes 
du Midi, qui se sont alliés à des femmes du Nord, ont eu 
plus de filles que de garçons, lorsque aucune autre cir- 
constance n'a dû influer sur le sexe des enfants; et des 
hommes du Nord, qui ont épousé des femmes du Midi, plus 
de garçons que de filles (2); ces inégalités dans la propor- 
tion des naissances des deux sexes seraient surtout 
remarquables parmi la race Juive ; d'après les calculs de 

(1) Ouv. cit., t. II, p. 274. — (2) De laGMration, p. 148-149, i98. 



SUR LE SBXE DU PRODUIT. 375 

Bicker, d'Hofeland et de Valentin» le nooibre des nais- 
sances masculines s'élèverait, chez eux, bien an delà dn 
chiffre indiqué par la loi générale des naissances dont 
nous ayons parlé et, d'après Bicker, la proportion des 
filles aux garçons serait de 100: 113 (1); de 1813 à 
1820, il naquit an cap de Bonne- Espérance, chez les 
Européens, 6,780 filles et 6,604 garçons r= 100 : 97; 
parmi les esclayes, 2,826 fiUes et 2,936 garçons = 100 : 
103 (2). 

D'autres variations étranges de la même loi semblent 
tenir aux lieux : les unes, permanentes, viennent de causes 
inhérentes à la diversité de la population des villes et des 
campagnes; le nombre relatif des naissances masculines 
est moindre dans les villes, phénomène dont Girou étend 
le caractère et quUl veut rattacher à ta diversité des oc<»i- 
patioDs ; il fait delà société trois classes professionnelles : 
la première, formée des individus dont les occupations 
tendent à développer les qualités physiques; la seconde, 
de ceux dont les occupations tendent à les énerver ; fat 
troisième, de ceux dont les occupations sont d'une nature 
mixte; le nombre proportionnel des naissances masculines, 
dans la première classe, serait plus fort que celui que 
présente la France ; plus petit, dans la seconde ; égal à 
celui des naissances féminines dans la troisième (3). 

D'autres variations locales de la même loi sont comme 
passagères, et changent chaque année de lieu : en France, 
dans l'intervalle de vingt-neuf années, de 1817 à 1845, 
il est arrivé quarante fois que les naissances annuelles 
des filles ont surpassé le nombre des naissances des 



(1) Burdach, loc. cit. — (l) Quetelet, ouv.cit.^ t. I, p. 44. — (3) Bulle- 
tin de FenusaCf t. XH, p. 3. — Quetelet, ouv, cit., p. 50. 



376 DE l'action des lois d£ la procréation 

garçons dans quelques départements : trois fois dans les 
Basses-Alpes; trois fois dans les Hautes- Alpes ; une fois 
dans les Ardennes; une fois dans les Bouches-du-Rhène; 
deux fois dans le Cher ; trois fois dans la Corrèze ; quatre 
fois dans la Corse; une fois dans la Càie-d^Or; une fois 
dans la Dordogne; une fois dans le Finistère; deux fois 
dans V Hérault; une fois dans V Isère, une fois dans la 
Haute-Loire; une fois dans la Loire-Inférieure ; une fois 
dans le Loiret; quatre fois dans le Lot-et-Garonne; une 
fois dans la Manche; deux fois dans la Marne; une fois 
dans les Pyrénées-Orientales; une fois dans le Rhône; 
deux fois dans Isl Haute-Saône; une fois dans le Var; 
deux fois dans VTonne (i); mais, d'après Hufeland (2), 
ces oscillations entreraient dans le mouvement de la loi 
générale : la proportion normale des naissances féminines 
aux naissances masculines de 100: 106, régnerait une 
quinzaine d'années dans les villages; un an, dans une 
ville d'étendue médiocre; quatre mois, dans une ville de 
cinquante mille habitants ; une semaine, dans une ville de 
deux cent mille âmes ; un jour, dans un état de dix mil- 
lions d'habitants (3). 

7*" L'état civil, aussi, exerce sur la loi de rapport des 
naissances des mâles et des femelles une perturbation 
constante et singulière : la prépondérance normale des 
garçons sur le nombre des filles, qui se retrouve jusque 
dans le relevé des naissances des enfants morts-nés (4), 
s'altère sensiblement dans le chiffre des naissances des 
enfants naturels ; tous les documents s'accordent à donner 
un nombre relativement plus élevé des garçons, dans la 

(1) Annuaire du bureau des longitudes pour 1848, p. 161. — (2) Journal 
der praktischen heilkunde, 1820, p. 1. — (8) Burdach, ouv, cit.j p. îW. 
^ (4) Annuaire du bureau des longitudeSy 1848, p. 160. 



SUR LE SBXE DU PRODUIT. 377 

classe des enfants légitimes, que dans celle des illégitimes : 
les calculs de Bicker pour une grande partie des pays de 
rEorope (i) ; ceux de Babbage pour la Prusse, pour le 
royaume de Naples et la Westphalie (2); ceux de Poisson 
et de Mathieu pour la France (3), concluent tous égale- 
ment à ce fait; les naissances des filles, au lien d'être par 
rapport à celles des garçons, dans la proportion de 100 : 
106, Yarient de 100: 104, 103. 102 et mém« 100. En 
France, de 1817 à 1845, le chiffre des naissances natu- 
relles a donné 1,027,402 garçons et 987,449 filles (4). 

S"" Relativement à l'action de la fortune publique, à celle 
des états de bien-être et de misère des populations, in- 
flaence qu'on pensait devoir être très-grande sur la pro- 
portion des naissances des deux sexes, les recherches que 
nécessite nne question si complexe laissent encore dans 
le doute sur la part à lui faire. D'un travail de ce genre en* 
trepris par Bailly pour la ville de Celles, canton pauvre et 
stérile, il résulte bien que la proportion des naissances 
des filles s'y trouve plus forte que celle des naissances des 
garçons : mais le résultat ne prouve rien, au delà des li- 
mites du canton, en admettant encore, ce que l'on ne peut 
admettre que, dans ces limites mêmes, la loi des variations 
des naissances des deux sexes, dans l'enceinte des mêmes 
Ueux, par le seul fait du temps, autorise à y croire en 
dehors des années que les calculs embrassent. D'une 
antre part, les recherches et les observations, faites beau- 
coup plus en grand, du docteur Yillermé, repoussent ces 
conclusions ; ses chiffres tendent à prouver que, dans les 

(1) Annales d'hygiène, Paris, 183Î, t. VIII, p. 445. — (2) Bibliothèque 
universelle de Genève, 1839, p. 140 et su iv. — (3) Mémoires de l* Académie 
des sciences, t. IX, p. 239. — (4) Annuaire du bureau des longitudes 
pour 1848, p. 160-161. 



378 DE l'action des lois db la procréation 

départements les plus malheureux de France, tels que la 
Sologne, la proportion relative des naissances mascttlines 
est aussi forte que dans les Tilles les plus riches et les 
mieux situées ; qu'elle est de même aussi forte ch€z les 
paysans et chez les montagnards de FÉcosse qui vivent 
dans une profonde misère, se nourrissant de haricots et 
de pommes de terre, que chez les habitants opulents de 
la ville et des environs de Londres (1). 

Il n'est pas enfin jusqu'à la force de la civilisation dont 
on n'ait invoqué l'action sur le nombre des naissances 
respectives des filles et des garçons. Dans les nouveaux 
Etats de l'Amérique du Nord (Alabama, Mississipi), 
on a compté 70,038 filles pour 76,067 garçons zr 100 : 
108; 

Tandis que les anciens États ont donné 1&3,384 filles 
contre 158,113 garçons = 100: 103; 

Et les six grandes villes 38,223 fiUcts, 38,319 garçons 
= 100:100,2. 

Il paraîtrait donc, dit Burdach (2), que ce n'est pas 
seulement la diminution des forces physiques, mais 
encore le progrès de la civilisation qui restreint le nombre 
des naissances masculines. 

' ARTICLE II. 

Critique des sysièmes sur la pari des auteurs au sexe du produit, et 
démonstration de Taction déterminante des lois et des formules de 
la procréation sur la sexualité. 

Il nous reste maintenant à faire à tous ces cas et à 
toutes ces doctrines, l'application critique et méthodique 
des lois de la procréation sur la sexualité. 

(1) Velpeau, <mv. eit,, 1. 1, p. 127. — (î) Ouv. cit,, t. II, p. «70. 



Sim LB SEXE DU PRODUIT. 370 



§ I. — Critique des systèmes négatiflB de raction du père et de la mère sur 
la nature du sexe. 



Des trois premiers systèmes qui rejettent l'influence 
du père et de la mère sur le caractère de la sexualité, il 
n'en est aucun qui soutienne l'épreuve de la discussion. 

Ils tombent tous les trois devant la double erreur des 
principes et des faits qui leur servent de base. 

L'erreur des faits s'explique, en quelque sorte, d'elle- 
même : en les examinant, on en trouve la raison. 

1** — Celle de la théorie de V indétermination primor- 
diale des sexes, soutenue par Ackermann, se révèle tout 
d'abord : elle doit son origine à la physionomie de l'une 
des époques de la vie embryonaire et à l'observation de 
cas exceptionnels qu'on a traduits en règle. 

Il est vrai et très-vrai, qu'à un moment donné de l'évo- 
lution de l'être, il n'existe point de détermination appa- 
rente de sexe. Cette période de latence, si l'on peut ainsi 
dire, ne se limite même point à cet intervalle de temps 
où les organes sexuels ne se manifestent pas ou ne cons- 
tituent que des masses indififérentes (1) ; elle se prolonge 
au delà de leur apparition par un instant d'arrêt et d'hé- 
sitation extérieure de la vie entre les caractères distinctifs 
des deux sexes. Durant les premiers temps, les deux 
organes internes qui élaborent le germe, l'ovaire et le 
testicule, de même que les parties génitales externes, 
n'offrent point de signes auxquels on puisse les distin- 
guer (2). Leur analogie est surtout remarquable dans 

(1) Ratfake, Beitrœge zur geschichte der Thierwelt, t. IV, p. 181. — 
(2) Bischoff, Traité du développement de Vkomme et des mammifères, 
2* partie, p. 255. ^ Tiedemann, ouv:cit, — . MuUer, Mawml de physio- 
logie, trad. par Jourdan, Paris, 1846, t. II, p. 743. 



380 DE L ACTION DES LOIS DE LA PaOGREATlON 

certaines espèces, telles qae celles da Porc et de la Brebis, 
selon Rathke; du Lapin, selon AVeber (t). Mais cette 
indifférence de l'être entre les deux sexes, n'est relative 
qn'à ce point de la Tie embryonaire ; elle tient à la loi 
même de l'évolution^des différents organes, qni se fait par 
degrés et ne peut commencer par être d'abord complète ; 
Tillusion, en un mot, proYient du simple défant de déve- 
loppement des parties. Mais, pour être un instant latents 
et uniformes, il ne s'ensuit point que les caractères sexuels 
soient primordialement indéterminés, car on en pourrait 
dire autant de tous les organes. Il sui&t, en effet, de se 
rapprocher de quelques degrés de plus des premiers 
commencements^ dans l'embryogénie, pour yoirpes rudi- 
ments de tous les organes offrir le même phénomène, et 
leurs linéaments disparaître un à un dans une masse 
commune qui ne révèle rien de la nature de l'organe, ni 
même de la nature spécifique de l'être. Personne, en 
effet, ne serait en état de distinguer l'un de l'autre les 
premiers rudiments du poumon et du foie (2). Personne 
ne le serait, dans les premiers moments de la vie embryo- 
naire, de distinguer si Fêtre sera Poisson, Grenouille, 
Oiseau ou Mammifère; en lui cependant réside une force 
intérieure et décisive, quoique inaccessible aux sens, qui 
imprime à l'avance une direction fixe, un type déterminé 
à tous les développements ultérieurs de l'être (3). De 
même les rudiments des organes génitaux, malgré la 
ressemblance primitive de formes qu'ils offrent chez les 
deux sexes, n'en possèdent pas moins, dès ce moment, 



(1) Weber, Mémoire cité, p. 65-66. Tab. V, fig. «8, pi. CL. —(2) Bi- 
schofiF, (mv.cW., p. SB5-366. — (3) Burdach, Traité de physiologie, t. IH, 
p. 580. 



SUR LE SEXB DU PRODUIT. 381 

les forces qui décident à Fayance de la nature ultérieure 
et finale du sexe. 

L'idée d'en attribuer la détermination, comme l'a fait 
Ackermann, aux proportions relatives de Tembryotro- 
phe (1), celle de Geoffroy-Saint-Hilaire delà faire dé- 
pendre du degré de 'parallélisme de la marche des deux 
branches de l'artère spermatique et de la terminaison de 
la seconde des deux branches au commencement ou à la 
fin de l'oviducte (2), n'ont point l'ombre d'un fondement. 
Les CBufs petits ou gros, dans la classe des Oiseaux, don- 
nent indifféremment des màleset des femelles (3) ; quoique 
les femelles des Phasmes soient de moitié plus grosses 
que les mâles, Muller n'a trouvé aucune différence entre 
les œufs des deux sexes (4). La même chose a été remar- 
quée dans la Phalœna dispar, et autres insectes (5). La 
théorie de Geoffroy Saint-Hilaire n'est qu'une substitu- 
tion de la cause à l'effet; il ne se forme point un épidi- 
dyme, l'ovaire ne se transforme point en testicule , le 
sexe, en un mot, ne devient point mâle, parce que la se- 
conde branche de l'artère spermatique descend parallèle- 
ment avec la première et vient se rendre au commence- 
ment de l'oviducte; ce parallélisme, cette direction et 
cette terminaison s'opèrent, parce qu'ils doivent s'opérer 
du fait que le sexe est mâle. Il ne se forme point de 
cornes de matrice, le sexe ne devient point femelle, parce 
que les deux branches de l'artère spermatique divergent 
dès leur naissance, et que la seconde vient se rendre à la 



(1) AckeTtndLïin.Infanlis androgyni historia, loc. cit. — (9)Geoffroy- 
Saint^Hilaire , Philosophie anatomiqwj t. II. Des Monstruosités hu- 
maines^ Paris, 1823, p. 359. -^ (3) Girou de Buzareingues, de la Généra" 
tion, p. 231. — (4) Nova acta naturœ euriosorum, t. XII, p. 644. — 
(5} Burdach, ouv. cit., t. llf, p. 58i. 



r\ 



382 DE l'action des lois de la procréation 

fin de l'oYidacte,; cette divergence a lieu, cette diFection 
et cette terminaison existent, parce qu'elles doivent être 
telles, dès que le sexe est femelle. 

Il n'est point, en un mot, dHndétermination véritable 
des sexes; il existe seulement un premier moment de la vie 
où les sexes, quoique prédétermines, n'apparaissent point 
encore, et un second moment où ils n'ont pas acquis leurs 
caractères distincts. L'embryon aiiimal renferme en lui- 
même la raison suffisante de sa sexualité. Sons ce point 
de vue, dit Biscboff (1), il faut s'en référer à l'autorité de 
Garus (2), de Bathke (3) et de Burdach (4) qui regardent 
la différence sexuelle comme trop profondément enracinée 
dans l'organisme, pour que le germe n'en porte point 
l'empreinte, quoiqu'elle ne s'aperçoive point d'abord. 

2"" — La doctrine de Tiedèmann ou de la féminité 
primordiale du sexe chez les embryons, n'est qu'une se* 
coude erreur dont la raison se trouve à un autre point de 
vue de l'évolution du germe, et qui, comme la première, 
repose sur une fausse base et sur un faux principe : 

La base fausse est le fond de la doctrine elle-même, la 
féminité primordiale du sexe chez les embryons ; 

Le faux principe est l'idée de la mutabilité ou de la 
conversion d'un sexe en un autre sexe. 

L'observation des phases de la vie embryonaire rend 
parfaitement compte de la théorie de Tiedèmann ; le seie 
mâle de l'homme et des animaux des espèces supérieures 
affecte, dans le principe, et par le seul défaut de dévelop- 
pement des signes de la masculinité, une analogie plos 



(1) Bischoff, Traité du développement de l'homme et des mammifires, 
loc. cit. — («) Garus, Lehrbuch der gynœkologie, 1. 1, p. 49. —(3) Beitrœge 
surgeschichtederThiemelt^ t. III, p. 124. — (4) Ouv. d^, t. III, p. 580. 



8UR LE SBXE DU PRODUIT. 383 

on ffloios apparente a^ec le type femelle (1). C'est cette 
analogie qui a trompé Tiedemann ^ il en a méconnu la 
limite, la cause et le caractère : au lieu de voir dans cette 
ressemblance d'un instant entre les deux sexes un rapport 
transitoire et commun à tous deux, il s'est pour ainsi dire 
enfermé dans ce moment de l'éTolution du germe, n'a vu 
que l'une des faces de la conformité, celle du type mâle 
avec le type femelle, et a posé en règle la féminité pri- 
mordiale du sexe dans tous les embryons. 

Bien de plus illusoire : l'analogie ne tient qu'à la phase 
et non pas à la nature du sexe et l'induction de Tiedemann 
est faus&e tout à la fois pour le moment qui suit et pour 
le moment même de l'évolution sur lequel il se fonde. 
On pourrait, au même titre, et avec plus de raison, établir 
en principe la masculinité première de tous les germes, 
et si l'on s'en fiait à des analogies trompeuses et passagè- 
res, on serait tenté d'y croire (2). Des recherches plus 
exactes ont, en effet, prouvé que le sexe masculin non- 
seulement n'a, ni ne prend d'abord les formes réelles du 
sexe féminin, mais que ce serait plutôt le sexe féminin 
qui tendrait, dans le principe, à se rapprocher des 
siennes, comme le clitoris , les ovaires accessoires, l'a- 
bonchementdes oviductes dans l'urètre, lepourraientfaire 
penser ; mais, de fait, et comme [le dit avec raison Bur- 
dach (3), tout se réduit ici à une ressemblance originel- 
lement plus grande entre les sexes, conformité première 
par laquelle ils passent avant de parvenir aux types 
définitife de leur nature propre et différentielle. 

(1) Tiedemann, ouv.cU.,p. 80-88.— Isid.Geoffroy-Saint-Hilaire, His- 
toire générale et particulière des anomalieSf t. If, p. 44. — Burdach, euv, 
at,, 1. 1, p. Î51. — Bischotf, ouv, cit., p. 256. — («) Velpeau, Traité élé- 
mentaire de l'art des accouchements, t. i, p. 306. — (8) Ouv. cit., t. Ill, 
p. 580, 



384 DE L*AGT10H BSS LOIS DE LA PIOCBÉATION 

L'hypothèse de Tiedemann n'allait à rien moins qu*k 
ériger en loi, dans le règne animal, le fait à peine sonte- 
nable dans le règne végétal, de la mutabilité et de la 
métamorphose accidentelle des seies : Tètre passait réel- 
lement d'nn sexe à l'antre sexe; l'embryon femdle deve- 
nait embryon mâle ; théorie monstmense qni, même chez 
les plantes, n'est point démontrée, etqni, l'eût-elle été 
pleinement comme on Fa dit, n'eût point Intimé les 
conclusions absurdes tirées d'un règne à l'autre. 

On a pu voir, sans doute, comme dans les expériences 
de Hauz et de Baspail, le genre d'exposition, les accidents 
de l'ombre ou de la lumière, de la chaleur ou du froid, de 
la sécheresse ou de l'humidité du sol, le mode de sémina- 
tion, le degré de fumare, le degré d'enfouissement des 
graines, déterminer chez des plantes dioïques, d'étranges 
transformations dans la sexualité première du végétal (1). 
Mais, en s'en emparant,, en prétendant conclure d'un 
règne à l'autre règne, on a oublié que les deux règnes, en 
ceci, ne sont point comparables (2) ; on a oublié ce qu*a- 
vaient entrevu Ray, Lahire (3) et Buffon (4), ce que re- 
connaît maintenant Técole philosophique dfis botanistes 
modernes, du Petit-Thouars (5), de Tristan (6), de Gan- 
dolle(7), Dunal (8), Nœper, Bigaud (9), Poiteau, Moyen et 
Charles Gaudichaud (10), le sagace et profond organe de 

(1) Sprengel, Neue entdeckungen , t. III, p. 244-349. — V. Bomare, 
Dict, d'hist. nat„i, IV, art. Dâttibr. — Raspail, Nouveau système de phy- 
siologie végétale, Paris, 1837, 2 vol. in-8. — (2) Meyen, dans Burdacb, 
ùuv. ctï., 1. 1, p. 251-257. •— t^y Mémoires de VAcadém, des scienc., 1708, 

— (4) Discours sur la reproduction en général. — (5) Essais sur la végé- 
tation ou Journal de physique, 1811, t. XXIV, p. 398. — (6) Journal 
de physique, 1813, t. LXXV, p. 401. — (7) Organ, végét., t. II, p. 228. 

— (8) Considér. org. fleurs, Montpellier, 1829, in-4. — (9) Mémoire la 
à r Académie des sciences, 22 août 1831. — (10) Observations sur Vascen- 
sion de la sève, {Annales des sciences naturelles , septembre 1836.) — 



uR 



SUR LB SEXE DU PRODUIT. 385 

la non^elle doctrine phytologique; on a oublié, dis-je, 
qae le Tégétal n'est qu'un être collectif et n'a point de 
véritable individualité ; qu'il n'est qu'une succession et 
qu'une métamorphose d'individus primaires, feuîUes, 
cellules, mérithalles, sépales, gemmes ou bourgeons, de 
quelque nom qu'on les nomme, êtres protéiformes et 
d'abord homogènes, dont les caractères les plus déterminés 
tiennent principalement à la place qu'ils occupent dans 
la série totale et dont l'essence sexuelle est l'hermaphro- 
disme. Il n'est pas jusqu'aux dioïques eux-mêmes qui 
n'offrent les rudiments du sexe qui leur manque aux lieux 
mêmes où ce sexe aurait dû exister. Entre les transforma- 
tions, prétendues ou réelles, des organes génitaux d'êtres 
ainsi composés et celles des mêmes organes chez les ani« 
maax, il y a nécessairement toute la distance qu'il y a 
entre la sexualité de ces deux classes d'êtres. La sexualité 
du végétal est double; elle est collective, multiple, tran- 
sitoire et locale comme lui ; elle appartient moins à la 
tige qu'au bourgeon ; elle peut comme le bourgeon naître, 
se développer, changer sur la même tige; mais ces muta- 
tions, même les plus singulières, chez des individus pas- 
sagers dont l'essence est d'être hermaphrodites, n'ont ni 
ne peuvent jamais, par cette raison même, avoir le ca- 
ractère qu'on leur a supposé ; elles sont simplement des 
générations de nouveaux individus qui, formés sous Tem- 
pire de nouvelles conditions, ou nés de nouveaux points 
de la tige principale, fleurissent à leur manière ; ou plutôt 
elles ne soqt que des avortements ou des développements, 

BiBcherches générales sur l'organographie, la physiologie etVorganogénie 
des végétaux, Paris, 1841, iQ-4, et particulièrement, ses Recherches gé- 
nérales sur la physiologie et Vorganogénie des végétaux. (Comptes ren- 
dus de TAcadémie des sciences, du 27 juin 1842.) 

II. î& 



^ 



386 DE L ACTION DES LOIS DE LA PROCRÉATION 

les uns simultanés, les autres successifs, des organes des 
deux sexes manifestes ou latents dans l'essence de la 
plante. 

Il n'y a donc pas Picore ici d^ vraie transmkiiation de 
sexe. 

D'autres auteurs vont plus k>in : dans le règne végétal 
même, il existe d'après eux une tendance initiale et ca- 
ractéristique de la sexualité et, dans les mutations que. 
les circopstant^ les plus actives opèrent, une limite qn^on. 
oublie : çe^ circonstances en peuvent étendre du restrein- 
dre, mai$ noii.pas abolir la direction première. Les jneds 
mâles de chanvre qu'on mutile ne se couvrent qoe de 
tleurs hermaphrodites et non defleurs femelles ; les plantes 
femelles dont on active l'accroissement ne donnait éga- 
lement que des fleurs hermaphrodites et non des fleurs 
mâles (1).. 

Quant au règne animal, chez les classes supérieures et 
ds^^ l'espèce humaine où la sexualité est une, générale, 
permanente et fait corps avec l'essence de l'être, dn mo- 
ment que l'existence individuelle a déjà commencé^ les 
circonstances du dehors sont sans aucune action sur son 
caractère, et il n'est au pouvoir d'aucun ordre de causes 
postérieures à l'acte de la fécondation delà transformer. 
Des embryons de l'un et de Tautresexe se développent si- 
multanément, l'un à côté de l'autre ; d'œufs scmmis au 
même mode de traitement, éclosent des oiseaux des deux 
sexes ; chez les insectes mêmes, comme chez les abeilles, 
Içs .circonstances de l'intubation peuvent agir sur la taille^ 
la grosseur et le plus ou moins complet développement 



(1) Àutenriet^h, Disquisitio de discrimine sexuali jam in seminibus 
plantarum dî'oicarum apparente, p. 7. 



sua LE SEXE DU PRODUIT. 387 

de l'abeille $ mais jamais elles n'opèrent de métamorphose 
d'an sexe en un autre sexe (I). Cette métamorphose n'est 
prouvée nulle part ehez les animaux ; loin de là, die est 
partout, dans œtte classe d'êtres, en oppocStion patente 
avec les &its et la logique elle-même; car le grand argu* 
mentsnr lequel Tiedemanni» fonde poni* l'établir, la res- 
semblance primordiale du sexe mâle avec le sexe femelle, 
à un moment quelconque de l'éyolution du germe, n'est 
pas, comme on Ta tu, une raison plus plausible de la transi- 
tion d'un sexe à l'autre seie, que la ressemblance de tous 
les Vertébrés, dans les premiers temps de la vie embryo- 
oaire, n'est «ne preuye admissible de la transition utéro- 
fetale d'une espèce à une autre. 

3^ La troisième théorie, celle de Knox et de Weber, 
ou de la dualité primordiale des sexes dans les embryons j 
est beaucoup plus spécieuse, et parce qu'elle ne vient 
point, comme les deux premières, se briser tout d'abord 
contre un principe faux, et parce qu'elle repose sur un 
ordre de faita .parfaitement démontrés. Uhermaphro- 
disme est la loi véritable de la sexualité pour une très* 
grande partie de la série animale. 

La question est de savoir s'il ne serait pas, de même, 
la loi latente de celle où il n'apparaît pas. 

C'est ce problème que Kupx et Weber résolvent affir- 
mativement. Dans les espèces qui ne semblent point her- 
maphrodites, l'unité de sexe, selon le premier auteur, 
serait point, on l'a vu, un fait initial ; elle serait une 
phase seconde de la sexualité et le résultat final de la 
latte des deux sexes premièrement réunis dans l'embryon 
lui-même, lutte ùù le plus puissant et le plus dominant 

(1) Burdach, Traité de physiologie, t. III, p. 581. 



38S DE l'action des lois de la PROCRÉACION 

entraînerait l'absorption et la disparition des éléments de 
l'autre. Cette théorie de Knox est plutôt dogmatique 
que démonstrative. La dualité première des sexes dans 
les germes, telle qu'il la soutient , n'est qu'une pure 
hypothèse; et la raison finale de la prédominance ré- 
glée et dévolue tour à tour, en quelque sorte, à cha- 
cun des deux sexes, dans un aussi grand nombre d'es- 
pèces animales, reste à déterminer. L'auteur se tait sur 
elle. 

L'argumentation de Weber (l), au contraire, est tout 
anatomique et donnerait un corps au système de Knox, 
sans donner plus de lumière sur la cause première et dé- 
terminante de la réduction de sexes primitivement dou- 
bles à un sexe unique. Chez l'homme et chez les mâles 
de plusieurs mammifères, le cheval, le porc, le chien, le 
castor, le chat, le lapin, Weber a cru pouvoir établir, 
comme une règle, la coexistence de l'appareil masculin de 
la génération et de l'organe principal de la sexualité fémi- 
nine, l'utérus. Mais l'argumentation de l'anatomiste alle- 
mand roule tout à la fois sur un vice de logique et sur une 
erreur de fait ; comme nous pensons, plus tard, en donner 
la preuve, l'organe de l'existence duquel Weber s'appuie 
n'est pas etne peut pas être l'utérus, et l'identité qu'il pré- 
tend démontrer entre les deux organes est purement 
idéale, et en opposition tout aussi radicale avec l'observa- 
tion qu'avec le grand principe de la scission des sexes 
dans les classes supérieures de l'animalité. Les Mollusques, 
spécialement les Ptéropodes et les Gastéropodes, forment 
dans le règne animal la limite extrême de la réunion ré- 
gulière des deux sexes dans l'individu. La répartition des 

(1)E. VSreber,tnrfm. cit. 



SUR LE SEXE DU PRODUIT. 389 

sexes chez les animaax a élé, dit Mulier, réglée de telle 
manière que les Articulés et les Vertébrés n'offrent au- 
cone trace d'hermaphrodisme normal (I). Batbke a ren- 
Yersé Texception apparente que Home (2) aTait cm troo- 
Yer chez les petromyzons et chez les myxines dans la classe ' 
des Poissons, en proairant l'existence des mâles, dans ces 
espèces, et faisant Toir des reins dans les prétendus tes- 
ticules des femelles (3). 11 y a plus encore ; bien loin qne 
le progrès continu de Pétude et de l'inspection des êtres 
tende à développer le champ de l'hermaphrodisme, il tend 
aie restreindre : plus l'anatomie se perfectionne et s'é* 
claire par le microscope, mieux on reconnaît, ainsi que 
Qaatrefages vient de le constater dans Vasiirie rouge et 
dans l'holothurie tubule%ise, que beaucoup d'animaux in- 
férieurs, regardés comme hermaphrodites, rentrent dans 
la classe des animaux a sexes séparés. 

L'antagonisme entre la masculinité et la féminité de- 
vient d'autant plus visible, d'autant plus absolu, d'autant 
plus général, qu'on s'élève davantage dans la série des 
êtres. 

La sexualité individuelle ou la répartition de l'ap- 
pareil mâle et de l'appareil femelle de la génération sur 
des individus différents, cette loi générale de tous les 
Vertébrés, n'est, par cette raison même, nulle part si dé- 
veloppée que dans l'espèce humaine, et la séparation ra- 
dicale des deux sexes n'apparaît point seulement dans 
les organes locaux de la .génération. Gomme dans toutes 
les espèces où la diversité individuelle arrive à un haut 
point de manifestation, elle s'étend plus ou moins au 

(I) Mu\ler, Manuel de physiologicy t. IT, p. 590. — (2) PhUosop. tranr 
«oc*., i8l6, p. 465. — (3) Bemerkungenueber dm innem BauderPricke^ 
p. 57. Dans Burdach, 1. 1, p. 271. 



390 DE L^ACnON DES LOIS DE LA PBOCRÉATION 

reste de l'organisme, et la yie tout entière prend, eoaaae 
k dit Bardachy un caraetère sexnel. 

Aucun des trois premiers systèmes, dont le printipe est 
eonirûre à Faction du p^e et de la mère sur la sexualité, 
ne soutient donc Feiamen. 

Les sexeêne sont point primordialemeni indéterminés , 

Les sexes ne sont point primordialement femelles t 

llh^y a jpo^t de transitiM. ffun sexe à Vautre sexe ; 

Il n'y a pùint davcmtage de réunion normale des sexes 
mâle eff&rielle dans les classes supérieures de Vanimaliii. 

Tout tend, au coïitràire, à la consécration d'un fait 
subversif de toutes ces bypotlièses : la détermination si- 
multanée, dans l'être, dû sexe et de la vie. 
- La ruine définitive de toutes les théories de la préfor- 
mation et de l'évolution organique des germes ne permet 
plus de reporter l'origine du sexe à l'époque antérieure à 
la fécondation ; l'impossibilité des trois tbéories que nous 
venons ^ë combattre, défend de la reporter à l'époque 
postérieure; il faut donc qu'elle soit celle de la féconda- 
tion même. 

ITous regardons, pour notre part, comme irréfutable, 
la série de preuves qu'en accumule fiurdach : elles peu- 
vent se résumer dans les trois suivantes : 

La première est le moment de l'apparition des organes 
sexuels qui, comme l'ont démontré Meckel (l),Bathke 
et Maller (2), se rapproche d'autant plus de la fécon- 
dation qu'on s'élève plus haut dans Téchelle des êtres ; 
la fleur où se développent lés organes sexuels, ne se 
développe elle -^ même que dans le plus complété pa- 



(1) Meckel, Manuel d^anaiomie, t. III. — (9) MuUer, IHisertatio de 
génitaîium evoîutione; Halle, 1815, in»4. 



. SUR LE BEJM DU PRODUIT. 39i 

nmiissenieitt de la Tk ; chez le plus grand nombre -des 
InverlâMrés^ et parmi les-PoÎMons dbeoles Yerlébrés, les 
mêmes organes sesuels, imperceptibles dans Fœof, ne se 
manifestentqa'apràft l'édosion ; ils paraissent an contraire 
de très-^bonne haire dans Vœnt, dans les classes des Oi- 
seaux et des Mammifères; dès le cinquième jow de. Pin- 
cnbation, dans celai du poulet, et à une époque propcHr- 
tionnellement pins précoce chez l'homme que chez aucun 
animai ( 1 ) : d'après Tiedemann (2), Usehoff (3), Muller (4), 
ik s'y montrent dès la fin de la cinquième semaine^ et il 
n'y a que les cas de monstruosité poussée au plus haut 
point où l'on n'en voit point de trace (5) ; 

La seconde preuve se déduit des Aianifestations de. la 
sexualité, indépendamment de ses oi^anes eux-mêmes; 
le sexe, d'après Autenrieth, se caractériserait, chez tes 
plantes diœques, jusque dans les graines. La masculinité 
s'y révèle d'abord i.la iorme peu oblongue et au poids 
relatiTement plus lourd des graines mâles; elle se reoon* 
nait ensuite au trayail {dus rapide de la germination, 
ainsi qu'à la longueur proportionnellement plus grande 
de la radicule que des cotylédons (6). Les caractères 
sexuels indépendants de ceux des organes locaux de la 
gâiération ne sont pas, d'après Scemmering, moins 
prononcés chez l'homme : les sexes opposés affectent 
une différence si tisible des formes, dans l'embryon 
humain^ qu'elle suffit à elle seule à indiquer le sexe (7) ; 
or, comme le dit Burdach, les organes génitaux sont trop 

(1) Burdach, ouv. et*., p. 579. — (2) Tiedemann, Anatomie der Kops- 
hsen missgehurten, p. 81. — (3) Bischoff, Traité du développement de 
l'homme et des mammifères, p. 375. — (4) Muller, Manuel de physiologie, 
t. II, p. 743. — (5) Meckel, Handhuch der patholog. anatomie, t. I, 
p. 656. — (6) Antenrieth, ouv. cit., p. 13-20. — (7) Sœmmering, Icônes 
embryonum^ p. 4. — Burdach, ouv. cit., loc. cit. 



392 DE L ACTION DBS LOIS DB LA PROCRiATlON 

insignifiants, ils sont trop inactif s^ dans les premiers temps 
de la vie embrjonaire, ponr pouvoir exercer cette pro- 
fonde influence sur tout Tensemble de Fètre, et Ton ne 
peut Yoir en eux que l'expression locale du caractère sexuel 
qui, né avec la vie, et en puissance dans le germe, dès la 
fécondation, se révèle de lui-même dans révolution des 
différents organes ; 

Un troisième ordre de preuves, plus décisif encore, qui 
porte sur une époque de la formation de Pètre où les sens 
n'atteignent plus, vient de l'hérédité même ; il vient de 
l'empire des circonstances de la génération sur les carac- 
tères et sur les attributs de l'individualité qui, dans les 
classes élevées de l'animalité, fait, comme nous l'avons 
vu, partie du sexe même. Cet empire si profond, dont tout 
porte les traits, n'est point seulement pour nous la démon- 
stration que la sexualité est en puissance dans l'être, avant 
l'apparition d'aucun de ses organes, elle est, à tous les yeux, 
la preuve irrécusable qu'avec tous les principes et tons les 
attributs de la nature spécifique et individuelle, la sexua- 
lité remonte jusqu'à l'acte de la fécondation et coïncide 
avec l'explosion de la vie. 

Nous nous trouvons ainsi forcément ramené au prin- 
cipe des doctrines qui, contrairement à celles que n<His 
venons d'exposer, rattachent à l'action d'influences gêné- | 
raies ou particulières sur la fécondation, la détermination 1 
dû sexe du produit. 

Le système des influences générales est celui des causes 
impersonnelles, le système des influences particulièreS| I 

celui des causes personnelles de la sexualité. 



sua U& SEXE DU PRODUIT. 393 

$11. — Critique des théories des càuoea impersonnelles et des causes 
personnelles de la sexualité, ou des divers systèmes de Taction spécv" 
fique et individuelle du père et de la mère sur la nature du sexe. 

La sexualité est-elle oa ii'est*elle pas soumise à Taction 
de causes impersonnelles? C'est une question complexe et 
dont il faut d'abord dégager avec soin les divers élé- 
ments. 

Qtt'entend-on , premièrement, par causes imperson- 
nelles? toutes les influences qui, dans le père et la mère, 
exercent snr le sexe une action exclusive et indépendante 
des individus. 

Au premier coup d'œil, elles semblent en grand nom- 
bre : l'espèce, la race, les lieux, les saisons, les cli- 
mats, etc. ; mais, dès que Ton procède à leur analyse avec 
tonte la rigueur de la définition, on ne tarde pas à voir 
qu'elles sont, pour la plupart, d'une nature mixte et, qu'à 
proprement dire, il en est tout au plus une seule, VeS" 
pice, dont l'influence soit pure d'individualité. 

Nous ne nous occuperons donc ici que de la der- 
nière, l'appréciation des antres ne devant venir, dans l'or- 
dre méthodique des matières, qu'à la suite de celle des 
causes personnelles de la sexualité. 

Ainsi limitée, la question de l'existence des causes im- 
personnelles de la sexualité se réduit à cette question : La 
sexualité est-elle ou n'est-elle pas généralement soumise 
à la loi de l'espèce? 

Elle est profondément soumise à cette loi : 

a. Elle l'est quant au système de reproduction : dans 
toutes les espèces dont le type normal de génération est 
l'hermaphrodisme, les sexes naissent doubles ; dans toutes 
les espèces à sexes séparés, les sexes naissent simples"; 



394 DE l'action des lois de la procréation 

b. Elle l'est quant à la forme de son organisme : les 
sexes, dans chaque espèce, se transmettent sons les formes 
départies à l'espèce, formes dont les yariétés sont tout à 
la fois si nombreuses et si fixes dans la série des êtres (1] ; 

c. Elle l'est, d'une manière tout aussi positive, quant à 
la proportion du nombre des deux sexes : dans le chan- 
vre et dans d'autres végétaux dioïques, les pieds femelles 
sont aux pieds mâles : : 1 : 4 : dans les animaux, <^haqne 
espèce d'animal a sa proportion particulière : éti&t les As- 
carides lombricôïdes il y a,, d'après J. Gloquet, quatre fe- 
melles pour un mâle ; cinq dahs l'Échinorbynque ; six, 
suivant Guvier, dans les Céphalopodes ; quinze, selon 
Bamdohr, parmi les Daphnies ; un mâle, d'après Ljonnet, 
contre quatre femelles parmi les Phalènes et, d'après 
Méissecke, chez les Lépidoptères et parmi la plupart des 
autres Insectes. SuivantBloch, ilyaurait une fois au moins 
autant dé mâles que de femelles dans un grand nombre 
"d'espèces parmi les Poissonset, dans d'autres espèces, les 
mâles seraient si rares, que l'on a prétendu qu'il n'y en 
avait point. Ils sont également rares dans un grand nom- 
bre d'Oiseaui(, chez les Palmipèdes, plusieurs Gallinacés; 
ils le sont encore chezbeaucoup de Mammifères, et en par- 
ticulier chez les Ruminants, les Songeurs, les Amphibies, 
etcertains Carnassiers, tels qnele chat, où leur nombrese- 
rait, d'après Frisch, à celui des femelles: : 1 : 20. On voit, 
au contraire, chez lesOiseauxdeproie,chee quelques Galli- 
nacés, Palmipèdes et Passereaux, chez pldsieurs Hammi- 
fères. Carnassiers, et aussi chezles Quadrumanes, les sexes 
égaux en nombre, ou comme chez l'homme» le nombre 



(!) Flourens, Cours sur la génération, l'ovologiê et Vembryogénie, 
1836, l^vol. in-4, p. 4«-!iO, 75-81, et Burdach, 1. 1, p. 397 etsuiv. 



SCft LE SKE DU PBODVIT. 395 

des màles dépasser un peu le nombre des femelles (1); 

d. La sexualité se trouTe encore soumise à la loi des 
espèces, qoant aux époques réglées de son déyeloppement 
et de son actiTité. La puberté (2), le rut (3), varient d'âge 
^ de saison, la copulation d'heure (4), selon les espèces, 
et.de mômeque Linné et Lamarck ont dressé, pour le règne 
Tégétal, d'a{Nrès le mois et l'heure d'épanouissement des 
fleurs, le calendrier et l'horloge de Flore, on peut aussi 
dresser, pour le règne animal, le calendrier et l'horloge 
de Véni]»; car l'année n*a pas de mms, et le jour n*a pas 
; d'heure qui, chez les animaux, ne soit le temps d'élec- 
tion, le moment de l'entrée en chaleur et celui de l'ac- 
couplement d'espèces déterminées; 

e. La prolongation et la fréquence de l'acte (5), la fé- 
Gondité, le nombre des portées, le nombre des œufs ou des 
petits (6), le temps de la gestation ou de l'incubation (7), 
et jusqu'à la durée de l'aptitude à concevoir et ,à engen- 
drer (8), tout est également constant, réglé, varié, d'après 
la même loi, c'est-à-dire d'après celle du type spécifique 
de la sexualité. 

La sexualité et tous ses caractères, et tous ses attributs, 
et tous ses phénomènes, rentrent donc, sans nul doute, 
chez les individus, sous l'empire immédiat de la cause 
impersonnelle qui institue, maintient et propage l'es- 
pèce ; elle subit, en un mot, dans toute l'échelle des êtres, 
la loi d'hérédité du type spécifique de l'organisation. On 
peut dire, en ce sens, que la nature du sexe est sous sa 



(1) Burdach, ouv. cit., 1. 1, p. 358-359, et t. II, p. 28Î. — (%) Prichard, 
Bistoire naturelle dé Vhomme, t. T, p. 88, — (3) Burdacb, ouv. cit,, t. II, 
p. 30-32. — (4) Idem, oui;, cit,, t. If, p. 141. — (5) Idem, ouv. cit., t. II, 
p. 167. — (6) Idera,Ottt?. cit., t. II, p. 108, 106. — (7) Prichard, ouv. 
ci*., i. I, loe. cit, — (8) Burdach, ouv, cit.y p. 108, 



396 DE l'action des lois de la procréation 

dépendance, c'est-à-dire que le sexe des prodoits ne peat 
faire d'exception générale ni constante à cette loi; mais il 
importe de ne point se tromper sur ses limites. Si active 
qu'elle soit sur la sexualité, la loi d'hérédité du type spé- 
cifique ne peut, à l'égard du sexe ni d'aucun autre sys- 
tème organique de la vie, s'étendre au delà du type spé- 
cifique lui même : elle ne peut, en d'autres termes, dans 
la génération, régir, au nom de l'espèce, ce qu'il n'ap- 
partient point à l'espèce de régir. Toute la question est 
donc de déterminer le point de la sexualité où L'espèce 
s'arrête, et ce point, en ce qui touche à la nature du sexe, 
est facile à fixer. 

Il est relatif au mode de propagation des espèces di- 
verses et change pour chacune d'elles. Dans celles de ces 
espèces qui sont hermaphrodites, il ne va pas plus loin 
que l'hermaphrodisme ; dans celles de ces espèces où le 
sexe est divisé, il ne va pas plus loin que la division des 
sexes. L'action de l'espèce sur la nature du sexe finit, dans 
le premier cas, à la génération d'êtres à sexe double, c'est- 
à-dire de produits qui soient tout à la fois et mâles et fe- 
melles; 

L'action de l'espèce sur la nature du sexe finit, dans le 
second cas, à la génération d'êtres à sexe unique, c'est-à- 
dire de produits qui soient exclusivement ou mâles ou fe- 
melles. 

Rien ne nous la démontre, au delà de cette borne, et 
cette démonstration de l'influence d'un ordre de causes • 
générales sur la sexualité n'implique nullement, de soi, la 
négation d'un ordre de causes particulières. Il en résuite 
bien que c'est l'espèce qui règle et décide à elle seule que, 
chez les animaux à sexes séparés, tous les produits devront 
être mâles ou femelles ; il n'en résulte point et rien n'éla- 



SUR LE SKXE DU PRODUIT. 397 

blit qae, daus chaque naissance, c'est l'espèce qui règle 
et décide à elle seule si le produit sera mâle ou s'il sera fe- 
melle, parce que l'espèce comprend à la fois les deux 
sexes ; aacan des deux n'est plus son expression que l'an- 
tre, et, quel que soit celui qui l'emporte dans l'être, la 
sexualité reste fidèle à ses lois. 

Ayant de poser en règle, dans la sexualité, cette action 
prétendue de l'espèce au delà d'elle-même et la négation 
des causes individuelles du sexe du produit, il reste encore 
deux points du problème à résoudre : 

r La sexualité est-elle ou n'est-elle point partie inté- 
grante du type individuel? 

2* Est-elle ou n'est-elle point soumise à la loi de l'hé- 
rédité de ce type individuel dans l'être? 

Ce sont ces deux questions qui servent d'introduction 
à l'examen critique des différents systèmes sur les càUr 
w& personnelles de la sexualité, que nous allons dé- 
battre. 

Critique des théories des causes personnelles ùe la sexualité. 

Toutes ces théories ont, en effet, pour base le principe 
de l'essence individuelle du sexe et de sa dépendance de 
la loi d'hérédité du type individuel. 

Nous sommes dispensé de nous appesantir sur le pre- 
mier article : c*est un point éclairci : dans les classes 
supérieures de l'animalité, le sexe est le premier des traits 
individuels de l'être; il n'y est point local, il n'y est point 
temporaire, ni consécutif, comme il l'est dans la plante ; 
il y est primitif, il y est permanent, il y est général; si 
primitif qu'il date de la conception même; si perma- 
nent qu'il dure aussi longtemps que la vie; si général 



398 DE L ACTION DES LOIS DE LA PROCRÉATION 

qae, dès le moment où la forme prend on caractère, il est 
recoûuaissable à la diversité de la configuration, de la 
proportion et de toute la structure apparente de rêlre^en. 
dehors et au delà des instruments locaux de la générations 
il s'étend, en un mot^ à toute la personne; il en est l'âme 
et le corps, le principe et la fin ; il Tinspire, il Tanime, 
il Tempreint tout entière. 

L'auUre point mérite à peine plus de discussion : la 
question qu'il soulève se réduit, en effet, à ces termes 
fort simples : Les caractères propres et distinetifs des sexes 
sont-ils ou ne sont-ils pas soumis aux lois premières delà 
PROCREATION dont Hs sont les organes? 

Ils n'offrent point d'abord de raison de s'y soustraire? 
Qu'est-ce que le sexe en lui-même? un organisme, une 
force ; tous les caractères d'organisme et de force sont 
indistinctement appelés à se reproduire, sous la double 
influence de l'action de l'espèce, de l'action de V individu. 
Ce ne serait donc que par la plus inconcevable des anoma- 
lies que la sexualité échapperait à cette loi, ou il faut 
supposer que cette loi n'est pour tous les autres systèmes 
de force et d'organisme , qu'une simple apparence , 
qu'une pure chimère. 

La dernière hypothèse est inadmissible : les faits ne 
laissent de doute ni sur l'hérédité du type spécifique^ ni 
sur l'hérédité du type individml de tous les autres éléments 
et attributs de la vie. 

Pour admettre la première hypothèse, il serait besoin 
d'une masse de preuves et de faits qui montrassent 
que, contre toute logique et par une exception dont' 
on ne peut se rendre compte, la sexualité dérogeât à 
cette loi. 

Examinons, toutefois, indépendamment de toute expli- 



SUR LE SBXB DU PRODUIT. 399 

cation et de toate raison plansibles, si cette dérogati<m 
exceptionnelle existe. 

n est clair, tont d*abord, et notas venons de le Toir, 
qae, sous le type spécifique, elle n'existe pas ; trës-po^ 
sitiyem^it la sexualité obéit à la loi de l'hérédité d'es- 
pèce. 

L'ex^seption da moins se i»rodait-*elle sons le type tn-' 
Hvidmel? 

En aucune manière ; 

Elle ne s'y produit point, et nous TaTons prouTé, dans 
tontes les espèces à sexes séparés, pour une première série 
de ses caractères, les caractères médiats de la sexualité; 
nous les aTOns trouTés tous» et sans exception, soumis à 
Faction de l'hérédité du type individuel. Nous ne pouvons 
que renvoyer à la démonstration que nous en avons 
donnée. 

Elle ne. se produit point, et nous l'avons aussi positive- 
ment prouvé, dans les mêmes espèces, pour une seconde 
série plus essentielle encore de ses caractères^ celle des 
attributs que nous avons. nommés caractères immédiats 
de la sexualité : 

Nos preuves se déduisent de l'hérédité, sous le type 
individuel, des plus fondamentaux des attributs de cet 
ordre, c'est-à-dire des organes et des fonctions de la gé- 
nération elle-même. 

Nul doute, quant à l'hérédité des fonctions: nous 
avons vu se transmettre par la voie séminale ce qu'il y 
a, mm pas seulement de plus individuel, mais de plus 
exceptionnel, de plus erratique en elles : les degrés 
personnels de l'ardeur erotique, l'heure précoce ou tar- 
dive de son premier éveil, les dépravations de l'instinct 
seinel , les proportions diverses de la fécondité , la pré- 



400 DB l'action DBS LOIS DB LA PROCBÉATION 

disposition à produire des jumeaux (1), enfin, si l'on 
en croit les graves témoignages de Gleichen , de Sin- 
clair, de Girou, Taptitude à créer des mâles on des fe- 
melles (2). 

Nul doute, non plus, quant à l'hérédité des organes* 
eux-mêmes ; elle résulte clairement de l'hérédité de leurs 
anomalies, soit qu'elles portent sur la forme» le Tolume 
ou les Tices de quelques-unes des pièces de l'appareil 
génital; soit que, plus remarquables encore, elles portent 
sur le nombre de ces organes eux-mêmes. Nous ayons en 
effet cité, non pas seulement des cas d'hérédité de Tépis- 
padias et de Thypospadias , nous en avons aussi cité 
de l'hérédité de la monorchidie, de la triorchidie ; il est 
bien avéré que le nombre en plus ou en moins des testi- 
cules, peut se propager aux enfants, comme le nombre 
en plus ou en moins des mamelles (3). 

La réalité de l'action individuelle sur le sexe du produit 
est donc» de toute manière, un point hors de question. Il 
ressortira plus clairement encore de la suite de ce travail : 
ce que la sexualité a de plus personnel, à commencer par 
la^ nature du sexe lui-même, le fait, comme on l'a vu, 
le plus primordial de l'individualité dans les classes su- 
périeures, est soumis à la loi commune d'hérédité de tous 
les autres caractères individuels de l'être. L'action spéci- 
fique sur la sexualité n'a rien de plus réel ni de mieux 
démontré. C'est donc une grande erreur que d'avoir pré- 
tendu opposer l'un à l'autre les deux ordres d'influences, 
comme si elles devaient être inconciliables entre elles, 
quand elles sont, au contraire, en concours harmonique 

(1) T. T, p. 824. — (2) Burdach,' Traité de physiologie, t. II» p. 273. - 
(8) T. I, p. 247. 



SUR LE SEXE DU PRODUIT. 401 

et réglé de puissance sur tous les caractères de la sexua- 
litéy comme sur tous les autres caractères de la Tie. 

Le principe de l'action du type indiv%d\Ael sur la sexua- 
lité ainsi établi, reste à déterminer, entre tant de systèmes 
basés sur ce principe, quel est le véritable, c'est-à-dire 
celai qui nous donne la théorie réelle de la sexualité. 

Nous procéderons par simple élimination à Tégard d'un 
assez grand nombre de ces systèmes. Il en est en effet qui 
se passent de critique et qu'on peut écarter presque sans 
examen. 

I. — Critique des théories de l'action exclusive du mâle ou de la 
femelle sur la génération du sexe du produit. 

Dans cette catégorie rentrent, premièrement, toutes 
les théories qui rapportent à l'action exdmive d'un des 
sexes la détermination du sexe du produit : de ce nom- 
bre sont celles qui ne nous représentent que des applica- 
tions des doctrines de l'ovisme ou du spermatisme à la 
sexualité. 

Tous les systèmes fondés sur de pareilles bases sont 
d'abord entraînés dans la ruine des principes sur lesquels 
ils se fondent. 

Le Tice de ces principes n'est plus à discuter j nous 
Favons démontré : dans l'état de la science, l'hypothèse 
de l'ovisme et celle du spermatisme croulent également 
sons le poids de la logique et de l'expérience. 

Les mêmes systèmes tombent ensuite devant Terreur 
radicale des faits ou des explications qu'ils prétendent 
ériger en preuves de leurs doctrines ; 

Ainsi, dans le spermatisme, la répartition des sexes 
mâle et femelle entre les deux testicules ; ainsi , dans 
Tovisme , la même distribution des sexes entre les 

11. 26 



402 DE l'action des lois de la procréation 

deux cornes de Tutérus, ou entre l'ovaire gauche et 
l'ovaire droit, ne soutiennent même pas un instant 
l'examen. 

Ambroise Paré, Diemerbroek, Verheyen, Alberti, 
Franco, Massa, Hoffmann, Thomas Bartholin, Vesale, 
Guillaume Harvey, etc., ont prouvé par des faits, contre 
l'antique opinion soutenue par Démocrite, que des hom- 
mes, après la perte d'un testicule,' n'en procréaient pas 
moins des enfants des deux sexes : un homme dont 
parle Graaf, après l'extirpation du testicule gauche, donna 
le jour à des filles ; plusieurs autres, munis d'un testicule 
unique, engendraient également desfilles et des garçons (1), 
argument que Millot ne manque point d'opposer à ses an- 
tagonistes (2) ; mais Millot, à son tour, oubliait que des 
faits d'une valeur identique avaient la même puissance 
contre sa théorie, ou, pour parler plus juste, contre son 
hypothèse renouvelée d'Empédocle, car on en suit les 
traces jusqu'à cet auteur dans l'antiquité. Les observations 
de Venette, de Cyprian , de Dubois, de Jadelot, de Gran- 
ville, de Velpeau, etc., les expériences directes sur les 
lapines, qu'on doit à Legallois, sont décisives contre elle. 
L'ablation d'un ovaire faite par cet auteur aux femelles 
de lapin ne les empêchait point d'engendrer des fœtus de 
sexes différents (3). Des fœtus mâles se sont rencontrés à 
gauche, et des fœtus femelles à droite, chez des femmes 
mortes avant leur délivrance (4). D'autres auteurs ont vu 
des femmes, affectées d'une profonde désorganisation de 
l'ovaire gauche ou droit, donner : les premières, le jour à 

(1) Haller, Elementa physiologiœ, t. VIII, p. 79. — (1) Millot, VÀrt 
de procréer des sexes à volontéy part. 4, p. î<0 et suiv. — (3) Velpeau, 
Traité élémentaire de l'art des accouchements 1 1. 1, p. 933. —(4) Deman- 
geon, Anthropogénése, p. 292. 



SUR LE SEXE DU PRODUIT. 403 

des garçons; les secondes, à des filles (1). D'autres ont tu 
se produire, dans des grossesses doubles, chez des femmes 
atteintes des mêmes maladies, des enfants des deux 
sexes. Jadelot (2) et Granville (3) citent des cas de ce 
genre : 

Une femme dont la trompe droite de Fallope avait été 
détruite, à ce que dit Cyprian, n'en accoucha pas moins 
d'un garçon et d'une fille (4) ; Venette dit également avoir 
rencontré quelquefois chez des femmes, à la dissection, 

'un seul et même côté, une fille et un garçon (5), et les 
naturalistes savent que dans les espèces, où l'organe uté- 
rin est vraiment bihoté, la même corne est souvent rem- 
plie, en même temps, par des fœtus mâles et des fœtus 
femelles (6). 

Quant aux deux hypothèses de Hufeland et de Sinclair, 
qui ont toutes deux de commun, avec celle qui précède, 
l'idée de faire dépendre du seul sexe femelle les sexes des 
produits, la double réfutation de Burdach est plausible : il 
répond au premier : que les œufs, chez les Poissons, n'of- 
frent pas plus, en eux-mêmes, indépendamment de la fé- 
condation, de différences sexuelles, que n'en offre le 
sperme et que, sill'on en suppose une insensible en eux, 
on n'est pas moins fondé à en supposer une semblable 
dans la laitance ; il réplique au second que, si certaines 
femmes font, les unes plus de filles, les autres plus de 
garçons, il est faux que les mâles, et dans Fespèce hu- 
maine et chez les animaux, n'aient point, comme il le 

croit, le même privilège (7) : Les Hippocratiques et une 

(1) Dictionnaire des sciences médicales, t. XXXIX, p. 9. — Velpcaii, 
ouv. cit., t. I, p. 224. — (2) Dict. des se. méd., t. XXXIX, p. 10. — 

(5) Philosophie, transact., 1818, p. 308. — (4) Demangeon, ouv. cit., 
p. 292. — (5) Venette, Génération de l'homme, 4* partie, p. 206. — 

(6) Yelpeau, ouv, cit. y loe. cit. — (7) Burdach, o«v. cit., t. II, p. 27S. 



404 DE l'action des lois de la procréation 

foule d'auteurs qui les ont répétés, l'ont, comme observa- 
tion, étendu aux deux sexes : Gleichen et Girou ont con- 
staté le même fait dans l'espèce Équestre, et le dernier 
auteur tire des faits analogues à celui sur lequel s'est ap- 
puyé Sinclair, d'autres conclusions (1). 

Il — Critique des théories de Vaction de chaque sexe sur la génération 
des deux sexes du produit. 

Dans le nombre des systèmes à éliminer des théories 
possibles, Tiennent encore se ranger ceux qui ont décerné 
à chaque sexe le pouvoir d'engendrer les deux sexes ; 
malgré l'autorité des noms qui les appuient, la critique 
y rencontre, comme dans les précédents, et des vices de 
principe, et des erreurs de fait. 

Le vice du principe n'est point sans doute ici dans le 
principe même ; il est dans son abus et dans son extension 
à des cas qu'il n'est point appelé à régir. 

La faculté prêtée à chacun des deux sexes d'engendrer 
les deux sexes présuppose d'abord une condition pre- 
mière, c'est qu'il les contienne ; la règle est absolue : 
dans toutes les espèces où chaque individu est apte à pro- 
pager, soit simultanément, soit successivement les sexes 
mâle ou femelle, il renferme les deux sexes. 

Le principe est donc vrai pour toutes ces espèces dont 
la réunion individuelle des sexes est la loi naturelle ; mais, 
pour qu'il soit de même applicable aux espèces à sexes 
séparés, il faut qu'elles reconnaissent, au fond, la même 
loi, c'est-à-dire que, chez elles, la division des sexes 
n'existe qu'en apparence , et que l'individu accomplisse 
la règle de dualité sexuelle en réalité ou en puissance 
dans l'être. 

(1) Girou, de la GinéraHon, p. 147, 148. 



SUR LE SEXE DU PRODUIT. 405 

Les systèmes anciens ou modernes qui se rattachent à 
celte opinion, sont donc perpétuellement, sous peine d'in- 
conséquence, forcés de démontrer ou d'imaginer partout 
l'hermaphrodisme. 

Les Hippocratiques et Girou de Buzareingues ont in- 
stinctivement obéi, en idée, à cette nécessité logique de 
l'hypothèse ; ils ont tenté de produire des preuves anato- 
miques et des preuves empiriques de cette prétendue 
dualité sexuelle chez l'homme et Tanimal des classes su- 
périeures. 

Les preuves anatomiques des premiers se réduisent à 
une pure chimère, celle de la semence mâle et de la se- 
mence femelle, dont ils dolent chaque sexe ; mais il est 
par trop clair que cette double semence ne saurait exister 
dans l'être sans les deux sexes ou sans leurs organes : or, 
les organes doubles, les sexes doubles, les semences dou- 
bles, sont encore à trouver; le recours aux hypothèses 
réanies d'Empédocle et de Démocrite ne démontre, de 
la part des Hippocratiques qui les ont adoptées, qu'un 
sentiment des preuves qui manquent à leur système. 

A défaut des organes dislinclifs des deux sexes, dont la 
réunion ne se rencontre nulle part, hors de l'hermaphro- 
disme, dans la nature de l'être, ils scindent en deux 
fractions l'unité de chaque sexe, et donnent aux deux 
moitiés d'un sexe identique les noms imaginaires de sexes 
différents. 

Plus laborieuses encore et plus alambiquées, les preu- 
ves anaiomtgues, invoquées par Girou à l'appui du même 
fait, n'en sont pas plus solides. Lui aussi a compris que 
la dualité de force reproductive, dont il dote chaque 
sexe , appelait dans chaque sexe les doubles instruments 
des fonctions qu'il suppose , et ne les trouvant non plus 



406 DE l'action des lois de la procréation 

ni dans lesexe mâle, ni dans le sexe femelle, il est réduit 
aussi à les imaginer, et, pour donner une base positive à 
son rêve, à dédoubler chaque sexe en organes masculins et 
organes féminins de la génération. Toute cette partie de 
son argumentation se juge, en quelque sorte, par l'ex- 
position même : ni l'anatomie , ni la physiologie, ni 
l'expérience, n'autorisent l'étrange antagonisme sexuel 
que le besoin logique de sa théorie le porte à établir 
entre le pénis et le testicule des mâles, entre le cli- 
toris et l'ovaire des femelles ; et il faut vraiment toute 
la subtilité et tout l'aveuglement de l'esprit de système, 
pour métamorphoser en appareils spéciaux de sexes dif- 
férents les pièces différentes d'un seul et même sexe, et 
pour attribuer aux simples instruments d'intromission 
Qu d'excitation des deux sexes, des fonctions séminales et 
reproductrices de l'appareil mâle et de l'appareil femelle» 

Weber n'est point tombé dans ces énormités, en cher- 
chant dans un sexe les rudiments de l'autre, mais il s'est 
tout à la fois mépris sur la nature des organes où il croit 
trouver ces rudiments, et sur l'existence des rudiments 
eux-mêmes. 

La raison organique manque donc également à toutes 
ces hypothèses : les preuves anatomiques sont chiméri- 
ques ou nulles. 

Les preuves empiriques semblent plus spécieuses, et 
cependant aucune d'elles ne soutient l'examen : 

Le fait que l'on voit les mêmes hommes engendrer des 
fils avec une femme, des filles avec une autre et, récipro- 
quement, des femmes avoir des filles d'un premier ma- 
riage, des garçons d'un second, ne démontre nullement 
ce que l'auteur du De genitura suppose : que chaque sexe 
a le pouvoir de produire les deux sexes j Tobjection que 



SUR LE SEXE DU PRODUIT. 407 

chaque sexe aurait la faculté de se féconder et d'eugeu- 
drer sans l'autre (l) manque, il est vrai, de base; un 
grand nombre d'animaux hermaphrodites transmettent 
leur double sexe, sans se féconder eux-mêmes (2) ; tout le 
Yice de l'argument est dans la suppression de l'action 
d'un des auteurs et dans l'attribution au père ou à la 
mère d'un résultat qui tient au concours des deux sexes. 

Du moment qu'on se trouve en présence des deux sexes 
et qu'il existe entre eux une lutte séminale, rien ne peut 
établir que les cas où le mâle semble produire des fe- 
melles ne tiennent, au contraire, à des conditions per- 
sonnelles où la femelle domine et communique son sexe ; 
rien, non plus, ne démontre que les cas où la femelle 
semble produire des mâles , ne soient ceux où le mâle 
doive à des conditions de force individuelle de vaincre 
dans la lutte, et de transmettre, à son tour, son sexe à 
ses produits. 

L'erreur est, en un mot, de prendre pour absolu un 
fait tout relatif, qui dépend, ou du moins qui peut 
dépendre des forces respectives des parents. 

Le second argument, que les mêmes auteurs emprun- 
tent au fait si curieux de l'hérédité croisée, celui des res- 
semblances du père avec la fille, de la mère avec le fils, 
n'a point plus de portée. La valeur que lui ont gratuite- 
ment supposée et Girou de Buzareingues et les Hippo- 
cratiques, provient de la confusion que les uns et les 
autres ont faite des caractères soumis à l'action de la 
sexualité et des caractères libres ou indépendants d'elle. 

Nous n'avons pas besoin de nous appesantir sur cette 
distinction si fondamentale, nous en avons plus haut 

(1) Demangeon, Anthropogénèse, p. 56 note. — (2) MuUer, Manue 
ie physiologie, trad. par Jcurdan, Paris, 1845, t. II, p 591. 



408 DE l'action des lois de la procréation 

établi le principe. Il nous sufiSra d'en rappeler ici deux 
faits essentiels : 

Les caractères libres entrent pour une part, et pour une 
grande part, dans les ressemblances des enfants aux pa- 
rents : ils passent d'un sexe à l'autre, se croisent ou ne se 
croisent pas, selon les mille accidents de puissance, 
d'état et d'action des parents, etc.; mais, en général, sous 
l'empire d'une force étrangère au principe de la sexua* 
liti. 

Mais en est-il ainsi des caractères médiats ou immédiats 
des sexes? nous avons vu le contraire : 

Par un curieux contraste avec l'ordre qu'elle suit dans 
la propagation descaractères /i6re5,oùelle va, tour à tour, 
et indifféremment, d'un sexe à l'autre sexe, l'hérédité 
suit, à l'égard du transport des caractères médiats, un 
ordre tout contraire. 

Sa marche, ici, n'a plus rien de facultatif : elle ne varie 
point; elle est régulière, uniforme et fixe : à la seule ex- 
ception des cas d'anomalie, les caractères propres à cha- 
cun des deux sexes se transmettent exclusivement aux 
sexes de même nom : les caractères mâles aux seuls pro- 
duits mâles ; les caractères femelles aux seuls produits fe- 
melles. 

On comprend, aussitôt, pourquoi l'oubli complefde cette 
distinction a causé la méprise des auteurs anciens et de 
l'auteur moderne : de la transmission des caractères libres 
de l'un à l'autre sexe, ils ont cru logiquement pouvoir in- 
dnire celle des caractères médiats et immédiats des sexes; 
confusion énorme : le transport des premiers est sous 
l'empire direct des conditions de force, d'état et d'action 
dn type individuel, et soustrait à la loi de la sexualité; 



SUR LE SEXE DD PRODUIT. 409 

le transport des seconds est sous Faction constante de la 
sexualité et n'a d'autre loi qu'elle. 

La ressemblance croisée des caractères libres n'est donc, 
ni ne peut être le symbole organique d'une réunion la- 
tente des sexes mâle et femelle dans l'individu, parce 
que ces caractères sont étrangers à la loi d'action et de 
transmission de la sexualité. 

La ressemblance croisée des caractères médta^j ou tmmé- 
diats des sexes aurait, au contraire, la valeur d'expression 
et de démonstration que n'a point la première, si elle 
était réelle; mais, dans toutes les espèces à sexes divisés, 
elle ne se produit point, ou elle ne se produit que par un 
accident qui confirme la règle de l'unité essentielle et per- 
sonnelle du sexe dans cette série d'êtres. 

La loi de transmission de tous les phénomènes et de 
tous les attributs distinctifs des sexes est, en effet, d'une 
telle régularité, elle est d'une telle constance, dans toutes 
les espèces des classes supérieures de l'animalité, que, si 
l'un des caractères propres ou médiats d'un sexe y fait 
exception et se transporte à l'autre sexe, on est de ce seul 
fait, nous le prouverons ailleurs, autorisé à croire que 
cette anomalie, si légère qu'elle semble, de la sexualité 
s'étend à d'autres organes. Il y a présomption fondée 
d^hermaphrodisme. 

Les deux ordres de faits, si réels qu'ils soient, qui for- 
ment la substance des arguments de Girou et des Hippo- 
cratiques, n'ont donc point la valeur et n'ont point 
davantage la signification qu'ils leur ont supposée; ils ne 
démontrent point, ce qu'ils ont prétendu leur faire dé- 
montrer : que chaque sexe soit en puissance ou en réalité 
dans le sexe contraire ; que chaque sexe ait le pouvoir 
d'engendrer les deux sexes. 



410 DE l'action des lois de la procréation 

Mais la portée logique de la loi de transport que nous 
Tenons de rappeler, va plus loin que la ruine de tous les 
arguments sur lesquels ils ayaient appuyé leur système : 
la même distinction si fondamentale, que personne jus- 
qu'ici n'avait faite dans la marche de Thérédité, ni encore 
appliquée à l'élucidation de ce point si obscur de la gé- 
nération, est tout à la fois la démonstration la plus em- 
pirique et la plus rationnelle de la fausseté absolue du 
système lui-même. 

Il n'est plus devant elle d'illusion possible; il devient 
évident qu'aucun sexe ne renferme l'autre sexe en puis- 
;s;ance; que chaque sexe ne peut transmettre que son 
sexe. 

S'il n'en était ainsi, il n'y aurait point de loi de trans- 
mission spéciale des caractères médiats de la sexualité, 
parce qu'elle n'aurait point de raison d'existence; 

S'il n'en était ainsi, le sexe qui aurait la faculté latente 
de transmettre au produit les caractères même immédiats 
d'un sexe différent du sien, c'est-à-dire, la femelle l'appa- 
reil masculin, le mâle l'appareil femelle de la génération, 
aurait, à fortiori ^ celle de lui transmettre les caractères mé- 
diats du sexe contraire au sien et dont il lui aurait donné 
les organes. 

Qr, puisque, par une loi constante et régulière, à part 
les exceptions de l'hermaphrodisme, aucun sexe ne trans- 
porte les caractères médiats d'une sexualité qui n'est pas 
la sienne, il est clair qu'il n'a point les caractères médiats 
de ce sexe en puissance ; 

S'il ne les a point, il est clair qu'il n'a pas davantage 
en puissance le groupe des caractères immédiats de ce 
sexe : c'est-à-dire que chaque sexe ne contient, ne repré- 
sente et ne transporte que les seuls et uniques attributs 



SDR US SEXE DU PRODUIT. 411 

médiats ou immédiats de la sexualité qui lui est ex- 
clasive. 

La démonstration arrive donc, sur ce point, à Tévi- 
dence même : l'expérience, la logique, s'accordent à nous 
dire que, dans toutes les espèces où l'hérédité suit la loi 
précédente de propagation des caractères médiats de la 
sexualité, loi qui s'étend à toute la série des espèces à 
sexes divisés, l'hypothèse de Girou et des Hippocratiqnes 
sur la dualité individuelle des sexes n'est qu'une pure 
chimère. 

lU. Critique des théories de la génération exclusive de chaque sexe par 
le sexe du même nom. 

Il ne reste donc plus devant nous qu*un principe, celui 
des systèmes de la génération exclusive de chaque sexe 
par le sexe du même nom. Dans la ruine commune de 
tous les principes des autres théories, il devient, en effet, 
le principe nécessaire. 

Nous nous trouvons ici en face de deux questions : 

a. Entre tant d'éléments et de forces de l'être, lequel 
est l'origine de la génération du sexe qu'il représente? 

6. Entre tant de causes présumées, quelle est la cause 
réelle de la détermination du sexe du produit? 

Sur le premier point, il est une distinction préliminaire 
à faire et que l'on n'a point faite, une méthode à suivre 
et qu'on n'a point suivie, quoique cette méthode et cette 
distinction dussent mettre sur la voie de la vérité. 

Dans ce chaos d'origines apparentes ou réelles de la gé- 
nération individuelle du sexe, on ne peut se dégager de 
celles qui sont illusoires, pour se rapprocher de la véri- 
table, qu'à la condition d'établir une ligne de démarca- 
tion entre les influences de nature directe et les influences 
de nature indirecte sur la sexualité. 



412 DE l'action des lois de la procréation 

L'influence directe est celle qui, par elle-même, et in- 
dépendamment de toutes les autres causes, su£Bt à la com- 
plète reproduction du sexe; 

L'influence indirecte est celle qui, si active qu'elle soit 
ou qu'elle paraisse, ne peut, ni par elle-même, ni sans la 
première, suflSre à la complète reproduction du sexe. 

Mais comment arriver à la séparation des deux ordres 
d'influences? 

Par un retour au principe le plus fondamental de l'hé- 
rédité : 

Ce principe est que le semblable, dans la procréation, est 
la source du semblable : universelle loi de tous les phéno- 
mènes de l'hérédité ou de l'imitation séminale de la vie. 

D'après cette loi, l'agent immédiat et direct de la re- 
production d'un élément quelconque ou d'un attribut de 
l'être, est cet attribut pu cet élément même dans l'être 
dont il procède : la vie, par cette raison, considérée en 
soi, dans son absolu, et indépendamment de l'innom- 
brable variété des types qu'elle revêt et des formes qu*elle 
anime, est, dans toute la série des êtres organisés, le seul 
principe direct de la reproduction séminale de la vie ; I'ks- 
PECE, forme dérivée et partielle de la vie, le seul principe 
direct de la reproduction séminale de Tespege ; I'individc 
de même, forme dérivée et partielle de Tespèce, le seul 
principe direct de la reproduction de Vindividu. 

La même loi s'applique et descend aux détails de tout 
ce que le type individuel de l'iHre renferme de plus abs- 
trait, de plus élémentaire, de plus particuli(^r comme de 
plus général : ainsi, la quotité de vie qui le compose, la 
vitalité, est dans l'individu la seule source directe de la re- 
production de la vitalité ; la forme, la seule source di- 
recte de la reproduction de la forme 5 les couleurs, des cou- 



SUR LE SBXB DC PRODUIT. 413 

lears; les caractères, enfin, des moindres caractères, etc. 

Partout, en un mot, se retrouve le principe que le sem- 
blable est le principe du semblable ; partout, d'après ce 
principe, se justifie la règle que, pour tracer une ligne de 
démarcation, entre la cause immédiate et les causes mé- 
diates de la reproduction d'un ordre de phénomènes ou 
d'attributs quelconques de l'organisation, c'est le sem- 
blable seulement qu'il s'agit de trouver. Le semblable est 
partout la source de lui-même. 

Cette méthode, étendue à la recherche du principeMe 
la sexualité, nous donne immédiatement la solution vou- 
lue; non-seulement elle nous rend compte des opinions 
qui nous Tobscurcissaient, mais encore elle les classe : 

Parmi les influences indirectes prennent rang toutes les 
influences possibles sur la vie. Les influences directes sur 
la sexualité se réduisent à une i^eule, la sexualité même. 

Le sexe des parents est, en efl'et, le seul des éléments 
de l'être qui soit le semblable du sexe du produit ; le seul 
qui, par lui-même, suffise à se reproduire, et sans le con- 
cours duquel toutes les autres causes ne puissent rien sur 
le sexe. 

Cette conclusion est en parfait accord avec une des lois 
de la physiologie : 

D'après cette loi, qui est celle de tous les systèmes et de 
tous les organes, chaque système, chaque organe, par la 
raison qu'il a son existence distincte dans l'existence to- 
tale de l'individu, a sa vie spéciale, son activité propre, 
dans l'activité et la vie générales. «C'est une opinion abso- 
lument fausse, dit à ce sujet Burdach, que celle qui fait 
croire qu'un organe tire d'un autre la puissance de mettre 
en jeu l'activité qui -lui est propre. Toute vie, quoique 
ayant des conditions extérieures, repose nécessairement 



r 



414 DB l'action des lois de la procréation 
sur une cause interne, et l'organisme, malgré sa dépen- 
dance des choses du dehors, n'est organisme qu'en raison 
de son existence propre et spontanée; de même chaque 
organe a en lui-même la raison suffisante de son actiyité 
spéciale; ses liaisons avec tout l'ensemble de l'organisme 
ne sont que la condition de sa vitalité en général et Fac- 
tion des autres organes sur lui ne fait que l'exciter à ma- 
nifester, à déployer son mode d'action propre (1). » 

Du fait que chaque système, chaque organe, chaque 
point de l'économie, est à lui-même la source immédiate 
et directe de son activité, il doit l'être également de la 
puissance qu'il a de se reproduire. 

La sexualité ne fait point d'exception à cette loi géné- 
rale de tous les éléments de la nature de l'être. 

Elle aussi constitue un appareil local, un système dis^ 
tinct de forces et d'organes dans la vie générale ; elle aussi, 
par cette cause a son activité propre et particulière. 
Quelle que soit la nature de cette activité, les principes 
de la règle que nous venons d'exposer demandent qu'elle 
n'ait d'empire direct sur le transport d'aucun des élé- 
ments libres ou indépendants de la sexualité ; 

Les mêmes principes exigent qu'elle exerce un empire 
direct sur le transport de tous les éléments propres ou dé- 
pendants de la sexualité ; 

C'est là précisément ce que l'observation, ce que l'ana- 
lyse prouvent. 

Nous avons, tout d'abord, posé cette première règle : 
la sexualité, en elle-même, c'est-à-dire en tant que dis- 
tincte de l'espèce, de la race, derindividu, est sans action 
spéciale sur les représentations qui ne font point partie 
de ses caractères (2). 

(1) Burd., ouv. cit. — (2) T. II, p. 126-156. 



SUR LE SEXE DU PRODUIT. 415 

Noos ayons également établi, par ayance, cette seconde 
règle: 

La sexualité jouit d'une action spéciale sur les repré- 
sentations qui font partie réelle de ses caractères (1). 

Nul doute n'est possible sur ce premier principe; nous 
en ayons, plus haut, accumulé les preuyes. 

Nul doute n'est, non plus, possible sur le second -, tout 
ce que nous ayons dit, plus haut, de Taction du type indi* 
vidael sur la sexualité, est une démonstration de l'action 
ciclusiye du sexe sur le sexe. L'influence du type indi- 
Yiduel sur lui n'est, en effet, réelle, qu'à la condition de 
compter le sexe ai^ nombre de ses attributs ; c'est donc, 
dans tous les cas, la sexualité qui se reproduit elle-même. 
Le mâle tend à faire un mâle, la femelle une femelle^ 
aussi nécessairement que l'être d'une espèce, un être de 
son espèce. 

Les principes ne sont point les seuls à l'établir ; Tex- 
périence en fournit la preuye irréfragable et nous l'avons 
donnée en formulant la loi de propagation des caractères 
médiats de la sexualité : 

Comment attribuer, soit à la force yitale, soit au déve- 
loppement du système musculaire, soit à Tàge relatif, soit 
à l'âge absolu, soit au genre du régime, le transport au 
produit des appendices sexuels : les bois, les cornes, la 
barbe, les crêtes, les huppes, les éperons ou les traits dis- 
tinctifsdes formes ou des couleurs, dont il est si visible par 
cette loi constante qu'il n'y a qu'une cause, le transport 
du sexe mâle ou du sexe femelle ; comment, quand il est 
si clair et si visible qu'il l'est par cette loi, que la sexua- 
lité est, en effet, l'unique cause directe du transport de 

(1) T. II, p. 160-176. 



416 DE L ACTION DES LOIS DE LA PROCRÉATION 

tons les attributs secondaires qui lui ser?eiit d'expression 
dans les êtres, comment, non pas admettre, mais ima- 
giner même qu'elle ne le soit pas de la propagation de 
l'appareil principal dont tous ces attributs accessoires 
dépendent. 

Du moment où le sexe est le principe du transport des 
caractères médiats de la sexualité, il est bien évident 
qu'il l'est de ses caractères immédiats, en un mot, qu'il 
l'est de toutes ses fonctions, qu'il l'est de tons ses organes. 

Cette loi de transmission des traits secondaires et des 
appendices des systèmes différents de la génération, jette 
donc sur cette partie, jusqu'ici si obscure, de l'hérédité 
la plus vive lumière. Si elle n'avait été si complètement 
omise, elle eût, à elle seule â|Lé, l'incertitude générale des 
esprits sur la sexualité. 

A elle seule, en effet, elle exclut toutes les causes in- 
directes que l'on a tour à tour préseiltées comme la cause 
directe de transmission du sexe. A elle seule elle révèle, 
non pas seulement l'action de la sexualité sur la sexualité, 
mais, par l'ordre qu'elle suit dans la reproduction de ses 
attributs médiats, la loi positive et patente du transport 
de tous ses caractères. A elle seule, enfin, elle prouve que 
chaque sexe n'agit que sur son sexe, et ne procrée que 
lui-même. 

Ce fait bien établi, tout s'explique ; la cause de la dé- 
termination individuelle du sexe dans chaque être est 
trouvée ; elle vient de la même source ; elle tient unique- 
ment à la sexualité ; et pour s'en expliquer toutes les vi- 
cissitudes, il suffit d'appliquer à la lutte des deux sexes 
les principes appliqués à la lutte des espèces, à celle des 
races, à celle des individus : les principes des lois d'uni- 
versalité et d* égalité d'action des deux auteurs. 



SUE LE SBXE DU PRODUIT. 417 

Chacune de ces lois, ayant ses conditions, appelle im- 
médiatement son ordre de questions : 

Devant la lutte des deux semalités contraires, celui de 
la première loi dont la condition est laparilédetous les ca- 
ractères (t. II, p. 228) se résume en ces termes : les organes 
mâles et femelles sont-ils semblables ou dissemblables ? 

Celui de la seconde loi dont la condition est le parfait 
équilibre entre les deux auteurs de toutes les circonstan- 
ces où la lutte s^accomplit (t. Il, p. 260), se réduit à ces 
mots : les forces sexuelles du mâle et de la femelle sont- 
elles ^les entre elles ? 

1^ De la solution delà première question dépend le choix 
de la formule de la première loi qui doit intervenir dans 
le transport du sexe des auteurs au produit, et cette so- 
lution est aussitôt donnée que la question posée : dans 
toutes les espèces à sexes divisés, Tappareil femelle et 
Tappareil mâle de la génération sont deux systèmes tou- 
jours plus ou moins dissemblables. 

Les circonstances de cette dissemblance sont même 
telles qu'elles doivent éliminer la combinaison et le mé- 
lange du nombre des formules possibles» puisque la loi 
de l'espèce, pour cette série d'êtres, veut que les deux 
sexes 7 soient constamment séparés r 

Les mêmes circonstances sont, au contraire, telles 
qu'elles doivent être, pour remplir toutes les conditions 
de l'intervention de la formule qui reste, la formule d'É- 

LECTION ; 

Elles remplissent d'abord celle de disparité^ poussée à 
un point qui repousse toutes les formes de mélange , la 
dissémination, la fusion, la jonction normale des deux 
systèmes (t. II, p. 246); 



418 DE L^Acnm dis lois i» la PMeftSAnos 

Elles remplissent celle de disharmonie^ à un point qui 
repousse tonte combinaison normale des denx systèmes et 
les rend Fnn et Tantre incompatibles ensemble (t. n, 
p. 248); 

Elles remplissent même celle de Tnnité eoDcltisive de 
chaqae appareil, cbaqae sexe n'apparteiiant dans l'indi- 
Tida qu'à nn seul des auteurs (t. Il, p. 250). 

Tout se réunit donc pour que, placée en face de deux 
organismes sexuels que les lois de Fespèce et de la géné- 
ration lui défendent] d'unir et qui se repoussent d'eux- 
mêmes, la nature opte pour l'un/à l'exclusion de l'autre; 
pour que I'électioîi deTîenne, en d'autres termes, la for- 
mule du transport de la sexualité. 

L'expérience est ici dans le plus parfait accord avec la 
théorie; dans cet ordre de faits, la formule d'ELEcriorr est 
en effet la règle. 

2° Le principe de la loi d'universalité d'action des deux 
auteurs s'applique donc, de tout point, à la sexualité; mais 
il ne nous donne point la raison de l'option d'un sexe plu- 
tôt que de l'autre, ni des vicissitudes plas ou moins sin- 
gulières que, dans les transmissions individuelles du sexe, 
l'ÉLECTiON semble offrir. 

L'explication plausible de ces variations est dans l'ap- 
plication à la sexualité de la loi d'égalité d'action des deux 
auteurs, et dans la solution de la question qu'elle amène : 
les forces sexuelles du mâle et celles de la femelle sont-elles 
égales entre elles? 

Elles ne le sont pas : 

L'énergie respective de chaque sexe diffère, selon les es- 
pèces, les races, les individus. 

Il ^t beaucoup d'espèces, c'est même le grand nombre, 



SUR LE SEXE DU PRODUIT. 419 

OÙ la sexualité da mâle prédomine ; c*est le màle dont ïé^ 
rotisme, chez la plupart d'entre elles, a le plus de Tio- 
leace, le plqs de puissance, le pins de persistance ; c'est le 
mdie qai choisit, qui attaque, qui poursuit et qui dompte 
la femelle; c'est le màle, enfin, qui entre en rut toutes les 
fois que les femelles y sont. La femelle, an contraire, 
moins vive et moins ardente, dans ces mêmes espèces, 
éprouve, eu général, moins vivement le désir de la co- 
pulation, ne cède qu'à l'excitation ou qu'à la contrainte, 
et n'entre le plus souvent en rut qu'au temps réglé. 

n est d'antres espèces, mais en plus petit nombre, où 
la femelle témoigne d'une plus grande ardeur d'énergie 
sexuelle et d'une plus grande impétuosité d'instinct. On le 
voit chez les abeilles, les guêpes, les fourmis, et chez beau- 
coup d'autres insectes, où les femelles provoquent et ex- 
citent les mâles ; où les mâles, froids et comme engourdi?, 
ne s'accouplent qu'échauffés par leurs agaceries et par 
leurs caresses. Chez les Mammifères mêmes, la femelle du 
Cochon entre en rut avant le màle, grimpe sur ses com- 
pagnes, recherche le verrat, l'excite par ses grognements 
et ses coups de boutoirs, et va au-devant de lui quand 
elle est déjà pleine. Les femelles du Lao^a et du Guanaco 
poursuivent le màle, le mordent et le frappent jusqu'à 
ce qu'il cède (1). 

Le nombre proportionnel des mâles et des femelles, 
selon les espèces, nous offre une autre série de preuves 
du même fait (t. II, p. 394). 

L'énergie respective des sexes n'est pas moins variable 
selon les races : 

Il en est d'elle ainsi que de la fécondité. En Prusse, par 

(1) Burdach, t. II, p. 65. 



420 DE l'action des lois de la procréation 
exemple, où chaque mariage doDoe, en moyenne, 3,4 en- 
fants parmi les chrétiens, chaque mariage en donne 5,2 
parmi les juifs (l), et nous avons plus haut trouvé chez 
les deux races la même disproportion dans le nombre re- 
latif des naissances des deux sexes : chez les Israélites, les 
naissances masculines sont de beaucoup plus nombreuses. 
Le même fait est aussi, comme nous l'avons vu, d'obser- 
vation constante chez des races d'animaux, et particuliè- 
rement dans la race antennaise chez l'espèce ovine. 

Mais il est plus commun et plus remarquable encore 
sous le type individuel : 

Bien ne diffère plus que l'énergie sexuelle de personne 
à personne entre sexes semblables, et de mâle à femelle 
entre sexes contraires : 

Médiats ou immédiats^ tous les caractères de la sexualité 
en fournissent la preuve. 

Dans une première classe d'êtres, ces deux ordres d'at- 
tributs atteignent au plus parfait degré de développement, 
d'expression et de puissance ^ l'être est, pour ainsi dire, 
pénétré tout entier, organes et fonctions, caractères géné- 
raux et caractères locaux, du sexe qu'il représente ; 

Chez d'autres i;id|vidus, les instruments directs de la 
génération sont aussi au degré d'évolution convenable, 
mais ils existent seuls ; la sexualité ne se répand pas au 
delà de l'appareil immédiat de la reproduction; rien, en 
dehors de leur sphère, membres, buste, visage, physio- 
nomie de l'être, ne trahit sa nature : elle est locale en lui 
comme elle l'est dans la plante ; 

Chez d'autres individus, l'appareil local même, sans 
être affecté d'aucune imperfection, ni atteint d'impuis- 

(i; Burdacb,t. II, p. 117. 



SUR LE SEXE DU PRODUIT. 421 

sance, reste cependant an-dessous des proportions nor- 
males, et demeure incomplet dans son développement. 

Le dynamisme sexuel présente dans ces trois cas les 
mêmes différences : sa puissance y répond au degré d'ex- 
pression de ses caractères ^ le rapprochement des sexes 
met chaque classe en rapports variables avec elle-même 
on avec les antres classés : les individus de la dernière 
avec ceux de la première, ceux de la première avec ceux 
de la seconde, ceux de la seconde avec ceux de la troi- 
sième. 

Dans toutes les rencontres possibles d'énergies si dispa- 
rates entre elles, la condition de la loi d'égalité d'action, 
celle de l'équilibre, entre les deux auteurs, de toutes les 
circonstances où la lutte s'accomplit, ne peut être tou- 
jours remplie. 

La règle doit, au contraire, être une disproportion plus 
ou moins grande des forces sexuelles comme des autres 
forces du mâle et de la femelle, et la condition de V égalité 
d'action, restant toujours la même, en s'appliquant ici à la 
sexualité, et n'étant pas remplie, il en doit être ici de la 
sexualité comme il en est ailleurs de l'individualité (i) : la 
sexualité dont Vorganisatiorij Yétat ou l'aca'on, a le plus 
d'énergie, détermine le sexe. 

!• Le sexe du produit provient, en général, de la pre- 
mière circonstance, de la force supérieure d'organisation 
de la sexualité, soit mâle, soit femelle. C'est un fait des 
plus anciennement constatés, et qui se vérifie dans les 
rapports divers des trois principaux types que nous re- 
connaissons, chez les individus, à l'énergie sexuelle. 

Le degré de perfection ou d'imperfection de ses carac* 
tères est tantôt relatif, tantôt absolu* 

(1) Voy. t. lï, p. a60.î89. 



r 



422 DB L ACTKMI DBS LOIS BB LA PBOCBKATIOX 

Dans Tan et l'antre cas, le résultat est le méoie : le mâle 
et la fmneUe transmettent d'antant pins certainement lemr 
sexe, qne le mâle est pins mâle, la femelle jius fomeDe : 
qne la sexnalité pénètre, en d'antres teimes, pins a^ant 
dans la Tie et dans Tessenoe de Tètre. 

L'aceonplement d'amenrs dont les types sexuels sont 
pins on moins parfaits et les forces sexndles à peu près 
les mêmes, ne p^met point à ce principe de la géné- 
ration de ressortir dans les faits d'nne mamière asses 
claire ; mais dans Tonion d'antenrs dont le tjpesexnd et 
tons ses attrilmts, très-incomplets chez l'nn, sont très- 
complets ches l'antre, il ne reste ancnn donte ; les prenTCS 
sont palpables : 

La sexnalité dont l'organisation a le moins de puis- 
sance cède sans cesse à l'antre la propagation des attributs 
médiats et immédiats dn sexe : on rencontre tons les jours 
et diez les animaux et dans l'espèce humaine des exem- 
ples de ce genre: on y Toit des mâles, on y Toit des fe- 
melles dont la sexualité est d'une téUe fûblesse qu'elle 
laisse prévaloir presque constamment le sexe opposé. On 
7 Toit, au contraire, des mâles et des femelles dont la 
sexualité est d'une telle prépondérance que les uns, dans 
certains accouplements seulement, ks autres dans près- 
.quêtons, font prévaloir leur sexe. 

Ainsi s'explique pour nous ce que disait Hippocrate 
de certains mariages, et ce que Pou observe m^ne de 
certaines fiunilles, où les deux sexes semblent comme pré- 
-disposés à donner uniquementdes filles ou des garçons. 

Ces prédispositions sont-elles relatives? Noos avons ex- 
pliqué ce qu'on en devait penser : 

Les prédispositions des femmes à ne procréer que des 
garçons ou que des filles, des hommes à ne procréer qne 



8m LB SEXE DU PRODUIT. 423 

des filles oa que des garçons ne dépendent alors que des 
forces respectives dn sexe mâle et do sexe femelle desdenx 
générateofs. 

Ces prédispositions sont-elles absolues ^ c^est-à-4ire 
»mbfeiil-6l/^ tenir exClnsîtement à on senl des aotenrs, 
abstraction faite de Tantce, et s'exereier ebacane sur le 
sexe contraire ? 

Dans ceux de ces mariages, dans celles de ces familles 
ailles hommes engendrent en quelque sorte par eux^mè-^ 
mes ou paraissent engendrer exdasiyement des filles, leoi:» 
masculinité, à un degré quelconque, est toujours imparr 
£aite : elle descend chez eux aurtdessous du type normal ; 

Dans ceux de ces mariages, dans celles de ces familles 
ou les femmes engendrent ou paraissent eng^drer des 
garçons par elles^mtoies, leur fémininité, à un degré quel- 
conque, est toujours imparfaite; elle descend chez elles 
i^u-dessous du type normal. 

Ces faits se concilient de tout point avec ceux dont s'au- 
torisent Bailly, Wolstein etGirou :1e premier remarquait 
qu'on Yoit souyent des hommes dalles, délicats et mala-^ 
dits foire des garçons quand ils ont des. femmes Ter- 
tueuses, homnuuses et saines (1); le second, que l'union 
d'un homme aux traits efféminés avec .une femme douée 
de toute la perfection des attributs de son sexe, engendre 
9urtout des fiUea ; que celle d'un homme d'une yirilité 
prononcée, ayec une virago, donne surtout des gar-^ 
çms (2). Nous croyons enfin trouver dans le même prin- 
<âpe l'explication de ce fait qu'avance et qu'interprète, à 
oontre-sens, le troisième : le mâle ou la femelle qui res- 
semble à son père tend à produise des mâles ; la femelle ou 

(1) Pierre Bailly, ouv. cit., p. 617. — (2)Voy. plus haut, t. II, p. 368. 



424 BB L'ACnOlf BE8 L0I8 DE LA PRQGlâAnOH 

le màle qai ressemble à sa mère, à produire des fe* 
melles (1). 

La ressemblance de la fille au père, lorsque le père a le 
type Tiril, est un premier degré de masculinité naturelle 
chez la fille; la ressemblance du fils à la mère, quand la 
mère a le type féminin, est un premier d^é de fémininité 
naturelle chez le fils ; elles doivent donc l'une comme 
l'autre être considérées comme autant d'omissions ou 
d'arrêts de développement de la sexualité, et par suite 
comme autant de déperditions de sa puissance innée de se 
reproduire. 

Nous admettons enfin et nous expliquons par ces mêmes 
principes l'action du volume et du développement des or- 
ganes médiats ou immédiats des sexes sur le sexe du pro- 
duit. Mais il faut prendre garde de franchir la limite de 
cet ordre d'influences. Nous ne l'admettons ici que dans 
la proportion nécessaire à l'état de perfection des parties, 
nous ne l'admettons point relativement à celle du volume 
en lai-mème. Au delà de certaines limites, le volume de 
ces parties n'est pas, à nos yeux, une expression plus sûre 
de l'énergie du sexe, que le volume du cerveau ne l'est de 
l'énergie de l'intelligence. Nous ne sommes point seuls de 
cette opinion, et tandis que Girou veut, comme nous l'a- 
vons dit, que Tétalon, pour engendrer des mâles, ait de 
gros testicules, Columelle demande qu'il les ait petits', et 
LafontPouloti déclare qu'il n'y attache aucune importance. 

L'objection que l'on voit des individus faibles commu- 
niquer leur sexe, n'atteint point le principe que nous dé- 
feîidons ; elle ne retombe que sur la théorie qui veut faire 
émaner le sexe de la prépondérance de force générale, ou 

(1) De la GMration, p. 123. 



SUA LE SEXE DU PRODUIT. 425 

de vîgaenr relative de Tua des deax auteurs, c'est-à-dire 
sur une cause tout à fait indirecte de la sexualité. 

Cette thèse si longuement déyeloppée par Girou, mal- 
gré les expériences nombreuses dont il Tappuie, est radi-* 
Gaiement fausse. 

Nombre de fois, il est vrai, le sexe de Tauteur le plus 
robuste remporte. Nous admettons le fait, mais Girou 
s'est mépris sur son explication. Il n'en résulte pas que 
ce soit l'énergie supérieure de la force générale qui, dans 
ces cas-là mêmes, détermine le sexe : la transmission du 
sexe par le plus robuste dépend de la relation ordinaire 
qui existe, à la puberté, entre le degré de vigueur natu- 
relle de la vie et l'énergie d'action des fonctions sexuelles. 
La force générale n'agit que d'une manière tout à fait m- 
^directe par l'action qu'elle exerce, soit en plus, soit en 
moins sur la sexualité ^ chose si vraie que rien n'est moins 
rare que de voir, comme Burdach l'oppose avec pleine 
raison à cette hypothèse, le sexe représenté par l'être le 
plus chétif se transmettre au produit (1). 

Le plus ou moins de vigueur des parents ne peut être 
et n'est jamais la cause immédiate du sexe. 

Nous en dirons autant de l'influence qu'attribue Girou 
de Buzareingues au développement de la force motrice ou 
musculaire sur la transmission du sexe mâle au produit. 
On voit bien, en effet, dans un grand nombre de cas chez 
l'homme, chez l'animal dans une foule d'espèces, les 
mâles ou les femelles, d'un système musculaire fortement 
prononcé, engendrer plus de mâles ; les femelles et les 
mâles d'un système musculaire faiblement accusé, engen- 
drer plus de femelles. Mais Girou s'est encore complète- 

(1) Burdach, t. II, p. 275. 



426 DE l'action d£s lois db la procréation 
ment mépris sur la raison du fait : elle tient à un pria- 
cipe qu'il a perdu de vue dans son curieux travail, celui 
de la distinction et de la Talear propre des caractères mé- 
diate de la sexualité: 

La prépondérance du système musculaire et de son 
énergie est un des appendices ou caractères médiats du 
sexe masculin d'un grand nombre d'espèces : 

Il est doncnuturel que, dans toutes ces espèces, le degré 
d'énergie de la masculinité corresponde au degré de son 
développement, etqu'on puisse prendre la mesure de l'une 
sur celle de l'autre, puisqu'elle en est l'indice. Mais la mo- 
tilité, en elle-même, n'est pas plus déterminante du sexe 
que la barbe de l'homme, que la crête du coq, que la qaeae 
du paon, que la huppe, lesaigrettes,les couleurs d'une foule 
d'oiseaux ; comme les couleurs, les aigrettes, les happes, 
les crêtes ou la barbe, elle n'est qu'un simple signe carac- 
téristique de la masculinité. Si le principe sur lequel Girou 
se fonde ici avait été réel, il aurait conduit, selon les es- 
pèces, à deux résultats diamétralement contraires : dans 
toutes les espèces où la prépondérance de l'énergie mus- 
culaire et de la force motrice est l'attribut des mâles, elle 
eût déterminé le transport séminal du sexe mâle au pro- 
duit, et dans les espèces où la prépondérance d'énergie 
musculaire et de force motrice appartient aux femelles, 
elle eût déterminé le transport séminal du sexe femelle à 
l'être. 

L'erreur de Girou de Buzareingues est ici d'avoir pm 
TexpresÂon organique de la cause pour la cause elle- 
même; mais cette erreur, en soi, n'est qu'une preuve de 
plus que la sexualité est le seul et unique principe déter- 
minant de la sexualité, puisque son énergie est telle qu'elle 




SUR LE SEXE DU PRODUIT. 427 

semble s'étendre même à ses attributs^ même à ses carac- 
tères. 

- 2° Résulte-t-il, toutefois, du principe posé, que le sexe 
dont la puissance d'organisation est supérieure à Tautre, 
«oit celui qui toujours le trausporteau produit? 

Non. La force organique de la sexualité, chez les indi- 
vidus même où elle s'élève à la plus haute puissance, n'est 
point toujours égale ni semblable à elle-même ; elle peut 
se développer, elle peut se condenses*, elle peut se dissi- 
per ; elle varie, en un mot, selon ses états. 

Un- des plus influents sur ses mutations est celui de ses 
^lats qui procède de l'âge : les forces relatives ou absolues 
des sexes sont toujours plus ou moins dans sa dépendance ; 
Tàge éveille, l'âge augmente, l'âge restreint l'énergie de 
la sexualité. La fécondité nous donne une mesure de sa 
puissance sur elle ; dans les premiers temps de l'aptitude 
des sexes à la procréation , la fécondité est peu développée ; 
die est, quand l'âge arrive à sa maturité, dans sa plus 
haute puissance, et, à dater de ce point, elle baisse avec 
lui ; cette règle est constatée par les proportions croissan- 
4es et décroissantes du nombre des petits, sous l'influence 
de l'âge, dans une foule d'espèces, l'Élan, l'Ours, te Co- 
chon, le Hamster, etc.; elle s'applique même aux entomos- 
tracés (I) ; elle s'applique, enfin, à l'espèce humaine. On 
•compte, dans les mariages sur lesquels Sadler établit ses 
calculs, 4,40 enfants, lorsque la femme est au-dessous de 
seize. ans; 4,65 lorsque l'âge de la femme est de seize à 
.vingt ans ; 5,2t de vingt à vingt- trois ans ; 5,45 de vingt- 
quatre à vingt-sept. < 

La sexualité, relativement A l'âge; suit les mêmes pé- 

(1) Burdacb, t. II, p. 118. 



m 



428 DE l'action des lois de la procréation 

riodes, périodes qui se mesurent au sexe des enfants : fai- 
ble au commencement et au déclin de Tâge, la sexualité 
atteint, vers son milieu, au point le plus élevé de son éner- 
gie. Ainsi s'explique pour nous Topinion des anciens qae 
les hommes très-jeunes et que les hommes très-vieux en- 
gendrent surtout des filles : dans le premier cas, la virilité 
n'a pas encore atteint la limite nécessaire à son dévelop- 
pement et, dans le second cas, elle Ta dépassée ; ainsi s'ex- 
pliquent encore ceux des résultats d'Hofacker et de Gi- 
rou (1), qui se rapportent à l'action de l'âge absolu; la 
progression du nombre des mâles avec celui des années 
du père , la progression du nombre des filles avec celui 
des années de la mère ; ainsi s'explique enfin la règle de 
l'action de l'âge relatif établie parSadler, que sur la 
moyenne du nombre total des naissances , le sexe de la 
mère ou le sexe du père l'emporte selon celui des deux 
côtés où se trouve l'excès de l'âge. 

Mais nous rectifierons le précepte en ces termes : Toutes 
les autres forces et les autres conditions de la sexualité 
étant égales entre elles^ l'âge le plus avancé, dans les li- 
mites où la sexualité n'est pas encore en décroissance, dé- 
termine le sexe. 

Tout ce qu'il y a de vrai de l'influence de l'âge se réduit 
donc encore à la force essentielle de la sexualité. 

Des faits d'un tout autre ordre viennent, après ces der- 
niers, témoigner de cette action positive et directe que, 
dans tous les cas, la sexualité exerce sur elle-même : 

La détermination du sexe du produit peut dépendre, 
en efTet, et dépend très-souvent, de l'état d'épuisement ou 
de condensation de la sexualité de F un des deux facteurs. 

(1) 6irou,dela Génération,^. 133 et suiv., 146, 158,326, S30. 



SUR LE SEXE DU PRODUIT. 429 

Xe premier fait qai le démontre est, dans notre opinion, 
le fait attesté par Bueck et Garas, de la prépondérance 
des naissances féminines chez les primipares ; le résultat 
est ici absolument tel que le veut la théorie : les mariages, 
en Europe, aux termes de la loi, ne se faisant qu'à Page de 
la nu bilité véritable des filles, la fémininitéreçoit, dansces 
conditionsj de son premier élan et de sa virginité concen- 
trée sur elle-même, une force d'impulsion et d'assimila- 
tion qui se caractérise dans la transmission de son sexe au 
produit. 

Le même phénomène a été constaté chez les animaux : 
les premières portées donnent plus de femelles que de 
mâles dans l'espèce ovine, et il en est de même des Brebis 
les premières à entrer en chaleur (1). 

Une antre démonstration du même ordre d'influences 
est l'action si directe du commerce sexuel sur le sexe des 
auteurs et le sexe du produit : 

La modération dans l'union sexuelle est une des condi- 
tions les plus essentielles pour que chacun des sexes garde 
son caractère. 

L'abus du coït, chez le mâle et la femeUe, suffit au dé- 
veloppement de la fémininité chez le premier, de la mascu- 
linité chez la dernière. Ce n'est pas un des moins curieux 
résultats de la prostitution dans l'espèce humaine et de la 
répétition des accouplements chez les animaux ; et Girou, 
en tirant la même conelusion que Tiedemann du déve- 
loppement de la masculinité, si fréquent chez la femme 
après l'âge critique, y trouve même une raison de croire 
que le mâle est latent dans la femelle, puisque l'exercice 
immodéré des organes sexuels l'y développe. 

W Girou, ouv. cit., p. 138 etp. 154,172, 176. 



430 DE l'action des loîs de la procréation 

Mais l'abus du coït ne borne point son action à celle 
qu'il ejcerce sur le caractère des êtres qui s'y livrent ; il 
agit également sur le caractère de la sexualité transmise à 
leur produit : la conséquence directe des déperditions et 
de rénervation delà puissance sexuelle, de la part d*un 
auteur, est de laisser prévaloir dans la progéniture le 
sexe de l'auteur contraire. 

La modération dans l'union sexuelle est en effet une 
des conditions essentielles pour la transmission de son 
sexe au produit. 

Burdach incline môme à voir dans la rareté des rap- 
ports [sexuels dQ la femme avec L'homme dans la polyga- 
mie, l'explication du fait très-problématique de la prépon- 
dérance des naissances féminines chez les peuples poly- 
games ; l'explication du fait opposé » l'augmentation du 
nombre des naissances masculines, dans les revues, les 
temps de guerre, et les autres circonstances de grands 
rassemblements d'hommes tient, dans son opinion, à la 
cause contraire. Il est un autre fait qui vient à l'appui de 
la même opinion : les brebis éloignées une année du bé- 
lier et qu'on nomme dans l'idiome de l'Aveyron turgoSy 
donnent, l'année d'après, plus de femelles que de mâles : 
en 1826, les turgos d'un troupeau donnèrent contre quinze 
mâles vingt et une femelles ; les autres ne donnèrent que 
quarante-deux femelles contre cinquante-trois mâles (1). 

Tous ces faits sont pour nous harmoniques entre eux, 
tous s'interprètent d'eux-mêmes, dès que l'on part du 
principe que la prépondérance de la sexualité est la seule 
et unique cause directe du transport de l'un ou de l'autre 
sexe à l'être. 

(l)Ouv. cte., p. 138. 



SUR LE SeXE DU PRODUIT. 431 

L'objection que Bardach élève contre ce principe n'en 
est qu'une preuve nouvelle : cette objection est que les 
femmes les plus fécondes, celles par conséquent, dit-il, 
chez lesquelles la sexualité est le plus développée, sont 
précisément celles qui mettent au monde le plus de gar- 
çons (I): le fait est exact et nous l'avons nous-même 
observé pour notre part dans plusieurs familles ; mais 
Bardach oublie un point essentiel, c'est que la fécondité 
n'est point nécessairement du fait d'un seul auteur, qu'elle 
peut tenir au père aussi bien qu'à la inère, et il en a lui- 
même cité quelques exemples : il oublie un autre point 
encore plus important et sur lequel Girou de Buzarein- 
gués insiste: c'est Faction d'épuisement que les grossesses 
répétées exercent chez les femelles sur la sexualité (2); il 
est donc naturel, et conforme au principe que nous dé- 
fendons, quelafémininité, ainsi fatiguée de tant d'enfante- 
ments, laisse, dans son impuissance, dominer sur le sexe 
un sexe mis à l'abri de cette lassitude et demeuré plus frais 
et plus vigoureux qu'elle. 

3° Il arrive cependant , en opposition à ce. que l'on 
vient de dire, des cas où non-seulement d'après Tappa- 
renée, mais d'après l'expérience, la sexualité la moins 
énergique détermine le sexe. 

Cette détermination, pour être accidentelle, ne dévie 
point de la loi de la sexualité ; mais au lieu d'émaner de 
Ténergie naturelle d'organisation et de développement 
4e la sexualité, elle dépend de son état de force instanta- 
née; die tient, en un mot, à l'exaltation subite de la plus 

(l)Ottv. cit,, t. II, p. 276. — Voy. aussi Girou, p.î95, 296. —(2) Gi- 
rou, cm», cit., p. 296. 



432 DE L* ACTION DES LOIS DE LA PROCRÉATION 

faible, dans la dépression de Tantre : il en est, en effet, 
de la puissance sexuelle comme des autres puissances; 
elle n'est point constamment, dans le même individu, 
semblable à elle-même; elle subit Tinfluence du jour et du 
moment, et il est peu de couples où la sexualité supérieure 
la veille ûe puisse jamais cesser de l'être le lendemain. 
Il y a là une cause de perturbation qui mêle ses éléments 
aux autres éléments de la loi des naissances et dont cette 
loi défend d*éliminer Faction sur le sexe du produit: il 
est en harmonie avec son principe que ce sexe soit celui 
de l'auteur qui, dans l'acte où la vie tout entière est soas 
l'inspiration de la sexualité, puise dans l'extase de l'acte 
la force de l'accomplir avec le plus d'énergie. 

Quant à toutes les autres causes, énumérées plus haut, 
sur lesquelles on émet tant d'opinions contraires, nous 
n'en rejetons aucune, nous les acceptons toutes , mais 
comme accessoires, mais comme indirectes^ et dans certai- 
nes limites où elles rentrent toujours dans la cause di- 
recte, dans la sexualité : la sexualité est l'unique et vraie 
puissance par laquelle elles opèrent, en la sollicitant, en 
la fortifiant, ou en l'affaiblissant, en la jetant en un 
mot, ou dans l'exaltation ou dans l'atonie : l'alimentation, 
le régime, les saisons, les lieux, les heures, les années, 
tout agit ou du moins peut agir sur le sexe des deux gé- 
nérateurs de diverses manières, mais n'agit sur le sexe 
de la progéniture qu'en ôtant ou donnant certaine quan- 
tité de force à la sexualité du père ou de la mère. 

La règle est générale : elle est même de nature à 
expliquer, pour nous, l'étrange désaccord que la pro- 
portion des sexes des enfante illégitimes présente avec 
celle des sexes des enfants légitimes : le nombre des filles 



SUR LE SEXE DU PRODUIT. 433 

est plus grand chez les naturels. Bardach propose de ce 
fait ane première raison qui nous semble vraie dans ce 
qu'elle peut comprendre : c'est, dans cette classe d'en- 
fants, le plus grand nombre relatif des premières nais- 
sances; nous admettons encore jusqu'à certain point 
l'autre raison qu'il donne, que les rapprochements com- 
plets y sont plus rares. Mais Burdach nous parait tenir 
trop peu de compte des influences morales et physiques 
auxquelles se rattache, plus ou moins, de la part de la 
femme, l'illégitimité dans les conceptions. 

Les femmes sont sévèrement astreintes, dans nos 
mœurs, aux lois les plus rigides des convenances sociales et, 
si libres qu'elles soient, pour rompre le joug pesant sous 
lequel elles plient et qui tient à l'instinct de la pudeur de 
leur sexe, il faut, nécessairement, dans toutes les condi- 
tions, la fatalité de positions critiques, trop fréquentes 
au milieu du perpétuel malaise et des révolutions socia- 
les de notre époque ; ou il faut l'entraînement et la fasci- 
nation de passions naturelles qui toutes, chez la femme, 
sont en harmonie avec le développement de la sexualité : 

Dans le premier cas, les sexes des enfants naturels ren- 
treront dans la proportion régulière de ceux des naissan- 
ces légitimes ; 

Dans le second cas , ils en sortiront , en vertu de la 
même loi qui 'en fait sortir les naissances premières iis 
devront exprimer, de la part de la femme, le surplus 
d'influence de la sexualité, qui doit être chez la femme 
portée jusqu'à son comble, pour rompre, en un instant 
d'extase et de délire, le joug de la convenance, celui de 
l'habitude, celui de l'intérêt. 

Du moins est-ce ainsi que nous comprenons ce fait : il 
rentre, comme tous les autres, dans notre théorie de la 

II. 28 



434 DE L^ ACTION DES LOIS DE LA PROCRÉATION, ETC. 

cause déterminante du sexe du prodoit ; c'est ici, comme 
pins haut, la sexualité qui se régénère elle-même : c'est 
ici, comme plus haut, la sexualité la plus énergique qai, 
en Ycrtu de la loi et des conditions de Tégalité d'action du 
père et de la mère, décide de l'option nécessaire de la 
Yie entre celui des deux sexes que la vie doit reproduire. 




QUATRIÈME PARTIE. 



DE L*1NFLUENCE DES LOIS DE LA PROCREATION SUR LES 

MUTATIONS OU MODIFICATIONS ACQUISES DE 

LA NATURE PRIMORDIALE DES ETRES. 



Il n'a encore été question, dans cet ouYrage^ de Tac- 
tioa des lois de la procréation, que sur les caractères 
du type originel ou primordial des êtres : nons n'avons, 
en d'autres termes, suivi le développement et l'applica- 
tioa de ces lois qu'à l'égard de l'organisation supposée 
libre et pure de modification et d'altération de sa nature 
première. 

Mais ce point de vue est toujours, ou plus ou moins 
fictif, ou plus ou moins borné ; une foule d'influences 
interviennent sans cesse dans les évolutions de l'organisa- 
tion, mêlent leurs impulsions à ses impulsions, leurs for- 
ces à ses forces, et se l'identifiant, tendent à modifier son 
type initial et à substituer à sa nature première une na- 
ture seconde : point d'élément de l'être qu'elles ne puis- 
sent atteindre ; point de mode de la vie qu'elles ne puis^ 
sent altérer; point de forme, pour ainsi dire, qu'elles ne 
puissent prendre. 

Quels, que soient, cependant, et l'origine, et le nombre, 
et la variété, et la physionomie de ces métamorphoses, 
toutes rentrent dans deux classes essentiellement dis- 
tinctes, selon le caractère des modifications qu'elles im- 



^ 



436 DE L ACTION DES LOIS DE LA PROCRÉATION 

priment à Fespège, c'est-à-dire à la loi d'institation de 
Fêtre : 

La première classe est celle des modifications qoi por- 
tent sur le type spécifique de l'être; la secon'de classe est 
celle des modifications qui portent sur Vétat spécifique 
de la vie. 

Chaque espèce, en effet, constitue, par elle-même, un 
ordre de caractères fixes et déterminés, qui naissent, se 
maintiennent et se perpétuent d'eux-mêmes, dans la gé- 
nération, à travers les mille formes et les mille succes- 
sions des individus : le type spécifique est cet ordre, est 
cette loi d'institution première des caractères physiques 
et moraux des espaces. 

Chaque espèce doit, de plus, à son institution, une loi 
d'état normal et d'ordre régulier des fonctions et des ac- 
tes départis à la vie ; loi tout aussi constante, tout aussi 
générale, tout aussi continue et où elle tend aussi sans 
cesse à revenir, au milieu des écarts de la génération et de 
la succession des individus , comme elle tend à revenir 
au type spécifique de leur organisme. 

Vétat spécifique est cette loi de santé , est cet ordre 
primordial d'harmonie , d'équilibre et d'action régulière 
de la vie des espèces. 

Les modifications acquises qui appartiennent à chacune 
des deux classes, sont donc, comme nous le disions, de 
nature très-distincte; 

Celles de' la première classe, ou déviations du type spé- 
cifique de l'être, se composent exclusivement des modi- 
fications et aberrations de la loi des caractères ; toutes 
sont physiologiques ; toutes sont, en elles-mêmes, étran- 
gères aux désordres et aux lésions morbides ; 

Celles de la seconde classe, ou déviations de Vétat spé- 



SUR LE SEXE DU PRODUIT. 437 

cifiqae de l'être, se composent exclusiTement des modifi- 
cations et aberrations de la loi des fonctions et de l'activité 
r^alière de la vie ; toutes, au contraire des antres, sont 
pathologiques ; toutes, par elles-mêmes, constituent des 
désordres ou des lésions morbides et, vues dans leur en- 
semble, renferment le cadre entier de la nosologie. 

Id se dresse, devant nous, une autre face de problème : 

Les modifications ou caractères acquis, quels qu'ils 
soient en eux-mêmes, qui développent dans les êtres une 
nature seconde, sont-ils ou ne sont-ils pas soumis aux 
mêmes lois de la pbogre^tion que nous venons de voir 
régir, sans exception, tous les caractères ou traits origi- 
nels de la nature première? 

Question ténébreuse, pleine de difficultés, pleine de 
controverses, et qui touche à la fois aux points les plus 
obscurs de la physiologie et de la pathologie de l'hérédité. 

Elle s'applique, en effet, à chacune des deux classes de 
modifications que nous venons d'établir ; aux modifica- 
tions du type et de V état spécifiques des êtres. 



LIVRE PREMIER. 

DE l'influence DES LOIS DE LA PROCRÉATION SUR LES DÉVIATIONS 

OU MODIFICATIONS DU TYPE PRIMORDIAL OU SPÉCIFIQUE 

DES ÊTRES. 



Tel degré d'importance et de curiosité que la question 
présente, sous cette forme première, après les dévelop- 
pements où nous sommes entré sur la propagation de 
tous les éléments et de tous les caractères physiologiques 
des êtres, elle n'est, cependant, pour nous, que d'un in- 
térêt purement secondaire ; nous l'avons, en partie, trai- 
tée sans en parler. Nous verrons, en effet plus bas, qu'un 
très-grand nombre de ces caractères , que nous avons 
montrés soumis à toutes les lois de la procréation, n'ap- 
partiennent point au type primitif de la vie et rentrent 
dans la classe des modifications postérieures ou acquises de 
l'organisation. 

Mais, en nous permettant plus de concision et de rapi- 
dité sur toutes celles de ces modifications qui rentrent 
dans les limites de la première classe et appartiennent au 
type spécifique des êtres, notre travail antérieur ne nous 
dispense pas de résumer ici les principes et les faits les 
plus essentiels de ce point du débat : et parce qu'ils ré- 
clament une exposition distincte et séparée, et parce 
qu'ils se lient, par d'intimes rapports, avec la forme se- 
conde de la même question, à laquelle nous devons tous 
ses développements, celle des déviations ou modifications 
de Vétat spécifique, qui est celle de l'histoire de l'hérédité 
dans les maladies. 



DE l'action de la LOI PB L'nmilTÉ, ETC. 439 

CHAPITRE PREMIER. 

DE l'action de l'iNNÉITÉ SUR LE DÉVELOPPEMENT DES MODIFI- 
CATIONS DU TYPE SPÉCIFIQUE. 

La première des deux lois de la peogeeation, la loi 
d'iKNÉiTÉ, a-t-elle ou n'a-t-elle pas une part aux dévia- 
tions et modifications du type spécifique? 

Pour éclaircir ce fait qui, comme tous ceux qui tou- 
chent à la PROCRÉATION, soulèvc des questions de cause 
et d'origine, il est deux autres questions préalables à ré- 
soudre : celle de l'origine et de la nature des causes des 
modifications physiologiques de Fétre : celle du mode et 
de répoque de leur développement. 

Maller leur reconnaît deux ordres distincts de causes : 
des causes extérieures^ des causes intérieures : Les pre- 
mières sont, pour lui, l'alimentation, le climat, l'élévation 
au-dessus du niyeau de la mer, etc.; les secondes re- 
posent sur l'organisme même. 

Ces dernières, à ses yeux, ont, pour caractère, d'être 
indépendantes des influences externes et de dériver d'un 
cercle de variations que chaque espèce animale ou végétale 
renferme : cercle de variations dont chaque individu de 
l'espèce recèle, en soi, le pouvoir de produire telle ou telle 
partie. De là, selon lui, toutes les diflérences de formes 
qui peuvent naître d'un seul et même couple, comme 
d'un seul et même acte générateur; parce que l'individu 
n'est point tenu de n'engendrer des êtres qu'à son image 
et que, s'il procrée , c'est toujours sous Vempire de& lois 
qui régissent V espèce ^ en général{i). 

(1) MuUer, Manuel de physiologie, trad. par Jourdan, t. II, p. 763. 



440 DE L* ACTION DE LA LOI DE l'iNNÉITÉ 

Rien de plus Trai ; mais MuUer s'arrête à raction et se 
tait sur la nature de ces lois qui régissent l'espèce en gêné- 
rah et qui, nous Tavons dit ailleurs, ne se limitent pas 
à Tespèce elle-même (1): en dotant chaque espèce d'une 
certaine aptitude ou puissance inhérente de métamor- 
phose, il ne s'explique pas davantage sur la cause et 
l'origine première de cette faculté si extraordinaire qn*!! 
reconnaît en elle; il ne dit pas pourquoi l'espèce la 
possède: en l'étendant de l'espèce à l'individo, du moins 
dans les limites départies à l'espèce, il oublie de nous 
dire comment l'individu, ou pour mieux dire, la vie, 
dans le concours des deux sexes, sous les formes innom- 
brables des monstruosités et des anomalies, l'étend à des 
limites que l'espèce ne comprend plus ; en nous disant, 
enfin, que cette cause intérieure de modification du type 
primordial est, ce qu'elle est réellement, liée à l'orga- 
nisme, il se tient dans le même vague, il ne la nomme 
pas. 

Notre travail antérieur nous donne le droit d'être 
plus précis sur tous ces points : 

Tjes lois dont parle MuUer, lois qui ne régissent pas 
uniquement Fespege, mais la reproduction de la vie, en 
général, sont celles que nous avons nommées nous-mème, 
ailleurs, l'une la loi du divers, l'autre la loi du sem- 
blable : les lois d'iMiTATiON et d'iMAGiWATiON orga- 
niques de la vie (tome P% pages 80, 96 et 607-623); 

La raison pour laquelle les cspèges sont soumises, dans 
leur fixité même, à une plus ou moins grande série de 
variations, a son principe en elles : 

L'uniformité et la perpétuité, dans la succession de 

(l) T. I, p. 134, 165, 186. 



SUR LES MODIFICATIONS DU TTPE SPÉCIFIQUE. 441 

leurs caractères, tiennent à réterneik et uniTcrselle 
activité vitale de la première loi ; 

La mutabilité, la série de Tariations, de modifications, 
d'anomalies sans nombre de leurs caractères, tiennent à 
l'éternelle et à rnnlTerselle activité vitale delà seconde loi ; 
La raison pour laquelle le type individuel engendre, 
mais n'engendre pas d'une manière continue, à l'image de 
lui-même, c'est qu'il procrée toujours sous l'empire des 
deax lois qui régissent I'espège et qui, participant de la 
génération, deviennent : celle du semblable, la loi d'HSRÉ- 
DITE, ou d'uniformité, et celle du divers, la loi d'iNi!9EiTE 
ou de variété, dans la reproduction séminale de l'être; 

La raison pour laquelle la cause de variation et de 
modification, que MuUer nomme intérieure^ est indépen- 
dante de toute cause extérieure et liée à l'organisme, 
c*est qu'elle est une des lois de cet organisme, et que, 
comme le principe qui l'anime, elle agit et opère d'elle- 
même: 

Le nom de cette cause est donc celui de cette loi, la loi 
d'innsiTE ou de l'activité spontanée du divers dans la re- 
production séminale de la vie. 

Ce retour sur les doctrines émises dans la première 
partie de ce travail, tend d'abord à disjoindre, bien plus 
profondément que ne l'a fait MuUer, les deux ordres de 
causes de modification qu'il admet dans les êtres : 

A la distinction d'une cause intérieure et d'une cause 
extérieure de modification de la nature première, il sub- 
stitue celle d'un principe essentiel de toute variation et 
des impulsions ou causes occasionnelles qui le sollicitent. 
Ce principe essentiel n'est autre que la loi que nous 
avons nommée, la loi d'iNMEixÉ, cette force d'activité 
spontanée du divers dans la génération et la nature de 



442 DE l'action de la loi de l'inneité 

l'être, la même qne MuUer nomme cause intérieure ^iphTce 
qu'elle agit sans nulle influence du dehors. 

Quant aux impulsions ou causes occasionnelles, les 
mêmes que Muller nomme causes extérieures , on peut les 
diviser en physiques et morales : 

Les causes occasionnelles, ou circonstances physiques, 
comprennent les climats, les airs, les eaux, les lieux, 
l'électricité, le calorique, la lumière et les mille éléments 
de l'alimentation : 

Les causes occasionnelles, ou circonstances morales, 
comprennent les influences de l'éducation, des habitudes, 
des mœurs, et des modes d'exercice des organes, des 
fonctions et des forces de la vie. 

Les modifications ou déviations du type spécifique des 
êtres portent toujours l'empreinte d'une de ces origines : 
considérées en dehors des êtres où elles surviennent, les 
unes, celles qui se développent sous l'unique impulsion 
du principe essentiel de toute variation, sont si indé- 
pendantes des circonstances externes, qu'elles paraissent 
sans cause ; les autres ont leur raison sensible dans l'ac- 
tion de quelqu'un des agents ou de tous les agents da 
second ordre de causes ; d'autres, l'ont dans l'action 
visible d'une çiartie ou de la totalité des agents du troi- 
sième. 

i® Poser, quant aux premières, c'est-à-dire, quant à 
celles des modifications de la nature première qui dépen- 
dent de la seule force de l'organisme, la question si la loi 
de l'iKiîEiTÉ prend part à leur développement, c'est 
poser une question dès ce moment résolue : la loi d'iff" 
NEiTE, est l'unique principe de cette force qui tend à la 
diversité dans la génération, d'une manière spontanée 9 
et indépendamment de toute espèce d'influence on de 



SUR LES MODIFICATIONS DU TYPE SPÉCIFIQUE. 443 

cause extérieure ; elle seule a cette puissance d'engendrer, 
par elle-même, le divers dti semblable, non-seolement 
sans le eoncours des impulsions du dehors, mais dans les 
dreonstanoes où les conditions externes et internes lui 
sablent le plus contraires; quelque soit le degré de 
Taniformitédes milieux ; quel que soit celui de l'analogie 
desragents et des forces par lesquelles elle opèr^: dans les 
circonstances d'identité de climat, d'exposition, de lieu; 
dans celles d'identité et d'espèce, et de race, et de famille, 
et de conple, et de parfaite ressemblance des deux auteurs 
eox-mêmes (t. I, pag. 104, 122, 173 et 610). 

Nous avons esquissé , dans Ife tome P" de ce livre, 
le tableau général des modifications de cet ordre que la loi 
d'iNwÉiTÉ provoque : les unes, inépuisables, ne s'atta- 
qaant qu'aux seuls et uniques caractères du type indivi- 
duel, donnant à chaque être sa personnalité de nature et 
de forme ; les autres, altérant ou métamorphosant le type 
des variétés, des races, des espèces mêtne : nous ne pou- 
vons, sur ce point, que renvoyer à cette partie de notre 
travail. 

Mais il reste un second point que nous devons éclaircir : 

2* Cette loi d'mwÉiTÉ ou de l'activité spontanée du 
DIVERS, dans la génération, si puissante d'elle-même, 
sans l'appui d'aucune cause, ni d'aucune influence 
antre que celles de la vie, opère-t-elle également par 
l'intermédiaire et avec le concours des causes et des agents 
extérieurs qu'elle domine et dont elle se passe? Agit-elle, 
en un mot, sur la production des deux autres classes de 
modification, sur celles qui sont dues à l'empire extérieur 
de circonstances physiques ou de circonstances morales? 

La question, à vrai dire, semble à peine une question : 
si, dans les conditions les plus défavorables, l'innÉiTÉ dé- 



448 DE L ACTION DE LA LOI DE l'iNNÉITÉ. 

Arabe, étalons et juments, sans rien perdre de leur type, 
sans aucune mésalliance, n'avoir en Angleterre que des 
produits anglais, en France que des Français ; nous avons 
aussi vu des familles entières de la race Limousine et de la 
raceNormande, n'engendrer, en Bretagne, dans les mêmes 
circonstances, que des chevaux de la race inférieure du 
pays. Il est d'expérience que ces mêmes étalons, que ces 
mêmes juments qui ne donnent que des poulains défec- 
tueux dans un lieu, en donnent , au contraire, de très- 
beaux dans un autre (1). Ce fait est en harmonie avec 
l'opinion que, dans notre espèce même, les caractères des 
formes, la beauté, la couleur, ne dérivent point toujours 
de la nature des parents , mais qu'ils peuvent être aussi 
des émanations du ciel et du pays où les enfants sont nés. 
La taille des animaux nous offre un autre exemple da 
même phénomène-: ceux des quadrupèdes de nos climats 
d'Europe qui passent en Amérique, dont toutes les 
espèces et les races indigènes sont d'une taille beaucoup 
moins élevée que les nôtres, engendrent, sous l'influence 
du climat, sans rien perdre de leurs proportions natives, 
des produits plus petits qu'eux. La coloration est encore 
plus féconde en faits de la même nature : on sait généra- 
lement que, de tous les caractères du type spécifique, elle 
est le plus prompt peut-être à varier sous l'influence de 
causes de modification très- diverses, selon les races et les 
espèces; pour s'en faire une idée, il suffit de rapprocher 
les couleurs de plusieurs espèces déterminées, à l'état 
sauvage, des couleurs de ces mêmes espèces devenues do- 
mestiques : que de métamorphoses ! mais conmient se 
développent-elles? est-ce toujours ^ comme on le croit, par 

(I) T. II, p. 312. — Lafont-Pouloti, ouv, ctt , p. 130. 



SUR LES MODIFICATIONS DU TYPE SPÉCIFIQUE. 449 

de saccessives et lentes transformations d'une couleur 
dans une autre, ou par de continuelles et lentes dé^a- 
dations des teintes originelles ? Non : dans une foule de 
cas , les individus qui, soumis à l'empire des causes ou 
des agents modificateurs, ne présentent encore aucune 
altération de la couleur naturelle, engendrent subitement, 
soQs l'empire de ces causes, des produits d'une couleur 
difffrente de la leur. 

Nous en avons la preuve dans les métamorphoses 
de la même nature qui s'observent, tous les jours , 
soit chez les animaux, soit chez les végétaux. Le 
Dahlia, transporté de la Nouvelle-Hollande sous le cli- 
mat de l'Europe, est demeuré plusieurs années sans va- 
rier; puis, tout à coup, de graines recueillies sur les 
plants de couleur uniforme, sont nées les variétés qui, à 
l'exception du vert et du bleu, réfléchissent aujourd'hui 
tous les rayons du prisme. Le cheval, le bœuf, le chien, 
nous présentent une foule de changements du même 
genre et sur lesquels il est inutile d'insister. Indubitable- 
ment, c'est le mode de formation d'un grand nombre de 
nos races et de nos variétés, soit du règne animal, soit 
dn règne végétal. Dans l'opinion de nos plus savants 
pomologistes (l)on ne peut plus admettre l'idée, long- 
temps en Togue, que la plupart des races ou variétés de 
fruits que nous possédons, seraient dues à l'effort graduel 
et continu de greffes successives ; elles sont, en général, 
nées du changement de climat, de sol, ou d'exposition des 
races et des espèces, et sorties du semis de graines recueil* 
lies sur des individus ainsi transportés, quoique n'offrant 
pas eux-mêmes de variation causée par l'action du climat. 

(i) Puvis, de la Dégénération et de l'extinction des variétés de végé- 
*M«, etc., p. 87-88. — A. Poiteauy Théorie van Mods, p. 14 et suiv. 
II. 29 



450 DE l'action de la loi de l'innbité 

L'art, maintenant, a recours à ce mode de formation, poar 
développer, dans l'an comme dans l'autre règne, des va- 
riétés nouvelles. Lorsque, ces variétés ne naissent point 
d'elles-mêmes, qu'il ne s'en présente point chez les généra- 
teurs, il sufiBt de modifier les circonstances physiques des 
milieux oii ils vivent, l'air , le sol, le climat, le genre de 
nutrition, le mode d'activité, pour que leurs descendants 
offrent, presque certainement, de nouveaux caractères (1). 
Ce mode congénial ou médiat d'action de la loi d'iN- 
ifÉiT£, sous l'impulsion de causes' et de conditions exter- 
nes, n'est pas, malheureusement, moins fécond à produire 
des mutations de Véfat que des variations du type spéci- 
fique des êtres. Il étend son empire à la pathologie, et 
telle est l'énergie de cette force d'innovation et de trans- 
piration médiate des influences du monde extérieur, dans 
l'acte et dans l'instant où s'engendre la vie, qu'il peut, 
comme nous le verrons, dépendre du lieu où l'on a reçu 
l'être, de naître sourd muet de père et de mère qui en- 
tendent et qui parlent; de naître idiot, ou crétin, de pa- 
rents intelligents ; ou, comme ces enfants, frappés dans 
l'utérus du mal épidémique ou endémique qui a respecté 
leur mère, de naître atteints de formes diverses de mala- 
dies puisées aux sources de Têtre, et pourtant tout à fait 
étrangères aux auteurs, 

S II. —De Taction del'iNWÉiTÉ dans les métamorphoses immédiates 
,■ ou graduelles d*origine externe. 

Le» modifications immédiates ou graduelles^ d'origine 
externe, offrent, ainsi qu'on l'a vu, et d'autres caractères 
et des modes différents de se produire chez les êtres. 

(i) Magne, dans Grognier, ouv. cit., Introd., p. xxix. — H. Lecoq, De 
la fécondation naturelle et artificielle des végétaux^, p. 16. -r Poiteaa, 
Mém, c<t.,p. U. 



SUR hBS MOPIPIGATIOIIIS DU TYPE SPÉCIPIQUB. 451 

1® Les causes qui les développent se passent du con- 
cours de la génération et ne commencent d*agir qu'après 
la naissance ; 2"" elles agissent par elles-mêmes^ et d'une 
manière directe, sur les individus soumis à leur empire ; 
3« elles ne sont point soudaines y mais lentes et progres- 
sives dans Teffet qu'elles opèrent. 

 ces différences près, tout est analogie entre les deux 
classes de modifications : elles découlent des mêmes cir- 
constances extérieures,, soit physiques soit morales, 
offrent les mêmes phénomènes de métamorphose de la 
nature première, et se portent sur les mêmes éléments de 
l&Tie , les formes, le volume, la taille, la couleur, les fa- 
cultés des sens, les instincts, les degrés, les modes d'in,- 
telligence et les états de l'être. 

Toutefois, il reste un point iniportant à résoudre : c'est 
celui de la part que la loi d'iNNÉiTÉ, si active sur la classe 
«des modifications congéniales des être, peut prendre au 
développement des modifications qui ne le sont pas. 

Étrangères, à ce qu'il semble , par leur origine, à la 
génération, on doit naturellement être tenté de les croire 
indépendantes d'une loi qui a sa source en elle. 

Le problème se réduit à une question de fait. Si cette 
dernière classe de modifications est indépendante des lois 
de génération de la nature première et du caractère pro- 
pre et particulier qu'elles impriment à la viç, il est clair 
que les causes et agents extérieurs qui les déterminent, 
ayant toutes en elles-mêmes le principe de leurs forces 
et de leurs actions, les mêmes natures de causes auront 
sur tous les êtres, quels que soient les espèces et les indi- 
vidus, le même degré d'empire, et qu'elles détermineront, 
chez tous, les mêmes effets de métamorphose. 

U n'est rien de moins conforme à l'observation. 



452 DE L ACTION DE lA LOI DE L INNÉITÉ 

a. Toutesles espèces n'ont point la même aptitude ou, si 
Ton veut, la même élasticité de variation graduelle^ sous 
l'actionimmédiate des causes et des agents de modification. 
A côté de tant d'arbres, d'arbustes et de fleurs, qui se mo- 
difienty sous les moindres influences de sol, d'exposition, 
de température, d'ombre ou de lumière, etc , le kœlreu- 
teria, le platane, le seigle, la tubéreuse, etc., demeurent 
presque immuables (f). L'espèce du lièvre, chez les ani- 
maux, est beaucoup moins variable que celle du lapin; 
l'espèce de la chèvre l'est aussi beaucoup moins, sous 
l'action extérieure des mêmes circonstances, que celle de la 
brebis; l'espèce du chat, moins que celle du chien ; l'espèce 
de l'àne, moins que celle du cheval : l'une compte, pour 
ainsi dire, autant de races que de lieux d'acclimatation, 
que de genres d'exercice ou de nourriture; la nature 
opiniâtre de l'autre a résisté jusqu'à changer, à peine, 
même dans les conditions de servitude la plus dure ; elle 
résiste également aux plus mauvais traitements, à l'action 
du climat, de l'alimentation, des habitudes de vie. Plus 
tenaces encore, et plus immuables, d'autres espèces, en 
grand nombre, malgré tous les efforts et toutes les ten- 
tatives de domestication , si l'on peut ainsi dire, n'é- 
prouvent aucun effet de cette cause si puissante de mo- 
dification et restent toujours sauvages. 

b. Toutes les espèces, même les plus variables , ne va- 
rient pas sous l'empire immédiat des mêmes causes : l'in- 
fluence du climat et des localités, parmi nos animaux do- 
mestiques, s'exerce spécialement sur le Cheval ; celle de 
la nourriture, sur le Bœuf; celle de la domesticité, sur le 
Chien (2), etc. 

c. Toutes les espèces variables, sous l'empire immédiat 

(1) Puvis, Mém,[cit, p. 37. — (t) Grognier, (mv. ci*., p. .7. 



\ 



SUR LIS MODIFIGATIOMS DU TYPE SPAGIFIQUB. 453 

da même ordre de caases, n'éproavent point d'une même 
eaUvse, le même caractère de modifications : les variations 
de Tespèce du Mouton portent principalement sur la 
laioe, etc. ; celles du Bœuf, sur la taille, sur la forme, la 
longueur 9 la brièveté ou même l'absence complète de 
cornes ; celles du Cheval, sur les formes, la taille, la cou- 
leur; celles du Chien, sur les genres de caractère. Si, dans 
l'espèce Bovine, dont les meilleures races chétivement 
Doarries se rabougrissent rapidement, la taille et le dé- 
veloppement tiennent à l'abondance de la nourriture, il 
n'en est ainsi, ni dans l'espèce Ovine, ni dans l'espèce 
Équestre. Abondamment ou parcimonieusement nourris, 
dans leur premier âge, élevés sur de gras ou de maigres 
pâturages, les Chevaux et les Moutons n'en arrivent pas 
moins, à peu près, à la taille affectée à leur race (I). Mais 
le climat, mais le sol, mais les moindres changements de 
caractère des lieux, modifient leurs formes. Chez l'homme, 
au contraire, on a remarqué que les formes du corps, dans 
les diverses races, semblaient se modifier plutôt sous l'in- 
fluence des habitudes de vie que sous celle du climat. 
D'après les mêmes auteurs, les variations de couleur, dans 
l'espèce humaine, auraient la cause inverse : elles tien- 
draient au climat, à l'élévation du pays au-dessus du ni- 
veau de la mer, à la plus ou moins grande distance de la 
côte (2) ; tandis que chez les races d'animaux domesti- 
ques, le Cheval, le Bœuf, la Chèvre, la Brebis, le 
Chien, etc., la domesticité serait la cause essentielle des 
métamorphoses de la couleur première (3), etc. 
Les individus, soit dans les mêmes races, soit dans les 

(l)Grognier, loc, cit, et p. 86. — (2) Prichard, Histoire natvrelle de 
Vhmme, L I, p. 144-146. —(3) V. Bomare, Dict. d'hist. nat., t. XÏI, 
P.71-7Î. 



454 . DK l'action de la loi db l^nnéité 

mêmes espèces, selon Tàge, selon le sexe, selon Tidio- 
sjncrasie, n'offrent pas moins de degrés, de modes et de 
différences de sensibilité à l'action immédiate de modifi- 
cation des agents extérieurs, même les plus identiques. 

C'est en vain , en un mot , qu'on voudrait obtenir de 
Tinfluence directe des circonstances physiques ou morales 
sur les êtres, des modifications ou des variations dont ces 
êtres n'auraient point l'aptitude en eux-mêmes ; leur or- 
ganisation en règle le caractère, l'étendue, la limite : tout 
changement, quel qu'il soit, quel qu'en soit l'agent, quel 
qu'en soit l'élément, dépend de leur nature ; et cette na- 
ture elle-même, sous le type spécifique^ sous Vindividuel^ 
dépend, dans son principe, de la génération qui Ta insti- 
tuée, et, en elle, d'une des lois primordiales qui régis- 
sent la génération même. Or, la disposition que la na- 
ture des êtres montre ainsi à varier, et le caractère de 
modification qu'elle incline à recevoir de l'influence di- 
recte des circonstances diverses qui agissent sur elle, ne 
sauraient naître en elle de celle des deux lois de la gé- 
néfation qui tend à maintenir comme elle tend à trans- 
mettre le SEMBLABLE daus la vie : ils y procèdent donc, 
de toute nécessité, delà seconde loi, dé l'essence et de 
Taction du principe du divers dans Tinstitution de l'être: 
ils découlent, eti un mot, de I'innéité elle-même. 

Pour nous résumer, spontanée, provoquée, médiate ou 
immédiate, toute modification, toute variation, toute alté- 
ration du type originel est subordonnée, et dans son 
existence, et dans son étendue, et dansson'caractère, à une 
aptitude interne ou faculté latente de l'organisme qui re- 
monte toujoursà cette loi première, à ce principe formateur 
dont l'impulsion commence à l'origine de l'être, mais s'é- 
tend , au delà d'elle, à toutes les époques de l'être et de la vie : 



SDR IBS MODIFICATIONS DU TYPE SPÉCIFIQUE. 455 

10 II développe les unes, les modifications spontanées^ 
de lui-même , sans le concours de causes ni d'agents exté- 
rieurs, par l'acte et dans Tinstant de la génération ; 

T II développe les secondes, les modifications médiates 
ou congénialeSj sons l'empire du même acte et dans le 
même instant, mais avec le concours de causes extérieures 
qui n'agissent elles-mêmes que par ^intermédiaire des 
deux générateurs j 

3* Il développe les troisièmes, les modifications immé- 
diates ou consécutives, par l'aptitude (lu'il donne encore, 
dans le même acte et dans le même instant, à l'organisa- 
tion d'être, à toutes les époques ultérieures de la vie, va- 
riable par elle-même, sous l'impulsion directe des circon- 
staiices diverses qui la sollicitent, mais toujours en raison 
d9 degré naturel de sensibilité et de la faculté de méta- 
morphose qu'il inocule en elle. 

11 n'existe, en un mot, relativement à lui, entre les trois 
classes de modifications, d'autres différences que celles 
dn temps et des moyens qu'il prend poup les produire. 

L'influence de l'une des deux lois générales de la procréa- 
tion,ou de I'inwéité, sur les variations et modifications delà 
nature première, ainsi établie, reste la question de l'action 
et de l'inflaence de l'autre loi, la loi d'HÉRÉDiTÉ sur elles. . 

Quels que soient la nature et le caractère de ces varia^ 
lions et déviations du type spécifique des êtres, sponta.. 
nées, provoquées, médiates ou immédiates, se limitent- 
elles aux seuls individus où elles se sont produites, on se 
transmettent-elles à leur postérité ? 

CHAPITRE II. 

DC l'action de là loi de l'HÉRÉDITIS sur les «ODIFICATlOIfS 
DV TYPE SHtClFlftUB. 

« La question de Vhérédité des modifications acquises, dit 



456 DB l'action DB la loi DB L'HÂRÉOITi 

le professeur Flourens, est une des plnsimportautes et des 
plus vastes delà physiologie générale (1). » Mous sommes 
malheureusement, par son étendue même, forcé delà 
restreindre, malgré son importance, aux plus justes limi- 
tes, devant tant d'autres questions auxquelles nous de- 
vons laisser leur place dans ce travail. 

Des trois classes de modifications du type spécifique que 
nous venons d'indiquer , il en est deux premières, les 
modifications de nature spontanée, les modifications mé- 
diates ou congéniales, d'origine externe, dont l'hérédité 
ne permet pas le doute. 

r Les métamorphoses ou modifications spontanées, 
celles même qui par leur caractère forment des anomalies, 
plusieurs de celles qui forment des monstruosités, se pro- 
pagent par la voie de la génération qui les a produites. Mous 
en avons multiplié les exemples (t. I. , pages 29 1 , 239). 

2"" De toute nécessité et de pleine évidence, les modifica- 
tions mëdta^^j ou congéniales^ d'origine externe, produites 
par la même loi et par la même voie de la génération, 
quoique avec le concours de causes et d'influences inutiles 
aux premières, se transmettent comme elles. Il règne sur 
ce point un accord général. 

S"*!! n'en est pas ainsi à l'égard des troisièmes : les modi- 
fications immédiates ou directes^ d'origine externet celles 
que Ton regarde àtort, plus exclusivement, comme de na- 
ture acquise : 

La plus grande division d'opinions et d'idées existe sur 
la question du fait et des limites de leur hérédité. 

Un grand nombre d'auteurs, de ceux même qui admet- 
tent l'hérédité de tous les caractères du type originel des 

(1) Flourens, Résumé analytique des observations de Frédéric Cuvier 
sur l'instinct st Vintelligsncs des animaux, Paris, 1841, p. Ut. 



sua LBS MODIFICATIONS DU TYPE SPÉCIFIQUE. 457 

êtres, rëYoqi^ent en doute celle de tous les caractères da 
type consécutif, ou de la nature seconde qu'ils doivent à 
l'action directe des circonstances où ils se développent. Au 
nombre des plus remarquables soutiens de cette opinion 
s'est rangé, un instant, le docteur Prichard lui-même, qui 
devait si complètement changer d'avis plus tard: dans un 
premier ouvrage, il établissait, en règle générale, que les 
modifications ou variétés cannées de la nature des êtres, 
les mêmes que nous nommons médiates ou congénialeSj 
sont aptes à se transmettre par la voie séminale ; mais 
que les changements produits par une cause extérieure 
dans la nature première, se bornent à l'individu et n'ont 
point d'influence sur sa postérité (i). 

Selon cette doctrine, les ressemblances des êtres avec 
les caractères acquis de leurs auteurs, ne sont dues qu'à 
l'empire des mêmes circonstances ; morales, elles provien- 
nent de l'imitation, de la même éducation, des mêmes ha- 
bitudes, du même temps, des mêmes mœurs; physiques, 
elles découlent de la puissance des mêmes agents exté- 
rieurs, des mêmes lieux, du même sol, du même genre 
dévie; les unes et les autres, en un mot, sont sous- 
traites à la génération et complètement libres de l'action 
des ancêtres. 

D'autres naturalistes, célèbres à divers titres, de Mail- 
let (2), Bobinet (3), Buffon, Lamarck(4), Virey, Geoffroy- 
8t-Hilaire, Fréd. Cuvier, Flourens (5), Girou, Bur- 



(1) Prichard, Researchês into thephysical history of man, «• éd ., vol. 
n,p. 453.— (2) De Maillet, Mliamed ou entretiem d'un philosophe indien 
avec un missionnaire français sur la diminution de la mer, 2 vol. io-19. 
-(3) Robinet, Considération philosophique de la gradation naturelle 
des formes de Vétre, etc., ch. i et De to nature, — (4) Lamarck, Philoso- 
flM xoologique, t. 1, p. î35. — (6) Ouv, dt., p. 115 et suiv. 



458 DK l'action de la loi DB L*HBRÂD1TÉ 

dach (l), MuUer (2), etc., défendent la thèse contraire. 
Tous professent l'opinion que les modifications directes 
ou immédiates de cause extérieure sont héréditaires. 
En opposition avec le principe émis dans la règle de 
Prichard, Lamarck avait ainsi formulé cette loi : 

« Tout ce que la nature a fait acquérir ou perdre 
aux individus, par Tinfluence des circonstances où leur 
race se trouve depuis longtemps exposée, et par con- 
séquent par rinfluence prédominante de tel organe, oiu 
par celle du défaut constant d'usage de telle partie, elle 
le conserve par la génération aux nouveaux individus qui 
en proviennent, pourvu que les changements acquis 
soient communs aux deux sexes ou à ceux qui ont pro- 
duit ces nouveaux individus (3). » 

La contradiction ne peut être plus formelle. 

En présence d'opinions aussi divergentes sur une ques- 
tion de fait, il n'est de solution possible que celle des 
faits : il faut la demander à l'observation et à l'expé- 
rienoe. 

ARTICLE 1. 

De rhérédité des modifications dirêct9S ou immédiates de la nature 
physique. 

Toute modification de ce genre doit commencer par 
l'individu : examinons d'abord si, chez l'individu, les 
plus élémentaires des modifications de la nature physi- 
que, celles qui proviennent de l'âge ou de l'action du 
temps et de la durée de la vie, sont héréditaires. 

8 I- — Hérédité des modifications immédiates qui provieun nt des 
époques de la vie. 

L'expérience a depuis longtemps démontré que l'or- 

(1) Burdach, Ttaité â$ physiologie^ t. 11, p. 551. - (2) Muller, 
Manuel de physiologie^ t. II, p. 763.- (8) Ouv. ct7., t. I« ch. viii, p. 936. 



SUR LES MODIFICATIONS DU TYPE SPÉCIFIQUE. 459 

ganisation réfléchit IMmage des époques de la Tie où 
elle a pris naissance; les produits héritent des carac- 
tères de rage de leurs générateurs. 

TTous les traits de la jeunesse peuvent ainsi passer da 
père et de la mère dans le nouvel être. 

C'est une observation faite très-anciennement, que, 
dans toutes les espèces, les mâles ou les femelles encore 
dans leur croissance, engendrent des produits chétifs, de 
petite taille', et qui s'arrêtent d'eux-mêmes dans leur dé- 
veloppement. Les œufs des jeunes Poules sont petits, 
quelle que soit la vigueur du Coq qui les a fécondées ; 
les Agneaux, les Chevreaux, les Veaux, et les Poulains 
échappés de très jeunes pères ou de très-jeunes mères, 
restent, la plupart, au-dessous des proportions de l'es- 
pèce, débiles, lymphatiques, et assez souvent même in- 
capables d'allaitement (i): ils sont, comme dit Huzard, 
privés des qualités que les pères et les mères n'ont pu 
leur transmettre, puisque les pères et mères ne les 
ont pas encore. On ne peut, au reste, juger toujours, 
dès la naissance, les fruits d'accouplements aussi pré- 
maturés, parce que la jeunesse a d'autres caractères, et 
qae ces caractères, la beauté de la forme, la grâce, 
la souplesse , trompeuses apparences , se propagent de 
même et brillent dans les produits pendant les pre- 
miers temps (2). La jeunesse extrême des parents, et sur- 
tout de la mère, lègue chez l'homme, aux enfants, un 
semblable héritage, fait qu'Aristote avait si bien mis en 
lumière dès l'antiquité dans son Traité de l'histoire des 



(1) Aristot., Hist, animal, lib. v, cnp. 14, et lib. vi, cap. 22. — Pri- 
chard,otti?. cit., p. 124-125. — HuzanI, ouv. cit., p. 165 et 345.,— Bur- 
dach, ouv, cit,y t. H, p. 259. — Giognier, ouv. cit., p, 205-209. — (2) Hu- 
zard, ouv, cit., loc, dt. — Grofi^iiier, loc» cit. 



460 DE l'action de la loi db l'hérédité 

atiimanx , et sur lequel il a également insisté dans sa Poli- 
tique. Il avait fait, dès lors cette observation qui devait 
se vérifier bien des fois après lui et sous d'autres climats , 
que, dans toutes les villes de la Grèce où l'usage était de 
marier les filles et les garçons, dès leur adolescence» les 
enfants étaient tous chétifs et au-dessous de la taille ordi- 
naire ( 1 ).Le premier chirurgien du dernier roi de Pologne, 
Delafontaine , attribue de même aux unions prématurées 
des juifs, dans ce dernier pays, l'extrême débilité physique 
que , de tous temps , on y remarquait en eux et leur 
progéniture (2). Montesquieu, pour la France, rapporte 
un fait semblable : la crainte du service militaire décida 
une foule de jeunes gens à contracter mariage, quoiqu'à 
peine pubères; ces unions furent fécondes; mais les 
maladies et la misère privèrent rapidement la France de 
la génération qu'elles avaient produite. Les malheureuses 
années de 1812 et 1813 devaient nous rendre, plus tard, 
témoins d*un même spectacle : la loi de la conscription, 
poussée alors jusqu'à la dernière rigueur, entraîna les fa- 
milles, déjà si décimées, à marier leurs enfants, longtemps 
avant l'époque de la nubilité. Ces tristes mariages ne 
donnèrent presque tous naissance qu'à des enfants sans 
taille, sans apparence, sans vigueur corporelle. Jamais 
les conseils de révision ne motivèrent plus de réformes 
sur la débilité physique des conscrits, que dans les deux 
classes de 1833 et 1834, classes correspondantes à 1813 
et 1814(3). 

2* La maturité et les caractères acquis du développe- 
ment et de la constitution qui lui correspondent, par- 
Ci) Aristot., Hittor, anim.j lœ. eit. et PoWic.,lib. vu. — (t) Grimaud 
et Martin-Sainl-ADge , ouv. ait,, p. 457. — (3) Da Gama Machado, 
Théorie des ressemblances ^eto.f p. 76. 



sua LES MODIFICATIONS DU TYPE SPÉCIFIQUE. 461 

ticipent de cette loi d'hérédité de Tàge. Tous les pro- 
duits d'aateurs dans la vigueur de l'âge réfléchissent 
plus ou moins la perfection des formes et de l'organi- 
sation de ce moment de la vie : le Cerf issu de parents 
qui ne sont déjà plus jeunes, acquiert plus rapide- 
ment son bois, l'a plus beau, et le rut chez lui devance 
de plusi^eurs semaines le rut des autres cerfs. Burdach voit 
dans le même ordre de causes la raison de la supério- 
rité si souvent remarquée (le talents et d'aptitudes que 
les cadets, chez Thomme, ont sur leurs aines (1). De 
là, sans doute aussi, chez les peuples guerriers, l'o- 
bligation tantôt imposée par lai oi et tantôt par les mœurs, 
de ne se marier que tard. Les historiens romains rap- 
portent à cet usage la vigueur naturelle et l'esprit de 
liberté des anciens habitants de la Germanie (2). Gio- 
vanni Botero attribuait de même , il y a deux siècles, 
aux mariages un peu tardifs, la beauté du sang à Baguse 
et à Gravosa (3). 

y La vieillesse, enfin , se reproduit aussi, à l'image 
d'elle-même. Gomme l'adolescence, force encore incom- 
plète, en anticipant l'heure de la propagation, ne peut, en 
général, communiquer à l'être, tous ceux des caractères 
de l'organisation, qui sont, pour ainsi dire, au futur de 
la vie et qu'elle n'a pas encore, la vieillesse, au déclin, et 
nous dirions presque au passé de la vie, ne saurait pro- 
pager les attributs d'un âge où elle a cessé d'être et 
des dons qu'elle n'a plus. Les agneaux qui sont nés 
d'une vieille brebis et d'un vieux bélier n'ont que très- 
peu de laine et cette laine est grossière, et d'après Go- 



(1) Burdach, Traité de physiologie, l. II, p. 269. — (2) Id., t. V, p. 44. 
- (8) Grimaud et Martin-Saint- Ange, oui;. (H(.,p. 428. 



462 DB l'action de la loi de L^HÉHÉDlli 

lumelle ils sont souvent stériles (1 ) ; les poulains engendrés 
de vieux étalons et de vieilles juments, ont les salières 
creuses, comme les vieux chevaux, et ils ont, ainsi qu'eux, 
des poils blancs aux sourcils, dès leur neuvième année (2). 
Dans notre espèce même, les- enfants issus de pères et 
de mères trop âgés, ont quelque chose de morne et de 
mélancolique étranger à Tenfance ; ils apportent à la 
vie une faiblesse native, une prédisposition fréquente au 
rachitisme et aux hémorroïdes (3), et parfois, dès le ber- 
ceau, dans les traits, dans les formes, dans les yeux retirés 
jusqu'au fond des orbites (4), des traces apparentes de la 
caducité; quelques-uns, en naissant, sont déjà des vieil- 
lards : J'ai vu, dit Hufeland, quelques-uns de ces mal- 
heureux couverts de rides et présentant tous les caractères 
extérieurs de la décrépitude (ô) . La femme d'un des cochers 
du feu roi Cbarles X, mère de plusieurs enfants de trente 
à quarante ans, et près d'atteindre elle-même à soixante- 
cinq ans, sans avoir éprouvé aucun trouble sensible dans 
la menstruation, devient tout à coup grosse, à la grande 
surprise de tous ses enfants, de son mari, d'elle-même ; la 
grossesse suit son cours et raccouchemeut arrive à son 
terme ordinaire; mais le produit portait dans toute sa 
personne les signes manifestes de la séuilité de ses gé- 
nérateurs. Sigaud de Lafond rapporte un fait plus curieux : 
Marguerite Cribsowna, morte le 12 janviçr 1763, à Tàge 
de 108 ans, dans le hameau de Gonino, en Russie, s'était, 
âgée déjà de 94 ans, mariée, en troisièmes noces, à un 



(1) Chambon, ouv. cit., 1. 1, p. 106 et t. Il, p. 50. — (2)BuffQn, Histoire 
naturelle du cheval. — (3) Burdach, ouv, cit., t. II, p. 260. — (4) Hufe- 
lanil, CArt de prolonger la vie de l'homme, p. 280. — (5) Laurent Jou- 
bert, des Erreurs populaires et propos vulgaires touchant la médecine ; 
Lyon, 1608, m-39, p. 206. 



80B MS MO^iVlGATlOIlS DU TYPB SPiClFlQVB. 463 

vieillard lai- même âgé de 105 ans, Gaspard Baycoul, , 
du village de Ciwoulsia : de cette union étaient nés trois 
enfants qui vivaient à la mort de leur mère; mais ces 
testes enfants avaient les cheveux blancs ; ils n'avaient 
point eu de dents et leurs gencives offraient le vide qu'en 
laisse la perte ; ils ne vivaient que de pain et de légumes ; 
assez grands pour leur âge, ils avaient le dos courbé, 
le teint flétri, et tous les autres symptômes de la dé* 
erépitudefl). 

% II. — Hérédité des autres modifications xmmiAiaUt de cause ou 
d*origine eiteme. 

Celte force séminale de propagation des caractères ac- 
quis des trois âges de la vie ne s'arrête point aux seules im- 
pressions du temps sur le type de l'être; elle s'étend à 
celles de toutes les autres causes directes de mutation de 
la nature première ; elle reproduit indifféremment les mo- 
difications immédiates t\graàudlt& de tous les éléments, de 
tontes les origines : celles qui naissent du climat, celles 
qui naissent des lieux, celles qui naissent du régime, ou de 
la nourriture, on de l'éducation, ou des habitudes, ou 
d'une combinaison de toutes ces causes entre elles. 

Ces modifications portent nécessairement ou sur la 
proportion ou sur la nature même des caractères phy- 
siques : les premières sont toujours des modifications de 
développement ou de r%iMcX%on\ les secondes, toujours 
des modifications de métamorphose des caractères natifs 
de l'organisation. 

f I. — De rhérédité des modifications de métamorphose des caractères 
. ^ physiques. 

*-■ V 

^r r A la tête de toutes les modifications de métamor" 

1}^ Sigaud de Latond, DicU dêt merveillet de la naturei t. II, p. 169. 



464 DE L* ACTION DE LA LOI DE l'HÉRÉDITÉ 

phose des caractères physiques s'offrent celles des formes. 
Toutes sont transmissibles, et, dans beaucoup d'espèces, 
cette transmission, plus ou moins générale et plus on 
moins constante, est devenue l'origine de races distinctes 
entre elles. 

n en est qui ne dérivent que de l'hérédité des modes 
d'activité habituelle des auteurs et de leur genre de yie : 
telles sont celles qui composent, dans l'espèce Équestre, 
les différences acquises entre les races de trait et les 
races de course, différences qui s étendent à tout le 
squelette (i) ; telles sont celles qui , chez l'homme, se 
forment et se propagent individuellement , par le long 
exercice de certaines professions, ou qui, dans une même 
race, et sous un même climat, tiennent à l'habitude de 
certaines impressions ou de certains services : 

Wisemann assure, d'après de graves autorités, qu'aux 
États-Unis, ceux des esclaves qui, depuis trois généra- 
tions, sont demeurés attachés au service domestique, ont 
le nez moins déprimé, les lèvres inoins saillantes, et la 
chevelure plus longue, à chaque génération ; tandis que 
les esclaves qui travaillent aux champs ne perdent près* 
que rien de leurs formes originelles (2). D'Orbigny et 
Broc (3), témoins oculaires , ont remarqué l'un et l'aa- 
tre, entre les Guaranis libres et les Guaranis esclaves 
du Paraguay, de Corrientes et de Bolivia, des contrastes 
analogues : les uns ont la tristesse, l'abattement, l'apathie 
incarnés dans les traits ; ils ne semblent ni sentir, ni pen« 
ser, ni comprendre ; les autres ont la figure douce, inté- 
ressante, pleine d'esprit et de fierté. Jackson a trouvé, 
entre ceux des Arabes du royaume de Maroc qui habitent 

(i) Prichard. auv. cit., 1. 1, p. 63. — (2) Id., t. II, p. 175. — (3) Broc, 
Eaai iwr les racês^humaineêf p. 118. 



SUR LES HODlFIGATIOIfg DU TYPE SPÉCIFIQUE. 465 

les villes et les Bédouins des plaines qni yivent sons la 
tente, la même opposition dans la physionomie (1). Broe 
signale, aussi, entre les Indiens des plaines et eeux des 
montagnes, des différences sensibles dans le yolnme et 
la forme de certaines parties, et, entre antres, dn front : 
Le front de l'Indien des plaines, que la chaleur accable, 
est moins ayancé et plus étroit que celui de l'Indien 
soumis à la température plus ou moins rigoureuse des 
lieux élevés ; et cependant, d'après Broc, le peu de déve- 
loppement des facultés mentales est égal dans les deux 
fractions de la même race (2). 

D'autres modifications héréditaires des formes, et parti- 
eolièrement des formes de la tète, résultent également de 
la domesticité chez les animaux , de la civilisation dans 
l'espèce humaine. 

D'après le docteur Lauvergne, la tête des familles mon- 
tagnardes, qui sont descendues dans les plaines, prend du 
développement, au bout d'un petit nombre de généra- 
tions, et tourne graduellement à la dépression du som- 
met du cerveau : l'excès de civilisation aplatit, dit-il, le 
cerveau supérieur (3). 

Selon le docteur Prichard, l'action héréditaire de la 
même influence sur les formes de la tète, se reconnaîtrait à 
trois types graduels des caractères du crâne, et chacun 
répondrait à un genre différent de vie et d'état social : 

Le type prognathe de la tète, forme dont l'allongement 
en museau des mâchoires est le trait principal, domine- 
rait chez les peuples en plein état sauvage et à la vie de 
chasseurs; tels que les tribus les plus dégradées de l'A- 
frique et de l'Australie ; 

(1) Jackson, An account of the empire of Marocco, London, 1814, 
p. !«.— («) Ouv. dt., loe. cit. — (3) H. Lauvergne, les ï^'orçais, p. 315. 
H. 30 



466 DE l'àgtioti de la loi de l hérédité 

Le type pyramidal de la tète dominerait chez les races 
pastorales et à la y\e nomade , telles qae les Esqaimaox, 
les Lapons, les Samoyèdes, les Mongols; 

Le type ellipHqm ou ovale de la tête serait la forme 
distinctiTC et caractéristique des peuples civilisés. 

Par ces trois formes auraient successivement passé 
les mêmes nations, entre autres celle des Turcs, dont les 
tribus nomades de F Asie centrale offrent, encore aujour- 
d'hui, à un très-haut degré, le type pyramidal tandis 
que la partie civilisée de ce peuple, établie depuis huit 
siècles dans l'empire Ottoman et Tempire Persan, et dont 
la masse n'a point contracté d'union hors de son propre 
sein, a tout à fait changé de caractère de tète et complè- 
tement acquis le type européen (t). lia été aussi ques- 
tion d'un accroissement de capacité du cr&ne, chez les 
populations nègres de Saint-Domingue, depuis leur Tio- 
lent retour à la liberté et leur élévation à la vie civile. 

Hais il reste toujours, ici, deux inconnues premières à 
dégager, quant à 1^'espèce humaine t l'origine première 
des variétés et races, et la forme première de tète de 
chacune d'elles. 

: La démonstration est bien autrement claire, quant aux 
animaux : ici, plus l'ombre d'un doute : 

Les différences de forme que Daubenton aTait signalées, 
entre la tète du cochon domestique et celle du sanglier, 
ont été retrouvées par Boulin, dans les plaines qui s'éten- 
dent à l'est de la Gordillière des Andes, entre la tète du 
cochon domestique et la tète du cochon marron, on san- 
glier redevenu sauvage : la tète du dernier s'est remar- 
quablement élargie et relevée à la partie supérieure (2). Il 

(1) Prichard, (mv. cit., t. II, p. tKhAAl.^{t) Mémoires prUmtéi par 



SUR LES MODIFICATIONS DU TYPE SPÉCIFIQUE. 467 

en est à peu près ainsi de la tète des chevaux rendus à 
leur ancienne liberté des déserts : selon Pennant et Pal- 
las(l), ils ont la tête plus grande et le front plus voûté que 
la race domestique. Mais un des caractères de la forme 
I sur lequel, dans la plus grande partie des espèces assou- 

I plies à Tnsage de l'homme, la domesticité laisse la plus 

I forte empreinte, est la forme des oreilles: de droites et 

I d'érigées qu'elles sont naturellement, chez la plupart 

des bêtes, dans leur état sauvage, elles sont devenues 
I pendantes , comme chez le chien , chez la brebis des 

Kirghiz (2), chez le cochon de Guinée, et jusque chez cer- 
I taines races de chat, en Chine (3). 

I A ces causes immédiates de modification héréditaire des 

formes, se joignent Faction des lieux et l'action des cli- 
mats, dont la force directe de métamorphose est si remar- 
quable, sur tous les caractères physiques de la peau et de 
ses expansions, les cornes et les poils : les premières se con- 
tournent de diverses manières, dans une même espèce, 
selon les races qu'elle forme etles lieux qu'elle habite ; les 
seconds subissent de plus curieuses conversions : ils se bou- 
clent, ils s'érigent, ou ils se transforment, tantôt la laine 
en poil , tantôt le poil en laine. D'après Tévêque Heber, 
les chiens et les chevaux, conduits de l'Inde dans les mon- 
tagnes de Cachemire, sont bientôt couverts de laine, 
comme la chèvre à duvet de châle de ces climats (4) . Aux 
Antilles, au contraire, en Guinée (5) , au Pérou, au Chili (6), 

dkers savants à V Académie des sciences de l'Institut de France, Paris, 
1835, in-4, t. VI, p. 3Î1 et suiv. 

(1) Pennant, Histoire des quadrupèdes. — Pallas, Reise durch Siberietft 
etc., dans Prichard, ouv. cit., p. 63. ^(9) MuUer, ouv.cit»^ t. II, p. 764. •*- 
(3) V. Bomaire, Dict, d'hist. nat., t. IIÎ, p. Î60 et t. XII, p. 61. — (4) Heber, 
Narrative ofajourney through theupperprovincesofindiaf 3« éd., Lon- 
don, I82S, vol. Il, p. 219. — (5) Smiih, New voyage ta Guinea, London , 
1745, p. 147. — (6) MuUer, Manuel de physiologie^ t. II, p. 766. 



468 DE l'action de la loi de l'héréditë 

et dans la vallée de la Magdeleine^ entre la chaine orien- 
tale et la chaine moyenne de la Cordillière (1 ], la laine des 
montons se convertit en poil. 

2o Hais les plus remarcpiables des modifications de mé- 
tamorphose du système cutané sont celles de la couleur : 
elles sont même d'une nature si extraordinaire, qu'elles 
ont dû donner, à une foule d'auteurs et de naturalistes an- 
ciens et modernes, l'idée de mutations, les unes impossi- 
bles, les autres indémontrées, delà couleur première des 
espèces et des races. Telle est, pour nous, l'idée qui ne 
Yoit dans les couleurs des variétés humaines, que des dé- 
gradations successives et transmises d'une teinte origi- 
nelle, noire selon ceux-ci ; blanche, selon ceux-là ; rouge 
selon quelques autres. Mais, si profonde que soit notre 
conviction, nous nous bornons ici à l'émettre, en raison 
de la longue série d'arguments qu'elle appelle. Nous en 
renvoyons la démonstration à un prochain ouvrage. 

Nous croyons dcHic devoir éliminer, comme preuves des 
modifications acquises de la couleur et de leur hérédité, 
toutes celles qui se rapportent à des conversions préten- 
dues des couleurs des variétés premières, les unes dans les 
autres. 

n nous suffit de celles des modifications de la colora- 
tion qui sont indubitables, comme celles qui se dévelop- 
pent graduellement et se transmettent, dans une seule et 
même race, par la diversité et l'action des climats. De ce 
nombre sont les curieuses mutations que présente, selon 
les lieux, la coloration de races évidemment les mêmes. 
Les faits les mieux prouvés de ce genre, gu'on pnisse choi- 
sir, parmi une foule d'autres, sont ceux que l'abbé Dubois, 
Frayer, Pridiard, Broc, etc., citent de la race Hindoue. 

(I) Pricbard, ouv. cit,j t. T,p. 50. 



SUR LES MODIFICATIONS DU TYPE SPÉCIFIQUE. 469 

Dans l'Amériqae du Sud, et particalièrement dans la Co- 
lombie, où d*immenses différences d'élévation au-dessus 
du niveau de la mer et de température, se rencontrent à 
des distances très-peu considérables, conditions les plus 
propres pour produire des changements de coloration 
dans les divers groupes d'habitants d^un pays, Broc a yu 
les Indiens offrir, selon les lieux, malgré la plus visible 
identité de race, une diversité de couleur qu'on ne peut 
attribuer qu'à l'action des agents extérieurs. L'Indien 
des lieux élevés a des cheveux les plus noirs, le teint 
pâle et décoloré comme un cadavre ; l'Indien de la plaine, 
ou le caïentanoy a le teint basané ou cuivré, et les cheveux 
d'un noir fauve (l).Les émigrations de familles indiennes 
qui, dansl'Hindoustan, ont, à diverses époques, quitté le 
plat pays, pour se fixer, jdepuis des siècles, dans des can- 
tons élevés de l'Himalaya, près des sources sacrées de la 
Jumna et du Gange, confirment la vérité de cette obser- 
vation. Sous l'influence d'nne plus froide température, les 
Hindous émigrés sont devenus très-blancs, ont souvent les 
yeux bleus, la barbe et les cheveux frisés, châtains ou 
roux (2). Il en est ainsi des Siah-Posh ou Kafirs, qui habi- 
tent les hautes régions du Kohistan, où ils sont établis de- 
puis nombre de siècles : Monststuart , Ëlphinstone et Alexan- 
dre Burnes disent qu'ils sont aujourd'hui d'une beauté re- 
marquable et qu'ils ont les sourcils arqués et le teint blanc. 
Des faits d'une même nature se présentent, en grand 
nombre, chez les animaux ; l'espèce du chien a pris, se- 
lon les climats, les lieux, la domesticité, Jes caractères les 
plus variés de coloration (3) : ceux de ces animaux qui 

(1) Broc, Essai sur les races humaines, p. llî. —(2) James Baillie 
Fraser, Travels in ihe Himalaya. — Prichard, ouv. ctY., p. ÎÎ9. — 
(3) V. Bomare, Diet, tintv. d'hist. nat., t. XII, p. 70. 



470 DE l'action de la loi de l'hérédité 

sont transportés d'Europe à la Côte-d'Or, reyêtent gra- 
duellement, en quatre générations^ la couleur du Re- 
nard ( 1 ). Le cochon a perdu la robe du sanglier et a changé 
du noir au blanc, sous l'influence des lieux tempérés, en 
devenant domestique; il est revenu du blanc au noir, en 
Amérique, où il a repris les mœurs et tous les carac- 
tères externes du sanglier (2). : Dans d'autres régions de la 
même contrée où le bœuf est redevenu sauvage, il a aussi 
perdu cette variété de couleurs qui, sous notre climat, 
caractérise ses races dans Tétat domestique ; tous les in- 
dividus de l'espèce ont les parties supérieures d'un brun 
rouge et le reste du corps noir. Le cheval est, comme lui, 
revenu, au Paraguai, à une couleur unique, avec la vie 
sauvage ; tandis que le cheval demeuré domestique y of- 
fre, comme ailleurs, des couleurs variées, tous les che- 
vaux libres y sont châtains ou bai-bruns (3). 

IL — De.rhéréditô des modifications de proportion des caractères 
physiques. 

Les modifications acquises de proportion s'engendrent 
par les mêmes causes et subissent les mêmes lois que 
les modifications de métamorphose des caractères phy- 
siques : 

1<» Il n'est, pour ainsi dire, point de partie des êtres qui 
ne soit susceptible de développement ; il suffit de l'action 
graduelle et continue de certaines conditions. 

2"* Il n'est point de développement acquis qui, sous 
l'empire des mêmes conditions, ne soit transmissible. 

a, La génération reproduit ceux qui tiennent à l'in- 

(1) New gênerai collection of voyages and traveltj London, 1745, t. II, 
p. 712. — (2)Roulin, Mim, cit., et Prichard, ouv, cit., 1. 1, p. 39. — 
(3) Don Félix de Azara, Voyageai dans l'Amérique méridionale^ 1. 1, 
p. 374-378. 



SUR LBS MODIFICATIONS DU TYPE S^GIFIQUE. 471 

flqeiice des lieux : Chez les moutons de Perse, de Chine, de 
Tartarie, la queue s'est transformée en un double lobe de 
graisse ; chez les moutons de Syrie et de Barbarie , elle 
est restée longue, mais chargée d'une grosse masse de 
tissu adipeux (1). Le lapin, que Ton dit originaire d^Es- 
pagne, a pris lui-même une queue longue, dans la Tarta- 
rie; le porc, un yentre pendant et de courtes jambes, en 
Chine (2). Les cochons d'Europe qui furent transportés 
par les Espagnols, en 1 509, dans Tile de Cubagua, célè- 
bre à cette époque par sa pêcherie de perles, ont d^énéré 
en une race monstrueuse qui a des pinces d'une demi- 
palme de longueur (3) ; la même espèce acquiert, à ce que 
dit Sturm, ses plus grandes dimensions dans les contrées 
basses : plus son habitation est élevée, plus son corps de- 
vient petit et trapu, son col épais, son train de derrière 
arrondi (4). Le même contraste frappe, dans l'espèce du 
lièvre et dans celle du lapin, entre ceux des pays de 
plaine et des pays de montagnes. 

Un des plus curieux faits du même genre d'influence et 
de transmission, dans l'espèce humaine, est celui signalé 
de la désharmonie du tronc, relativement aux membres 
inférieurs, chez les Aymaras et chez les Incas, si la cause 
indiquée par d'Orbigny (5) peut être admise comme vé- 
ritable : ces races, de taille moyenne, portent un tronc 
d'une longueur disproportionnée sur des jambes très- 
courtes; cette difformité serait, selon d'Orbigny, d'ori- 
gine acquise et due au développement anormal du pou- 
mon, et par suite, du thorax, sous Faction incessante 

(4) Cuvier, Hègne animal, t. T, p. 278. — (î) V. Bomare, Z>tc«. univ. 
éthist, nat,, t. XII, p/61. — (3) Prichard, ouv, cU,, 1. 1, p. 42. — (4) Mul - 
1er, Manuel dephysiologiey t. II, p. 765. — (5) D'Orbigny, l'Homme amé- 
ricain considéré sous les rapports physiques et moraux , Paris, 1839,2 
^ol. in-8. 



472 DE l'action de la loi de l'hérédité 

d'inspirations forcées par la raréfaction de l'air à de 
grandes hauteurs. Il resterait toutefois à prouTcr que les 
races Aymaras et Incas ne sont point primitives et que la 
disproportion qui existe entre le tronc et les extrémités 
n'appartient point, chez elles, au type primordial. 

6. La génération reproduit également les modifications 
de déyeloppement acquises par la culture, l'alimentation, 
et le régime de vie. 

Dans le règne végétal, c'est à l'hérédité des modifi- 
cations de cette nature qu'on doit, à n'en pouvoir dou- 
ter, la plus grande partie de nos céréales, de nos légumes, 
de nos fruits ; les expériences modernes de Yan-Mons et 
de Vilmorin ont appris jusqu'au nombre de générations 
et d'années nécessaires, pour les élever ainsi successive- 
ment, de l'état sauvage au rang de substances alimen- 
taires. Trois générations, d'après Vilmorin, suffisent pour 
la carotte (1); trois générations qui comprennent quinze 
années suffisent, d'après Van-Mons, pour les arbres à 
noyau, pêchers, abricotiers, pruniers, cerisiers ; quatre 
générations qui comprennent vingt années, pour l'espèce 
du pommier ; pour celle du poirier, cinq générations qui 
renferment un espace de quarante-deux ans (2). 

Dans le règne animal, on sait de quelles merveilles le 
principe d'hérédité des développements acquis par le ré- 
gime de vie est devenu l'instrument, entre les mains fé- 
condes de l'industrie anglaise, et quelle augmentation de 
taille et de poids du bétail a suivi, dans ce pays, le progrès 
ascendant de l'agriculture. De 1732 à 1826, le poids moyen 
d'un bœuf, viande nette, s'e$t élevé de 410 livres jusqu'à 
700 livres, pour les Trois-Boyaumes(3).Mais, qu'est-ce que 

(i) BulUtin des séances de la Société royale et centrale d'agriculturef 
oniième série, t. II, p. 640. — (2) Poiteau, Mém.cité^ p. 19.— (3) Gro- 



SUR LES MODIFICATIONS DU TYPE SPÉCIFIQUE. 473 

ce résaltat, à côté des miracles opérés par Backwell ; à côté 
de ces races, pour ainsi dire saus os et sans pattes, telles que 
celles des Dishley et des Gotteswold, ces cylindres mou- 
yants de laine et de graisse ; à côté de ces races spéciales 
de boucherie, dont les Anglais ont su fixer les caractères, 
par Toie de génération, et jusque diriger la graisse Tcrs 
les parties préférées des gourmets ? 

c. Dans notre espèce même, le transport séminal des dé- 
Teloppements physiques, dus à la quantité et à la qualité 
de la nourriture, suffit à lui seul pour différencier pro- 
fondément les classes d'une seule et même race. Des au* 
tears ont donné cette eiplication de la supériorité réelle 
oa supposée de ligueur corporelle des hommes de race 
noble sur les hommes d'origine vulgaire, au moyen âge. 
Volney, à notre époque, dit a^oir remarqué une diffé- 
rence, de ce genre entre les gens de basse extraction et les 
cheiks, parmi les Bédouins : les derniers, qui se nour- 
rissent mieux que leurs pauvres sujets qui vivent avec 
six onces de nourriture par jour, sont reconnaissables à 
learplus haute taille, à leur meilleure mine, à leur force 
plus grande (1). Une distinction semblable avait été faite 
par Forster , entre les gens de la classe du peuple et ceux de 
la classe des chefs ou les Areas, chez les Taïtiens (2). Mais 
elle est encore plus apparente, entre les races des peuples 
civilisés et celles des peuples sauvages : et les expériences 
positives de Pérou sur les naturels de l'Australie, de Ti- 
mor et de la Tasmanie ; celles de Mackensie, de Lewis et 
de Clark sur les indigènes de l'Amérique (3), démontrent 

gnier. Cours de muliivUcation et de perfectionnement des principaux 
animaux domestiques, p. 119, 140, 580. 

(1) Voyage en Egypte et en Syrie, Paris, 1787, 1. 1, p. 359. -- (2) Ob- 
servations faites pendant un voyage autour du monde, Londres, 1778, 
p. Î29. - (3) Prichard, ouv, cit., t. ï, p. 174. 



474 DE l'action de la loi de lhérédité 

quelle supériorité de développement et de vigueur mus* 
culaire les trois conditions de quantité, de qualité et de 
continuité de la nourriture, donnent aux Européens sur 
les tribus sauvages. 

3" D'après les mêmes principes, il n'est point de partie 
de Torganisation qui, sous Faction graduelle et conti* 
nuelle de certaines circonstances,* ne puisse se réduire i 
il n'est point de réduction acquise qui, sous l'empire de 
ces mêmes circonstances, ne soit transmissible. 

Telle est, sous l'influence de la mauvaise qualité ou de 
l'insuflSsance de l'alimentation, la diminution hérédi- 
taire de tout l'appareil musculaire dont il vient d'être 
question, chez les races sauvages ; ces races, ainsi que 
celles des nations qui ne vivent que de substances em- 
pruntées au règne végétal, ont les membres grêles, maigres 
et allongés. L'abbé Dubois explique ainsi la maigreur et 
la gracilité de corps, chez les Hindous , et particulière- 
ment dans la caste des Brahmanes, condamnés connue ils 
sont à une vie d'abstinence (i); le prof esseur Gerdy donne 
la même raison de la disproportion si extraordinaire des 
membres avec le corps chez les Australasiens (2). 

La diminution et la déperdition d'autres caractères se 
transmettent, de la même manière, sous l'influence des 
causes de diverse nature qui les ont produites : ainsi va 
diminuant héréditairement la taille des animaux à cor- 
nes des zones tempérées , transportés d'Angleterre aux 
Indes-Orientales (3) ; celle des chevaux transportés dans 
quelques lieux élevés de la Colombie (4) ; celle des pou- 
lains suisses transportés en Savoie (5) ; celle de l'âne, du 

(!) Dubois, MœurSj institutions et cérémonies des peuples deVInde^ Pa- 
ris, 1825, 2 vol. in-8. — (2) Broc, Essai sur les races humaines, p. 94. — 
(8) Muller, Manuel de physiologie, t. II, p. 765.— (4) Prichard, ouv. cit,, 
1. 1, p. 49. — (5) Revue agricole, juillet 1889, p. 490. 



SUR LES MODIFICATIONS DU TYPE SPÉCIFIQUE. 475 

iMSof, du chameau, du lama, sous Pactioa continue de la 
domesticité (1). Ainsi vont décroissant, de génération 
en génération, les énormes mamelles de nos chèvres et de 
nos Taches, sous le climat d'Amérique (2); ainsi disparait, 
dans les herbages secs et amers des steppes de la Sibérie, 
le Tolume de la queue, chez les moutons Kirghis(3); 
ainsi se raccourcissent la queue des chevaux rendus à la 
liberté, les défenses du cochon devenu domestique ; 
ainsi se raréfient ou se perdent même diverses expansions 
cutanées : les plumes, comme chez les poules de la Colom- 
bie ; les poils, comme chez les bœufs dits pelones de cer* 
laines contrées du même pays, et comme chez les chiens 
turcs ou calougos (4) ; les cornes, comme chez diverses 
races ovines, ou bovines, et jusqu'au croupion chez les 
gallinacés (5). 

S III. — DeThérôdité des modifications acquises des fonctions. 

Mais ce ne sont point seulement les systèmes, les par- 
ties, ni les organes des êtres, ce sont les fonctions qui su- 
bissent, d'une manière manifeste, la loi de propagation 
des modifications immédiates du type. 

Nous citerons, premièrement, comme transmissibles, 
les modifications fonctionnelles qui dépendent des habi- 
tudes, prises ou des influences du séjour antérieur. 

Les plantes exotiques gardent d'abord l'habitude de 
s'ouvrir à l'heure même du lever du soleil dans leur cli- 
mat natal et de se fermer à celle où il s'y couche : mais 
elles reprennent toujours plus ou moins vite le type diurne 

(1) Isid. Geoffroy-Saint-Hilaire, Hist. générale et particulière des ano- 
malies, 1. 1, p. 223. — Broc, Mém. cit., p. 20. — (2) Prichard, ouv. cit., 
1. 1, p. 46. — (3) Id., ouv. cit., t. 1, p. 64. — (4) Roulin, Mém. cité, dans 
la collection des Mémoires présentés à l'Institut de France, t. VI, loc, 
cU, — (5) Transact. philos., ann. 1693, p. 992. 



476 DB l'action de la loi db l'hérâdité 

de nos climats (1). Les animaux sanyages retenus dans 
une chambre, les oiseaux apportés de pays étrangers, 
éprouvent de même la mue à l'époque où ils l'eussent 
éprouvée en plein air, ou dans le pays natal : mais les 
chiens, les chats, les oiseaux de volière que Thomme a 
fait sortir de leurs habitudes d'espèce, depuis un grand 
nombre de générations, n'ont la mue ni si forte, ni si 
routière (2). L'oie d'Egypte, qui d'abord ne pondait au 
Muséum qu'aux mois où elle pondait sur les bords du 
Nil, a fini par donner des produits dont la ponte corres- 
pond aux époques convenables sous notre climat. Le 
docteur Joseph Brown témoigne de la même action du 
séjour antérieur, sur la physionomie des caractères trans- 
mis dans l'espèce humaine. Il a vu, plusieurs fois, chez 
des individus dont le séjour antéôeur dans les pays chauds, 
avait profondément modifié la figure et la constitution, 
les enfants qui naissaient, après ce long séjour, repro- 
duire la nature seconde de leurs parents, au lieu d'en 
réfléchir la nature première (3). 

D'autres modifications permanentes des fonctions de 
la vie organique et de la vie animale peuvent être le ré- 
sultat d'une perturbation dans les habitudes, ou dans les 
circonstances susceptibles d'agir sur l'économie , telles 
que celles du climat, des modes d'activité journalière des 
organes, et particulièrement de la domesticité. 

La génération propage et maintient toutes les ano- 
malies fonctionnelles que développent ces diverses in- 
fluences. 

De ce nombre est d'abord , dans certaines espèces de- 



(!) Burdach, Traité de physiologie, t. V, p. 18». — (8) Id., même vo- 
lume, p. 2»0. — (a) Cyclopedia ofpracHcal medicine, vol. II, p. 41». 



SUR LES MODIFICATIONS DU TYPE SPÉCIFIQUE. 477 

Tenues domestiques, la continuité de la sécrétion lactée. 
La pratique de traire les Tache» et les chèTres, depuis le 
moment où elles dcTiennent fécondes jusqu'à celui où 
elles cessent de l'être, répétée, en Europe, èhez les indi- 
Tidas, pendant une longue suite de générations, a pro- 
duit sur ces races ce résultat d'y rendre la sécrétion du 
lait une fonction permanente : les mamelles ont acquis 
un énorme Tolume et le lait y afflue, longtemps après que 
le nourrisson est élcTé. Mais, en Colombie, l'abondance 
du bétail et diTcrses circonstances ayant déterminé une 
interruption de cette ancienne habitude, il a suffi d'un 
petit nombre de générations pour que la nature rcTÎnt à 
son type normal : on n'y peut, aujourd'hui, aToir de 
lait d'une Tache qu'en lui laissant son Teau : on l'en sé- 
pare le soir, pour aToir, le matin, le lait amassé la 
nmt(l). 

L'accélération du déTcloppement, de l'aptitude organi- 
que à se reproduire, de celle à prendre la graisse, la pré- 
cipitation des phases de la Tie, l'accroissement acquis de la 
fécondité, nous représentent de même, dans plusieurs 
autres races , des modifications transmises des fonctions. 
La rapidité de croissance des moutons à longue laine 
d'Angleterre est telle que, dès la seconde année, ils pren- 
nent la graisse ; la vache de Durham est tombée en 
Tieillesse et doit être engraissée à un âge où les races 
communes terminent à peine leur accroissement (2). 

Quant au déTcloppement de la fécondité, sous l'action 
propagée de la domesticité, c'est une des trois lois de la 
fécondité formulées par Buffon (3). 

(1) Roulin, Mém. cit — (2) Grognier, ouv. cit., consid. génér., X, §2, 
et p. 140. — (3) Flourens, Buffon, Histoire de ses travaux et de ses idées, 
Paris, 1844, p. 112. 



478 DE l'action de la loi de L^HÉRÉDITi 

Parmi les oiseaux libres, il n'y a point d'espèce d'une 
fécondité comparable à celle d'une poule bien nourrie, 
ou de la Loxie fasciée dont la ponte est aussi continuelle 
en cage (1). Il paraît, dit Burdach, que l'on doit regar- 
der comme de simples effets de la domesticité, la faculté 
qu'ont de se propager, parfois, la chèvre en mai, le co- 
chon en automne, le chat en janvier, mai et septem- 
bre (2). Le chien libre, le sanglier, souche de notre co- 
chon domestique, l'aperea, souche du cochon d'Inde, n'ont 
qu'une portée par an : le premier de cinq ou six petits, le 
second de huit ou dix, le troisième seulement d'un petit 
ou de deux ; le chien domestique de grande taille a par 
an, deux portées, et chacune de douze à dix-neuf petits ; 
le cochon, deux portées de quinze à vingt petits ; le ce - 
chon d'Inde, huit portées et jusqu'à huit, jusqu'à douze 
petits par portée (3). 

Le changement de climat peut aussi imprimer à la fécon- 
dité une impulsion de ce genre et l'hérédité la transmettre 
de même : don Félix d'Azara nous apprend que ^ dans 
l'Amérique du Sud, les brebis et les chèvres ont deux 
portées par an et que leur produit annuel est au moins de 
deux ou trois petits (4). 

Par contre, la même cause peut suspendre, pendant 
quelques générations, l'effet de l'impulsion héréditaire 
acquise. La fécondité des oies introduites sur le plateau 
de Bogota, d'après le docteur Boulin, fut, dans les 
premiers temps, gravement altérée : les pontes étaient 
rares ; les œufs en petit nombre ; un quart tout au plus 
parvenait à éclore et plus de la moitié des jeunes oisons 

(I) Da Gama Machado, Théorie des ressemblances, [part, ii, p. 9«. — 
(2) Ouv. cit., t. Il, p. 37. — (3) Flourens, ouv. cit., loc. eiV. — (4) Pri- 
chard, ouv. cit., p. 51. 



SUR LES HODIFIGATIONS DU TTPB SPÉCIFIQUE. 479 

mouraient dans le premier mois ; mais, de génération en 
génération» la fécondité tendit progressivement à revenir 
au même point qu'en Europe : les gallinacés transportés 
à Cusco avaient présenté à Garcilasso un phénomène 
semblable. 

ARTICLE II. 

DE L HÉRÉDITÉ DES MODIFICATIONS DIRECTES OU IMMÉDIATES DE LA 
NATURE MORALE. 

Il est une autre classe plus curieuse encore de modifica- 
tions et dont l'hérédité, d'abord inaperçue ou révoquée 
en doute, est devenue aussi claire et aussi positive que 
celle des caractères les plus matériels de la nature phy- 
sique ; c'est la série entière des modifications acquises du 
dynamisme ou de la nature morale. 

L'hérédité régit, chez les animaux , toutes les déviations 
du type des instincts. 

l"" La preuve, tout à lafois la plus élânentaire et la plus 
évidente qu'on en puisse donner, est la différence sensi- 
ble qui s'observe, chez une même espèce, dans le naturel 
des petits d'animaux domestiques et d'animaux sauvages. 

Les mœurs, les habitudes, les inclinations des animaux, 
une fois devenus domestiques, se distinguent, dès la nais- 
sance, de celles de leurs congénères qui sont restés sau- 
vages. Ces différences transmises éclatent spontanément 
dans l'instinct des petits, non-seulement sans l'action de 
la domesticité, ou de l'éducation, mais en dépit d'elle. 
Tente-t-on de faire couver par des canes domestiques des 
œufs de canes sauvages? à peine sortis de l'œuf, les cane- 
tons obéissent à l'instinct de leur race et prennent leur 
volée; et si l'on réussit à en retenir quelques-uns pour la 
reproduction, il faut attendre plusieurs générations, avant 



480 DE L ACTION DE LA LOI DE L*HÉRÉDITB 

d'en obtenir des canards domestiques (1). Le naturel d'un 
petit sanglier enlevé^ en naissant, à sa mère, ne ressem- 
ble nullement à celui d'un petit cochon du,mèmeâge.^,La 
même différence a été observée entre les petits des lapins 
devenus domestiques et des lapins sauvages : enlevés 
dès la naissance au ventre de leur mère, nourris à la cail- 
1ère, et élevés dans la même captivité que les autres^ les 
derniers ne peuvent point se confondre avec eux, ils ne 
sont point privés (2). Les haras libres ou sauvages, don- 
nent lieu à des observations du même genre, dans l'espèce 
équestre : on ne dresse qu'à grand'peine les produits 
de ces haras ; et même après avoir été assouplis, ils sont 
encore bien plus indociles que les chevaux qui sont nés 
domestiques. Il n'est pas même jusqu'aux métis de che- 
vaux sauvages et de juments domestiques (3), ou de renne 
domestique ou de renne sauvage (4), dont les produits 
ne gardent cette indocilité et n'aient besoin de^ trois on 
quatre générations pour perdre entièrement les habitudes 
farouches de l'état de nature. 

Le même contraste s'observe dans l'espèce humaine, 
entre le naturel des enfants nés de peuples civilisés et le 
naturel des enfants de peuplades ou de tribus barbares. 
Tandis que les premiers se plient instinctivement aux 
mœurs et aux usages de la société, les jeunes sauvages, à 
de rares exceptions près, se prêtent mal au joug de la ci- 
vilisation, ou n'en prennent que les dehors et se sentent 
malheureux d'y être assujettis (5) : à peine inaitres d'eux- 
mêmes, comme le loup et le renard enlevés jeunes au 
terrier, ils retournent aux âpres et libres jouissances de 

(1) Grognier,OMw. ci*., p. 237. — (2) Prich., ouv, cit., t. ï,p. 85-99. 
— (3) Grognier, ouv. cit,, p. 179 et uhi supra, —1(4) V. Bomare, DicL 
imiv. éfhùt. nat., t. XII, p. S78.-' (5) Burdacb, ouv. cit., t. II, p. 163. 



SUR LES MODIFIGATIOKS DU TYPE SPtClFIQUE. 481 

la vie sauvage. En 1 666, époque à laquelle le général Yan- 
pima gouTernaitBatavia, un jeune Gafre tombé aux mains 
des Hollandais, à quelque distance du cap de Bonne-Es- 
pérance, fut amené dans cette ville. On y prit tous les soins 
de son éducation , et dans l'intervalle de sept à huit an- 
nées, il parvint à parler le hollandais et le portugais dans 
la perfection. Mais rien ne le détournait de l'idée fixe d*al- 
1er retrouver sa patrie; et le général, cédant à son désir, 
finit par donner l'ordre de l'y reconduire, pourvu de linge 
et d'habits, dans l'espoir qu'il pourrait servir d'intermé- 
diaire an commerce des Gafres avec les Hollandais. Mais à 
peine arrive-t-il au cap , qu'il jette ses habits à la mer, 
prend la fuite , et retourne avec les autres Gafres manger 
de la chair crue , sans que la reconnaissance lui parût 
inspirer le moindre penchant à revenir près de ses bien- 
faiteurs (1). Les annales des voyages citent cent faits de ce 
genre. 

2® Le transport séminal dei modifications acquises des 
instincts, ressort d'autres observations curieuses que l'on a 
faites, sur les transformations héréditaires des mœurs d'es- 
pèces restées sauvages. D'après Georges Leroy, dans les 
lieux où l'on fait une chaude guerre aux renards , les 
jeunes renards, avant d'avoir pu acquérir aucune expé- 
rience , se montrent, dès leur première sortie du terrier, 
plus précautionnés, plus rusés, plus défiants, que les vieux 
dansleslieux oùronneleur tend pasdepiéges. Cette obser- 
vation, qui est incontestable , était pour Georges Leroy, la 
démonstration absolue d* un langage chez ces animaux : car, 
disait-il, comment pourraient-ils, sans cela, acquérir cette 
science de précautions, qui suppose une suite de faits con- 



(1) Broc, Essai sur les races humaines^ p. 81. 
u. SI 



482 DE L ACTION DE LA LOI DE L*HiRÉDlTÈ 

nus, deeomparaisons faites, dejagemCTt9porté8(()?rrédé- 
rie Govier donnait le mot de Ténigme échappé à Leroy, 
en rattachant le fait à l'hérédité des modifications ac- 
quises des instincts (2). Th. B. Knight qui s'est occupé, 
soixante ans» d'observations suivies sur cet ordre de faits, 
dit que, dans cet intervalle, les mœurs de la bécasse ont 
éprouvé de grands changements en Angleterre, et que la 
crainte de l'homme est, pendant cette période ] devenue 
bien plus puissante, par sa transmission à travers une série 
de générations. Le même auteur a suivi des traces de 
changements analogues de mœurs jusque chez les abeil- 
les (3). 

S"" Mais c'est principalement dans le développement et 
la transmission des habitudes acquises des espèces domes- 
tiques, que ce principe remarquable touche à Tévidence 
même : la plupart des penchants et des aptitudes caracté- 
ristiques des races de différentes espèces domestiques, 
n'ont d'autre origine que l'hérédité des habitudes acquises 
des premiers parents, 

On remarqucL, dit Robinet, que les bétes ne perdent 
l'uniformité de leur instinct, pour le transformer en bi- 
zarrerie, qu'à mesure qu'elles approchent de Thomme, 
comme s'il leur communiquait son esprit (4). 

Il n'est aucune espèce où ce phénomène soit aussi nia- 
nifeste que dans celle du chien. D'après Buffon, Dupont 
de Nemours (5), Hancock (6), Enight, il doit une grande 
partie de ses qualités actuelles au commerce de l'homme, 

(1) Georges Leroy, Lettresyhilosophxques sur Vintelligence $t laper- 
fictilrilUé des animaux, p. 86. -— (9) Annales du Muséum, t. Xf, p. 463. 
~ (3) VInstitut, première sectioD, 1837, n^ 220, p. 3i4. — (4) J..B. ho- 
hinei, de la Nature, t. IV, p. 163. — (5) Dupont de Nemours, Philoso» 
phie du bonheur, p. Î68. — (6) Th. Hancock, Essay of instinct, Lon- 
doo, in-8. 



SUR LES MODIFICATIONS DU TYPE SPÉCIFIQUE. 483 

et d'après Isidore Geoffroy Saint-Hilaire , le degré même 
de la domestication , si Ton* peat ainsi dire, est presque 
partout prpportioimel au degré de la civilisation de 
rhomme (1). Des auteurs ont même dit qaUl avait acquis 
de riiomme une lueur de raison et un semblant de voix. 

L'aboiement du cbien ne serait, d'après eux , qu'une 
imitation de la parole biimaine. Des faits très-positifs 
semblent y, du moins, attester que dans l'état de nature, 
et chose plus curieuse, chez les peuples grossiers, comme 
les Nègres , les Lapons (2), les cbiens n'aboient pas. Les 
chiens redevenus libres dans les Antilles, dans les îles si- 
tuées près de la côte du Chili, dans les plaines des pam- 
pas, ne savent que hurler. Il eu était ainsi des deux chiens 
que Mackensie avait amenés des contrées occidentales de 
rAmérique en Angleterre ; ils n'aboyèrent jamais , tan- 
dis qu'un cbien né d'eux en £urope, aboyait (3). Selon le 
docteur Boulin, les chats auraient aussi perdu, en Amé- 
rique, ces miaulements incommodes dont, la nuit, ils fa- 
tiguent les oreilles, en Europe. 

L'aboiement et le miaulement ne seraient donc que des 
modifications transmises de la voix de ces deux espèces. 

Dans d'autres espèces abondent les faits d'hérédité des 
modifications acquises du mouvement : I^es poulains pro- 
venant de père et de mère bien dressés, naissent souvent 
avec une aptitude marquée au service du manège (4) ^ 
des écuyers ont même proposé de n'admettre à la repro- 
duction que des sujets déjà exercés dans les cirques (5), 
Huzard fils demande, avec plus de raison, qu'on ne 

(1 ) Is. Geoff. Saint-Hilaire, Histoire générale tt particulière des anoma- 
lies, 1. 1, p. 219.— (2) V. Bomare, DieL univ. d'hist. nat , t. XII, p. 7fi. — 
(3) Prichard, otiir. cit., 1. 1, p. 48. — (4) Buffon, Bistre naturelle du 
cheval, — Bard^cb, ouv, c•^ t. II, p. Ut. ^ (5) Grognier, ow. cit , p. 239. 



484 DE l'action de la loi de l hérédité 

prenne dans chaque race pour étalons que ceux qui ont 
donné des preuves de leur aptitude aux différents travaux 
que leur conformation permet d'en exiger (1). La paresse 
du bœuf suisse, l'art de traîner avec sûreté la charrue sur 
les crêtes des rochers , au bord des précipices, sont aussi 
l'un et l'autre des modifications héréditaires des ra- 
ces (2). Hofacker a suivi jusqu'aux moindres détails, 
comme nous l'avons dit, la démonstration de cette héré- 
dité des aptitudes acquises de la force et de l'adresse de 
l'activité motrice chez les animaux, et nous avons, ailleurs 
(t. I, p. 599), cité divers exemples de l'hérédité des carac- 
tères acquis et des tics du mouvement dans notre propre 
espèce. D'après Pariset, la transmission irait jusqu'aux 
habitudes des mouvements delà main qui déterminent les 
genres divers de l'écriture (3). Avant Pariset, Bichat avait 
cru voir, dans l'usage exclusif de la main droite, chez 
l'homme, une habitude sociale (4) ; et par un paradoxe 
plus incroyable encore, d'autres physiologistes avaient, 
avant Bichat , soutenu que la station était une position 
extra-naturelle dans l'espèce humaine, et qu'ainsi que les 
singes , les hommes primitifs marchaient sur les quatre 
membres (5). 

4^ Lagénération, enfin, peut reproduire jusqu'aux effets 
de l'éducation des auteurs; elle peut reproduire, chez les 
animaux , les nouvelles directions données à leur ins- 
tinct, les qualités nouvelles, les facultés acquises, qui sont 
le résultat de l'éducation et de l'instruction antérieures des 
pères : cette transmission s'étend jusqu'au mode d'ap- 



(I) Huzard, ouv. cit., p. 165. — (5) Grognier, ouv. cit., ubitufra. — 
(3) Comptes rendus de V Académie des sciences du 5 avril 1847. — (4) X. 
Bichat, Recherches sur la vie et la mort, art. m, S 1- — (S) Virey, de la 
Physiologie dans ses rapports avecla philosophie, p. 137. 



SUR LES MODIFICATIONS DU TYPE SPÉCIFIQUE. 485 

titude spéciale qae' le système d'éducation développe. 

II n'est rien, sur ce point, de plus démonstratif que les 
faits si curieux rapportés par Enight et le docteur Boulin. 
B'après le dernier auteur, la première fois qu'on mène au 
bois, en Amérique, les descendants de chiens dressés , de 
longue date, à la périlleuse chasse du pécari, ils savent, 
comme leurs pères, et sans nulle instruction, la tactique à 
suivre. Les chiens d'autres races qui ne la savent point, 
si vigoureux qu'ils soient, sont d'abord dévorés (I). 
Knîght s'assnra, par des expériences répétées, qu'un ter- 
rier dont les parents avaient eu l'habitude de faire la 
guerre aux putois, montrait immédiatement, à l'odeur 
du putois, sans même voir l'animal , la plus violente co- 
lère : un épagneul élevé avec les terriers, tout à fait im- 
passible à l'odeur du putois , poursuivit la première bé- 
casse qu'il aperçut, avec des cris de joie (2). Plus les chiens 
couchants ont été dressés à aller à l'eau, plus leurs petits 
témoignent de penchant à s'y jeter (3); et dès sa pre- 
mière sortie, le jeune chien braque, issu d'une race bien 
élevée, dédaigne les animaux dont il s'accommoderait, 
pour ne s'attacher qu'au gibier de nos tables, qu'il 
arrête comme son père , sans l'avoir vu chasser. 

Le mulet de chien et de louve, menace les men- 
diants et gens portant bâton (4). Les poneys norwé* 
giens, dont les ancêtres avaient, en Norwége, l'habitude 
d'obéir à la voix, et non pas à la bride , ne peuvent être 
amenés à prendre la dernière habitude, et restent excessi- 
vement dociles au commandement. Il est, en un mot, par- 
faitement avéré que chez les animaux, toutes les facultés 

(1) Roulin, Mém, cité, — (2) Prichard, tiuv. cité, 1. 1, p. 94. — (3) Bur- 
dach, ùuv, cit., t. II, p. 265.— (4) Girou, Philosophie phyHologique, 
p. tl5. 



486 DE l'action de la loi de L^HÉRÉDITÉ. 

et aptitudes acquises par Péducation et par l'instruction, 
sont héréditaires, comme les aptitudes et les facultés ori- 
ginelles elles-mêmes. 

5^ Les dispositions et facultés acquises de la même ori- 
gine, dans l'espèce humaine, sont-elles susceptibles d'une 
semblable transmission? 

Le professeur Lordat résout cette question par la néga- 
tive : « L'éducation de l'homme ne s'applique point,'seloii 
lui, à la même puissance que l'éducation des bêtes : tandis 
que lés bienfaits de l'éducation profitent, chez l'animal, à 
l'éducation de ses descendants , les avantages de l'éduca- 
tion d'un homme ne sont d'aucune utilité physiologique 
pour son fils ou pour sa postérité : quelle que soit l'ori- 
gine d'un homme , quels qu'aient été les mérites de ses 
ancêtres, quoi qu'aient pu faire la société et l'opinion pour 
les illustrer, son éducation particulière ne peut pas être 
moins laborieuse que celle de ses aïeux (1). » 

D'autres auteurs, Bush , Spurzheim , Girou , Burdach , 
émettent une opinion contraire : 

L'espèce humaine, dit Burdach, est également suscep- 
tible de se perfectionner. Le développement des facultés 
intellectuelles , chez les parents , rend les enfants plus 
aptes à profiter des bienfaits de l'éducation (2). a Les ca- 
pacités acquises se transmettent dans la génération, dit Gi- 
rou de Buzareingues , et cette transmission est d'autant 
plus sûre et d'autant plus parfaite, que les mêmes modi- 
fications ont été plus fréquentes, que les habitudes sont 
plus anciennes, et que celles d'un sexe sont moins contra- 
Fiées par celles de l'autre. L'enfant reçoit de ses parents, 

(I ) Lordat, les Lois de Vhérédité physiologique sont-elles les mêmes chex 
le9 hétes et chex Vhomme'i p. 4, 52, 30. — (î) Traité de physiologie , t. II, 
loc. cit. — (I) Girou, ouv, dt., p. i5 et passim. 



SCR LES MODIFICATIONS PU TYPE SPÉCIFIQUE. 487 

avec les empreintes de leurs habitades, toutes lesnuancçs 
de capacité, d'aptitude, de penchant, qui en on fêté le 
fruit : elles se développent avec les organes qu'elles affec- 
tent, mais ne deviennent souvent perceptibles par leurs 
résultats y qu'aux époques de la prédominance de ces or- 
ganes, ou qu'à celles qui correspondent, dans la vie des 
enfants, à la date des habitudes chez les parents qui les ont 
transmises. » * - 

Les faits nous semblent conclure dans le sens de l'opi- 
nion des deux derniers auteurs : un grand nombre des 
exemples que nous avons donnés de l'hérédité des facultés 
mentales (t. I, p. 578) rentrent dans l'ordre des preuves 
de l'hérédité des facultés acquises, et ne nous laissent point 
de doute que l'éducation, et les aptitudes développées 
par elle dans la nature des pères, n'aient une influence 
séminale sur celle de leurs descendants. Loin de là , il 
semblerait , à la facilité et à la progression si souvent re- 
marquées dans les enfants , des arts et des talents acquis 
et transniis par leurs pères, que la nature des fils les re- 
çoive d'abord au point où les efforts des pères les avaient 
élevés. Il est, en général, tout aussi difficile d'instruire les 
jeunes sauvages que de dresser les chiens ou les chevaux 
issus de races redevenues libres. Il y a plus : dans le même 
peuple, dans le même pays, sous Tempire de la même ci- 
vilisation, les enfants de toutes les classes ne sont pas, «n 
général, également habiles à recevoir l'instruction, ni à 
en profiter, quand, par la faute des temps ou des in- 
stitutions , toutes les classes ne sont point arrivées au 
même point de lumière et d'instruction, également capa- 
bles , également habituées au joug des mêmes études et 
des mêmes exercices de l'intelligence. C'est ainsi que, dans 
rinde,oii les contrastes de ce genre existent, au plus haut 



488 DE l'action de la loi de l hérédité 
point, entre les diverses castes, tous les noiissionnaires ont 
fait l'observation que les enfants des brahmanes, la caste 
la plus élevée par le rang qu'elle occupe et par l'intelli- 
gence , étaient naturellement, toutes les autres circon- 
stances étant égales d'ailleurs, d'une pénétration, d'nne 
étendue d'esprit, et d'une docilité de beaucoup supé- 
périeures à celles des enfants de toutes les autres classes. 
L'homme subit donc, en tout, ainsi que l'animal, 
l'action des circonstances et des influences, soit physiques, 
soit morales, du milieu où il naît, où il vit, où il meurt, 
et l'organisation une fois modifiée, soit dans son méca- 
nisme, soit dans son dynamisme, par les causes sous l'em- 
pire desquelles elle est placée, la génération qui la repro- 
duit peut, en s'emparant d'elles, saisir, en quelque sorte, 
les différentes formes d'activité vitale, dans l'état de pro- 
grès, d'amélioration, ou de dépravation acquises où eUe 
les trouve, et transmettre, avec le germe du type originel 
de l'individu, le germe des modifications consécutives 
que l'être avait subies. Sous ce rapport, encore, il n'y a 
pas une loi de l'hérédité chez l'homme, une autre chez 
l'animal, comme Lordat l'a pensé : quand la procréation 
intervient, par la loi de l'imitation séminale, dans la vie, 
l'hérédité, chez l'un et chez l'autre, estlaméme; l'hérédité, 
chez l'un et chez l'autre, a la puissance de transmettre le 
type originel ou primitif de toutes les formes d'existence 
et d'activité de l'être , le type consécutif ou acquis de 
toutes leurs modifications : l'hérédité, enfin, régit égale- 
ment et la nature première et la nature seconde de l'homme 
comme de l'animal et, à l'égard de l'une, comme à l'égard 
de l'autre, il n'est de différence dans sa manière d'agir, 
entre les deux espèces, que celle qui tient à l'essence de 
leur dynamisme ; les impulsions et les dispositions, chez 



SUR LES HODIFIGÀTIOIIS DU TYPE SPÉCIFIQUE. 489 

roue, naturelles ou acquises, étant toujours fatales, la fi- 
liation en est toujours visible et claire ; mais, chez l'homme 
où toujours, naturelles ou acquises, elles sont facultatives, 
la filiation en est bien plus souvent latente, et comme plus 
obscure, séparée comme elle l'est de sa manifestation par 
la liberté (t. I, pag. 472 et suiv.). 

ARTICLE III. 

De rbérédité des modifications accidentelles de Torganisation et de 
rétat présent ou momentané de l'être. 

Si grande qu'apparaisse l'énergie d'action de l'hérédité, 
dans les faits curieux que nous venons d'énumérer, elle 
n y est pas encore élevée à sa plus haute et dernière puis- 
sance : ce ne sont point seulement les modifications na- 
tarellement acquises, ni celles d'ancienne date, mais les * 
artificielles, mais les accidentelles, mais les états présents 
on momentanés de Tètre, qu'elle est apte à transmettre. 

§1. — De rhérédité des modifications accidentelles et artificielles 
de l'organisation. 

L'embarras d'expliquer les phénomènes étranges dont 
elle est l'origine, parmi plusieurs idées plus ou moins 
singulières, a quelquefois conduit Maupertuis à poser 
d'intéressants problèmes : « Ce serait assurément, dit-il, 
quelque chose qui mériterait bien l'attention des philoso- 
phes, que d'éprouver si certaines singularités artificielles 
des animaux ne passeraient pas, après plusieurs généra- 
tions, aux animaux qui naîtraient de ceux-là, etc.; si des 
queues où des oreilles coupées, de génération en généra- 
tion, ne diminueraient pas, ou même ne s'anéantiraient 
pasàlafin(l).» 

(1) Maupertuis, OEuvres complètes, édit. de 1745. — Vénuaphysiquej 
«•part., p. i06etl69. 



490 DE l'action de la loi de l*héréditê 

Bonnet) d'après leqael les monstruosités dépendent des 
organes de la génération, réplique à Maupertnis : « Cela 
arriérerait infailliblement, si la queue du mâle fournissait 
des molécules de la. réunion desquelles se formât celle 
des germes ; mais, en retranchant la queue au mâle, on ne 
lui retranche pas la partie des organes que je suppose cor- 
respondre au coccyx (1). » - • 

Et le systématique, sans attendre l'expérience ni Tob- 
servation, concluait hardiment à la négative. 

Nous disons hardiment, parce qu'en pareille matière, 
c'est aux faits à répondre, et que l'aflBrmative avait déjà 
pour elle une autorité empirique d'un grand poids, celle 
même d'Hippocrate qui dit que les enfants peuvent naitre 
mutilés de parents mutilés. 

Des observations de diverse nature sont venues confir- 
mer le témoignage d'Hippocrate et donner au problème 
posé par Maupertius une conclusion inverse de celle de 
Bonnet : 

1*» En première ligne, s'offrent les faits d'hérédité des 
tares accidentelles ou des défauts acquis de la conforma- 
tion de certaines parties. 

Contrairement à l'avis de Bourgelat, qui ne regardait 
point les tares de cause externe comme transmissibles, 
l'opinion dominante, chez les vétérinaires, est qu'elles sont 
soumises, comme celles de cause interne , au transportsémi- 
nal. Lafont-Poaloti, Pichard, Grognier, sont unanimes à 
dire que les etostoses et que les vices des extrémités du che- 
val, désignés sous les noms devessigonyde capelet^ de courbe^ 
de jardonj d'éparvin^ de cercles, de suros^ de formes (*i), 
quoique accidentels, et provenus le plus souvent d'un coup 

(1) G. Bonoet, Considérations sur les corps organisés, t. II, cb. vii, 
§ 837. — (2) Lafont-Pouloti, ùuv, ciL, p. 312,— Piohard, ouv. cit., p, lîl 
et 330. — Grognier, ouv, cit., p. S43. 



SUR LES MODIFICATIONS DU TYPE SPÉCIFIQUE. 491 

oa d'un effort, se propagent néanmoins par la génération : 
nn étalon anglais transmit à la plupart de ses descendants 
deux éparvins de ce genre (1); un autre étalon qui avait 
une queue de rat, ou dépouillée de ses crins, produisit des 
poulains avec le même défaut ; un troisième, sorti d'une 
jament dont la queue et la crinière étaient toutes rongées, 
sans avoir hérité lui-même de ces défauts, les avait trans- 
mis à ses échappés ('2). 

D'après les indigènes de l'Ile de Lucon, le bufle domes- 
tique porte, en naissant, au cou, la marque du collier de 
sa mère, signe de répulsion pour les bnfles sauvages (3). 
Nombre de fois encore, à ce que dit Pichard, des chevaux 
nés avec des yeux excellents, mais devenus aveugles par 
accident, engendrent des chevaux qui perdent la vue : un 
superbe étalon, fils du Glorieux, du haras de Pompadour, 
mais devenu aveugle par suite de maladie, sans que cet 
accident altérât l'engouement qu'inspirait sa beauté,donna 
ainsi naissance à des produits qui tous, malgré la perfec- 
tion de la vue chez les mères, devinrent aveugles à trois 
ans (4). 

Des exemples témoignent aussi, dans notre espèce, de 
l'hérédité de lésions accidentelles : un accident qui sur- 
vient aux parents peut être l'origine d'une idiosyncrasie, 
parmi leurs enfants ; une saignée, chez une femme, a des 
suites fâcheuses; cette femme donne, plus tard, le jour à 
une fille chez laquelle la moindre égratignure détermine, 
aussitôt, une forte hémorrhagie et une faiblesse extrême : 
cette fille, mère à son tour, transmet celte idiosyncrasie à 
ses fils (5) ; un individu dontl'iris de l'œil droit était presque 

(1) Grognier, loc. cit. — (2) Lafont-Pouloli, ouv. cit,, p. 112. — 
(3) Voyagepittoiesqueautourdumonde.t. I,p. 255. — (4) Pichard, Jfa* 
nueldes haras, p. 12î, — (6) Dict. dessciencei médicales, t. IV, p. I90, 



492 DE L^AGTION DE LA LOI DE l' HÉRÉDITÉ 

immobile et marqaé d'une tache brune, par suite d'an 
accident survenu dans l'enfance, transmit complètement 
cette difformité à son premier né, et plus imparfaitement 
aux premiers qui suivirent; les derniers, enfin, n'en eu- 
rent pas même de trace (1). Une femme, déjà mère de plu- 
sieurs enfants, est aiBfectée d'un grave panaris du doigt, 
qui laisse le doigt difforme : deux nouveaux enfants, dont 
elle accouche plus tard, apportent au même organe la 
même difformité (2). Nous rapprocherons de ces faits une 
observation de William Buchan, qui tend à démontrer que 
la génération propage jusqu'aux effets de cause mécani- 
que : les dames anglaises étaient astreintes^ de son temps, 
à l'usage du corps, espèce de corset dont la compression 
s'exerçait sur la gorge ; beaucoup déjeunes filles anglaises, 
de l'époque, naquirent, à Londres, sans mamelons (3). 

2° La même loi régit les autres lésions de cause artifi- 
cielle. 

Il est d'observation fréquente que les poulains, dont les 
ascendants ont été, dans une suite de générations, mar» 
qués d'un fer brûlant, toujours à la même place, naissent 
avec lès traces du feu, aux mêmes endroits (4). Quant anx 
mutilations de certaines parties et particulièrement des 
extrémités, on ne saurait plus nier qu'elles se transmet- 
tent : Bourgelat etBuffon l'avaient affirmé; Blumenbacb, 
Meckel, Virey (5), Frédéric Cuvier (6), Burdach (7) et 
Grognier (8), le confirment, après eux; des observations 
positives le prouvent. D'après le témoignage de Blumen- 

(t) Meckel, iirchiv/uer Anatomie, 182S, p. 184.— (2) Traité dephy^ 
shlogie, t. II, p. 351. — (3) W. Buchan, le Conservateur de la santé des 
femmes et des enfants, p. i6. — (4) Grognier^ ouv, cit., p. 245. — (5) Dict, 
des sciences médicales, t.XVllI, p. 44-58. — (6) Flourens, Résumé ana- 
lytique des observations de Frédéric Cuvier, p. 115. — (7) Burdach, ouv, 
cit., ubi supra. — (8; Oui?, cit,, ubi supra. 



SUR LBS MODIFICATIONS DU TYPE SPÉCIFIQUE. 493 

bach, an homme dont le petit doigt de la main droite 
a^ait été presque abattu et remis de travers, engendra 
plusieurs fils qui avaient le petit doigt de la main droite 
tors (i). Il n'est pas rare de voir des mâtins et des chiens 
couchants venir au monde la queue écourtée ; le fait, d'a- 
près Langsdorf, est surtout très- fréquent au Kamtchatka 
oh Ton est dans l'usage de couper la queue aux chieus qui 
tirent les traîneaux (2). Frédéric Cuvier en rapporte un 
exemple curieux qui s'est produit à notre ménagerie : une 
louve accouplée avec un chien braque dont on avait coupé 
la queue, y mit bas deux métis à très-courte queue (3). 
D'après Blumenbach, avec les chiens à queue ou oreilles 
écourtées, peuvent naître aussi des chiens dont les mêmes 
parties soient demeurées intactes ; 'Grognier en cite un cas 
très-digne d'attention : un vétérinaire a vu, dit-il, une 
chienne sans queue, dont les produits femelles étaient 
aussi sans queue ; mais il n'en était pas ainsi des produits 
mâles (4). Nous tenons d'un berger, sur des chiens de 
berger, un autre fait analogue, à la différence près que les 
chiens à queue courte, ou à queue longue, n'étaient point 
tous du même sexe. On voit enfin des cas où des chiens à 
queue courte naissent de chiens à longue queue. 

C'est à tort qu'on a vu, dans les trois derniers cas, une 
raison suffisante de révoquer en doute la pertinence des 
autres à démontrer le fait de l'hérédité des mutilations ; 
ils ne l'ébranlent pas et ne sont évidemment, comme ceux 
qui précèdent, que des expressions des différentes lois de 
la génération que nous avons posées. Ils s'expliquent : le 
premier, par le fait d'élection sexuelle dans le transport 

( j) Treyiranus, Biologie, t. lll,'p. 452. — Burdach, loc. cit. — (2) Bur- 
dach, ouv. cit., t. II, loc, cit. — (3) Flourens, ouv, cit., ubi supra. — 
(4) Grognier, ouv, cit., p. 245. 



494 DE l'action de la loi de l'hérédité 

séminal (t. 11^ p. 1 56) ; le second, par le seul fait delà di* 
Ycrsilé entre les deux auteurs^, l'un ayant une queue, Tiiu- 
tre n'en ayant point (t. II, p. 249) 5 ou, phénomène encore 
possible chez les chiens, par la pluralité de la paternité 
. dans la même portée ; le troisième, enfin, par la marche si 
commune de l'hérédité en retour (t. II, p. 39). 

§ II. ~ De rhérédité des états présents ou momentanés de l'être. 

Mais dans tous les exemples, que nous Tenons dç citer, 
du transport séminal des modifications accidentelles et 
des mutilations, le temps joue un grand rôle; il n'est 
question que de celles qui remontent à une époque plus 
ou moins ancienne dans l'organisation. La génération 
n'est-elle donc appelée à répéter que ceux des caractères 
ou des altérations de l'être, qui sont de Tieilledate dans son 
économie, et lorsque le passé est si énergiquement soumise 
son empire, le présent de la vie, l'état momentané de l'in- 
dividu, seraient-ils seuls affranchis de la loi de se repro- 
duire? 

Non : l'être se régénère au passé, au présent, au futur, 
de lui-même. Au passé, nous venons d'en citer cent exem- 
ples ; au futur, c'est le cas du plus grand nombre des faits 
de l'hérédité ; au présent, nous l'avons déjà démontré par 
la répétition séminale de tous les caractères des âges ; et 
nous allons maintenant l'établir par des faits, qui ne le 
prouveront pas seulement de l'état actuel, mais encore des 
états transitoires de l'être. 

Le phénomène, jusqu'ici si mal interprété, de h préco- 
cité, va nous en présenter un premier ordre de preuves ; 
il n'est point, pour nous, d'autre explication rationnelle 
d'une partie des anomalies dont il est l'origine. Dans notre 
opinion, l'éveil prématuré des organes, des fonctions, des 



SUR LES 110DlFl€ATt01l8 DU TYPE SPÉCIFIQUE. 495 

facultés de l'être, qai ne dépend d'ancane cause étran- 
gère an sujet, et qai se manifeste d'ane manière sponta- 
née, dès les commencements de la yie et, parfois, dès la nais- 
sance même, cet éveil n'a d'antre canse qne celle de l'hé- 
rédité an présent de la vie : il n'est, en d'antres termes, 
qne la réflexion on représentation séminale de Tétat actuel 
d'un des auteurs dans l'organisation immédiate du produit. 

Une masse d'exemples, choisis parmi les plus curieux 
cas de précocité, a tous ces caractères. 

Telle est une grande partie de ceux de précocité de la 
croissance et du développement général chez différents 
enfants de l'un et de l'antre sexe. 

« Le plus souvent, écrit le professeur Is. Geoffroy Saint* 
Hilaire, c'est de très-bonne heure et sans cavtse connue, 
c'est quelquefois même presque dès la naissance ^ que l'ac- 
croissement commence à se faire avec beaucoup de rapidité. 

« Dans ces cas, l'anomalie ne peut évidemment être at- 
tribuée à l'influence d'aucune^ cause étrangère à Vorganir 
sation du sujets et l'activité extraordinaire de la nutrition 
ne peut se concevoir que comme Teffet d'une disposition 
particulière (1) .» 

Nous venons de dire quelle est, dans notre foi profonde, 
l'origine réelle de cette disposition. 

L'hérédité de l'état actuel du développement n'est ja- 
mais générale ; elle se borne au physique ou au moral de 
l'être, €t ne s'étend même point simultanément à tous les 
caractères de l'une ou de l'autre forme de son existence. 

L'hérédité de l'état actuel du physique a d^ux expres- 
sions principales qui peuvent être distinctes ou réunies : 
la précocité spontanée de la croissance ; la précocité ^- 

(1) Is. Geoffroy Saint^Hilaire , Histoire générale et particuîière des 
anomalies, 1. 1, p. 196. 



496 DE l'action de la loi de l'hërédité ^ 

lement spontanée de la puberté. D'après Is. Geoffroy Saint- 
Hilaire, la dernière serait plus fréquente chez les filles, 
l'autre chez les garçons (1). 

Dans ceux de ces phénomènes qui se rapportent aux 
garçons, le développement prématuré de la taille marche 
presque toujours parallèlement avec celui des attributs de 
la virilité. 

La science compte un assez grand nombre de ces faits 
qui, séparés de la seule cause qui les explique, sont de 
nature à paraître bien extraordinaires. 

Il en est quelques-uns d'une haute antiquité. Nous 
voyons dans la Bible (2) Phares engendrer £zron à 9 ans ; 
Salomon, Roboam à l'âge de il ans; Achaz, Ézéchias à 
l'âge de 10 ans. Mais ces cas, supposés authentiques, se 
compliquent de l'action du climat. Un second fait, aussi 
très-ancien, de ce genre, est rapporté par Pline : c'est 
celui si connu de l'enfant de Salamine, mort à 3 ans, pu- 
bère et haut de trois coudées (3) ; mais il est raconté sur 
témoignage d'autrui. 

Des auteurs plus modernes en citent d'incontestables : 

Un enfant du nom de Jacques Yiala, né dans un ha- 
meau de l'ancien diocèse d'Alais, et d'un tempérament 
robuste, sans avoir présenté rien d'extraordinaire qu'un 
violent appétit, se développe subitement à quatre ans et 
demi, en force musculaire, en grosseur et en taille; à cinq 
ans, il atteint quatre pieds trois pouces de haut, la voix 
mue et prend le caractère d'une pleine et forte basse* 
taille; la barbe parait; le pubis se couvre de poils, et à 
six ans il a tous les signes extérieurs d'une puberté com- 
plète (4). 

( I ) Idem, 1. 1, p. 195. — (2) Rois, liv. m et iv. — (3) Hist. natw., lib. 
vji, ohap. 15. — (4) Sigaud de Lafond, Dict, dês mervtilUs (k la nature 



SUR LES HODiFIGATiONS DU TTPB SPiClFIQUE. 497 

Moreaa, de la Sarthe, rapporte le fait d'an autre enfant, 
pubère, comme celui-ci, à l'âge de six ans : des poils forts 
et nombreux couvraient tout le pubis ; les testicules étaient 
les plus volumineux qu'un adulte puisse avoir, et il était 
d'une force extraordinaire (i). Un troisième enfant, des 
environs du mont Saint-Claude, dans le Jura, marche dès 
le sixième mois ; est apte, dès quatre ans, à la génération, 
et, dès sept, a la barbe et la taille d'un homme fait (2). 
Un quatrième enfant, cité par Gerberon, né avec de longs 
cheveux, est pubère, haut de trois pieds, et cou vert de poils, 
I aux organes sexuels, dès trois ans et demi (3). On doit à 
I Biboii une observation analogue, plus récente, chez un 
autre enfant de trois ans, quatre mois (4). Un fait sembla- 
I ble vient d'être observé à Cambrai (5). Mais la virilité 
I peut être plus rapprochée encore de la naissance : Un en- 
j faut né dans le bourg de Teirzovits, à sept milles de Pra- 
gue, et nommé Jacques Sima, commença, dès trois ans, à 
avoir de la barbe, et il était déjà si robuste, à cet âge, 
qu*il battait le grain en grange, et soutenait les travaux 
[ les plus pénibles des champs (6) . Un autre, né à Cahors, le 
23 juillet 1753, qui n'avait en naissant rien d'extraordi- 
naire, mais dont la taille prit un développement subit, avait 
aussi , à l'âge de trois ans, les organes génitaux de l'honmie 
de trente ans le mieux organisé, une forte voix de basse^ 
taille, et, à quatre ans, un très- vif appétit vénérien (7). 
L'Académie des sciences fit paraître devant elle, en 1 736, 
un enfant de sept ans, nommé Noël Fichet, né àFresnay-le- 

(1) Fournier dans le Dict. des sciences médicales, t. IV, p. 20f . — 

(2) Bist. de V Académie de 1666 à 1669, t. II, p. 235.— (3) Supplément du 

Journal des savants, n» 15, février 1672 et Collect, acaâ,, 1. 1, p. 567. 

— (4) Ga%, médicale de Paris, 7 décembre 1844. — (6) Bulletin de VA- 

I eadémie de médecine, t. VI, p. 622. — (6) Sigaudde Lafont, oui;. Ht,, 

I p. 453. — (7) Ancien journal de médecine, t. X, p. 37. 

n. 3« 



498 DB l'action de la loi de l'hérédité 

Buzard, aux environs de Falaise; cet enfant, qui était 
alors haut de quatre pieds» huit pouces, quatre lignes, 
était d'une force vraiment extraordinaire, et avait com- 
mencé à donner, dès deux ans^ des signes de puberté (1). 
En 1806, d'après Dupuytren, la société médicale établie, 
à cette époque, dans le sein de la Faculté de Médecine 
de Paris, eut aussi sous les yeux un enfant de trois ans 
et demi, très-robuste, de trois pieds et demi de haut, pe- 
sant cinquante-sept livres, pubère, et chez lequel la pu- 
berté avait commencé à se montrer, jivant Tâge de deux 
ans (2) ; enfin, Presle-Duplessis rapporte un cas, peut- 
être plus surprenant : l'enfant, nommé Savin, était, à 
sa naissance, d'un volume ordinaire; mais l'ossification 
du crâne était déjà tellement avancée, qu'il existait à 
peine trace" des fontanelles. La puberté s'annonce dès 
l'âge de dix-huit mois ; la voix devient rauque et forte ; les 
mamelons se tuméfient; les organes génitaux prennent 
plus de volume et se couvrent d'un duvet dense ; toutes 
les forces s'accroissent ; à trois ans^ un mois, sa taille était 
déjà de trois pieds, trois pouces ; son poids, de quarante- 
neuf livres ; il avait vingt dents, une moustache naissante 
à la lèvre supérieure, la peau un peu velue, les hanches 
bien dessinées et très-développées^ les traits rudes, la voix 
forte, les testicules très-tgros, le pénis de trois pouces dé 
long dans le repos, de cinq dans l'érection, assez souvent 
suivie d'éjaculation ; enfin, un poil épais et frisé entou- 
rait toutes ces parties (3). 

T Les phénomènes de ce genre sont peut-être plus re- 
marquables encore chez les filles, et plus démonstratifs, 

{\)Bist, de FÀcadémie pour 1736, p. 5S. — (t) Isid. Geoffroy-Saint- 
Hilaire, otcv. cie.,iibi suprà. —(8) Journal eomplémeniair^ des scimc$s 
médicales, i. Wllj p. 277. 



SCR LES MODIFICATIONS DU TYPE SPÉCIFIQUE. 499 

parce qu'on en suit chez elles la manifestation, de degré 
en degré, jusqu'à la naissance même. 

Un mémoire fort curieux du docteur Dezeimeris (1) , 
où l'on trouve recueillis une grande partie des cas de 
menstruation précoce épars dans les auteurs, est riche 
en faits de ce genre. Des exemples, empruntés aux 
docteurs Susewind, Dieffenbach, dH)utrepont, Caros, 
Schaefer, Louis Robert, J. Lebeau, Descuret, Gomar- 
mond, Bourjot Saînt-Hilaire, Clarke, Carrière, etc. , of- 
frent, sous tous les climats, des observations d'apparition 
soudaine de la menstruation, chez des filles de sept ans; 
chez des filles de trais ans ; chez des filles de deux ans, de 
iiX'huit mois, d'un an, de neuf moisj de trois mois. 

Dans tous les faits de cet ordre recueillis par l'auteur, 
la menstruation a été précédée de tous les signes physiques 
delà puberté : le développement des mamelles et du mont 
de Yénus ; l'apparition de poils aux aisselles , au pu- 
bis, etc.; l'accroissement hâtif de la taille et de la cheve- 
lure, phéiK)mène quels. Geoffroy Saint-Hilaire (2) avait 
cru, chez les filles, être exceptionnel. 

Nous ne sommes pas encore atix dernières limites : des 
observations plus anciennes, rapprochant, de plus en plus, 
le phénomène de sa source et de son explication ^ nous 
montrent, chez les filles , la manifestation de la puberté, 
dès la naissance même : Sinibaldi rapporte, d'après Al- 
bert le Grand , l'exemple d'une fille venue au monde 
menstruée , les mamelles développées comme une fille 
adulte , les aisselles et le mont de Vénus couverts de 
poils (3). Bucker parle d'une autre dont les règles paru- 
. rent le troisième, le cinquième et le neuvième jour, après 

(1) Dans Y Expérience^ t.lll.— (8)Isid. Geoffroy-Sain t-Hilaire, o«u. ci7., 
t.I, p. 199. — (3) Sinibaldi, Geneanthropeia, lib. vi, p.717. 



500 DE L ACTION DE LA LOi DE l'hÉRÉDITÉ 

sa naissance , mais qui mourut bientôt dans les convul- 
sions (l). Les règles d'une autre coulèrent, d'après Muller, 
trois jours après qu'elle était née, et reparurent ensuite 
de quinze jours en quinze jours. Kerkrin a vu aussi 
une jeune fille sujette, dès sa naissance, aux règles (2). 
Le chirurgien Baillot, deLinières, vit une autre petite fille 
de Bernon , en Champagne , née au mois de septem- 
bre 1756, apporter, en naissant, tous les signes extérieurs 
de la puberté (3). 

Arrivé à ce point, il n'est déjà plus possible de douter 
que le phénomène ne tienne à une disposition congéniale 
de l'être. Baciborski l'avoue, mais se trompe évidemment 
sur la nature de cette prédisposition, lorsqu'il l'attribue 
à une maturité prématurée des œufs, entraînant à sa suite 
l'hémorrhagie menstruelle, et le cortège des autres signes 
delà puberté (4). Dans cette hypothèse même, cette matu-* 
rite prématurée des œufs ne serait qu'un effet, dont il res- 
terait toujours à pénétrer la cause : cette cause , quelle 
qu'elle soit, doit être, nécessairement, de la même nature 
que celle qui détermine cet effet chez l'adulte, c'est-à-dire 
être l'état de puberté lui-même. Or, comme cet état ne 
, peut ici découler de circonstances externes , qu'il tient à 
une disposition congéniale qui ne peut avoir sa source 
première dans le produit, il faut, évidemment, qu'il l'ait 
dans ses auteurs, et que, d'après la loi de l'hérédité (5) , il 
Fait, en ceux-ci, dans la transmission de leur état actuel, 
c'est-à-dire , par le fait , dans l'hérédité de la puberté 
même. 



(1) Commerc. Norimh,, 1734, p. 347. —Casimir Medicus, Traité des 
maladies périodiques sans fièvre, g lvi- — (2) Casimir Medicus, ouv. ctt., 
p. 186. — (3) Sigaud deLafont, ouv. dt., t. I, p. 443. — (4) Raciborski, 
• xpérience, n^ du 24 août 1841. — (5) Voy. t. II, p. 490. 



SUR LES MODIFICATIONS DU TYPE SPÉCIFIQUE. 501 

Il n'est point, pour nous , d'autre théorie possible 5 et 
celle proposée par Baciborski , outre les raisons données 
de son insuffisance, tombe devant deux autres faits : 
Pimpossibilité de son application aux mêmes phéno- 
mènes, chez le sexe masculin ; l'impossibilité de son ap- 
plication à des formes différentes de la précocité, spécia- 
lement à celles delà précocité de Tintelligence, dont on a 
des exemples tout aussi merveilleux (1), et qui ne sont 
pour nous qu'une seconde forme de l'hérédité de l'état 
actuel , celle de Thérédité de l'état de raison, ou de la 
puberté d'esprit des père et mère. 

Nous touchons, en ce moment, au point culminant de 
notre démonstration. D'autres phénomènes, en prouvant 
l'influence de répétition de l'état présent de la vie , vont 
nous permettre de prendre la nature sur le fait, dans le 
coït même : 

1° Une violence mécanique exercée sur la mère , dans 
la copulation, peut se transmettre au produit : une chienne 
est éreintée, pendant Taccouplement, par un coup violent 
sur la moelle épinière, et elle reste, plusieurs jours, para- 
lysée de tout le train de derrière. Des huit petits qu'elle 
met bas , tous , à l'exception d'un qui ressemble à ?on 
père, ont le train de derrière, ou défectueux, ou mal con- 
formé, ou d'une extrême faiblesse : à l'un manquent les 
extrémités postérieures; l'autre les a grêles ou courtes; 
un autre ne peut mouvoir que celles de devant (2). 

S'il en est ainsi des lésions accidentelles , que ne de- 
vons-nous pas croire de l'influence des états si divers du 
phy^que et du moral de l'être, dans l'acte et dans l'ins- 
tant où se reproduit la Tie? N'est-ce pas un indice, une 

(1) Sigaud de Lafont, ouv. eit,, 1. 1, p. \bU, - (2) Girou , de la Gé- 
nération, p. 147. 



502 ' DE l'action de la loi de l'hérédité 

preuve directe, que c'est bien à cet acte , que c'est à cet 
instant, et à l'hérédité de l'état sous l'empire duquel il 
s'accomplit, que l'on doit rapporter toute cette série de 
faits' si extraordinaires, mais dont le merveilleux tombe, 
devant l'évidence de l'explication que nous présentons ici? 
L'hérédité d'état donnerait même à penser que, pour tous 
ceux des cas de puberté précoce, dont nous avons cité des 
exemples chez des filles où la menstruation débute à la 
naissance, la conception s'est faite sous l'empire immédiat 
de la menstruation. 

2" L'hérédité d'état se révèle sous une autre forme, dans 
la propagation des troubles physiologiques de l'ivresse aux 
enfants conçus dans son délire. Les Grecs avaient traduit 
le fait en allégorie : ils faisaient naître Yulcain difforme 
de Jupiter enivré de nectar. Ils semblent, en effet, avoir 
très-bien connu l'hébétude des enfants engendrés dans 
l'ivresse. « Jeune homme, disait Diogène à un enfant stn- 
pide , ton père était bien ivre quand ta mère t'a conçu. » 
En admettant même ce que dit Galien, que la nature, en 
lutte contre les suites de nos vices et de nos parements, 
s'oppose, en général, à ce que les enfants nés de parants 
en ivresse soient frappés d'idiotisme, il n'en est pas moins 
vrai que les caractères principaux de l'ivresse , quand 
l'ivresse est féconde, sont transmissibles : 

Un de ses caractères les plus habituels est une obtusion 
de la sensibilité générale, qui peut être poussée jusqu'au 
dernier degré d'anesthésie. Les enfants, procréés dans 
l'ivresse des parents, offrent souvent, d'après Hofoeker (1) 
et Burdaefa (2), cette même obtusion de la sensibilité. 

Un autre caractère pathognomonique de l'ébriété, est 

(i) Hofacker, Véber die Eigenschaften, etc., p. 101.— (S) Traité di 
physiologie, t. II, p. 259. 



SUR LES MODIFICATIONS DU TYPE SPÉCIFIQUE. 50 

un certain degré deperyersion et même de sospension des 
sens et de riutelligence. Les hommes iyres voient mal , 
n'entendent pas bien, et ne comprennent pas mieux qu'ils 
n'entendent et ne Yoient : les enfs^nts procréés dans œt 
état d'absence momentanée d'esprit et d'hébétude men- 
tale, naissent souvent imbéciles ou complètement 
idiots (1). « Quelque diJScile qu'il soit de rassembler des 
&its, à cet égard, je pourrais cependant citer, dit Hufe- 
land, des exemples d'enfants engendrés daQs l'ivresse, qui 
sont ainsi restés, toute leur vie, imbéciles (2). » Une idiote 
du nom de Brickton , dont il est question dans Esquirol, 
était née d'une mère bien portante et d'un père habituel- 
lement ivre (3). JDes mères d'enfants idiots ont affirmé à 
Edouard Seguin que leur mari était dans un état d'ivresse 
prononcée, au moment de la conception (4). Nous tenons 
nous-même ce fait d'un membre de la famille où il s'est 
produit : une femme du Monistrol donnait, d'abord, le jour 
à de trèft-beaux enfants ; elle se livre, tout à coup, avec fré- 
nésie, à la passion de l'eau-de-vie ; l'ivresse devient chez 
die un état ordinaire : elle n'engendre plus quçdesenfants 
rabougris» dépourvus de yigueur, de {ormes désagréables, 
de marche vadllante, d'intelligence torpide, et qui suc- 
combent tous. Ce n'est point tout : d'après Bœcfa, si à 
l'ébriété dans la conception, se joint l'inflnence des lieux 
où règne le crétinisme, les qnfants m naissent point sim- 
plement i4iote, ils naissant crétins (5). 

Mais il est d'autres états» plus transitoires encore , 
conune les passions ou les affections morales, sous l'in- 

(1) Cardan, de Subtilitale, lib. xvm, p. 292; — (2) Hufeland, VÀrtde 
prolonger la vie de V homme, p. 988. — (3) Esquirol, des Maladies men- 
tales, Paris, 1838, t. Il, p. 383. — (4) Edouard Seguin, TraÂtemeiU mo 
rai, hygiène et éducation des idiots, Paris, 1846, p. 181. *- (5) Rœsch, 
Untersuchungen ueher den kretinismus, Erlangen, 1844. 



50 i DE l'action de la loi de L^UÉRÉDiTÉ 

flaeace desquels s'exerce le coït,etqui, si passagers qu'ils 
soient, peuvent transpirer dans le nouvel être, et se réveil- 
ler chez lui en impressions natives, par une réminiscence 
héréditaire de l'àme. Animés, en quelque sorte, de la con- 
tagion de Pacte auquel ils président, ils ont, dit-on, le 
pouvoir de déterminer le caractère et la trempe d'esprit 
de l'enfant (1). Ainsi, la conception, sous la passion de 
l'envie, dispose, d'après Cardan, l'enfant à cette passion; et 
la conception , dans un état de tristesse , le dispose à la 
tristesse (2). Cette conviction antique dictait à Hésiode le 
précepte vie s'abstenir du coït, au retour de cérémonies 
funèbres , de crainte de transmettre à l'enfant l'impres- 
sion de mélancolie qu'elles laissent au fond de l'âme (3). 
« Puisqu'un extrême produit des extrêmes, pourquoi, dit 
Hufeland, n'admettrait-on pas qu'un enfant engendré, 
dans un moment de mauvaise humeur ou d'incommodité, 
se ressentira lui-même , plus ou moins, de cette disposi- 
tion (4)? «c Un des enfants adultérins de Louis XIV , conçu 
dans une crise de larmes et de remords de madame de 
Montespan , que les cérémonies religieuses du jubilé 
avaient provoquée, garda, toute sa vie, un caractère qui 
le fit nommer des courtisans : Tenfant du Jubilé. Da Gama 
Machado affirme que d'autres enfants « conçus sous l'im- 
pression physique de certains coupables et des tableaux de 
leurs crimes, ont porté plus tard leur tète surl'échafaud, 
pour le même crime (5) ; » et il insiste par cette raison» 
sur le danger de laisser les femmes assister aux débats cri- 
minels. C'est dans le même ordre d'idées que Girou de Ba- 



(I) Fienus, é/6 FtrtfttM \mag'%natxon\s, p. 25i, et Roussel. —(2) Cardan, 
de Subtilitatê, ubi suprà. — (3) De Openbus et viribus, lib. II.— (4) Hufe- 
land, ouv. cit,, ubi-suprà.— (5) Da Gama Machado, Théorie des ressem- 
hlancesj part, ii, p. 140. 



SGR LES MODIFICATIONS DU TYPB SPÉCIFIQUE, 505 

zareingaes a combattu la thèse de J. - J.Roasseaa , qa'nn roi 
doit laisser son fils libre d'épouser toute femme, en sym- 
pathie de goût et d'humeur avec lui , fût- elle fille du 
bourreau : « Je craindrais, dit Girou, que, placés sur le 
trône, 1^ enfants d'une pareille union ne devinssent, un 
jour, les bourreaux de leurs sujets (i). » 

Pour noos, nous conclurons par dire avec Hufeland, que 
l'état momentané, dans la génération, est un point beau- 
coup plus essentiel qu'on ne le croit d'ordinaire , et que 
son influence peut être décisive sur la nature physique ou 
morale de l'enfant. 

En un mot, le principe d'après lequel la vie se régénère 
à l'image de l'être qu'elle anime , est le principe d'après 
lequel elle se reproduit, à l'image de ce qu'elle est en lui, 
dans le moment où elle se régénère. Un auteur est allé, 
sur ce point, jusqu'à dire que le présent de la vie est le seul 
temps de l'être dont la génération répète les caractères : 
« non enim animal générât sibi simile secundum id quod 
fuUaut erity $ed secundum id quod in aetu est (2). » 

En démontrant l'erreur de celte impuissance prétendue 
du passé et du futur de l'être à se reproduire, l'expérience 
confirme, en tout, la faculté que Vallesius avait décernée 
aa présent. (3) 

Il en est, en effet, de la répétition organique de la vie 
par la génération, comme il en est delà représentation ar- 
tificielle des formes par la photographie. L'image élec- 
trique que grave la lumière, n'est point simplement celle 
du visage et des traits, mais celle de l'impression et de l'ex- 
pression de l'àme, au moment où ils sont saisis par le so- 
leil : il en est de même, en nous, de l'image que vivifie la 

(1) Girou, Philosophie physiologique, p. 812. — (2) Franciscus Valle- 
sius, Sac. philosoph.yC^p, ii. — Dans Sinibaldi, p. 838. — (8) Id. loc. cit. 



506 OB l'action db la loi ob l hérédité, etc. 

magique lumière de notre existence. L'éclair qui la pro- 
page et qui la réfléchit, ne transmet point seulement L'em- 
preinte du type physique et moral de notre être ; il trans- 
met, avec.elle, l'expression latente de la physionomie qu'il 
surprend à la vie « dans l'instant où le plaisir en féeonde 
l'extase. Mais, dans la merveilleuse invention de Daguerre, 
la représentation est instantanée dans tous ses effets, et la 
ressemblance immédiate et réelle ; dans Tœuvre plus mer- 
veilleuse de la génération, l'image est au futur, et la res^ 
«emblance est dans le devemr. 



LIVRE SECOND. 

DE l'influence DES LOIS DE LA PROCRÉATION SUR LES DÉVIATIONS 
DE l'état spécifique OU MODIFICATIONS PATHOLOGIQUES 
DES ÊTRES. 

Ea rangeant dans la classe des déviation» de l'ordre et 
de la loi des espèces, les modifications pathologiques des 
être?, nous n'avons point émis une doctrine nouvelle. 
Un grand nombre d'auteurs , philosophes ou médecins, 
sont arrivés , comme nous , et longtemps avant nous , à 
considérer toutes les maladies sous le même caractère; 
mais si la conclusion est semblable, si tous s'accordent à 
reconnaître la santé comme Tétat d'institution des êtres , 
les raisons qu'ils euidonnent ne se ressemblent pas. 

Celles de plusieurs auteurs sont, ou métaphysiques, ou 
parement religieuses : les uns, comme Baader, imaginent 
an état primitif de l'homme, une sorte d'âge d'or des êtres 
et deila vie, tel que le paradis terrestre des chrétiens, où 
l'organisnie avait toute la p^fection de son type idéal, 
la plug irrépcochalde correction des formes, l'éternelle 
jeunesse de l'éternelle beauté, où il ne connaissait ni souf- 
france, ni laideur, ni déclin, ni mort. Toutes ces pertur- 
bations de l'ordre divin de la nature, de l'ordre légi- 
time, de l'ordre primitif , sont la suite du mal ou de la 
diute de l'homme ; elles n'affligeaient pas le monde avant 
le péché (I). Des esprits, positifs à tant d'autres égards, 

(0 Dict, des sciences philosophiques, t. It P« 2^^*^ 



508 DE L^ ACTION DES LOIS DE LA PROCRÉATION 

Haller (1), Pajol de Castres (2) , imbus des mêmes idées, 
redescendent au déluge, et reportent à cette date Tori- 
gine des caases de l'abréviation de l'existence humaine, et 
la génération de la ipaladie. 

Les raisons objectées par d'autres auteurs, sont d'un tout 
autre ordre ; elles sont physiologiques : Portai (3), Pe- 
tit (4), Virey (5), Geoffroy Saint-Hilaire (6), etc., admet- 
tent, il est yrai, avec les précédents, que les germes des 
végétaux et des animaux sont tous émanés purs et régu- 
liers de la main du Créateur; ils conviennent, avec eux, 
que le plus haut degré de perfection des formes, des fonc- 
tions organiques, et des facultés de l'âme, est l'état primor- 
dial ou naturel de l'homme ; ils leur accordent, encore, que 
les difformités, les monstruosités, et les maladies^ sont des 
altérations consécutives des troubles de cet ordre primi- 
tif. Mais ce n'est, ni au déluge, ni à la violation de la loi 
divine, c'est à la violation de la loi naturelle et de toutes 
les conditions de l'harmonie première des énergies vitales, 
c'est à l'impulsion des milieux , des agents, et des caases 
innombrables qui modifient les êtres, qu'ils attribuent 
tous ces désordres successifs. 

Nous aussi, nous disons: non, l'espèce n'est point née 
cancéreuse, scrofuleuse, ni tuberculeuse ; elle n'est point 
née goutteuse; elle n'est point née dartreuse, ni syphili- 
tique, ni épileptique ; elle n'est née, ni aveugle, ni sourde, 
ni muette, ni idiote, ni folle, etc., etc. Ce n'est point, en 
un mot, dans l'espèce, que le mal peut avoir son principe; 

(1) Haller, Eléments physiologiques, lib. xxx, sect. f , g f . — (?) Pujol 
de Castres, OEuvres de médecine pratique^ t. II, p. 275. — (S) Portai» 
Considérations sur la nature et le traitement des maladies de famille, — 
(4) Peiit» Essai sur les maladies héréditaires, 3* part., p. 6S. — (5) Vi- 
rey, Dict. des sciences médicales, t. XXXIV, p. 140. — (6) Geoffroy-Saint- 
Hilaire, Philosophie anatomique, p. 495. 






SUR LES KODIFIGATIONS DE L*ÉTAT SPÉCIFIQUE. 509 

et nous n'avons ici nul besoin d'invoquer on état anté- 
rieur de la vie sur la terre et de la natare des êtres, pour 
en donner la preuve. Il suffit d*un rappel à l'essence de 
l'espèce, pour le démontrer. On reconnaît, à l'instant, que 
ce n'est point seulement à l'époque primordiale de l'in- 
stitQtion des types de l'existence, mais à toutes les épo- ~ 
ques, mais de nos jours, mais toujours, que la maladie 
est une crise de la vie étrangère à l'espèce, et que nature, 
origine, cause, entre elles, tout diffère. 

I*" Le contraste de nature ne peut aller plus loin : il se 
manifeste, et par l'antagonisme absolu des tendances, et par 
l'opposition flagrante des phénomènes et des caractères : 

La tendance de l'espèce est la tendance à l'ordre et à la 
permanence du type et de l'état d'institution de la vie: 
celle de la maladie est la tendance au trouble et à la des- 
truction de l'ordre fonctionnel et de l'état vital ; 

Le caractère de l'espèce est de répéter, dans l'être, l'u- 
niversel, le semblable, et le permanent du type d'exis- 
tence qu'elle révèle. Si donc la maladie rentrait dans son 
principe, tout individu, comme type d'une espèce, serait 
aussi fatalement condamné au principe et aux formes suc- 
cessives ou simultanées de toutes les maladies, que, dans 
l'humanité, il l'est à naître avec deux pieds, deux mains, 
et tous les autres caractères spécifiques de l'homme. Tou- 
tes les affections qui affligent l'espèce, deviendraient au- 
tant de phases nécessaires et normales de son développe- 
ment; il serait astreint à les traverser toutes, de la nais- 
sance à la mort, dans un ordre régulier, comme le déve- 
loppement naturel des organes, et comme les autres pha- 
ses physiologiques de l'évolution de l'être. Or, Torgani-. 
sation n'offre, dans aucune espèce, un pareil phénomène : 
non-seulement il n'est point d'espèce dont tous les mem- 



510 DE l'action des lois de la procréation 
bres soient appelés à souffrir de tou& les genres de maux 
qui peuvent rdceableF» mais nous ne reconnaissons à au- 
cune maladie, dan& aucune espèce, cette nature spicifiqtte 
dont nous parlons ici : il n'en est aucune, proprement dite, 
qui frappe, d'une manière constante, tous les individus, 
quels que soient l'espèce et les lieux, les climats et les épo- 
ques où ils vivent. A de telles conditions , il n'y aurait point 
d'existence possible : nul être n'arriverait même à respirer. 

L'opposition, entre les caractères de l'espèce et les ca- 
ractères de la maladie, est telle que la lutte est perma- 
nente entre elles, et que la maladie, en altérant Vétatj dé- 
grade jusqu'au tt/pe de l'espèce qu'elle attaque. C'est ainsi 
que, d'après Serres, les lésions organiques ne suaient 
qu'un retour de la structure des organes Ycrs leur strac- 
ture première, à l'une des époques de la vie embryon- 
naire (1) ; ainsi que, d'après Bourgery, l'économie malade 
ne présenterait plus tels organes en entier, mais seule- 
ment telles fractions d'organes analogues de ceux des ani- 
maux (2); ainsi, enfin, qu'en dehors de toutes les hypo- 
thèses, l'observation directe nous montre, incessamment, 
les transsubstantiations, les dégénérescences, les métamor- 
phoses (3), comme autant d'expressions et de suites mor- 
bides des perturbations de l'ordre physiologique, ou de 
l'état spécifique d'institution de la vie. 

2'' L'origine de l'espèce ne diffère pas moins, que son 
essence, de celle de la maladie : l'espèce, évidemment, est 
d'une autre date qu'elle.L'ordre physiologique ou l'état de 
santé, identique à l'état spécifique des êtres, comme règle et 



(1) Serres, Recherches d'anatomie transcendante et pathologique , Pa- 
ris, 1832, p. 130-144. — (2) Bourgery, Traité <f flnatomw. — (3) Andral, 
Fréds d'anatomie pathologique; Gruveilhier, Traité d"anatomie patho- 
logique générale, Paris, 1849, 1. 1«'. 



SUR LES VODIFIGATIONS DE l'ÉTAT SPÉCIFIQUE. 511 

comme loi, est préexistant ; Tétat pathologique, comme 
trouble de la loi et accident de la règle, est consécutif. 
Nous n'avons pas encore besoin» pour le prouver, de sou- 
lever le voile de l'origine des êtres, ni de remonter aux 
premiers commencements des espèces vivantes ; il suffit 
de jeter un regard sur l'histoire de la maladie, et d'inter- 
roger l'ordre d'évolution de ses phénomèAes,^ tel qu!il se 
développe de nos jours, sous nos yeux. 

L'histoire nous apprend que, comme il n'est» ni ne fut 
jamais de maladie, qui remplit la première conditicm de 
tout attribut spécifique, celle de s'étendre à tous les mem- 
bres dé l'espèce, il n'est ni ne fut non plus jamais de ma- 
ladie, qui remplit la seconde : celle d'être de tous les lieux, 
et de tous les temps où existe l'espèce. Les diverses mala- 
dies propres à chaque espèce ne sont pas^ en effet, toutes 
de la même date, ni toutes des mêmes climats : le fait des 
e&démies et des épidémies en porte témoignage. Le mal 
est, pour ainsi dire, en travail incessant de métamor- 
phose. Nous assistons nous-mêmes à ces transformations; 
de nouvelles formes morbides naissent, d'anciennes s'é- 
teignent. Les maladies, enfin, comme l'a judicieusement 
dit E. Littré, ont leur gâ>graphie et leur chronologie (1 )• 

3"* Une démonstration dernière de leur nature anormale, 
par rapport à l'essence de l'espèce, jaillit de l'étiologie ou 
de l'étude de leurs causes. L'expérience, en effet, nous 
prouve qu'il n'est pas plus, dans le sens où nous parlons, 
de cause spécifique, que de forme spécifique de la maladie; 
qu'il n'est pas, en d'autres termes, de cause pathologique, 
dont Pénei^e s'étende à toute une espèce, ni qui ait le 
pouvoir de développer, chez tous, et toujours, la série des 

(1)E. Littré, OEuvres complètes d^Hippocrat 6, traduction nouvelle, etc., 
t. V, p. 506-507. 



512 DE l'action des lois de la procréation 
phénomènes morbides dont elle est le principe. Uespèce 
irit, en santé, sous Tempire de ces mêmes conditions qui 
semblent les sources pathogéniques de toutes les affec- 
tions qui dévorent ses membres, comme si les causes 
étaient inertes en elles-mêmes. Ne les voyons-nous pas, 
même dans les endémies et les épidémies les plus désas- 
treuses, nulles chez la plupart, variables dans leurs effets 
et leur intensité chez ceux où elles agissent, et n'agissant 
encore qu'à la condition d'une prédisposition latente de 
l'organisme, qui, dans Tordre, n'est pas un état de l'es- 
pèce, mais une affinité de l'individu? 

Bejetées par leur nature, par leur origine, par leur 
cause, de la sphère du type spécifique, les maladies ren- 
trent donc, sans exception, dans celle du type individuel. 

Reste à déterminer sous quel caractère. Nous sommes 
ici en présence de trois opinions opposées : 

Une première classe d'auteurs, préoccupés surtout de 
ce caractère d'écart et d'aberration de la loi de l'espèce, 
qu'offrent les maladies, les font toutes rentrer dans la 
classe générale des anomalies. C'est ainsi qu'Otto les a ré- 
parties dans les dix groupes qu'il forme des vices ou dé- 
viations. Le septième groupe, sous le titre : Déviations 
relatives à la consistance; le huitième, sous celui : Dévia- 
tions relatives à la continuité ; et le neuvième, sous celui : 
Déviations relatives à la texture^ se rapportent exclusive- 
ment à la pathologie (1). Le professeur Serres, se ralliant, 
en principe* à la même opinion, et admettant aussi les 
maladies au nombre des anomalies, établit cependant cette 
distinction d'espèce ou de nature entre elles : l'aberration 
de la forme produirait, d'après lui, la monstruosité; Ta- 

(I) Otto, Lehrbuch der paihologischen anatomie, 1. 1, Beilin, 1830. 



SUR LES MODIFICATIONS DE L^ÉTAT SPÉCIFIQUE. 513 

berratioQ de structure donnerait, au contraire, naissance 
aox maladies (1). 

Une seconde classe d'auteurs, qui renferme la plupart 
des pathologistes , arrivant, par la yoie directement in- 
verse, à la même conclusion de l'identité des deux ordres de 
phénomènes, ne joint point la maladie aux anomalies, mais 
les anomalies à la maladie. Ainsi, Roche et Sanson font, des 
anomalies, la douzième classe de leur classification pre- 
mière des maladies, et les désignent sous le nom de « rt* 
ces de conformation ^ ou de modifications conginiales, ou 
acquises de l'organisation, produites par un arrêt, ou par 
un excès de développement, ou par l'influence d'un état 
morbide (2). » Plus récemment encore, le professeur Trin- 
qaier, de Montpellier, renversant le principe de la dis- 
tiactioii du professeur Serres , en tre l'aberration de la forme 
et l'aberration de la structure, établit qu'il n'est point 
d'altération de la forme sans celle de la texture; que la 
foripe étant une des manifestations du mode de texture et 
d'organisation, on peut affirmer que ses altérations sont 
le résultat d'un état pathologique prochain ou éloigné, et 
que toute difformité, d'après cela, appartient à l'ordre 
pathologique (3). 

Une dernière classe d'auteurs, sans nier que les lésions 
pathologiques ne soient de véritables écarts du type nor- 
mal des êtres, repousse le principe de l'assimilation des 
affections morbides aux anomalies. « La maladie, dit Bur- 
dach, est une lutte de la vie individuelle avec elle-même, 
dans laquelle le libre exercice et l'harmonie des fonctions 
sont troublés. L'anomalie, même poussée au plus haut de- 

(1) Serres, Recherches d'anatomie transcendante, ubi supra. — (2) Ro- 
che et Sanson, Nouveaux éléments de pathologie^ Paris, 1844, t. I, 
p. B5. — (S) Gazette médicale de Montpellier , 15 janv. 1844. 

II. 53 



516 DB L ACTION DES LOIS DB LA PROGRÉATIOH 

Nous ne pouvons, toutefois, admettre celle qu'il pro* 
pose et ranger, avec lui, les anomalies dans les aberrations 
de la conformation 9 et les maladies dans les aberrations de 
la structure. 

Cette distinction tombe, devant robjection du professeur 
Trinquier, qu'il n'existe point d'aberration de lia forme 
sans celle de la structure. 

Mais, il est tout aussi impossible d'accorder au profes- 
seur Trinquier, que toutes les aberrations de la structure 
et de la forme soient des maladies. Il est incontestable, 
ainsi que le démontrent Is. Geoffroy -Saint-Hilaire et Bur- 
dach, qu'une foule d'aberrations de l'une et de l'autre es- 
pèce n'ont point ce caractère. 

La véritable ligne de démarcation à établir entre elles, 
doit précisément tendre à séparer celles qui ont ce carac- 
tère, de celles qui ne l'ont pas. Elle doit, en d'autres ter- 
mes, être dans la limite qui existe entre l'ordre physiolo- 
gique et l'ordre pathologique des êtres. 

La grande discussion soulevée, à cet égard, tient à la 
confusion faite par les médecins et les naturalistes, entre 
le type et Vètat d'institution de la vie ; et ici nous revenons 
aux grandes divisions que nous avons posées, quelques 
pages plus haut : 

Les déviations du type et celles de I'état spécifique de 
la vie sont toutes également des anomalies, parce que tou- 
tes sont, en fait, des écarts de l'espèce, parce que toutes 
sont, en fait, des aberrations de sa nature première; mais 
toutes ne forment point une seule et unique classe de dé- 
viations y 

Selon le mode de l'être spécifique qu'elles altèrent, el- 
les se rangent dans l'une ou dans l'autre des deux classes 
Dù se distribuent toutes les anomalies. 



SUR LES MODIFICATIONS BB l'ÉTAT SPiClFlQDE. 517 

Les unes, quelles qu^elIes soient, quelque forme qu el- 
les prennent, restent physiologiques. Elles n^attaquent 
que le type spécifique de l'être ; elles ne renversent point 
l'ordre fonctionnel ; elles ne détruisent point la santé ou 
Vitat spécifique de la vie. 

Les autres, au contraire, n'altèrent point tout d'abord 
ni directement le type, mais troublent directement et tout 
d'abord Vétat spécifique dé l'être, mais compromettent 
tontes, à différents degrés, la santé et la vie. 

A ces différences près, tout est, évidemment, analogue 
entre elles. 

Les unes et les autres sont des anomalies ; les unes et les 
antres se rapportent exclusivement au type individuel; les 
unes et les autres sont, dans le type individuel, des mo- 
difications acquises de la nature primordiale des êtres. 

Maintenant, reconnaissent-elles également, toutes deux 
dans la génération, les mêmes origines? y procèdent-elles, 
toutes deux, de ces deux mêmes lois de I'ini^éité et de Thé- 
RÉDiTE, que nous avons vues régir, sans exception, tous 
les phénomènes et tous les caractères originels des êtres? 

La question est déjà résolue, pour la classe des modifica- 
tions physiologiques ou des anomalies du type spécifique, 
et résolue, pour elle, par l'affirmative. 

Elle n'est plus à résoudre que pour la seconde classe, 
celle des anomalies de I'état spécifique ^ celle des maladies j 
et le problème ici se formule en ces termes : Existe-t-il 
aussi une iimnéite et une hérédité pathologiques de l'ê- 
tre? Les lois de Tinnéité et de I'herédité ont-elles, en 
d'autres termes, une forme morbide? 

C'est à l'affirmation, et nous pouvons le dire, à la dé- 
monstration de ces deux grands faits, que nous allons con- 
sacrer les chapitres qui suivent. 



518 0E l'action db la loi de l'intiéitë 
CHAPITRE PREMIER. 

DE L^CTION DE LA LOI DE l'iNNÉITÉ SUR LES DÉVIATIONS DE l'ÉTAT 
SPÉCIFIQCI OU MODIFICATIONS PATHOLOGIQUES DES ÊTRES. 

Existe-t-il une iiméiTÉ morbide? La loi de rinséiTÉ 
peut--elle, en d'autres termes, avoir une influence sur la 
génération de la maladie? 

Cette question se réduit à la question suivante : les pro- 
duits peuvent-ils devoir à l'acte même où ils puiseiit la 
vie, le principe d'affections étrangères aux auteurs? 

Nous avons déjà vu que les enfants peuvent nattre frap- 
pés d'anomalies inconnues aux parents, et de modîQca- 
tions du type spécifique nouvelles dans leur famille. Les 
faits, comme on va le voir, donnent la même réponse, pour 
toute la série des modifications de Vétat spécifique; ils ne 
laissent planer aucun doute sur l'action de la loi de Tiif- 
ifEiTJÊ dans le développement des affections morbides. 

Hais, pour bien comprendre toute l'étendue du rôle 
qu'elle est appelée à jouer dans la génération de ces affec- 
tions, il faut analyser les principaux états ou degrés par 
lesquels ces affections passent, et les origines séminales 
que chacun de ces états ou degrés de la maladie est sus- 
ceptible d'avoir. 

ARTICLE 1. 

Des formes et des états d'origine séminale de la maladie. 

Les affections morbides ou déviations de Vétat spécifi- 
que des êtres, si nombreuses qu'en soient les espèces, si 
variables qu'en soient les symptômes^ si différentes qu'en 
soient les causes occasionnelles, n'en présentent pas moins^ 
dans leur génération et leur évolution, des points d'anaio- 



. SDR LIS XODlPIGATIOlfS DE l'ÉTAT SPAgIFIQUE. 519 

gie inoentestaUe entre dles. Elles ont les mêmes modes 
de formation pr^siière; elles ont les mêmes phases de dé- 
yeloppement. 

§ I. — Des trds états ou phases de perturbation de Vétai sj^^fiqite. 

Le trouble pathologique de l'état primordial et normal 
de la vie ne se révèle point, d'abord, en général, chez l'ê- 
tre, dans toute la plénitude de son développement. Il est 
progressif dans son évolution, et la perturbation qui le 
caractérise a trois modes bien distincts : 

V Le plus élémentaire et le plus général est l'état d'ap- 
t^de idiosyncrasique à la maladie, susceptibilité de l'or- 
ganisation qui, sans être ni le germe de la maladie, ni la 
maladie même, en est le premier principe, parce qu'il im- 
prime dans l'être une sensibilité anormale à l'action des 
causes qui la développent, et qu'il le rend ainsi propre à 
la contracter. C'est la disposition organique de Petit (I), à 
la maladie, celle qu'il définit << un état particulier de Téco- 
nomie entière ou seulement de quelques organes, durant 
lequel les fonctions s'exercent de telle manière que, si 
Imdîvida vient à se trouver placé au milieu d'un ordre 
déterminé de circonstances, il se produit aussitôt un état 
maladif. » Dans les mêmes circonstances, cet état maladif 
ne se produit point chez les indivjidus où cette disposi- 
tion n'existe pas; fait très-digne d'attention, qu'atteste au 
médecin l'expérience journalière, et qui se vérifie pour 
les espèces les plus diverses d'affections et jusque sous l'em- 
pire des causes les plus ardentes des épidémies, ou des en- 
démies, ou des contagions, sans en excepter, comme on l'a 
vu plus haut (T. I, pag. 251), la rougeole, la variole, ni la 

(1) A. Petit, Essai^r les maladies hééditaires, p. 36. 



520 mt l'action m la loi de l*in!iéite 

syphilis même, dans la première fareur de son inyasion. 

Toutefois, si paissante que soit cette aptitade, et quoi- 
que la , première des causes prédisposantes à la maladiOi 
elle a pour caractère de ne jamais sufiBre d'elle-même à la 
produire, et de nécessiter, pour la génération de l'état 
morbide, le concours réuni de la cause efBciente et de Foc- 
easionnelle. 

2^ La seconde phase du trouble de Vétat spécifique de 
l'économie ou de la perturbation pathologique de l'être, 
est Vétat séminal ou rudimentaire de la maladie. Cet état 
séminal n'est point, comme ou Ta dit, par une confusion 
habituelle de cette phase avec la première, une prédispo- 
sition pure et simple à une forme quelconque d'afifec- 
tions. C'est la préexistence de la maladie, son principe es- 
sentiely sa semence^ son germe; germe qui, dans l'orga- 
nisme, vit à l'état latent où sont, à la naissance, d'autres 
éléments de l'économie : les dents, les cheveux, la barbe, 
les plumes, les couleurs, et divers attributs médiats on im- 
médiats de la sexualité. Tout germe, en effet, a pour ca* 
ractère de receler en soi, comme le dit Burdach, une dis- 
position intérieure à un développement déterminé. Or, 
cette disposition intérieure à un développement déter- 
miné est précisément ce qui différencie le principe sémi- 
nal des espèces morbides, de la simple aptitude ou prédis- 
position à la maladie. A l'instar des graines qui germent 
dans le sol, ou des éléments organiques de l'être dont 
nous venons de parler, le principe séminal des espèces 
morbides renferme, avec l'espèce qu'il contient en puis- 
sance, une force d'impulsion qui jaillit de lui-même. VL 
présuppose l'action de la cause efficiente de la maladie, et 
il n'a plus besoin que de causes occasionnelles pour se dé- 
velopper; encore semble<t*il même s'en affranchir parfois 



SUR LIS MODIFIGATIOHS DE L'ÉTAT SPiclFIQUB. 521 

et se déreloiqper, tant est réelle et yive son énergie in- 
terne, d'une manière spontanée. 

3^ La troisième et dernière phase de la déviation pa- 
âtologiqne de Tôtre, est la transition de cet état latent à 
Fétat patent de la maladie. C'est la maladie même, c'est 
l'épanouissement de son principe séminal, avec tout le 
COTtége des formes, des symptômes et des lésions. propres 
à l'espèce morbide. 

NoDs allons, maintenant, démontrer qu'il n'est pas une 
seule de ces phases de perturbation de l'état primordial 
et normal de la vie, qui n'ait ou ne puisse avoir dans la 
génération diverses origines. 

S II. — Des différents modes d*origine séminale des afTections morbides. 

Lorsqu'on remonte aux sources de ces différents modes 
de manifestation du désordre morbide, et que l'on cher- 
che à fixer la date initiale de leur invasion dans l'écono- 
mie, on reconnaît vite, pour une foule de cas, l'impossi- 
bilité de la rapporter à aucune des époques consécutives 
à la génération de Têtre, et il est évident que, pour l'indi- 
vidu, leur origine est celle de l'acte et de l'instant où il 
reçoit la vie. 

Dans le nombre des faits morbides dont le principe 
s'élève ainsi jusqu'au moment de la fécondation, il en est 
de deux genres : un premier, où les phases de la même 
maladie qui atteint le produit, ont atteint les auteurs ou 
leurs ascendants, soit en ligne directe, soit en collatérale; 
un second, où les phases de la maladie qui frappe le pro- 
duit, leur ont toujours été complètement étrangères. 

À l'égard du second ordre de faits, l'observation et 
l'analyse assignent à chacun des états du trouble patho- 
logique que cet ordre renferme, trois origines possibles : 



S22 BK L^ACnOM DE LA LOI JDK L'iNlIÉITt 

lo Daus un premier cas, les enfants naissent mabufes, 
on prédisposés à la maladie, de parents en santé, sonmis 
anx lois de Thygiène, procréant, sons l'empire des nïeil- 
leures conditions, et qni, examinés chacun à part^ ne 
laissent supposer d'antre cause, soit externe, soit in- 
terne, de la disposition on de l'affection morbide de lears 
produits, que la désharmonie ou le vice de l'union des 
deux tempéraments. Les faits de ce genre abondent dans 
les anomalies. Nous en avons ailleurs cité divers exemples, 
(t. I,pag. 134, 165, 170) : entre autres, robservati<Hi si 
remarquable de Kubn, où l'on voit un père et une mère« 
tous deux très-bien constitués, issus tous deux de fa- 
milles d'une santé parfaite, intelligents tous deux, donner 
le jour à des nains, à des impuissants, à des idiots, à des 
cataleptiques ; dans une autre famille dont parle Gintrac, 
un père de tempérament lymphatico-sanguin, d'ane 
brillante santé, une mère grande, pâle, blonde, sans 
affection strumeuse, tous deux de vie régulière, n'ayant 
ni l'un ni l'autre ni parents scrofuleux, ni parents ra- 
chitiques, engendrent deux rachitiques et un scro- 
fuleux (1). Gintrac a vu, de même, certaines combi- 
naisons de tempéraments nerveux et pléthoriques con- 
duire an développement de Tépilepsie (2). Séguin dit, 
également, que Ton a vu des cas où le contraste excessif 
entre les tempéraments des deux générateurs, tel qu'en- 
tre celui d'un père extrêmement nerveux et celui d'une 
mère extrêmement sanguine, avait paru donner nais- 
sance à l'idiotie (3). Bien d'autres affections semblent 
se produire ainsi, dans la génération, d'une manière 

(1) Gintrac, De Vinfluence de l'hérédité sur la production deUnurexcita- 
tion nerveuse, etc., p. 6. — (2) Edouard Séguin , Traitement moral, hygiène 
et éducationdes idiots, Paris, 1846, p. 181.— (3) Gax. méd., t. XII, p. 899. 



SUR LIS KODlFiGâTiaRS DB l'ÈTAT sMcmQUB. 523 

spotttanée. Nom ne rappellerons pas plusieurs eiitonra* 
lions de ce mode de fiNrouitioa.qiie, nous ayons rapportées^ 
les nnes relatives à l'akyanoblepde, les aptites à la«drdi^ 
mutité, les antres à Fiditbyose, été..; mais il to est: nne 
fort intéressante dn docteur Tavemier, qui a sa place id. 
Le 10 septembre 1844, ce médecin prâwntaftt à TAca- 
démie de médecine de Paris deux énfonts, l'nn âgé de 
trou ans, Tantre de six mois, tons les deux atteints de 
lèpre générale et congénitale; un troisième enfant, issu 
des mêmes parants, d'un âge intermédiaire entre les deux 
lépreux, est tout à fait exempt de la maladie : les deux 
parents n'en ont jamais été atteints (i). 

2o Dans un second cas, les enfants naissent encore 
Budades ou disposés à la maladie, de parents bien por- 
tants mais soumis, à l'instant ou avant l'instant de la 
génération, à l'action variable de conditions mauvaises 
et de causes pathologiques : impuissantes sur les père et 
mère , elles ont agi, par leur intermédiaire et par leur or- 
ganisme, pour produire leur effet morbide sur les en- 
fants, dans l'acte ou après l'acte où ils puisent la vie. U 
se passe, à l'égard des modifications pathologiques des 
êtres, ce que nous avons vu se passer à l'égard des modi- 
fications physiologiques produites par l'influencedes lieux. 

Diverses affections frappent ainsi l'enfant, dans la vie 
utérine, sans atteindre la mère, comme d'autres frappent 
la mère, sans atteindre l'enfant (2). « Quoi de plus surpre- 
nant, disait, à ce sujet, Pariset, qu'une femme grosse 
qui n'a pas la peste et qui met au monde un enfant qui a 
la peste! qu'une femme grosse qui a la peste, et qui met 
au monde un enfant qui ne l'a pas! « Les fièvres d'accès, 

(1) Bulletin de V Académie de médecine, t. IX, p. 1177. — (2) Haller, 
Blementa physiologiœ, t. VIII, p. 247. 



524 DB l'action db la loi de L'iimÉlTé 

réraption yariolense offrent des faits da même g^ure. 
Une femme de 37 ans, d'une constitution robuste, ac- 
couche, le 3 juin 1846, un mois avant terme, d'un 
enfant mâle, vivant ; le nouveau-né présente des signes 
manifestes d'exanthème varioleux, et meurt, le neuvième 
jour, de cette maladie. La mère, heureusement vaccinée 
dès l'enfance, n'avait éprouvé d'autre indisposition qu'une 
chaleur brûlante et douloureuse, à la région épigastrique, 
avec^tat fébrile, surtout pendant la nuit, dans les der- 
niers six jours avant sa délivrance ; les couches n'en eu- 
rent pas moins une issue favorable (1). Dans une épi- 
démie de petite vérole, Ëbel vit une autre femme qui, 
une quinzaine de jours avant d'accoucher, éprouva des 
malaises et sentit son enfant remuer avec violence : celui- 
ci vint au monde avec des boutons varioliques, en état de 
pleine suppuration, et qui se multiplièrent encore, le 
deuxième et le troisième jour après la naissance (2). 
Kessler et Watson ont vu, dans d'autres cas, des femmes 
qui s'étaient tenues, dans leur grossesse, auprès de per- 
sonnes atteintes de variole, engendrer des enfants portant, 
ou des boutons, ou des cicatrices de petite vérole. Jenner 
a observé des faits analogues (3). 

Les phénomènes de ce genre ne sont point limités au 
temps de la grossesse : ils peuvent dater de Tacte qui la 
détermine : 

Laurent Joubert range parmi les origines de la goutte 
des produits, le coït du soir, après un excès de table, 

chez les producteurs (4). 
l 

5 (1) Gaz. médicale de Paris, 2« série, t. VIII, p. 6Î3. - (î) Grasmeyer, 

i de ConcepHone.p.Zl. — (i) PhUosoph. transact., ïi^k9%, p. 235. Bur- 

I (lach, Traité de physiologie, t. IF, p. 487. — (4) Laurent Joubert, des 

<e Erreurs populaires et propos vulgaires touchant la médecine, ch. vu, 

p. 177 



SUR LES MODIFICATIONS DE l'ÉTAT SPÉCIFIQUE. 525 

D'après Lepelletier et Sat Dcygallières (l), il n'est 
pas nécessaire que le père ou la mère soient scrofuleux, 
pour donner le jour à des scrofoleui ; il suffit, que les 
parents se trouvent dans des circonstances capables 
d'exercer une funeste influence sur la fécondation. Telle 
serait, d'après Lalouette, la conception pendant l'écoulé- 
ment des règles, opinion que Lepelletier a vérifiée deux 
fois (2). Telle est, encore, la conception survenue dans 
des lieux favorables à la génération de l'état scrofuleux : 
un portier qui demeurait dans une loge très-humide eut 
de sa femme, très-forte et très- saine, ditLeroî, un enfant 
qui naquit avec tous les signes de la diathèse stru- 
meuse (3). Bien de mieux avéré, pour d'autres affections, 
que ce génie des lieux, où certaines espèces morbides 
sont endémiques, à frapper les enfants conçus sous leur 
empire, du mal qu'ils n'ont point eu l'énergie de produire 
chez les générateurs. L'expérience a montré aux médecins 
de Savoie^ que les hommes les plus sains, qui viennent 
habiter et se marier dans les lieux où les goitres sont 
fréquents, peuvent donner le jour à des enfants crétins. 
Procréent-ils dans d'autres lieux, les enfants naissent 
exempts de crétinisme (4). Le docteur Dubini confirme les 
deux faits; on voit, d'après lui, non pas uniquement des 
parents bien portants, mais des parents crétins, avoir des 
enfants sains, dès qu'ils se transportent dans des localités 
soumises à de meilleures conditions hygiéniques. Mais 
on observe aussi le contraire, dans le cas inverse : deux 
époux piémontais, le mari et la femme, tous deux d'un 



(1) Sat-Deygallières , Théorie nouvelle de la maladie scrofuleuse, 
p. 148. — (2) Dict. des sciences médicales, art. Scrofules. — (3) Al- 
' phonse Leroi, Médecine maternelle, p. 203. — (4) Pion7, de VHérédiié 
dai» {es ma^adte^, p. 2), et Portai, ouv. ci7. 



526 DE l'action de la loi de L'umÈiTi 

esprit yity étant venus demeurer dans une chaumière 
basse, située an fond de Tune des vallées d'Àoste où Tair 
est stagnant, procréèrent des crétins. Un militaire marié 
à une femme bien portante, habitait Gosmayor : il y 
avait eu une nombreuse jamiUe, de bonne santé, de 
bonne constitution ; il vient sie fixer près d' Aoste : il en- 
gendre des crétins (1). On a constaté, dans la génération 
delà surdi-mutité, l'action delà même loi. Il a déjà été 
question, dans cet ouvrage, d'un individu dont les enfants 
naissaient entendants et parlants à Paris, et sourds-muets 
à Bordeaux. Les recherdies statistiques, fûtes à l'in- 
stitution des sourds-muets de Paris, établissent qu'un 
grand nombre de pères et de mères d'enfants sourds- 
muets, habitaient, au moment de la naissance des enfants, 
des rez-de-chaussée humides, ou des usines placées sur 
des nappes d'eau stagnante. Les montagnes très-élevées 
sur lesquelles l'air est rare, le voisinagedes forëtsoù règne 
l'humidité, ont les mêmes dangers : les époux M...., 
sur huit enfants, comptaient cinq enfants sourds-muets; 
quatre de ces derniers et deux enfants parlants avaient 
reçu le jour à Bebrechien, maison dite du Jeu de paume, 
et située auprès de la forêt d'Orléans, dans un endroit 
élevé et d'apparence saine : toutefois, les personnes qui 

l'avaient habitée avant les époux M y avaient procréé 

trois enfants sur lesquels deux étaient sourds-muets (2). 
Gomme le dit très-bien le professeur Piorry, l'influence 
endémique qui n'a d'abord agi, par la génération, que 
sur l'individu qui en est le produit, peut finir par agir 
sur les dispositions morbides de toute une race (3) : 
l'histoire des maladies locales ou endémiques nous 

(1) Gax. médicale de Paris, 3« série, t. I, p. 50. — (S) Puybonaieuz, 
on©, cit.^ ch. I, p. 80. — (») Piorry, Mëm. cit., p. «I. 



SUR ÏMB HODIFICATIONS DE l'ËTAT SPÉCIPIQUE. 527 

fooniit, en effet, d'après le doctear Prichard, an certaia 
nombre de faits qui proarent qae des populations, qai 
ont demeoré, pendant jAnsieurs générations, dans une 
eertaine contrée, ont acquis une constitution différente 
de celle qu'avaient leurs ancêtres, quand ils s'y sont éta* 
blis : des maladies auxquelles les premiers colons n'étaient 
pas sujets apparaissent parmi eux. La disposition à con- 
tracter de telles affections n'existe, dans la race, qu'après 
un séjour constant, pendant plusieurs générations, dans 
les contrées où ces maladies] sont endémiques; mais, à la 
fin, la race est entièrement acclimatée, et aussi susceptible 
que les autres habitants, des maladies auxquelles ces der- 
niers sont depuis longtemps sujets (1). » 

y Dans une troisième série de faits, les enfants nais* 
sent malades ou prédisposés à la maladie, de parents ma- 
lades eux-mêmes ou prédisposés à la maladie; mais les 
affections on prédispositions morbides des enfants sont 
d'une autre nature que les affections ou prédispositions 
morbides de leurs auteurs. 

La génération n'offre point de phénomène qui ait plus 
attiré l'attention des médecins que cette transformation 
singulière qu'elle exerce dans les maladies. Elle n'en a 
point, d'autre part, qui les diirise plus complètement sur 
sa cause, sur son origine, sur son étendue, sur son carac- 
tère, en raison des questions de pathogénie et d'étiologie 
comparée qu'il soulève. Il soulève, en effet, le problème si 
obscur et si dél^attu de la métamorphose des espèces mor- 
bides. 

Cette métamorphose est d'une double nature: elle peut 
n'être qu'une simple transmutation des formes d'une 

(1} Prichard, Histoire tMturelle de Vhomme, 1. 1, p. 89. 






528 DE L ACTlOn DE LA LOI DE hlUSÈnÈ 

même maladie; elle peut, au contraire, être une transmu- 
tation de l'espèce morbide elle-même. 

La plupart des auteurs, nous pourrions dire tons, ont 
en le tort de ne voir exclnsiTement, en elle, qne l'une ou 
que Tautre face. Nous espérons,plu8loin,mettre dans toat 
son jour le ^ice des deux systèmes et de leurs inductions; 
nous nous bornons, maintenant, à poser en principe, en 
attendant la preuve, que les deux ordres de faits sont in- 
dubitableSy que la génération opère également des con* 
versions de forme^ et des conversions de nature spécifique, 
dans les maladies. 

Il ne s'agit, ici, que, de la dernière de ces transforma- 
tions ; c'est exclusivement d'elle, c'est de la transmutation 
de Vespèce, et non point de la forme morbide, que nous 
entendons parler, comme de la troisième origine possible 
des affections séminales du produit. 

La métamorphose dont il est question s'opère de deux 
manières : ou par Tunique action de la génération sur la 
disposition ou l'espèce morbide d'un des générateurs, ce 
qui arrive dans ceux de ces cas où un seul des auteurs est 
malade; ou par la réaction qu'elle détermine entre les disr 
positions ou les espèces morbides des deux générateurs, 
ce qui arrive dans ceux de ces cas où le père et la mère 
ont chacun leur diathèse, chacun leur maladie. 

Les faits de ces deux genres de transmutation, se pré- 
sentent, à tout moment, à l'observation ; les auteurs en 
fourmillent. 

Ainsi une foule d'entre eux, Baillou, Astruc, Bouvart, 
Baader, Lalouette, Pujol (1), Baumes (2), Hufeland (3), 

(l)Pujol de Castres, OEuvres diverses. Essai sur le vice scrofuleux, 
p. 30-34. — (2) Baumes, Traité du vice scrofuleux, p. ÎO. — (3) Hufe- 
Idiid, VArt de frolçnger la vie de l'homme^ p. 283, 



6DE LB3 HODlFlCATIOHg Bl L'ÉTAT SPiClFlQUB. 529 

Portai (1), Lamanve (2), Poilroax (3), Sat-Deygallières (4), 
Ricord (5), Lugol, Giraodeau de Saint- Gervais, etc., ci- 
tent| comme des plas communes» la transformation de la 
syphilis da père» ou de la mère, en scrofale, dans l'enfant ; 
quelques-uns même inclinent à croire, que la scrofule n'a 
point d'autre origine; d'autres, pour ne point admettre 
de transmutation, veulent que la syphilis et la scrofule ne 
soient originellement qu'une même maladie; d'autres, 
forcés de convenir d'une différence première et radicale 
entre elles, et, dans une foule de cas, du transport sémi* 
nal de chacune, sous des formes qui lui sont exclusives, 
limitent, comme Baumes, comme Poilroux, comme Ri* 
eord, à de certaines périodes de la syphilis des généra- 
teurs, et, selon le dernier auteur, à Tunique période des 
accidents tertiaires, cette métamorphose de l'espèce mor- 
bide, dans la progéniture. La scrofule, à son tour, d'après 
les mêmes auteurs, a ses transformations ; selon Portai 
et Poilroux, elle crée le rachitisme : des parents scrofu- 
leux engendrent des enfants atteints de gibbosité, de dé- 
viations des membres, de ramollissement des os, de rétré- 
cissement de la cavité thoradque ; eUe crée la phthisie : 
des parents scrofuleux ont des enfants phthisiques ; des pa- 
rents phthisiques ont des enfants scrofuleux, conversions 
si fréquentes, que des médecins modernes, à l'exemple de 
Portai, tels que le docteur Gola (6), Billiet etBarthez (7)^ 
croient, malgré l'évidence, à l'identité de ces deux ma- 
ladies. La même affection des parents peut devenir, selon 

(I) Essai sur les maladies de famille^ etc.— (2) Mahon, médecine cli- 
nique, 1 vol. in -8, Paris, 1804, p. 455. — (3) Poilroux, Recherches sur 
Us maladies chroniques, p. S87. — (4) Sat-Deygallières, ouv. cU., p. 154. 
— (&) Gaxette des Hôpitaux^ te série, t. VIII, p. 18. .— {S) Gaxette médi» 
eal«,8* série, 1. 111, p. 106.— (7) Rilliet et Barthez, Tfaité clinique st 
pratique des maladies des enfa^ts^ t. III. 

II. 34 



530 DB l'action m la loi de L'iNNilTi 

PajoU l'origine du scorbut des enfants (1); d'après ks 
mêmes auteurs, elle peut l'être du squirre ; elle peut l'être 
ducancer^derhydropisieyde l'asthme, de la paralysie, de 
l'apoplexie, de la goutte (2) , du craniotabes (3), des hémor- 
rhagies, etc. U n'est points enfin, pour tout dire d'un 
mot, une seule espèce morbide, la syphilis, la scro* 
fuie, la goutte, ou toute autre diathèse, ou maladie de 
l'un on de l'autre facteur, que la génération ne puisse 
convertir, dans la progéniture, en toute espèce déformes 
et d'affections morbides étrangères aui^ parents. (Voy. 
plus bas, chap. Il, sect. I, $YIII). . 

article' n. 

De Vaction de riWNÉïTÉ sur toutes les origines et sur toutes les phases de 
perturbation de Vétat spécilique. 

Nous voyons concourir aux déviations de l'éfat spécifi- 
que des êtres, les mêmes circonstances que l'on voit con- 
courir aux déviations de leur type spécifique. Les causes 
qui font les races et les variétés des espèces naturelles, les 
causes qui participent à la génération des modifications 
][)hysiologiques, sont celles qui participent à la génération 
des modifications pathologiques, celles qui développent les 
espèces morbides. Nous voyons les anomalies de la pre- 
mière classe prendre naissance, sous Taction des aliments, 
des temps, des climats, ou des lieux ; nous voyons la se- 
conde classe d'anomalies prendre également naissance, 
sous l'empire immédiat de ces mêmes influences. Les 
cadres nosologiques renferment, en effet, les maladies 
d'époque, dont les plus remarquables sont les épidémies; 

(I) PujoJ, Suai sur U raehitis, •— Poilroux, ouv. eU,, p. 288. — 
(3) Pujol, Portai, PoilroQx, Oper, et loe, cit, — (8) Gasutte méâUxUe, 
t. XIII, p. 186. , . 



SUR UBS KODinCATIONS DR L*iTilT SPÉCIFIQUE. 531 

les maladies de cliniat, les maladies de liea oa les endé*- 
mies; enfin, d'antres maladies, en grand nombre, qui 
tiennent à l'alimentation. 

Il est impossible qn'il existe entre denx classes, anssi 
essentiellement distinctes, de phénomènes, une pins éyi- 
dente analogie de causes. Toutefois, ce n'est point Tuni- 
que, qui se rencontre entre elles ; l'analogie s'étend, des 
causes aux origines séminales, qu'elles puisent, toutes 
deux, dans les lois de la formation de Têtre: 

1« Les modifications physiologiques peuTent nattre , 
disions-nous, dans la reproduction, d'une manière spon- 
tanée; c'est-à*diie, se produire par une force interne, et 
indépendamment de toute cause extérieure, sons l'empire 
et dans l'acte de la génération : les modifications patho- 
logiq$»eSy les affe<Âions morbides, peuYent, nous Tenons 
de le Toir , reconnaître cette même et première origine. 

2* Les modifications physiologiques^ avons-nous dit en- 
eore,peaTent proyenir d'unesource externe et médiate, qui 
remontée ce même moment, c'est-à-dire, se produire, dans 
l'acte et dans l'instant de la génération, sous l'empire 
d'inflaences qui passent, en quelque sorte, par l'intermé- 
diaire des deux générateurs, pour arrivera l'être : les modi- 
fications pathologiques, lesafiectidus morbides, sont, nous 
venons dele voir, susceptiblesd'avoir cette secondeorigine. 

3<» Les modifications physiologiques peuvent, disions- 
nous enfin, être d'origine externe, et de cause, en appa- 
rence, immédiate, c'est-à-dire provenir d'influences du 
dehors, et de circonstances directement actives sur le 
produit lui-même, et pourtant remonter, dans leur {n-e- 
mier prindpe, à l'action sâninale; les modification3 patho- 
logiqueSy les affections morbides, peuvent encore, on l'a 
va, à IMtat d'aptitude ou de prédisposition, remonter^ 



532 DIS l'agtioh db la loi db L'umini 

quoiqu'elles semblent acquises par le produit, à cette 
même origine. 

Sous chacune de ces formes, TinNÉiTÉnous est apparue, 
comme une loi qui régit toutes les espèces de déviation 
du type spécifique, qui précèdent. 

Examinons, maintenant, si, sous les mêmes formes, 
elle n'est pas également une loi, dont les espèces de dévia- 
tion de Vétat spécifique dérivent. 

S I. — De raction de Tinnéite sur les trois origines séoiinales des 
affections morbides. 

Du moment où les causes d'un ordre de phénomènes, 
d'un ordre de caractères, remontent à l'acte même de la 
fécondation, source première de l'être , nécessairement 
cet ordre^ en vertu des principes que nous avons posés, doit 
y dépendre de l'une des deux lois générales de la procréa- 
tion, les lois d'iNNÉlTÉ et d'fiÉRÉDITÉ. 

Démontrés justes et vrais, pour la série entière des faits 
physiologiques, ces principes le sont, pour la série entière 
des faits pathologiques. Toute la question est donc ici de 
préciser quelle est celle des deux lois d'oii découlent les 
trois origines séminales d'affections morbides, que nous 
venons d'indiquer. 

1« De la réduction prétendue de ces trois origines à la loi d* hérédité 
morbide. 

Un grand nombre d'auteurs ont réuni, pêle-mêle, tous 
les phénomènes qui procèdent de ces trois origines, dans 
les faits d'hérédité morbide, et les citent, sans cesse et 
indistinctement, comme des preuves à l'appui du trans- 
port séminal des diverses maladies. 

A l'égard de ceux de ces laits qui dérivent de la pre- 



sut LIS KODirKATlOllS DR l'ÉTAT SPi€JFlQIJI. 533 

mière cm de la seconde des trois origines» ils en donnent 
pour raison : qu'ils procèdent de l'acte de la reprodoe* 
tion ; qu'ils se présentent souvent dans la même famiUe ; 
qu'ils frappent même les produits des mêmes géné- 
rateurs. 

A regard de ceux de ces faits qui dérivent de la troi- 
sième origine, ils ajoutent, qu*ils ne sont qu'un simple 
changement de forme de là maladie, ou des maladies, 
du père et de la mère. 

Us ne voient, en un mot, dans les deux premiers cas, 
qu'une sorte d*hérédité, en ligne collatérale (1); ils ne 
voient, dans le dernier, que de l'hérédité de métamor- 
phose (2). 

D'autres auteurs sentent très-bien, qu'il existe, entre 
les faits héréditaires et ceux dont il est question, de 
grandes différences , différences parfaitement saisies par 
Gaubius (3), par Portai (4), par Piorry (5). D'autres sont 
allés plus loin; et, dans leur conviction de l'impossibilité 
logique de les réduire à l'hérédité, ils s'en sont emparés, 
comme d'arguments contraires à l'hérédité même : ainsi 
ont raisonné, Louis (6) parmi les médecins, et différents 
auteurs, chez les vétérinaires; mais, comme ces objections 
rentrent dans celles dirigées contre l'hérédité morbide 
en général, nous en renverrons l'examen h ce point de 
notre travail : nous ne combattrons, ici, que la réduction 
prétendue à la loi de l'hérédité, des faits pathologiques, 
issus de l'une ou de l'autre des trois sources qui précèdent 

La raison que ces faits appartiennent à la loi de Théré- 

(1) Ginlrac, d$ l'Influence de Vhérédiié^ etc., p. 5. — (î) Portai et Pôil- 
reux. Op. et toc. d(. -- (8) Gaubius, Pathologie, traduction de Sue. *^ 
(4) Essai sur Us maladies de familU. — (6) Piorry, Mém. ctï., p. 19, 91. 
~ (6) Louis, Dissertation tur la question : Comment se font les maladies 
MrMilaJrtt? p. 30, 34. 



334 DB l'action de la loi db L^iraiÉiTfc 

dité^ parceqii'ilfi ont lesr principe dans )a g^Biérttionyeit 
une suite de Teirreur qm s*obstine à ne YOir dans la gâié- 
ration qu'une seule de ces lois, la loi de ^hérédité, et, en 
pathologie, comme en physiologie, fait abstraction de 
l'autre; 

La seconde raison: qu'ils sont héréditaires, et qu'ils 
représentent une forme collatérale de l'hérédité, parce 
qu'ils peuvent atteindre, dans la ligne indirecte, plusieurs 
membres, frères et sœurs, cousines et cousins de la même 
famille, n'a pas plus de valeur. 

Nous admettons l'action de l'hérédité, en ligne collaté- 
rale, pour tous les phénomènes morbides, comme ponr 
tousceuxquine lesontpas, maisà descondition&que nous 
avons formulées (t. II, pag. 33,) et qui tiennent à Tessence 
de l!hérédité. L'hérédité, en soi, est la transmission sé- 
minale du semblable : elle ne peut, à ce titre, être Tori- 
gine première d'aucun ordre de faits : elle ne peut jamais 
être qu'une origine seconde : elle suppose, en d'autres 
termes, etnécessite toujours la préexistence, dans lesascen- 
^dajLts^ soit en ligne directe, soit en ligne indirecte, du phé* 
nomène transmis : partout où ce précédent ne se trouve, 
dans aucun des auteurs paternels ou maternels de l'être, 
l'héréditén'estpas; et, dans les circonstances, dont il s'a- 
git ici, c'est la loi opposée de la génération, c'est l'in* 
wÉiTÉ, qui en a pris la place. Dans le développ^nent des 
feits pathologiques, comme dans le développement des 
faits physiologiques, la ligne qui les séparé, reste toujours 
la même : dansuncas, comme dans l'autre, c'est toujours 
la question : les parents avaient-ils ou n'avaient-ils pas 
prisentéla même forme, ou la mimenature, de phénomène 
vital? 

Un caractère commun aux trois ordres de faits d<mt 



SUR un lioDffiGATioiis n L'if AT sricmi^uE. 635 

nous dierchoas mailite&ant à pénétrer Fessenoe, carac- 
tère sur lequel nous aTons, constaminéiit et partoat, in* 
^tép est précisément cette absence rwilicale de préexis- 
tence, ehçz les ascendants» de la disposition ou de l'affec- 
tion mmbide : nous aypns, constamoient et partout, fait 
ressortir ce point capital, que, dans chacone des trois 
origines séminales de la maladie, le précédrat du mal, ou 
de respècé morbide, manquait chez les auteurs. 

U manque, évidemment, quant à la première, où la 
génération du mal est spontanée, et survient, en l'absence 
de toute cause externe, et dans les conditions réelles de 
santé du père et de la mère ; 

n manque à la seconde, où le mal se développe, il est 
vrai, sous Tempire de causes pathologiques, mais où ces 
causes sont demeurées impuissantes sur les générateurs; 

n manque à la troisième, où les générateurs sont, au 
contraire, atteints, l'un ou l'autre, ou tous deux, d'un 
précédent morbide, mais qui n'est point, chez eux, de la 
même nature que le mal du produit : 

Ce dernier point, toutefois, soulève une objection qui 
mérite examen • elle naît de la théorie de Portai et de 
Poilroux, sur les métamorphosesdesformes pathologiques; 
danslasupposition, commuùe à ces auteurs, où toutes les 
affections séminales qui procèdent d'une autre maladie, 
ne seraient que des formes d'une seule et même espèce 
morbide, il serait incontestable que tous les faits rentrant 
dans cette catégorie, auraient l'hérédité pour unique 
origine. 

Hais» dans cette hypothèse, il reste l'identité de/s es- 
pèces morbides dérivées, à prouver : 

Là est la grande lacune du système de Portai, de Poilr 



530 DE L*A€T10II DE LA 101 DE L'UINÉITÉ 

roux, et de tons les auteurs qai, sur la foi dn maître, ont. 
souvent, à Fayeugle, adopté sa doctrine. 

Le Tice en est palpable, et nous sommes anrpris qu'il 
ait si complëtement échappé, jusqu'ici, à la pénétration 
des pathologistes : l'erreur de ce système est la confusion 
de l'identité de la cause avec Tideniité de la maladie. 

S'il est un point de doctrine, nettement établi, en pa- 
thologie, à l'égard de toutes celles des affections qui sont 
plus ou moins étrangères à la génération, c'est que llden- 
tité d'une cause, quelle qu'elle soit, de la maladie, n'en- 
traîne pas, par elle-même, l'identité de nature de la ma- 
ladie : la même cause extérieure, mille observations, mille 
expériences l'attestent, peut devenir l'origine de maladies 
le plus essentiellement distinctes. Or, parce qu'une chute 
àreau,unesuppression subite de transpiration, etc. , pro- 
voquent, chez un sujet, une simplebronchite ; chez l'autre, 
un rhumatisme; chez l'autre, une pleurésie, ou une pneu- 
monie, ou une phthisie aiguë ; une fièvre intermittente, 
ou une méningite, ou une péritonite, ou une hydropisie, 
chez un quatrième ; une gastrite, un ictère, ou un accès 
de goutte, chez un dernier, il n'est pas un médecin qui 
se croie autorisé à conclure, de ce quêtons ces effets mor- 
bides dérivent d'une même espèce de cause déterminante, 
que toutes ces maladies, si diverses qu elles semblent, ne 
sont cependant qu'une seule et même maladie. 

Il en est, à cet égard, des causes intirieureSy comme des 
causes extérieures du phénomène morbide : la même cause 
intérieure est apte à développer des affections d'espèces 
les plus diverses entre elles. 

La même loi s'applique, et c'est ici surtout que se ma- 
nifeste l'erreur du système de Portai, à toutes les affec- 
tions dont la génération peut être le principe. 



SUE LK8 MODIFICATIONS DE L*ÉTAT SPÉCIFIQUE. 537 

La maladie OU les maladies des parents, dans la généra* 
ti<»i, ne représentent qn'un ordre de eanses on de condi^ 
tions internée des maladies qui peuYent frapper le germe ; 
nn second ordre de causes internée dérive des lois de la 
génération même. Du concours de ces causes^ dans la fé- 
condation, comme, après la naissance, de celui des autres 
causes, dont nous venons de parler, procèdent une foule 
d'espèces d'affections séminales: et, ici, comme là, du fait 
qu'une seule et même condition interne; du fait qu'en 
d'autres termes une môme nature d'affection du père, ou 
de la mère, ou de tous deux, détermine, dans le produit, 
des affections d'espèces fort différentes entre elles, il n'y 
a pas de logique, ni de raison, à conclure que, si diverses 
qu'elles semblent, toutes les espèces morbides, sorties de 
la même source, ne constituent qu'une seule et même ma- 
ladie : ici, comme là, la même cause intérieure, la même 
maladie, peut être l'origine d'affections différentes et d*af^ 
fections semblables ; et pour décider delà diversité, ou de 
l'identité, desespèces morbides, ainsi développées, ce n'est 
point l'identité, ou la diveraité des causes génératrices, 
c'est la diversité, ou l'identité des espèces engendrées, 
qu'il faut interroger. 

]!ïous ne reconnaissons ce dernier caractère, celui d'i* 
dentité, entre deux maladies, de forme différente, qu'à ces 
trois conditions : l®Deprovenir,toutes deux, d'une seule 
et même cause; 2*" de suffire, mutuellement, et indépen- 
damment de la génération^ à se reproduire l'une l'autre, 
et àse transformer, mutuellement, l'une en l'autre, chez le 
même sujet; 3"* décéder au même système général de trai- 
tement. 

Toutes les affections, si diverses qu'elles semblent, qui 
remplissent, à la fois, ces trois conditions, ne sont, évi- 



$38 DE l'action be la loi bb l'urnéité 

demment, nous le reconuaissonsi qae de ginq^es. muta- 
tions de forme, d'ane seule et même espèce patbologi-^ 
qae. 

Dans tonte antre circonstance, et tel rapport de cause 
et d'origine première, qui paraisse exister entre deux af- 
fections, les difCérenoes de forme qui les caractériseut, 
quoique émanées de Tacte de la génération, ne représen- 
tent plus de simples métamorphoses d'expression d'une 
seule et même maladie, maïs des diversités réelles d^ect* 
pèce morbide. 

Nous ne regardons donc point, et il est impossible, à 
nos yeux, de regarder, quoiqu'on en ait dit, comme d'es* 
pèce identique^ la syphilis et la scrofule, la scrofule et 
le scorbut , la scrofule et la pellagre , la scrofule et la 
phthisie, le tubercule et le cancer, les dartres et la vé* 
rôle, etc., etc., telles alliances qu'elles puissent contrac- 
ter entre elles, telle communauté de source, qu'elles aient, 
ou puissent avoir, dansla génération, telle analogie même 
de formes qu'elles présentent. Il n'est pas, en effet, une 
seule^de ces diverses affections qui, chez un même sujet, 
puisse naître et se développer, après la naissance, sous 
l'empire d*une même cause effective et directe; chacune 
d'elles a la sienne, La cause de la scrofule, par exemple, 
n'est point celle de la syphilis ; celle de la syphilis, n'est 
point celle du cancer ; celle du cancer, n'est point celle du 
scorbut ; celle du scorbut, n'est point celle du diabète ; celle 
du diabète, n'est point celle de la pellagre; feitssi poiûtib 
qu'il est môme plusieurs de ces espèces murbidei, dont 
Tobservation prouve l'antagonisme. Il n'est pas, d'autre 
part, une seule de ces espèces morbides qui sufBçe, che« 
le même sujet, et sans l'intermédiaire de la géuération, à 
reproduire l'autre, ni qui se transforme en elle : on ne 



Sm LE» XQDIFIOATIOKS PE l'AtAT SPiCIFIQUE. ^9 

TC^t point le cancer se changer^ spontanément ^ en gcmtte. 
Bien Yérole, la yérole en cancer, la phthisie en scorbut, le 
scorbut en diabète, etc. ; enfin, il n'est aucune de ces es- 
pèces morbideSi dont le traitement repose sur les mêmes 
moyens. 

Quant aux analogies, exagérées d'ailleurs, de formes 
et d'apparences, qui existent entre elles, et que l'école de 
Portai élève à la valeur de preuves positives de leur iden- 
tité, il n'est point d'argument qui ait moins de portée. 
L'analogie de formes né démontre pas mieux l'identité 
d'espèce, en pathologie, qu'elle ne la démontre, en zoolo- 
gie, où des formes extérieures, très- voisines et parfois 
presque semblables entre elles, telles que celles du loup 
et du chien, du lièvre et du lapin, se rapportent souvent à 
des espèces le plus essentiellement distinctes : la même 
forme apparente de névropathie peut être d'espèce gout- 
teuse, chez un premier malade; scrof alease, chez un se- 
cond; dartreuse, chez un troisième; et chez un quatrième, 
purement syphilitique. 

La condition qui manque aux deux premières des trois 
origines séminales de la maladie, manque donc, comme 
nous le disions plus haut, à la troisième ; si, dans cette 
demière,le précédent du mal existe, en ligne directe, pu en 
ligne indirecte, chez les ascendants, ce précédent n'est 
pas celui d'une seule et même nature d'affection, ilga'est 
pas celui d'une même espèce morbide. 

Du défaut radical de cette condition essentielle de la loi 
de l'hérédité , la préexistemse antérieure du semblable, 
chez les générateurs, défaut qui est celui de ces trois ori- 
gines, résulte évidemment, querhérédité n'est le inrincipe 
d'aucune d'elles. 



540 DS l'action DK la loi DB L^INNÉITÉ 

Beste à déterminer, à défaut de cette loi, de quelle au- 
tre elles découlent. 



20 De la réduction réelle de ces trois origines séminales à la loi de 
rimiÉiTÉ morbide. 



Cette autre, nécessairement, estidentique à celle, dans 
laquelle rentrent les faits purement pbysipli^ques qui 
procèdent de chacune de ces trois origines. Tous les faits 
de cet ordre,qui échappent à la loi de THÉREDiTé, dans la 
génération, nous sont apparus comme émanant» en elle, de 
la loi opposée, comme ayant, en un mot, dans ViJXTuÈni, 
leur principe et leur cause. 

Tout nous montre, également, Tihneite comme cause 
et principe des trois origines identiques des phénomènes 
morbides. 

Toutes les trois en remplissent les mêmes conditions ; 
toutes les trois en portent le même caractère ; dans toutes, 
le phénomène procède directement de la génération ; dans 
toutes, il est absent chez les générateurs. 

Il n'est pas jusqu'au mode d'agir de cette loi , dans cha- 
cun des trois cas, que la théorie ne donne. Il n'existe, 
en effet, aucun de ces trois cas où, derrière le principe 
originaire du mal, la loi d'iNNÉiTE morbide, nous ne troo- 
Tions, comme voie et moyen de création séminale du fait 
pathologique, le mode d'opération qui la caractérise, la 
formule spéciale de riNnéiTÉ, dans la chimie des corps ; 
dansla chimie des êtres, la combinaison (t. II, p. 214, 235^ 

L'iiiivÉïTÉ procède par la combinaison dans chacune 
des troia origines séminales de la maladie : 

a,Làcambinaison est rinstrument visible, ou moded^o- 
pération, de l'inifÉiTE morbide, dans le premier des trrâ 



sua LES MODIFICATIONS DE L ETAT SPÉCIFIQUE. 541 

cas, OÙ la maladie s'eagendre spontanémeiit dans le pro- 
dnit d'auteurs qui, tus, chacun à part, sont d'une santé 
parfaite. Gomme, dans la théorie des interférences, deux 
rayons de lumière peuvent, en se rencontrant, de certaine 
manière» créer*de l'obscurité, de même la rencontre vitale 
et la fusion de deux constitutions saines peuvent donner 
naissance, dans certaines conditions, qui sont précisément 
celles indiquées plus haut, à une troisième morbide. Use 
passe alors, comme nous l'avons dit, dans la génération, 

I un fait analogue à celui qui se passe dans le rapproche- 
ment chimique du charbon et des gaz hydrogène et azote, 

I chacun isolément, sans action déiétèresur notre économie, 
mais qui, mis en contact,dans certaines proportions, don- 
nent naissance au plus foudroyant des poisons, à l'acide 

I prussique. 

6. La combinaiion est l'instrument visible ou mode d'o- 
pération de l'iNNÉiTE morbide, dans le second des trois 
cas ; elle intervient, alors, non plus, comme dans le pre* 
mier, par l'action spontanée des principes séminaux du 
père et de la mère, mais par l'action des causes morbides 
extérieures sur ces mêmes principes. 

c. La combinaison est encore l'instrument ou mode d'o- 
pération de Tii^NEiTÉ morbide, dans le dernier des cas : 
elle n'intervient plus, alors, par l'influence de causes mor- 
bidesexternes, entre leséléments physiologiques desêtres, 
mais dans des circonstances de causes morbides internes; 
mais, entre les éléments de l'état pathologique du père, ou 
de la mère, ou de l'un et de l'autre auteur. 

Nous avions donc raison de le dire : I'inneite ne donne 
point seulement la raison de ces trois espèces d'origine 
séminale delà maladie, toutes trois si complètement inex- 
* plicables sans elle, toutes trois productrices d'espèces 



542 DE l'action dis la loi de l'inkéité 

fMthc^ogiques inconnues aux parents, et tontes trois, à ce 
titre, étrangères & la loîderHÉUDiTE dans la génération ; 
elle donne jusqu'à la clef de leur mécanisme. 

$ II. — De Faction de I'imnéité sur chacune des plfBH» d'Qi^igine 
séminale des affections morbides. 



<2uantàdiaottnedes]^ases.d«déTel(^aiient^qne i 
avons reconnues à la perturbation de Vétat physiologique» 
FactionderiKNÉiTÉ^démontréesi puissante, sur les sources 
séminalesdu phénomène morbide, ne laisse point de d^nte 
qu'elle n'ailla mèmeiorce, le mtoie em]^re,.8vr eUe». 
, Pour en donn^ la preuve, il suffit d'étaMir , qu'il n'est 
aucune des phases de l'épanouissement du ph^mtee 
morbide, qui ne puisse remonter, dans }a gâiération, à ces 
trois origines ; et cette preuve est faite : faite pour l'apti- 
tude à la maladie, faite pour le germe de la maladie, fidte 
enfin pour la maladie ellermême ; le seul point de la ques- 
tion, qui reste à édairdr, est celui de savoir si l'iirnEiTÉ a 
le même degré d'action, sur chacune de ces phases de dé- 
viation de Vétat spécifique de l'être. 

lo De riimsiTÉ delà maladie. 

' ^expérience répond par la négative ; ou se ferait, en 
effet, une très-fausse idée de la part de la loi de l'iNiiEiTé 
à la génération des faits pathologiques, si on la mesurait 
à celle qu'elle paraît prendre au dernier des trois termes 
de la maladie, à la génération de la maladie eUe-méme. 
Cette part s'arrêterait à celles des affections qui se caracté- 
risent, dès l'heure de la naissance, ou que Tenfant apporte 
développées à la vie; elle ne comprendrait, en un mot, 
que la sphère des maladies dites congéniales^ et ne l'em- 
brasserait même pas tout entière. Cette dénomination 



SUR LES HODIFICATIOHS DE l'ÉTAT SPÉCIFIQUE. 543 

renferme, en effet, plus d'un ordre de causes ; on y a nrtr 
taché pélennèle des affections qui, par leur origine, se 
rapportent à deux classes i l'une des maladies transmises, 
pendant le cours ds la ^ utérine, après la coneepHony de 
la mère au teltis, et qui peuvent reconnaître une foule 
de causes ; Fautre, des maladies qui tirent leur principe de 
k eonceplton mime. 

La première des deux classes est éyidemment étrangère 
à la loi de I'ikneite; elle n'est, de soi, qu'une fo^me de 
contagion morbide. 

Il n'en est pas ainsi de la seconde classe; elle a évidem- 
ment tous les caractères de Pinneité. Mais jusqu'à quel 
point est-elle, ou n'est-elle pas, étendue, sous cette forme? 

C'est à la nature, au nombre, à la fréquence des mala- 
dies, qui peuvent se développer ainsi, à nous en instruire. 

L'observation démontre que ce mode de production est 
des plus limités. Par un contraste marqué avec les dévia- 
tions ou anomalies du type spécifique, dont la plupart at- 
teignent leur développement, avant la naissance du pro> 
dait, très-peu de déviations ou anomalies de Vétat spéci- 
fiqne» très-peu de maladies» sont manifestes, à l'heure de 
la naissance de l'être ; on ne cite guère, comme faisant 
exception à cette règle,quela surdi-mutité,l'akyanobIepsie, 
la cyanose, l'idiotie, certains cas de crétinisme, de scro- 
fale, de tubercule, d'affections cutanées, de syphiUdes, 
de cancer (1), etc., etc. 

Si Tinhéite morbide se bornait à la seule et unique 
classedes affections, quel'enfant apporte, ainsi développées 
à la vie, si elle n'était, enfin, que I'iuhéite de la maladie 
elle-même , son action serait donc infiniment restreinte. 

W Voy. Billard, Traité des maladi$i des mfants nouveautés. 



544 DE L ACTION 0S LA LOI DE L^lNSiÉlTÈ 

Mais c'est, quand on^s'élève à réiiologie da phénomèiM 
morbide; c'est, lorsqu'on étudie, en deçà du terme extrême 
de son épanouissement, les phases antérieures de son 
évolution, et que l'on examine l'influence de la loi de I'ih- 
NÉiTÉ, sur la génération de la pridisposiiion et de l'état 
latent de la maladie, c'est alors, qu'on découvre, alors 
qu'on reconnaît toute l'immensité de cet ordre de causes. 

2« De riNNéiTÉ du germe ou de Tétat latent de la maladie. 

L'infinité du rôle de la loi d'inNEiTE, dans la génération 
de la maladie, se révèle, en effet, devant le fait si clair^ et 
si bien constaté, de l'insufBsance des causes dites effectives 
et occasionnelles, à produire, par elles-mêmes, et, indé- 
pendamment de prédispositions ou d'aptitudes internes, 
le phénomène morbide. 

L'insufBsance résulte : lo de la nullité d'action patho- 
logique des causes effectives et occasionnelles, même dans 
les endémies,Çdans les épidémies, dans les contagions, les 
plus virulentes, sur la majorité des individus ; 2"" de la di- 
versité des phénomènes morbides,développés par une seule 
et même cause effective ou occasionnelle, en raison de la 
nature des idiosyncrasies et des dispositions individuelles ; 
S** enfin, dudéveloppement, très-souvent spontané, du fait 
pathologique, et en l'absence de causes occasionnelles dn 
mal; remarque, nombre de fois, faite par Bajleet Gayol,à 
l'égard du cancer ( 1 ); par Esquirol(2), par Bayle (3), par El- 
lis (4), etc. , àl'égard de l'aliénation mentale; par Bœschet 
Dubini, dans le ciélinismej par Calderini (5), dans la pel- 

(l) Dict. des sciences médicales^ t. III, art. Cancer. — (2) Esquirol, dês 
maladies mentales, 1. 1, p. 76. — (3) A. L. J. Bayle, Trailédes maladies 
du cerveau et de ses' membranes, p. 407. — (4) W. G. Eliis, Traité de l'a- 
liénation mentale, traduit de l'anglais, par Archambault, 1840, p. 73. — 
(5) Gazette médicale de Paris, toc. cit. 



8CR LES MODIFICATIONS DE L^ÉTAT SPÉCIFIQUE. 545 

large, et par une foule d'autres auteurs, à l'égard d'une 
foule d'autres maladies. 

Une telle impuissance des causes effectives, et des dé- 
terminantes, réduites à elles-mômes, impuissance de na- 
ture à frapper d'autant plus qu'on observe davantage, 
qu'on observe mieux, et qu'on s'élève plus haut, dans 
l'intelligence du phénomène morbide, entraîne nécessai- 
rement l'esprit à rapporter, pour un grand nombre de 
cas, le principe initial du fait pathologique, à l'organisme 
même; comme l'ont très-bien compris Leprieur (I) et 
Fuster (2). 

Mais l'impulsion logique ne s'arrête point là, et pour 
d'autres esprits, plus analystes encore, ramener ainsi le 
germe du mal à l'organisme, c'est, pour nne masse de cas, 
le ramener aux sources de l'être, c'est le ramener à Pins- 
lant de la génération. 

Ainsi l'a fait, entre autres, Silvestre Eattray (3) ; ainsi 

rontfaitPrichard(4),Fodéré(5),Piorry(6).etc.,tousd'ac- 
cord pour restreindre l'énergie, beaucoup trop générale- 
ment admise, et trop exagérée, des causes excitatrices, et 
pour faire remonter, jusqu'à l'acte séminal, les éléments 
primaires des affections morbides. C'est exclusivement sur 
ces éléments qu'agissent, selon Prichard, les causes dé- 
terminantes : elles n'engendrent point le mal, il préexis- 
tait; elles lui donnent l'éveil : « On croit généralement, 
dit, dans le même sens, mais avec plus de réserve, le pro- 
fesseur Piorry, on croit qu'une maladie qui se développe 

(Ij Leprieur, V Homme considéré dans ses rapports avec Vatmosphèrê, 
t. II, p. 130. — (2) Fuster, des Maladies de la France, p. 51. — (3) Thea- 
trumsympatheticum, p. 61. —(4) Researches into thephysical history of 
«m», vol. Il, p. 537.— (5)Fodéré, Essai médico-légal sur les diverses 
espèces de folie vraie, simulée et raisonnée, p. 185. — (6) De V hérédité 
dans les maladies, ch. ii, p. t43. 

M. 35 



546 DE l'action DB la loi de L'iNNÂITi 

actuellement, avec des symptômes aigus, est en rapport 
avec une cause plus ou moins active ^uel'on a notée. Or 
l'étude de l'hérédité dans les maladies, conduit souvent à 
une tout autre manière de voir, et démontre que, dans 
mainte circonstance, cette cause active n'a été que l'occa- 
sion du développement d'une cause cachée et latente qoi 
dépendait de l'organisme lui-même; de là des applica- 
tions nombreuses à d'autres causes prédisposantes et oc- 
casionnelles , et des analogies puissantes^ qui peuvent 
porter un grand jour sur l'étiologie , considérée en gé- 
néral. » 

l^ar malheur, la plupart des auteurs engagés dans cette 
voie lumineuse, qui est évidemment, pour un grand nom- 
bre de faits, celle de la vérité, ont commis un oubli qui 
a rejeté dans l'ombre un côté de la question, qu'il fallait 
éclaircir; ils ont négligé de faire, dans l'étiologie, la part 
des phénomènes dont nous parlons ici; ils n'ont pas 
aperçu l'immense série de cas où les générateurs sont 
exempts, l'un et l'autre, de précédent morbide ; et ilg ont 
laissé même à l'écart ceux que Gintrac (1) dit être, avec 
raison, d'expérience journalière, où le contraste est for- 
mel, entre les dispositions morbides des pères et mères et 
celles de leurs produits, entre celles des frères et sœurs. 
Il en est résulté, qu'en remontant jusqu'à Tacte de la gé- 
nération, pour y trouver le germe originaire du mal, ou de 
la disposition à la maladie, ils ont identifié le principe sé- 
minal du fait pathologique à I'herédité seule, c'est-à-dire 
à une loi dont, en tout cas d'absence ou d'extrême diffé- 
rence du précédent morbide chez les générateurs, il ne 
pouvait dépendre. 

(1) Gintrac, Mém* cit., p. 8. 



SUR LES MODIFICATIONS DE L^ETAT SPÉCIFIQUE. 547 

A Tinverse des auteurs qui commettent la faute de cette 
confusion, nous pensons, et il est manifeste, que tous ceux 
de ces cas où le fait pattmlogique ne peut reconnaître, {iar 
l'ane oo par l'autre raison, VniviÉDYTÉ pour causé, il a 
son point de départ dans la loi opposée, la lo} d'iNMEixÉ , 
et que, du fait qu'il remonte à la fécondaiion, il dérive, en 
elle, d'une des trois origines séminales indkiuées. 
.-(ta le TOitj 4 t^tte hauteur, riNNÉiTÉ morbide est une 
source du mal, qui n'a plus de limites, elle est dans l'int- 
fini : elle s'offre à notre esprit, comme une cause première, 
une cause génératrice, non plus simplement de la maladie, 
non plus méine du germe de la maladie, mais jusque de 
Paptitude àla maladie, mais de la vulnérabilité morbide. 
Il n'y a plus, dès lors, à se demander, quelles sont les af- 
fections qui peuvent découler delà loi de I'inwéité, et des 
trois origines séminales qu'elle affecte, dans la génération 
desfaits pathologiques, mais bien plutôt, quelles sont celles 
qui n'en peuvent jamais, en aucun cas, dépendre ^ car, 
si l'on excepte les accidents, les plaies, les maladies de 
cause mécanique ou toxique, il n'existe point de forme, 
ni d'espèce de trouble de l'état physiologique ou normal 
de la vie, quiVen puisse émaner. 

Dans toutes les affections, en effet, l'aptitude, le germe 
de la maladie, la maladie elle-même, peuvent avoir, chez 
le produit, leur point initial, dans l'acte et dans l'instant 
de la fécondation, et reconnaître pour cause ; ou la sim- 
ple réaction, la simple désharmonie des dctux tempéra- 
ments du père et de la mère ; ou le rapprochement du 
père et de la mère sous l'empire insensible des causes gé- 
nératrices de phénomènes morbides ; ou la réaction des 
précédents mcMrbides du père ou de la mère, ou de l'un et 
de Tautre auteur. 



548 DE l'action de la loi de l'innéité 

Ces trois sources séminales s'étendent à la pathologie 
tout entière. 

Les espèces morbides, les plus imprévues» les plus oppo- 
sées, les plus inexplicables, peuvent spontanément naître 
de la première; 

Toutes les espèces morbides, qui peuvent se produire 
directement dans l'être, sous l'empire immédiat de causes 
déterminées, peuvent naître de la seconde, c'est-à-dire de 
l'action médiate des mêmes causes sur la progéniture, et 
par l'intermédiaire des deux générateurs ; 

Toutes les espèces morbides, qui peuvent, chez un sujet, 
naître, hors le sein de la mère, de la combinaison de deux 
maladies, peuvent naître, dans le produit, de la troisième 
origine ; ou, en d'autres termes, de la combinaison des 
mêmes maladies, dans le rapport séminal de l'un et de 
l'autre auteur. 

Enfin, si nous faisons abstraction de ces trois procédés, 
très-distincts, que suit l'iitiNEiTé, dans la génération de 
l'aptitude, du germe, ou de l'affection morbides, pour ne 
nous arrêter qu'au caractère commun de Vinnéité même, 
nous voyons qu'il n'est point de classes de maladie où 
il ne s'applique, et dont il ne se montre le principe pos- 
sible. 

C'est lui, d'abord, qui trace la ligne fondamentale de 
démarcation, entre les maladies de famille et les maladies 
héréditaires^ deux classes d'affections, aussi mal à propos 
confondues qu'opposées, par les auteurs, entre elles ; elles 
n'ont de commun ensemble que leur point de départ dans 
la génération; mais chacune y procède d'une loi diffé- 
rente : 

Les maladieii^ de famille sont des affections séminales 
qui n'ont point de précédent morbide, dans la famille 



, SUR LES MODIFICATIONS DE L*iTAT SPÉCIFIQUE. 549 

qu'elles frappent, et qui commencent, en elle, par la pro- 
géniture : toutes dérivent de la loi d'iniiéiTÉ morbide; 

Les maladies héréditaires sont des affections séminales 
qui ont tontes des précédents morbides, dans la famille 
qu'elles frappent, et qui ont commencé par les généra- 
teurs : toutes dérivent de la loi d'HÉBÉoiTÉ morbide. 

Ces deux classes de faits patholc^qnes n'ont donc que 
le commencement, ou l'origine première, de dissendilable 
eatre elles, dissemblance qui n'existe, qu'à un moment 
donné; car une foule d'affections héréditaires commen- 
cent par être de famille ; et, si nous exceptons des d^^ 
nières, celles qui sont, comme la stérilité, incompatibles 
avec la reproduction de Tètre, ou qui détruisent la vie 
avant la puberté, toute maladie de famille peut être hé- 
réditaire. 

Le nombre des maladies de famille est immense (1), 
mais n'exprime pas encore toute retendue de la part de 
la loi d'iNi9ÊiTÉ, à la génération des phénomènes morbi- 
des. Cette dénomination ne s'applique qu'aux cas où 
riniiEiTE frappe, simultanément, ou successivement, de la 
même affection, plusieurs membres d'une famille ; mais la 
foule des cas où elle n'atteint qu'un membre d'une géné- 
ration, mais la foule de ceux où elle prédispose chaque 
membre, dès l'instant où il reçoit la vie, à une espèce 
distincte d'affection morbide, ne procède pas moins de ce 
même principe, et n'en garde pas moinsle même caractère. 

n peut appartenir à toutes les diathèses ; toutes peuvent 
être congéniales (2), c'esirà dire dériver de la génération. 

La diathèse cancéreuse reconnaît, positivement, dans 

(1) Voy. Portai, Essai sur les maladies de famille. — (2) J. L. Gaillard, 
Mistoire générale des sept dialhèses, dans \di Gazette médicale, 3* série, 
t. I, p. 263. 



S50 DB L'ACnOR DE LA LOI DE L'imOSlIÉ 

ane masse de faits, cette espèce d'origine ; elle est, évi* 
demmenty celle d'une grande partie des olwerYMioiis re* 
coeillies par fiécamier (1)^ et qcie Pldrry (2) sépare, avec 
raiflcm, de celles d'hérédité morbide, par le motif pkasible 
qae les parents, dans ces cas, n'avaient jamais été affairés 
de cancer. 

>'Ladifttliè8égoiitteiise6?établitiréqti^nmentt'delaiiième 
manière; Louis s'est même emparé de ce mode de pro- 
duction oofigénialede la goiitte et de la grayeUe, comme 
d'no argument, contre 1 -hérédité de eettemaladiCr « Noos 
a?Qns, ne manque-t^l pa$ de dire, dés observal